Banque de France

Problématique : Comment la Banque de France s’est-elle imposée comme un pilier de la stabilité financière et monétaire de l’État français, malgré les crises politiques, économiques et les transformations institutionnelles ?

La création de la Banque de France : restaurer la confiance financière après les crises (1800-1848)

Une création dans un contexte de faillite financière de l’État

En 1797, la France a annulé les deux tiers de la dette publique. Le but est de rétablir une rigueur budgétaire après des années révolutionnaires. Cela signifie concrètement le défaut de l’État pour la plus grande partie de ses créances. La France perd alors sa crédibilité financière. Face à la situation, Napoléon Bonaparte, alors Premier consul, décide en 1800 la création de la Banque de France. L’article 5 des statuts précise notamment les objectifs de la nouvelle entité bancaire (inspiré du modèle néerlandais). Elle doit maîtriser l’inflation et garantir une convertibilité de ses billets avec le métal (or et argent).

C’est alors une banque privée.Pour Napoléon, le vrai objectif est de pouvoir financer ses guerres, mais aussi d’en faire une institution prestigieuse. Bonaparte a même personnellement souscrit à la construction du capital. Elle dispose ainsi d’un conseil de régence composé de 15 actionnaires principaux. Le gouverneur est nommé par l’État (même si c’est une banque privée). Napoléon tient à l’équilibre du rôle de la Banque de France. Il ne veut pas octroyer trop de pouvoirs aux actionnaires de la banque, mais ne veut pas non plus une omniprésence de l’État pour éviter l’inflation. Il déclare notamment :

Je veux que la Banque soit assez dans les mains du gouvernement et n’y soit pas trop.

Mais l’État demeure tout de même un acteur important malgré l’apparence d’indépendance.

En 1803, la création du franc germinal contribue à rendre à la France sa crédibilité monétaire. Jusqu’alors, plusieurs tentatives avaient été faites pour stabiliser la monnaie française, en vain. En 1803, le franc devient donc l’unité monétaire officielle de la France.

En 1811, le siège passe à l’Hôtel de Toulouse à Paris.

1815-1848 : une période de rigueur pour la Banque de France

La Restauration accroît l’indépendance de la Banque qui, sous l’Empire, dépendait encore beaucoup du Trésor. La Banque de France résiste surtout aux tergiversations politiques que connaît la France, notamment avec les révolutions de 1830 et 1848. Le cap est maintenu. La Banque de France entame durant cette période le début de son expansion territoriale en ouvrant des comptoirs en province. Cela lui permet de s’installer durablement dans le cœur de la vie économique du pays.

En 1848, la situation économique et monétaire du pays est fragile. Face à la crise et au risque de faillite, la Banque de France obtient le monopole d’émission sur tout le territoire français. Jusque-là, l’unicité s’appliquait uniquement pour Paris (depuis 1803). Les banques départementales sont alors absorbées sous sa houlette. Deux ans plus tard, la convertibilité en or et en argent du franc est rétablie.

La Banque de France réussit durant cette période à réinstaurer une crédibilité française, notamment au niveau de la monnaie en papier. Cela permet ainsi de dépasser le traumatisme de 1720, avec l’expérience du système de Law.

Une institution au cœur de la puissance financière française (1848-1914)

Une stabilisation monétaire (1848-1870)

Avec l’instauration du Second Empire commence une grande période de croissance économique. Le cours du billet de banque reste stable. Si elle gagne en autonomie durant cette période, la Banque de France demeure toutefois un financier important pour le Trésor, notamment pour les conflits armés de l’Empire.

Son rôle évolue progressivement et elle finit par s’imposer comme une véritable banque centrale, jouant le rôle de prêteur en dernier ressort.

1870-71 : le tournant

La guerre franco-prussienne signe la fin d’une ère. La défaite de Sedan entraîne la chute de l’empire et de l’empereur. L’État doit beaucoup s’endetter et les indemnités de guerre sont très lourdes (mais pas insupportables). La Commune de Paris (1871) aggrave davantage les difficultés financières.

Cette crise est aussi une crise entre la Banque de France et le gouvernement. Le Trésor oblige la Banque à le financer pour poursuivre la guerre. Mais la Banque de France se veut réticente et refuse de trop augmenter les avances demandées pour éviter une crise inflationniste. Dès décembre 1870, le gouvernement limoge le gouverneur et le remplace par une personnalité plus conciliante. L’indépendance de la Banque centrale est grandement (mais temporairement) fragilisée. En 1871, les avances s’élèvent à 10 % du PIB.

À partir de 1875, une fois les indemnités payées et la IIIe République stabilisée, la situation économique s’améliore. La Banque de France mène alors une politique monétaire rigoureuse pour soutenir la croissance et éviter l’inflation. Les prêts de la Banque de France à l’État sont même plafonnés par décret en 1879. Au niveau de ses gouverneurs, la Banque connaît une grande stabilité. Seuls deux gouverneurs président l’institution entre 1881 et 1920. Cette stabilité est très utile pour les projets de la banque et pour son ambition.

En 1900, la France rejoint le système de parité or, avec une parité fixe de 322 mg d’or le franc. La crédibilité de la Banque de France est à son sommet. Paris s’impose comme la 2e place financière du monde.

De la Banque Nationale à l’institution européenne : transformation du rôle de la Banque de France (1914 à aujourd’hui)

Les conséquences de la Première Guerre mondiale

La Grande Guerre entraîne la suspension de la parité or du franc. Cela renforce paradoxalement le rôle et l’agilité de la Banque de France. Elle se retrouve en effet en plein cœur des débats et manœuvres monétaro-financières. De plus, pendant la guerre, la Banque de France collabore étroitement avec le gouvernement. Elle émet ainsi plusieurs emprunts visant à financer la guerre.

