La rentrée des vacances de la Toussaint est là, il est donc crucial de se maintenir informé quotidiennement sur le monde anglophone ! Pour ceux qui n’auraient quand même pas suivi, revenons ensemble sur quelques annonces marquantes de ces dernières semaines.
États-Unis
Santé
UNE ANNONCE LOUFOQUE…
Robert F. Kennedy Jr., le secrétaire à la Santé américain [Health Secretary], serait sur le point de faire publier des recommandations inédites dans le domaine de la diététique. Selon les informations relayées par plusieurs journaux comme The Guardian, ces dernières, toujours non publiées lors de la rédaction de cet article, encourageraient les Américains à consommer plus de graisses saturées* [saturated fats].
*une forme de matière grasse qui peuvent augmenter le cholestérol, et souvent présente dans le beurre, la charcuterie, le fromage…
D’après le ministre de Donald Trump, ces mêmes graisses auraient été “diabolisées” [demonized] à tort pendant des années. Cette ‘diabolisation’ aurait entraîné une baisse de leur consommation, elle-même responsable d’une épidémie de maladies chroniques, notamment cardiovasculaires…
…ET UNE INVERSION DE LA RÉALITÉ
Mais la réalité est ici inversée. Il est vrai que la communauté scientifique n’a toujours pas démontré de lien de causalité (et surtout, de proportionnalité) formel entre la consommation de ‘saturated fats’ et le risque de contracter de telles maladies. Néanmoins, des chercheurs du Center for Science in the Public Interest ont récemment indiqué que la recherche tendait à pointer l’existence d’un tel lien.
Certains spécialistes continuent certes de relativiser le danger posé par les graisses saturées en elles-mêmes. Mais un consensus existe bien sur le danger de leur consommation en grande quantité. Les National Institutes of Health estiment qu’une consommation se voulant saine doit les maintenir en-dessous de 10% des sources quotidiennes de calories. Or la diète moyenne des Américains tend à dépasser cette limite, ce qui contribuerait aux problèmes endémiques de nutrition dans le pays (rappelons que, selon le Centers for Disease Control and Prevention, près d’un enfant américain sur cinq est aujourd’hui obèse).
Dès lors, les déclarations de “RFK Jr” sont scientifiquement fallacieuses. Pire encore, elles risquent de faire remonter la consommation de graisses saturées au sein de la population étasunienne. Si le Health & Human Services Department venait à publier une circulaire allant dans leur sens, cela marquerait de plus un brutal retour en arrière sur certains dossiers, comme l’alimentation scolaire. Le Healthy, Hunger-Free Kids Act of 2010 promulgué avec le soutien de Michelle Obama (alors First Lady) fut par exemple une avancée majeure dans la lutte contre les matières grasses dans la nourriture (généralement hypercalorique) servie dans les écoles américaines. Son héritage risque de se faire balayer dans un futur proche par les ambitions du nouveau secrétaire à la Santé…
Armée
RÉUNION AU SOMMET EN VIRGINIE
Donald Trump s’est rendu au début du mois à la base du corps des Marines situé à Quantico, en Virginie. Il était accompagné de Pete Hegseth, ministre de la défense auquel l’administration se réfère désormais comme “secrétaire à la Guerre” [Secretary of War]. Les deux hommes se sont succédé sur scène devant près de 800 amiraux et généraux réunis pour l’occasion (au mépris, d’ailleurs, des normes classiques de sécurité).
UN PETE HEGSETH DÉCOUSU…
Le second a d’abord annoncé la fin du “wokisme” au sein de l’armée américaine. Selon lui, les politiques des dernières décennies (notamment de diversité et d’inclusion) ont mené à la disparition de “l’esprit guerrier” [warrior ethos] parmi les troupes. Il compte le faire rétablir en changeant les règles d’engagement appliquées en situation de combat, pour une “létalité maximale” [maximum lethality]. Comprendre, jeter à la poubelle les principes édictés par les conventions de Genève.
L’ancien présentateur de Fox News a aussi annoncé partir en croisade contre la théorie du genre, les “dudes in dresses” (les ‘mecs en robe’) et vise à rétablir la discipline chez les soldats. Au menu : intensification des entraînements physiques (pour qu’il n’y ait plus de “gros” salissant l’image de l’armée, aussi bien parmi les soldats que parmi les officiers), interdiction de la barbe et des cheveux longs… ou encore fin des plaintes pour harcèlement en revoyant la définition du terme pour qu’il soit plus difficilement invocable. Tout un programme.
