Moyen-Orient

Voici la fiche qu’il te faut si tu dois réviser les grandes dates de l’histoire du Moyen-Orient de la fin de la Première Guerre mondiale au début des années 1990. Cet article ne remplacera jamais un cours : il comporte un minimum d’exemples et n’est pas articulé par une problématique. Mais il pourra t’être utile si tu souhaites avoir un aperçu des évènements qui jalonnent cette période de l’histoire.

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Introduction

Le Moyen-Orient est une région aux limites floues. C’est une notion forgée par le stratège américain Alfred Mahan au début du XXe siècle. Sa définition exacte varie selon l’époque et le point de vue adopté (européen, américain, etc.). Au début des années 1920, il est assimilé à la région entourant le Golfe persique. Les intérêts français, anglais et américains y sont en concurrence pour le contrôle des concessions pétrolières.

Ainsi, dans cet article, nous nous intéresserons surtout à l’Iran, à l’Irak et à l’Arabie saoudite. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’au XXe siècle, les évènements au Moyen-Orient sont étroitement liés à ceux du Proche-Orient !

La naissance des nations du Moyen-Orient après la Première Guerre mondiale

Iran

  • 1905-1911 : révolution constitutionnaliste. La dynastie Qadjar est contestée pour sa domination brutale et son incapacité à résister à l’impérialisme britannique et russe. Durant cette révolution, le shah est contraint d’abdiquer, mais l’instabilité politique continue.
  • 1907 : entente anglo-russe. Suivant cet accord, la Perse est occupée par les deux puissances durant la Première Guerre mondiale.
  • 1920-1921 : la Russie échoue à créer une République soviétique dans le nord de la Perse, et la Grande-Bretagne tente d’instaurer un protectorat sur le pays.
  • Janvier 1921 : un coup d’État porte le général Rezâ Khan au pouvoir. Son projet pour la Perse est nationaliste et modernisateur, dans la ligne de ce que Kemal a proposé pour la Turquie. Mais Rezâ Khan rencontre l’hostilité du clergé chiite qui refuse l’abolition de la monarchie.
  • 1925 : Rezâ Khan fonde la dynastie Pahlavi (1925-1979) et la Perse devient l’Iran. Le nouveau shah cherche un équilibre entre le maintien des bonnes relations avec le clergé et une laïcisation de la justice et de l’éducation. Pour permettre le développement des transports et de l’industrie, il souhaite également évincer les Britanniques de l’industrie pétrolière iranienne, mais un arbitrage de la SDN l’en empêche. Le régime Pahlavi devient de plus en plus impopulaire. En cause : son autoritarisme et une absence de légitimité historique.

Irak

  • Juin-octobre 1920 : révolte de la communauté chiite contre l’instauration d’un mandat britannique. Londres décide de satisfaire en apparence les aspirations à l’indépendance.
  • Juillet 1921 : le gouvernement britannique offre le trône d’Irak à Fayçal. Précédemment roi de Syrie, il fut chassé par les troupes coloniales françaises voulant appliquer les termes de l’accord de San Remo.
  • 1930 : accord anglo-irakien. La Grande-Bretagne garde des bases militaires en Irak et un droit d’intervention en cas de guerre.
  • 1932 : l’Irak indépendant entre à la SDN.
  • 1933 : Fayçal meurt. Son successeur est jeune et la régence est faible. Le général Sidqi en profite pour réaliser un coup d’État militaire.

Arabie saoudite

  • Depuis 1717, la famille Al Saoud, grâce au soutien des fondamentalistes wahhabites, domine le centre de la péninsule arabique (le Nedjd).
  • 1912 : avec l’ambition d’unifier la péninsule, Abdelaziz Ibn Séoud fonde la milice Ikhwan (les frères). Composée de Bédouins wahhabites, elle devient la principale force militaire de la région.
  • 1924 : le Chérif de la Mecque, allié des Occidentaux, tente de relever le titre de Calife aboli par Kemal. Ibn Séoud, qui convoite les villes saintes, profite de la faiblesse de son rival, discrédité lors d’une révolte anti-européenne, pour lancer l’offensive.
  • Octobre 1924 : les Ikhwan occupent les villes saintes.
  • 1932 : le nouveau Royaume prend le nom d’Arabie saoudite. La population est encore essentiellement composée de tribus nomades et le pouvoir reste fragile.
  • 1933 et 1936 : le Royaume d’Arabie saoudite signe les premiers contrats pétroliers avec des entreprises américaines. La monarchie a désormais les moyens d’acheter la paix civile.

