Le phénomène climatique et cyclique El Niño se produit actuellement. Les météorologues prévoient qu’il sera plus extrême cette année puisqu’il s’ajoute au réchauffement climatique. Le Programme Mondial Alimentaire prévoit une augmentation d’environ 22% du nombre de personnes confrontées à la précarité alimentaire les prochaines années. Ainsi, le phénomène naturel a bien plus de répercussions que celui des années précédentes : précarité alimentaire, évènements climatiques extrêmes, répercussions sur le commerce mondial et sur la dépendance énergétique de certains pays… Nous t’expliquons dans cet article ce qu’est El Niño et en quoi il est un enjeu majeur actuellement.
El Niño, c’est quoi ?
El Niño est un phénomène climatique naturel caractérisé par un réchauffement inhabituel des eaux de surface dans le centre et l’ouest de l’océan Pacifique. Ce phénomène perturbe les conditions météorologiques aux quatre coins du monde. Il survient tous les 2 à 7 ans et dure de 9 à 12 mois. On appelle ça un phénomène océanographique cyclique. El Niño survient habituellement vers Noël, d’où son nom qui fait référence à Jésus et qui a été donné par des pécheurs d’Amérique du Sud. Il est associé à des zones de précipitations et de sécheresses et à des variations du niveau de la mer, mais aussi à des températures caniculaires à l’échelle mondiale.
Actuellement, on connaît déjà une hausse des températures mondiales moyennes à cause des émissions de gaz à effet de serre. Les évènements climatiques déclenchés par El Niño 2026 risquent d’être plus fréquents et destructeurs que les précédents puisqu’ils s’ajoutent aux émissions de gaz à effet de serre. De plus, un phénomène rare se produit actuellement : trois cyclones sont présents dans la zone du pacifique équatorial. Mais ils ne déclenchent pas de menaces pour la Terre. El Niño a des répercussions en Amérique du Sud et en Asie du Sud : sécheresses, inondations, fortes pluies… et tout cela à des conséquences sur les habitants de ces régions du monde.
Enfin, il existe aussi La Niña, qui est le contraire d’El Niño : les températures océaniques le long de la moitié orientale du pacifique tropical se refroidissent. De plus, ce phénomène dure plus longtemps qu’El Niño, de 9 mois à 2 ans.
Selon les prédictions météorologiques, El Niño revient en 2026 et s’étendra jusqu’au début 2027. Il est annoncé plus extrême que les précédents, causant des dommages sur les populations confrontées au phénomène et augmentant les inégalités.
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Faits historiques
Historiquement, le phénomène a déjà provoqué ou intensifié des sécheresses et des risques d’incendies en Amazonie, en Amérique centrale, en Indonésie et en Australie. Il a aussi provoqué des perturbations de la mousson en Inde et des pluies diluviennes dans l’est de l’Afrique. Nous nous concentrons sur l’Amérique centrale et latine, où il a déjà causé des dégâts. Il a effectivement provoqué un épisode de neige majeur dans le désert d’Atacama au Chili et au Pérou en août 2026, des précipitations diluviennes dans plusieurs pays d’Amérique du Sud et une diminution des quantités de phytoplancton dans l’océan Pacifique.
Tu peux retenir qu’El Niño 1997-1998 a causé plus de 3,5 milliards de dollars de dommages aux bâtiments, aux terres agricoles et à d’autres infrastructures. De plus, celui de 2015-2016 a eu des répercussions sur la sécurité alimentaire de 60 à 100 millions de personnes. Cela permet d’évaluer l’ampleur que « ce phénomène peut prendre lorsqu’il coïncide avec des situations de pauvreté, de conflit ou de fragilité économique ».
El Niño pays par pays
Couloir sec de l’Amérique Latine, passage d’El Niño
Le phénomène d’El Niño touche davantage certaines zones que d’autres. C’est le cas de certaines zones d’Asie et d’Afrique mais aussi de l’Amérique latine et des Caraïbes. En Amérique centrale, il existe un “couloir sec” particulièrement frappé par le phénomène. Le Salvador et le Panama sont des pays qui font partie de ce couloir sec. Ces deux pays ont d’ailleurs pris des mesures administratives exceptionnelles pour faire face aux conditions climatiques extrêmes. Dans cette région, entre juin et septembre, le temps est sec à cause du phénomène El Niño. Cela risque de nuire aux cultures en fin de campagne primera et en cours de campagne postera qui a lieu entre septembre et décembre.
