Illustration du chômage structurel français avec une carte de France enchaînée à un point d’interrogation.

Le chômage structurel est une réalité française qu’on ne peut ignorer. Le chômage structurel est un chômage de longue durée résultant de déséquilibres persistants sur le marché du travail, où les qualifications des travailleurs ne correspondent pas aux compétences demandées par les employeurs, ou la mobilité géographique est limitée. On ne peut l’expliquer par un manque de demande. Le taux de chômage « global » au sens de l’INSEE était d’environ 7,4% pour l’année 2024 en France. Qu’en est-il du chômage structurel français ?

Introduction

La crise du coronavirus a mis un terme à toute espérance de baisse du taux de chômage en dessous de la barre des 7 %. Ce seuil n’a pas été franchi depuis la crise des subprimes. En 2008, au moment où se font sentir les premiers effets de la crise des subprimes en France, le taux de chômage s’établit à 6,8 % en métropole. Soit 1,5 point de moins que le taux de chômage à 8,3 % de la population active mesuré par l’Insee à la fin de l’année 2019, après quatre années de baisses consécutives. Les retombées de la crise sanitaire et économique s’annoncent massives sur le marché de l’emploi en France.

Le taux de chômage devrait s’établir autour de 9,5 % de la population active fin 2020, contre 7,1 % à la fin du premier semestre. Outre la crise actuelle que nous avons traversé, la possibilité future d’un chômage frictionnel semble utopiste, ce qui signifie donc un chômage structurel.

La domination du chômage structurel en France

Selon les estimations des économistes de l’OCDE, la France connaît depuis 2008 un accroissement significatif de la part structurelle du chômage. En 2014, on l’estime à 9 points sur les 10 % de chômage. Certains des effets transitoires de la grande crise de 2008 se seraient ainsi « consolidés » dans le taux de chômage de long terme de la France. C’est l’effet d’hystérèse mis en évidence par O. Blanchard et L. Summers à propos du chômage européen des années 1990. L’effet d’hystérèse correspond à une situation dans laquelle le taux de chômage d’équilibre augmente durablement, alors que sa cause a disparu. Ainsi, après un choc, le chômage d’équilibre tend à augmenter avec le chômage effectif. Dès lors, un chômage conjoncturel peut se transformer en chômage de nature structurelle.

Le chômage structurel est un chômage de qualification

Les cadres ont un taux de chômage proche de 3,3 % en 2019, un niveau quasi frictionnel. Les professions intermédiaires connaissent une situation semblable, bien que légèrement moins favorable sur le plan de l’emploi. Leur taux de chômage en métropole s’établit à 4,7 %. On peut ainsi parler de plein emploi pour ces deux catégories. Ce n’est pas le cas du personnel le moins qualifié. Les ouvriers non qualifiés par exemple sont particulièrement touchés par le chômage, qui s’établit autour de 18 %. Le chômage français est donc un chômage de qualification : les moins qualifiés présentent un risque de chômage pouvant être six fois plus élevé que les cadres.

Le chômage est ainsi essentiellement un chômage de qualification et est lié à des évolutions longues du système productif français : la dynamique de l’emploi en France favorise les métiers très qualifiés d’une part et les métiers peu qualifiés de services difficilement remplaçables par les machines d’autre part. De plus, l’hypothèse du progrès technique biaisé développée par P. Krugman et prolongée par SRosen avec sa théorie de « l’effet superstar », qui favorise les plus qualifiés des salariés, permet également d’expliquer l’accroissement de leur part dans l’emploi français. Enfin, le paradoxe d’Andersen participe à ces évolutions de long terme de la structure des emplois. Il symbolise la hausse du seuil de qualification requis pour exercer une activité professionnelle,

Mais aussi un chômage d’âge

En  2019, le taux de chômage des jeunes de 15-24 ans, en France, était plus de deux fois supérieur à son niveau national. Ce taux de chômage élevé s’explique en grande partie par les disparités de qualification au sein de ce groupe. Les jeunes très qualifiés ont un niveau de chômage sensiblement équivalent au reste de la population. On note que les jeunes sortant de formation initiale sans diplôme sont les plus touchés. Or, la France est l’un des pays de l’OCDE avec le plus haut taux de décrochage scolaire. Dès lors, des mesures conjoncturelles ne pourront pas résorber durablement le chômage des jeunes sans qualification.

Le chômage structurel nait de rigidités institutionnelles

Les économistes libéraux défendent cette thèse. Le chômage classique involontaire est celui des rigidités institutionnelles, lié à l’existence d’un Code du travail trop complexe, ou encore de règles ralentissant le flux d’embauches et de licenciements. Jean Tirole affirme la responsabilité des institutions dans la création et le maintien du travail précaire. En protégeant plus les personnes qui sont en emploi avec un CDI par rapport à celles qui sont en emploi avec un CDD, c’est-à-dire en favorisant l’emploi stable et la fixité géographique, les institutions défavorisent les groupes qui s’insèrent difficilement sur le marché du travail, comme les jeunes ou les moins qualifiés.