Le pétrole et l’impérialisme américain

  • 1928 : rencontre d’Achnacarry. Il s’agit d’un accord informel entre les sept sœurs, des compagnies pétrolières (cinq américaines et deux britanniques). Cet accord définit les règles d’accès aux réserves pétrolières du Moyen-Orient. Ces compagnies forment ainsi un cartel mondial du pétrole. Même si les États-Unis, qui n’ont pas ratifié le traité de Versailles, ont été écartés de la répartition des mandats au Moyen-Orient, ils conservent de cette façon un instrument d’influence dans la région.
  • Début des années 1930 : les compagnies américaines commencent à exploiter le pétrole iranien.
  • 1933 : Abdelaziz Ibn Séoud accorde une concession de 60 ans à la Standard Oil of California.
  • Durant la Seconde Guerre mondiale : les États-Unis s’implantent militairement dans la région.
  • 1942 : le Moyen-Orient devient une « zone d’intérêt vital ». Les États-Unis créent en conséquence le Persian Gulf Command pour protéger l’approvisionnement de l’allié soviétique.
  • 1945 : suite à une rencontre entre Roosevelt et Ibn Séoud, les États-Unis auraient garanti la stabilité du Royaume contre l’assurance d’un approvisionnement constant en pétrole.

Le Moyen-Orient durant la guerre froide

  • 1947 : l’occupation soviétique du nord de l’Iran justifie la doctrine Truman et la rupture entre les deux grands. La région n’est pas au centre des conflits, mais fait l’objet d’une lutte d’influence. Pour les États-Unis, il s’agit d’une zone d’intérêt vital. Pour l’URSS, la région lui donnerait accès aux mers chaudes. Cet affrontement a généré des conflits civils et interétatiques qui mettent à mal le projet panoramique et favorisent la montée en puissance de l’islamisme.

L’influence américaine

  • 1947 : l’Iran et le shah deviennent des partenaires privilégiés de l’Occident, en éliminant le Parti communiste (Toudeh), qui souhaitait transformer le nord du pays en République soviétique.
  • 1950-1953 : l’Affaire Mossadegh confirme la prise de position de l’Iran.
    • Mossadegh est le fondateur du Front national (en 1949) qui regroupe les mouvements nationalistes et socialistes, autour du projet de nationalisation de l’Anglo-Iranian Oil Company. 
    • 1951 : Mossadegh arrive au pouvoir et décrète la nationalisation du pétrole iranien. La Grande-Bretagne impose un embargo sur les exportations. Les États-Unis proposent une médiation. 
    • Rêza Khan exige la démission de Mossadegh, mais ce dernier revient au pouvoir grâce à la foule et est soutenu par les communistes. Le shah s’enfuit. 
    • 10 août 1953 : les services secrets occidentaux organisent l’opération Ajax, un coup d’État qui remet le shah sur le trône. Mossadegh est emprisonné pendant trois ans, puis exilé.
  • 1970 : les États-Unis construisent une force aéronavale de projection pour défendre les intérêts occidentaux, en particulier au Moyen-Orient.
  • 1973 : l’Iran et l’Arabie saoudite rejoignent les pays soviétiques dans l’embargo sur Israël, un pays pourtant allié des États-Unis. En effet, les différentes politiques extérieures des États-Unis sont contradictoires.
  • 1981 : Reagan engage une guerre économique contre l’OPEP par l’ouverture des marchés énergétiques occidentaux.
  • 1985 : contre-choc pétrolier. L’OPEP perd sa capacité à fixer les prix.

 

À l’issue de la guerre froide, l’image des États-Unis est dégradée au Moyen-Orient.