Au Panama :
Le 25 août 2026, le Conseil des ministres (Consejo de Gabinete) a déclaré l’état d’urgence au Panama en raison de pluies et sécheresses intenses provoquées par El Niño. Cet état d’urgence permet de simplifier les procédures administratives pour prendre des mesures plus rapidement. Par ailleurs, il y a déjà eu une réduction du trafic dans le canal interocéanique du Panama. Le phénomène d’El Niño touche donc particulièrement ce pays.
Cependant, le pays met en place des actions concrètes pour faire face au phénomène. Le responsable du MIDA (Ministerio de Desarrollo Agrupecario) a précisé que l’institution avait déjà dépensé environ 1,2 million de dollars pour l’achat de machines, de médicaments, de compléments alimentaires pour le bétail et de pièces de rechange. Et il prévoit prochainement un entretien d’environ 200 points d’eau et de 30 mini-barrages dans les zones les plus vulnérables.
Au Salvador :
L’état d’urgence qui a été décrété au Salvador permet une surveillance des ressources en eau et des cultures, une identification des localités en situation d’urgence et un renforcement de la surveillance épidémiologique. En effet, un état d’urgence a été mis en place dans le pays, suite à une sécheresse généralisée et à un record de température mesuré en août dernier. Cela a causé une perte massive de récoltes dans le pays, mais aussi une baisse du niveau des sources d’eau. Cela représente 20% de perte de la production de la première récolte de céréales. Une aide alimentaire a donc été mise en place pour des foyers d’agriculteurs victimes de la sécheresse.

Au Pérou :
Un évènement marquant qui s’est produit au Pérou a eu lieu lors d’El Niño 1972-1973. La température des océans a grimpé en flèche au large des côtes péruviennes, entraînant la quasi-disparition de l’industrie de la pêche à l’anchois, essentielle pour le pays.
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Principaux risques du phénomène El Niño à court et long terme
Principaux risques à court et long terme
Il existe plusieurs risques et conséquences d’El Niño. Des risques à long terme et d’autres qui se produiront rapidement, dans les jours qui suivent El Niño et ses conséquences.
Les conséquences à court terme sont :
- prix de l’alimentation qui augmente,
- approvisionnement en énergie, avec comme exemple la Colombie
- perturbations au niveau commercial (exemple du canal de Panama)
À long terme, on peut noter comme conséquences :
- changement des secteurs d’investissement
- réduction des dépenses des gouvernements
- conditions financières durcies : les banques peuvent faire face à des manques de remboursement
- une productivité affectée par une augmentation des maladies
Le risque alimentaire :
Le risque le plus important d’El Niño est la famine. On prévoit que le phénomène El Niño 2026 sera risqué. Il peut entraîner des risques graves pour la production alimentaire, donc pour la sécurité alimentaire, et les moyens d’existence ruraux. Les agriculteurs, éleveurs pastoraux et autres petits producteurs subissent directement les conséquences. Les pertes de récoltes et interruptions de chaînes d’approvisionnement peuvent élever les prix de l’alimentation. C’est à cause des sécheresses, des inondations et des températures extrêmes que le prix des aliments risque d’augmenter.
Selon le Programme alimentaire mondial, le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë pourrait passer d’environ 225 millions à 274 millions, soit une augmentation d’environ 22%. De plus, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a estimé que l’Amérique centrale devrait être « probablement la région la plus touchée en termes d’augmentation relative de l’insécurité alimentaire ».
On peut citer le Honduras comme exemple pour le risque alimentaire. Effectivement, le sud et l’ouest du pays subissent des pertes de récoltes de maïs et de haricots. 80% du territoire est en état d’alerte.
Répercussions environnementales :

L’accumulation d’El Niño et du réchauffement climatique crée des évènements encore plus extrêmes et ayant des répercussions environnementales. Sècheresses plus graves, chaleurs plus extrêmes et risque plus grand d’incendies de forêts en font partie. Mais on observe aussi des pluies plus abondantes, des inondations et des vagues de chaleur marines dans certaines régions. Le Pérou, le Chili et l’Équateur subissent de fortes précipitations. Les États-Unis sont eux aussi touchés par des tempêtes hivernales. En Amazonie, El Niño a réduit les précipitations pendant la saison humide. Ainsi, le début de la saison sèche de 2016 a été plus aride. Enfin, une dernière répercussion environnementale notable due au phénomène se caractérise par des climats plus chauds et secs dans certains endroits et plus frais et humides dans d’autres.