C’est également ce que développe George Stigler en 1970 à travers sa théorie du Job Search. Sur le marché du travail, l’information n’est pas parfaite. L’accès à l’information suppose des coûts. L’autre difficulté est que la main d’œuvre est hétérogène, tout comme les offres d’emplois proposées par des entreprises. Selon lui, les homo-oeconomicus n’ont pas de préférence pour le loisir. Il n’existe pas d’arbitrage travail loisir mais les agents manifestent un arbitrage travail-travail. Ils arbitrent entre accepter un travail aujourd’hui et continuer à prospecter le marché du travail en espérant trouver un meilleur travail plus tard.

Tout système social, comme l’indemnisation chômage, encourage à la prospection du marché. Plus le taux de remplacement est élevé et plus la durée de l’indemnisation du chômage est longue. De sorte que, les chômeurs sont incités davantage à prospecter le marché. Ils mettent en place un chômage volontaire mais qui ne résulte pas d’une préférence pour les loisirs.

Les asymétries d’information comme cause du chômage structurel

C’est la théorie développée en 1975 par Costas Azariadis. Le chômage structurel s’explique par les asymétries d’informations entre chefs d’entreprises et salariés. En effet, il est dans la nature d’un chef d’entreprise d’aimer la prise de risques. Quand le salarié fuit le risque, le chef d’entreprise recherche le risque. Alors, de façon implicite et non contractuelle, le chef d’entreprise va accepter de se comporter à l’égard de ses salariés de la même façon qu’une compagnie d’assurance le fait à l’égard de ses adhérents. Le salarié fuit deux risques. Celui d’être licencié, et le risque de voir le salaire réel moins augmenter dans les phases de récessions et baisser dans les phases de dépressions.

La première recommandation des néoclassiques en temps de montée du chômage est la baisse du salaire réel. Pour Azariadis, l’entreprise ne peut pas garantir l’emploi. Il va garantir une augmentation constante du salaire réel quel que soit la phase du cycle Juglar. L’entreprise accepte alors dans la phase de dépression d’augmenter les salaires en termes réel.

Dans cette idée, tout le monde y gagne sauf les chômeurs. Le bien-être du chef d’entreprise ne s’est pas dégradé, le bien être des salariés est préservé relativement a ce qu’il en aurait été dans la phase de récession Juglar. Mais le problème est que le salaire devient incompressible à la baisse dans les phases de récession et dépression. Cela rend alors impossible l’intégration des chômeurs, les salaires continuant à augmenter. Cela va empêcher la résorption du chômage par la création d’emploi. Ainsi, Le marché du travail n’est pas autorégulateur à cause des comportements micro économiques rationnels des salariés et des chefs d’entreprises. En effet, ces derniers éloignent les chômeurs de l’emploi.

Lutter contre le chômage structurel

La composante structurelle du chômage français s’est accrue depuis 2008. Les recettes keynésiennes de la lutte contre le chômage conjoncturel ne présentent plus la même efficacité. Sur le court terme, il est vain d’attendre une décrue spectaculaire du taux de chômage. De plus, le seuil des 8,3 % en 2019 semble bien être indépassable sur un horizon de temps court.

On peut toutefois envisager une diminution progressive du taux de chômage sur le long terme. Cela doit se faire au prix de politiques structurelles coûteuses sur le plan électoral. De ce fait, le gouvernement et les décideurs politiques ont donc peu de chance de mettre en place ces politiques. On pense à la transformation du système de formation initiale et continue, la flexibilité accrue des règles encadrant l’emploi sur le marché du travail. Cela peut également passer par des modifications des modalités de prise en charge des chômeurs ou des incitations au changement de comportement de la part des employeurs vers des contrats de travail moins précaires, etc.

Cubes en bois formant le mot chômage illustrant le chômage structurel français
Une représentation simple mais parlante du chômage structurel français et de ses causes profondes.


Lutter contre le chômage

 

Conclusion

Le chômage structurel est aujourd’hui une réalité qu’on ne peut pas ignorer. Ces causes sont diverses comme la qualification de l’emplois, le niveau d’éducation ainsi que les rigidités qui peuvent exister sur le marché du travail. De nombreux économistes ont étudié ce phénomène afin de mieux le comprendre et de proposer des solutions durables. Parmi elles, l’amélioration de la formation et de l’apprentissage, la modernisation du marché du travail et un meilleur accompagnement des transitions professionnelles apparaissent essentielles. Réduire le chômage structurel, c’est permettre à l’économie française de retrouver un équilibre entre efficacité économique et cohésion sociale.