L’influence soviétique

  • 1920 : Congrès des peuples d’Orient à Bakou. L’URSS prône l’union des forces anticolonialistes contre l’impérialisme. Ce discours retrouve une actualité au moment de la décolonisation des années 1950. L’URSS soutient les Partis communistes de chaque nation du Moyen-Orient. Ils y sont assez minoritaires, sauf en Irak.
  • 1958 : le Parti communiste irakien joue un rôle clé dans le renversement de la monarchie. Le parti Baas arrive au pouvoir. Sa politique est socialiste, mais n’est pas calquée sur celle de Moscou. La préparation des guerres contre Israël conduit l’Irak à se réaligner sur la politique soviétique. Or, à cette époque, la Détente commence à porter ses fruits et Moscou ne veut pas raviver les tensions.
  • 1973 : malgré la défaite, l’Irak de Saddam Hussein reste allié de l’URSS. Cependant, le pays adopte l’Intifah, une politique d’ouverture aux capitaux, qui fait contrepoids à l’influence soviétique.
  • Fin des années 1970 : l’influence soviétique reste limitée au Moyen-Orient.

La révolution islamique en Iran

Causes et évènements

  • 1961 : le shah lance la révolution blanche. Il s’agit d’un plan de modernisation et d’occidentalisation de l’économie et de la société. Par exemple, les femmes obtiennent le droit de vote en 1963. L’Iran est en cela aidé de 50 000 conseillers américains et par des entreprises occidentales. Cette modernisation est réelle, mais ne favorise qu’une minorité de la société. En outre, elle heurte les trois piliers de la société iranienne : le clergé, la petite paysannerie et la petite bourgeoisie du Bazar.
  • Années 1970 : l’inflation et le choc pétrolier accentuent les inégalités. Le régime devient policier afin de réprimer le mécontentement qui s’intensifie.
  • 1977 : Jimmy Carter encourage le shah à démocratiser le régime.
  • 1978 : des attaques injurieuses à l’encontre de l’ayatollah Khomeini, exilé en Irak, déclenchent des manifestations sanglantes à Qom. Le clergé prend dès lors le mouvement en charge. Selon la tradition chiite, les manifestations sont espacées de 40 jours de deuil. Après ce temps, les révoltes reprennent à Tabriz, puis dans toutes les grandes villes du pays. Malgré la loi martiale et les couvre-feux, les manifestations ne faiblissent pas. L’armée tire désormais sur des manifestants désarmés. Les États-Unis abandonnent l’Iran.
  • 16 janvier 1979 : le shah malade, abdique, malgré de nombreuses concessions. Il part en exil.
  • 1er février 1979 : Khomeini, qui coordonnait le mouvement depuis Neauphle-le-Château, en France, rentre en Iran. L’armée est neutralisée et les partisans du shah sont éliminés.

Les débuts de la République islamique d’Iran

  • 1er avril 1979 : un référendum instaure la République islamique. Une assemblée d’experts est élue.
  • 4 novembre 1979 : des étudiants prennent en otage des membres de l’ambassade américaine pour réclamer l’extradition du shah. Les otages ne seront libérés qu’en janvier 1981, en l’échange d’un transfert d’armes qui servent à l’Iran dans sa guerre contre l’Irak.
  • Décembre 1979 : l’assemblée d’experts adopte une Constitution.

 

L’Iran s’appuie sur les minorités chiites dans les pays voisins pour faire contrepoids aux sanctions internationales :

  • L’Influence iranienne est présente au Yémen Nord. Cela représente une menace potentielle pour l’Arabie saoudite, un pays sunnite, mais avec une importante minorité chiite. D’autant plus que cette minorité se trouve concentrée dans des zones riches en pétrole. 
  • 1980 : Assad accepte la création du Hezbollah en Syrie, qui organise des attentats contre les États-Unis et la France, en représailles pour leur soutien à Israël et à l’Irak de Sadam Hussein. 

La guerre irano-irakienne

  • 1979 : Saddam Hussein devient président de l’Irak. Il succède à un général populaire. Pour Hussein, une guerre avec l’Iran permettrait de consolider son pouvoir. Pour l’Iran, une guerre avec l’Irak permettrait d’étendre son influence.
  • 22 septembre 1980 : Hussein attaque l’Iran. Il est soutenu par les monarchies du Golfe et les Occidentaux. L’Iran riposte grâce à des armements de l’armée de l’ancienne monarchie et des livraisons provenant de pays de l’Est. Les débuts sont difficiles pour l’Iran. Mais le régime soude la population. Le corps paramilitaire des « Gardiens de la révolution » soutient une armée affaiblie.
  • 1981 : l’Iran contre-attaque grâce aux livraisons d’armes.
  • Juillet 1982 : l’Iran fait incursion en Irak, avec le projet d’y instaurer une République islamique chiite. Une guerre de position débute.
  • 1984-1988 : guerre des pétroliers. Elle consiste en la destruction des installations pétrolières adverses, la mise en place de mines dérivantes dans le Golfe, l’attaque de pétroliers. Les marines américaine et française interviennent pour protéger les convois.
  • Juillet 1987 : le Conseil de Sécurité de l’ONU impose un cessez-le-feu. L’Irak accepte, mais pas l’Iran. Les États-Unis détruisent une partie de la marine iranienne et de ses plateformes off-shore. L’Iran cède.
  • 18 juillet 1988 : l’armistice est signé avec la médiation de l’ONU.