Tu peux lire cet article sur les enjeux géopolitiques du réchauffement climatique pour approfondir le sujet.
Le risque qui pèse sur le commerce mondial :
5% du commerce international mondial passe par le canal de Panama. Or ce passage stratégique est confronté à la sécheresse à cause d’El Niño. Il n’y a pas assez d’eau dans le canal, donc il y a déjà eu une première réduction de passage de navires commerciaux et il y en aura une autre à la mi-septembre. De plus, les inondations et pénuries d’eau s’ajoutent à cela. Elles peuvent aussi perturber d’importantes routes commerciales et les chaînes d’approvisionnement.
Le risque financier :
Les dégâts causés par les conséquences du phénomène climatique El Niño se répercutent sur les budgets des pays d’Amérique centrale et latine. Les investissements, auparavant alloués à de meilleures infrastructures, à la technologie ou à l’éducation, seront maintenant dédiés à la nécessité de réparer les dommages causés par El Niño, par exemple à la reconstruction. Ainsi, une marge de manœuvre budgétaire limitée peut contraindre les gouvernements à réduire les dépenses, à augmenter les impôts et à accroître l’endettement.
Le Pérou, par exemple, a eu recours à des dérogations à la règle budgétaire et à une augmentation des dépenses publiques pour faire face aux graves dégâts causés par El Niño et mener à bien la reconstruction.
Enfin, les conditions financières plus dures dû au phénomène climatique affecteront les banques. Elles peuvent faire face à des manques de remboursement de prêts des personnes affectées par les phénomènes climatiques extrêmes.
Autres répercussions :
La menace sur l’approvisionnement en énergie est aussi un risque des conséquences d’El Niño. Les sécheresses réduisent le débit de l’eau dans les fleuves et cours d’eau, ce qui affecte la production d’énergie hydroélectrique et crée des dépendances énergétiques. On peut citer la Colombie comme exemple puisque ce pays dépend de la production hydroélectrique comme source d’énergie. El Niño affectera donc beaucoup la Colombie.
Au niveau sanitaire, une augmentation des maladies est plausible, ce qui peut réduire la main d’œuvre et donc causer une diminution de la productivité. L’exposition à la fumée des incendies provoqués par les sécheresses en est un très bon exemple.
Les prévisions futures d’El niño
Le phénomène qui arrive à la fin de l’année 2026 et au début de 2027 pourrait être « le plus puissant » observé depuis quatre décennies selon l’Organisation météorologique mondiale de l’ONU. Les météorologues prévoient qu’il se prolongera jusqu’en février 2027. Effectivement, El Niño est un phénomène cyclique, mais celui de 2026 a beaucoup de chances d’être le plus fort jamais enregistré depuis le début des mesures
Le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres a déclaré :
« Une course contre la montre se joue désormais entre l’aggravation des risques et notre détermination à agir pour le climat et à protéger les populations. C’est une course que nous devons gagner .»
On peut expliquer l’augmentation des températures mondiales par le fait que l’année après El Niño, la chaleur emmagasinée dans l’océan se libère dans l’atmosphère. Certains modèles climatiques prévoient que le cycle ENSO (El Niño Southern Oscillation) s’intensifiera à mesure que la planète se réchauffera. Cela entraînera des Niños encore plus chauds et humides et des Las Niñas plus secs, et aura des effets plus dévastateurs sur les communautés du monde entier.
Pour conclure, le phénomène climatique El Niño est aujourd’hui une menace pour l’environnement et certaines populations. Il cause des sécheresses, des inondations et de fortes pluies. Par conséquent, certains gouvernements de l’Amérique centrale et latine mettent en place des mesures pour affronter au mieux le phénomène, réduire les dégâts et gérer de manière efficiente la reconstruction.
Tu peux lire cet article pour en apprendre davantage sur les enjeux environnementaux en Amérique Latine.



