Face à un sujet de dissertation littéraire en B/L, il est facile de se sentir perdu. Contrairement aux A/L, tu n’as pas de programme pour te guider dans l’élaboration de ton plan et le choix de tes références. On te donne donc toutes les clés pour réussir ta dissertation dès la préparation, autour d’un triptyque analyse-plan-références.
Les attentes d’une copie de lettres en B/L
Premier constat : l’exercice est très similaire à celui proposé en A/L. C’est pourquoi on te conseille de t’intéresser sérieusement à la méthodologie pour les A/L. Cette approche et ces conseils te seront précieux. Néanmoins, le (la) B/L courageux(se) que tu es doit forcément composer avec des attentes différentes.
Quelle question résout-on ?
En règle générale, un sujet est une citation qu’il faut discuter. Mais attention ! Discuter ne veut pas forcément dire accepter, puis dépasser ensuite. Discuter, cela revient à toutes les pistes de réflexion pour comprendre et analyser la pertinence et les limites du sujet. C’est pourquoi l’analyse est très importante.
La phase la plus importante sera celle où tu cerneras les enjeux du sujet. Là, les considérations « passe-partout » sont à bannir. Chaque sujet est unique – et, on aime le croire, intéressant pour lui-même. Ne tente donc pas de le rabattre sur du connu. Accepte de te faire déstabiliser. Les correcteurs auront plaisir à lire une copie honnête et consciente de ses propres limites.
Composer avec l’absence de programme
Tu l’auras compris : comme dans les autres matières, l’absence de programme est à la fois ta plus grande difficulté et ta plus grande liberté. Il est très facile de se perdre : pendant la préparation, en se dispersant ou en ciblant mal les lectures, pendant la dissertation, en s’enfermant dans des références ou en les balayant de manière trop superficielle.
Les écueils sont donc nombreux. Mais l’avantage est que l’exercice devient passionnant si tu parviens à les surmonter ! Le jury est au courant de ces difficultés : d’où une grande insistance sur l’ouverture à des références et des réflexions originales. En tant que candidat(e), il te faudra donc conjuguer rigueur et liberté.
Quelques attendus classiques
Pour autant, les attendus d’une bonne dissertation littéraire sont les mêmes depuis plusieurs siècles déjà. Ne les réinvente pas ! Sur le niveau de langue, par exemple, l’exercice est extrêmement codifié. L’écriture « artiste » est à bannir. Tout trait de préciosité sera mal vu par le jury. Le style est sobre, clair. C’est sur la finesse de la réflexion que tu dois te démarquer.
Pour ce qui est des références, on ne peut pas oublier les classiques – nous y reviendrons plus en détail. Enfin, pour ce qui est de la longueur, la base de trois copies doubles est la plus répandue. Si tu fais beaucoup moins, ce sera considéré comme insuffisant. Si tu fais beaucoup plus, le correcteur pourra commencer avec le préjugé d’une réflexion bâclée au profit d’une rédaction à la ligne.
La construction du plan
Accepte la métaphore
Nombreux sont les sujets de B/L qui reposent sur une métaphore. Dans le sujet ENS 2025, par exemple, l’idée d’un « instrument d’optique » était un bon guide. Pour concevoir ton plan, donc, le plus simple – et le plus apprécié – était de coller à la métaphore, analyser sa pertinence et ses limites.
C’est là qu’une solide culture est utile ! En effet, rappelle-toi que Proust avait une culture littéraire encyclopédique et qu’il avait été influencé par certains auteurs que tu as déjà lus. Dès lors, le renfort de La Bruyère (la littérature-miroir) ou de Nerval (la littérature comme instrument de réfraction des mythes) était précieux. Avec ça, il devient plus simple de comprendre le mouvement interne de la citation.
Privilégie les plans progressifs
On aime croire que tout bon sujet porte le plan en lui-même. Ici, les adeptes du plan thèse-antithèse-synthèse sautent de leur siège. En fait, du fait de la nature même de la réflexion littéraire, ce type de plan n’est pas approprié. À l’inverse, un plan progressif qui avance en approfondissant petit à petit les pistes du sujet est plus pertinent.
Un sujet est toujours choisi pour sa grande densité : la thèse n’est jamais simple, uniforme. C’est pour cela que le plan dialectique « classique » part souvent en hors-sujet. À trop vouloir dépasser le questionnement dans une troisième partie élégante, on expédie trop vite la thèse dans une première partie simplificatrice.
Exemple : le sujet tombé à l’ENS, session 2024
Prenons par exemple le sujet ENS 2024 : « La littérature joue d’étranges tours : plus le sujet est pauvre, plus l’écrivain est roi ». Ici, la notion « d’étranges tours » pouvait aider à construire un plan qui, sans s’écarter du sujet, posait les limites de sa pertinence. Et si son « tour de force » était plutôt de surélever un sujet déjà riche ? Et si l’étrangeté de ce « tour » était que la pauvreté apparente d’un sujet était en fait inépuisable pour un écrivain se pensant roi ?
Tous les renversements dialectiques, en fait, sont déjà compris dans le sujet. Le plan progressif est donc le plus indiqué : il est celui qui te permet de mieux comprendre – et apprécier – un point de vue. Si tu pars directement avec l’idée que tu vas dépasser rapidement une première partie consensuelle, ce cadre te forcera à négliger ce qui fait l’intérêt d’un sujet : sa finesse.
Le choix et la mobilisation de références
L’équilibre entre canonique et original
On l’a déjà évoqué avec l’influence, par exemple, de Nerval sur Proust. Toute référence doit avoir sa place pour comprendre et discuter le sujet. Ne pars pas avec l’objectif de te démarquer, mais avec celui d’éclairer le correcteur. Pour ce faire, un bon conseil est de travailler l’histoire de la littérature pour comprendre les influences et les filiations littéraires – ainsi que les oppositions. C’est un excellent moyen de proposer une réflexion unifiée et solide. Cela t’évitera la dispersion et la panique de devoir lier des références très éclatées. De manière encore plus terre-à-terre, cela te facilitera la vie pour t’en souvenir et les mobiliser sur le moment.
De ce fait, les classiques sont souvent de mise. Si tu mobilises des références qui ont eu une grande influence, il y a fort à parier que l’auteur de la citation les ait connues. De même, cela te permettra de plus facilement offrir des prolongements et des liens clairs. Néanmoins, des références plus originales sont appréciées. La seule règle est de mobiliser celles qui sont particulièrement pertinentes. Ne cherche pas à tout prix à caser un auteur obscur « juste pour ». Il sera grandement apprécié, mais seulement s’il apporte quelque chose au devoir.
Utilise des références que tu as lues
Le dernier conseil, et le plus important, est de mobiliser des références que tu as lues (voire relues) et surtout aimées ! Si tu passes un bon moment en écrivant, le correcteur le sent aussi bien que toi. De même, si tu n’es pas au point sur ce que tu écris, il est impossible que la copie soit plus claire à la lecture. Sont donc valorisées les réflexions incarnées, précises, vivantes et humbles.
Le français, donc, ça se travaille. Mais, on te le promet, ça en vaut la peine. Ta mission, si tu l’acceptes, est de te transmettre une passion pour la littérature !


