Donald Trump délivrant son discours de victoire à Mar-a-Lago, dans la nuit du 5 au 6 novembre 2024.

Il y a deux jours, Major Prépa publiait un article sur l’actualité économique américaine. Les décisions prises par la seconde administration Trump n’ont pas seulement des conséquences sur les États-Unis seuls. Elles ont, en seulement quelques mois d’exercice du pouvoir, contribué à refaçonner l’influence et l’image de l’Amérique à travers le monde. Le présent article entre plus en détails dans les conséquences de ces évolutions. Pour mieux saisir ces changements induits par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche le 20 janvier 2025, il nous faut raisonner par aires géographiques.

L’Europe, un cœur battant de l’influence américaine aujourd’hui en hémorragie ?

L’Europe est traditionnellement depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale un socle majeur de la puissance américaine. Comme le disait Josep Borrell, ancien haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères (2019-2024) dans un discours prononcé à l’université de Georgetown, le Vieux Continent est de loin le partenaire le plus important de Washington, et si cette dernière venait à se défaire de ses engagements européens (notamment de ses alliances comme l’OTAN), la crédibilité américaine à travers le monde s’en verrait fortement affectée.

Or, le retour au pouvoir de Donald Trump début 2025 semble non seulement pointer vers un désengagement progressif des Etats-Unis des questions géopolitiques du continent, mais aussi vers l’adoption d’une position de plus en plus confrontationnelle vis-à-vis des pays européens.

        En Union européenne et au Royaume-Uni…

Les récents tarifs douaniers annoncés contre les produits européens exportés outre-Atlantique (pour rappel, 15% pour la plupart des produits en provenance de l’UE ; 10% pour le Royaume-Uni… et même 39% pour la Suisse, pas épargnée non plus par Washington…) pourraient affecter la volonté des entreprises européennes de développer leurs activités aux États-Unis. L’influence américaine se verrait ainsi bousculée, puisque le marché états-unien perdrait une partie de son image d’espace dynamique où l’implantation économique apparaît comme indispensable pour les investisseurs étrangers. Cela pourrait profiter à la Chine, rival direct des USA, mais aussi à des marchés alternatifs comme l’Inde.

Par ailleurs, les sévères politiques anti-immigration promues par le gouvernement américain depuis plusieurs mois conjuguées à une perception de montée de l’autoritarisme aux États-Unis sous la seconde présidence Trump semblent dissuader de potentiels visiteurs, surtout européens, de se rendre dans le pays. Cela représente d’une part un coup dur pour l’économie américaine, qui y a beaucoup à perdre du fait de l’importante part d’Européens dans les contingents de touristes accueillis chaque année en Amérique, et montre d’autre part l’évolution négative de l’image des États-Unis aux yeux de nombreux ressortissants européens en 2025.

La nouvelle donne politique à Washington risque également d’impacter le secteur de l’éducation, puisqu’elle a été à l’origine de la révocation de milliers de visas étudiants depuis le début de l’année, ce qui a contraint les victimes de ces décisions administratives à quitter le pays pour poursuivre leurs études ailleurs. De la même façon qu’avec le tourisme, cela pourrait constituer un revers à moyen et long terme pour l’économie américaine, puisque l’accueil d’étudiants internationaux lui est bénéfique, aussi bien pendant le séjour aux États-Unis desdits étudiants qu’après, dans le cas où ceux-ci s’installeraient définitivement pour travailler – et donc pour contribuer au dynamisme économique américain. Dans le cas européen, de nombreux jeunes rêvant d’étudier aux “States” pourraient voir leurs chances d’étudier dans de prestigieuses universités américaines se réduire considérablement, ce qui ne serait certainement pas sans conséquences sur leur perception de l’oncle Sam pour le reste de leur vie.

Enfin, les coupes budgétaires affectant la recherche scientifique a pour répercussion directe une envie d’exil de chercheurs considérant qu’ils n’ont plus assez de moyens et/ou de soutien public pour continuer sereinement leur travail aux États-Unis. Ces chercheurs sont susceptibles de rebondir dans des universités européennes, ce qui sera indéniablement bénéfique aux secteurs de la recherche des nations du Vieux Continent, tandis que la place de l’Amérique dans la science risque à l’inverse de faiblir dans les années à venir.

Les USA de Trump semblent donc confrontés à une double peine : la perte relative de soft power dès aujourd’hui, du fait de décisions politiques radicales blessant l’image (et donc l’influence) du pays à l’international ; et un impact à plus long terme qui affectera négativement l’économie américaine ou encore l’excellence des États-Unis dans la recherche scientifique, précisément deux piliers de l’influence américaine dans le monde.

        …et particulièrement en Europe orientale

De même, sur le plan militaire, aspect fondamental de la puissance américaine, les déclarations du président Trump depuis son retour en politique en 2023 (notamment sur un potentiel désengagement américain de l’OTAN) et son positionnement ambigu sur le dossier ukrainien suscitent des craintes partout en Europe. Des récents sondages montrent que plus de 70% des Européens de l’Ouest (France, Royaume-Uni, Allemagne) ne voient plus en l’Amérique une garante de sécurité, comme cela a été pourtant le cas depuis 1945.