Raymond Poincaré est celui qui parvient finalement à rétablir la convertibilité du franc en 1928. La parité est toutefois grandement dévaluée par rapport à 1914. Plusieurs tentatives précédentes avaient échoué, malgré une politique déflationniste, du fait de la dépréciation du franc et des difficultés économiques françaises.

La Banque de France face à la gauche

Entre 1924 et 1926, le cartel des gauches, mené par Édouard Herriot, s’installe à la tête du gouvernement. Son programme repose sur des dépenses. Or, celui-ci ne plaît guère à la Banque de France. Rappelons qu’elle était alors une banque privée. Les 200 actionnaires les plus riches la contrôlent. La Banque se montre réticente à prêter trop d’argent à l’État. Un bras de fer qui mène finalement à la chute du gouvernement Herriot. Raymond Poincaré (centre-droit) sera celui qui parvient à calmer la situation, à sauver le franc et à rétablir la libre convertibilité. La réconciliation avec la Banque de France est alors scellée.

En 1936, le Front Populaire remporte les élections. C’est le retour triomphal de la gauche au pouvoir. Le gouvernement Blum entreprend alors de réformer profondément la Banque de France. La voix de l’État devient prépondérante à la Banque. C’est une quasi-nationalisation. Le Front Populaire estimait en effet qu’il n’est pas logique que la Banque centrale soit aiguillonnée par des intérêts privés. Il veut en faire une banque d’intérêt général.

L’après-guerre : la nationalisation de la Banque de France

En 1940, pressentant une défaite, la Banque de France ne tarde pas à évacuer ses réserves d’or. Elle les transfère notamment vers les Antilles et les États-Unis. Les conditions de transferts sont parfois rocambolesques, pour échapper aux mains des nazis.

1946 est une date majeure. Celle de la nationalisation de la Banque de France. Dans la seconde moitié des années 50, face à l’inflation persistante, le franc est dévalué, dans le contexte plus général du plan Pinay-Rueff.

Dans les années 70-80, la montée de l’inflation, les chocs pétroliers et l’instabilité monétaire internationale conduisent à repenser le rôle des banques centrales. La priorité devient progressivement la lutte contre l’inflation plutôt que le soutien direct à l’économie. Dans cette logique, la Banque de France gagne en autonomie. Une étape clé est la loi de 1993, qui consacre son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Elle ne peut alors plus financer directement le déficit public, ce qui marque une rupture majeure avec son rôle précédent.

Le tournant européen

À partir de 1972, la Banque de France doit collaborer étroitement avec les autres banques centrales européennes. Le serpent monétaire européen est instauré en 1972 pour limiter les taux de change. S’ensuit le Système monétaire européen (SME), voulu par le duo VGE-Schmidt.

Lorsque le SME montre ses limites, les Européens décident de franchir le Rubicon et de créer une monnaie commune. Le traité de Maastricht de 1992 pose la première pierre de l’union monétaire. La Banque centrale européenne (BCE) voit le jour en 1998. Les gouverneurs des banques centrales européennes constituent le directoire de la BCE.

La démission surprise de François Villeroy de Galhau en février 2026

L’ancien gouverneur de la Banque de France a surpris le monde politico-économique en annonçant en février qu’il quitterait son poste en juin 2026. C’est un an avant la fin prévue de son mandat de gouverneur de la Banque de France. En poste depuis 2015 et reconfirmé en 2021, Villeroy de Galhau avait notamment réorganisé la Banque de France en baissant ses effectifs (– 30 %).

De nombreux observateurs ont émis l’hypothèse d’une démission politique et stratégique. Selon eux, la démission du gouverneur, un an avant son terme prévu, vise à nommer un successeur avant les présidentielles de 2027. Face au risque d’une victoire du Rassemblement National, cette démission permettrait d’empêcher le futur président de nommer une personne de son choix. Certains accusent Emmanuel Macron de vouloir verrouiller les institutions.

Selon eux, le président abuserait de ses prérogatives institutionnelles. D’autres nominations viennent renforcer ces rumeurs et ces accusations. C’est notamment le cas de la nomination de la ministre du Budget, Amélie de Montchalin, à la tête de la Cour des comptes, ou encore celle de Richard Ferrand à la tête du Conseil constitutionnel.

À quoi sert la Banque de France aujourd’hui ?

Depuis l’instauration de l’euro, c’est la BCE et non les banques centrales qui décide de la politique monétaire. Cependant, la Banque de France participe directement à ces décisions. Son gouverneur siège au Conseil des gouverneurs, où sont fixées les orientations monétaires pour l’ensemble de la zone euro. Elle n’est donc pas une simple exécutante, mais un acteur à part entière du processus décisionnel.

Dans la pratique, elle joue un rôle essentiel dans la mise en œuvre de cette politique en France. Elle intervient auprès des banques commerciales, gère les opérations de refinancement et veille à la bonne transmission des décisions de la BCE dans l’économie française. Mais son rôle ne s’arrête pas là. Elle conserve des missions nationales importantes, notamment en matière de stabilité financière. À travers l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, elle supervise les établissements bancaires et s’assure de la solidité du système financier, contribuant ainsi à prévenir les crises.

Par ailleurs, la Banque de France est un acteur direct de la vie économique. Elle accompagne les entreprises en évaluant leur situation financière, aide les particuliers en difficulté via les procédures de surendettement et produit des analyses économiques indispensables aux pouvoirs publics comme aux acteurs privés. Elle joue également un rôle central dans la gestion des moyens de paiement et dans la mise en circulation des billets en euros. C’est elle qui fabrique les billets et fixe les taux du livret A.

 

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