 

Le bilan humain est lourd, surtout pour l’Iran. L’Irak est endetté et doit reconstruire ses installations pétrolières. C’est une des raisons qui motivent l’attaque du Koweït par l’Irak en 1990.

L’échec du modèle américain du « Nouvel ordre mondial » au Moyen-Orient

L’invasion du Koweït par l’Irak

  • 2 août 1990 : l’Irak envahit le Koweït en quelques heures en misant sur la disproportion de son armée. Le but est d’appliquer une stratégie du fait accompli. Une annexion avait été tentée en 1961 au moment de l’indépendance du Koweït. Mais l’Irak fut empêché par la Grande-Bretagne. L’Irak convoite ce pays pour obtenir un accès à la mer et des ressources pétrolières. Il s’agit aussi de résoudre sa situation d’endettement auprès du Koweït. Le pays exige en effet le remboursement de ses créances, affecté par l’effondrement de sa monnaie.

 

L’Irak avait cependant sous-estimé la réaction des États-Unis. En effet, après la guerre froide, les États-Unis cherchent à imposer les principes de la démocratie, de l’État de droit et du libre-échange, en particulier au Moyen-Orient.

L’opération « Tempête du désert »

  • 7 août 1990 : Bush ordonne l’opération « Bouclier du désert ». Avec 28 autres pays occidentaux, les États-Unis envoient hommes et matériel pour défendre le Koweït.
  • 29 novembre 1990 : l’ONU prend la résolution 678. Elle autorise une intervention militaire en Irak, si l’Irak n’a pas évacué le Koweït avant le 15 janvier 1991. Saddam Hussein lance un appel au djihad, sans effet.
  • 17 janvier 1991 : lancement de l’opération « Tempête du désert ». Il s’agit de bombardements aériens intensifs sur les infrastructures militaires et les voies de communication irakiennes. L’Irak cherche à élargir le conflit en lançant des Scud sur Israël. Il se défend en incendiant les puits de pétrole koweïtiens, en déversant un million de tonnes de pétrole dans le Golfe pour entraver le mouvement de la marine ennemie.
  • 24 février 1991 : les alliés occidentaux lancent une offensive terrestre. Elle est retransmise quasiment en direct à la télévision.
  • 28 février 1991 : Saddam Hussein accepte l’armistice. L’offensive s’arrête à Bagdad et Hussein reste au pouvoir.

 

Cette intervention en Irak révèle l’avance technologique de l’Occident. Elle rappelle cependant des souvenirs de la période coloniale. Cela attise la haine de l’Occident dans l’opinion publique arabe.

Les États-Unis tombent en disgrâce au Moyen-Orient

  • 2 mars 1991 : en Irak a lieu un soulèvement populaire dans le Kurdistan et dans le sud du pays, à majorité chiite. Les États-Unis n’interviennent pas. Bush est en pleine campagne présidentielle et les électeurs sont davantage préoccupés par la crise économique que par le Golfe. Hussein réprime alors la révolte avec des armes chimiques. Le bilan est terrible, on dénombre de nombreux réfugiés. L’inaction des États-Unis est perçue comme intentionnelle par la population arabe. La haine est renforcée par un embargo de 10 ans imposé à l’Irak.

 

L’administration Clinton se focalise sur le conflit israélo-palestinien. Cela permet à Saddam Hussein de délaisser le nord et le sud du pays qui souffrent de l’embargo et de privilégier la minorité sunnite. Une mise en scène médiatique lui permet de passer pour une victime de l’acharnement occidental, lors des inspections de l’ONU pour vérifier le démantèlement des armes de destruction massive.

 


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