En Europe orientale, la dynamique est similaire. Les baltes – pourtant traditionnellement très atlantistes – n’ont que très peu de confiance envers les récentes initiatives américaines visant à ramener la paix dans la région. Et en Ukraine, si certains pensaient au lendemain de l’Election Day que l’imprévisibilité de Trump pourrait à terme se retourner en faveur de Kyiv, la tendance est aujourd’hui au pessimisme. La brève suspension totale de l’aide militaire suite à la rencontre tendue de fin février dernier avec Zelensky dans le Bureau Ovale, ou encore l’accueil en grande pompe de Vladimir Poutine au sommet d’Anchorage du mois dernier ont confirmé les craintes de la société ukrainienne qui peine désormais à considérer les États-Unis comme un allié fiable.

L’Afrique, victime majeure de l’administration Trump

Si certains dossiers africains ont fait l’objet d’efforts importants de la part de l’administration Trump, tels que la recherche d’un traité de paix entre la RDC et le Rwanda – bien que certains experts aient critiqué l’accord en étant ressorti en juin comme incomplet – le continent africain semble voué à subir les coupes de budget initiés par le DOGE de l’ancien conseiller présidentiel Elon Musk.

La fermeture de l’USAID, symbole de ces politiques de réductions effrénées des dépenses, risque ainsi fortement de mettre en péril la lutte contre le SIDA en Afrique – entre autres fronts. Le résultat sera probablement la mort de centaines de milliers – voire millions – de personnes qu’un maintien de l’aide américaine pourrait autrement sauver. Fin mai 2025, il était déjà estimé que le DOGE était responsable de 300 000 morts dans le monde, majoritairement des enfants. Il est dès lors fort probable que l’influence américaine dans la région pâtisse de cette réduction massive de soutien humanitaire.

Au Moyen-Orient, un soutien continu à Israël qui devrait maintenir l’image négative des États-Unis parmi les habitants de la région

Du fait de l’appui réaffirmé à Israël dans sa guerre sanglante dans la bande de Gaza, les États-Unis, qui souffraient déjà d’une impopularité notoire dans le monde arabe sous l’administration Biden, devraient conserver une image négative parmi les habitants de la région… et ce bien que des liens profonds demeurent entre Washington et certains gouvernements locaux, comme l’Égypte ou l’Arabie saoudite. Ce soutien aveugle à l’action du cabinet Netanyahou devrait néanmoins enterrer pour un temps tout projet de nouvelle normalisation entre Israël et le monde arabe, par exemple celle prévue de longue date avec Riyad dont le processus avait été brutalement stoppé suite au 7 octobre.

Le continent américain en première ligne…

        En Amérique du Nord 

Les multiples déclarations de Donald Trump au sujet d’une éventuelle annexion du Canada par les États-Unis et plus largement la guerre commerciale déclarée par Washington à Ottawa et Mexico dès février ont eu pour résultat une dégradation importante de l’image des USA au sein des sociétés mexicaine et canadienne. Elles risquent d’avoir un impact durable sur les relations entre voisins du sous-continent.

        En Amérique centrale et du Sud

Les pays d’Amérique centrale et du Sud ayant pour la plupart des rapports tendus avec Washington au sujet des nombreuses ingérences américaines dans leur histoire, la tendance de l’administration Trump a entreprendre des actions unilatérales (par exemple sur les questions d’immigration) pourrait compliquer les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine, comme en janvier 2025 lors d’une brève crise diplomatique avec la Colombie.

Néanmoins, les partenariats subsistants entre l’oncle Sam et plusieurs pays latino-américains (économiques, de lutte contre le narcotrafic…) comme le Pérou ou la Colombie montrent le maintien d’une entente relative entre Washington et les gouvernements d’Amérique latine, au-delà des accusations fréquentes d’impérialisme contre le voisin “yankee”, accusations dont les racines remontent à bien avant les présidences Trump.

…et l’Asie finalement grande vainqueuse des années Trump II ?

À l’exception de la Chine et de la Corée du Nord, les pays du monde qui bénéficieront sans doute le plus de l’attention de la seconde administration Trump seront les pays asiatiques entretenant des liens (militaires, économiques…) avec les États-Unis : le Japon, la Corée du Sud, Taïwan… D’ailleurs, si ces mêmes États-Unis cherchent à limiter leur engagement dans des régions comme l’Europe, c’est avant tout pour effectuer un “pivot” vers la région indopacifique perçue comme le cœur des dynamiques géopolitiques de ce début de siècle, “the place to be” dans l’échiquier mondial.

Conclusion

L’influence américaine devrait donc globalement se maintenir dans des régions jugées stratégiques comme l’Indopacifique et relativement baisser dans ses zones d’action traditionnelles telles que l’Europe. Ce qui est certain, c’est que ces premiers mois de présidence Trump ont considérablement bousculé les équilibres de l’ordre mondial construit depuis la fin de la Guerre froide par les États-Unis eux-mêmes. Leur image au sein des sociétés occidentales s’en est vue fortement touchée, et devrait mettre des années à revenir à son stade pré-2025. Néanmoins, l’oncle Sam reste indéniablement la première puissance mondiale, et ce n’est pas quelques décisions de la seconde administration Trump évoquées ici – aussi importantes soient leurs conséquences – qui vont venir remettre en cause ce statut… pour le moment.