…ET UN DONALD TRUMP SURFANT SUR SES THÈMES FAVORIS
Quant au président américain, il a annoncé vouloir faire appel à l’armée sur des dossiers relevant de l’intérieur. Parmi eux : l’immigration illégale et la criminalité, notamment le trafic de drogue, désormais confondus par la rhétorique de l’administration. Il s’agit également de lutter contre ce que Trump perçoit comme une ‘gauche radicale’ [‘Radical Left’] qui disposerait d’une emprise sur de grandes villes des États-Unis. Il a laissé entendre que ces villes (traditionnellement démocrates et qu’il juge être devenues de véritables zones de non-droit où le crime et le chaos prospèrent) pourraient servir de terrains d’entraînements aux militaires.
Ces déclarations s’inscrivent dans la continuité des menaces proférées par Trump cet été, à la suite desquelles il avait déployé la Garde nationale dans les rues de Washington DC. Quelques jours plus tard, il décréta similairement la mobilisation de soldats pour ‘restaurer l’ordre’ à Portland et Chicago. D’autres cibles récurrentes du monde MAGA pourraient suivre : San Francisco, New-York, Baltimore, la Nouvelle-Orléans… Tout cela illustre la dérive autoritaire (longtemps annoncée) de l’administration présidentielle, qui cherche à mettre la pression sur l’opposition politique en s’attaquant à ses bastions.
International
UNE VIEILLE RIVALITÉ AMÉRICANO-VÉNÉZUÉLIENNE…
Il y a quelques jours, Pete Hegseth a annoncé le déploiement du porte-avions USS Gerald R. Ford au large des côtes latinoaméricaines. Un peu plus tôt dans le mois, le président Trump avait autorisé des opérations de la CIA en profondeur au Vénézuela. Ces décisions du gouvernement fédéral américain s’inscrivent dans un contexte de montée des tensions avec Caracas. L’administration Trump accuse régulièrement le Vénézuéla d’être un narco-État alimentant les flux de drogues vers les États-Unis. En août dernier, la procureure générale [Attorney General] Pam Bondi avait qualifié son président Nicolas Maduro de “menace à la sécurité nationale”.
Cela fait déjà plusieurs années que Washington a pour ambition de renverser le régime en place à Caracas pour rétablir la démocratie au Vénézuéla. Sous la première présidence de Donald Trump, cette ambition s’était finalement cantonnée à des sanctions économiques assorties d’une forte pression diplomatique. Mais le milliardaire fraîchement revenu à la Maison Blanche a remis le dossier sur la table. Intervention ou pas intervention ?
…À L’ORIGINE DE TENSIONS EN AMÉRIQUE LATINE
Depuis septembre, les États-Unis mènent ponctuellement des frappes contre des bateaux accusés d’appartenir à des cartels comme Tren de Aragua et de transporter de la drogue en mer des Caraïbes. Mais le déploiement naval important de la marine américaine dans la zone depuis la fin de l’été interroge. Plusieurs observateurs ont laissé entendre qu’une invasion du Vénézuéla serait à l’ordre du jour. Des experts militaires tendent à nuancer cette hypothèse en soulignant que les forces américaines actuellement déployées ne suffiraient pas à mener une intervention terrestre à grande échelle visant à détrôner Maduro. Une explication plus réaliste de cette mobilisation récente de ressources dans la zone Caraïbes serait que l’administration Trump projetterait de mener d’ici les prochaines semaines des frappes directes sur le sol vénézuélien.
Cela rejoindrait les déclarations du sénateur (républicain) de Caroline du Sud Lindsey Graham qui a affirmé dans l’émission Face the Nation qu’un briefing des membres du Congrès sur de “futures potentielles opérations militaires à venir” serait tenu à la Maison Blanche prochainement, et que des frappes terrestres étaient une “réelle possibilité”. Dans le magazine d’information 60 Minutes, l’ancien gouverneur de Floride (2011-2019) et actuel sénateur Rick Scott a pour sa part indiqué que les jours de Maduro étaient “comptés”. Les États-Unis considèrent traditionnellement que le Venezuela fait partie de leur aire d’influence naturelle, une vision héritée de la doctrine Monroe du XIXème siècle.
“If I was Maduro, I’d head to Russia or China right now. […] Something’s gonna happen.”
– Rick Scott
Démocratie
NOUVELLE JOURNÉE DE MANIFESTATIONS MASSIVES CONTRE L’ADMINISTRATION TRUMP
Des millions d’Américains sont sortis dans la rue le 18 octobre dernier pour manifester contre l’érosion démocratique provoquée par l’administration Trump, dans le cadre de nouvelles manifestations ‘No Kings’ (après celles organisées en juin). Les chiffres avancés concernant le nombre de personnes présentes (de 5 à 7 millions) en feraient l’une des manifestations tenues en une seule journée les plus massives de l’histoire américaine.
LE FANTASME TRUMPISTE D’UN TROISIÈME MANDAT PRÉSIDENTIEL
Les craintes affichées par les citoyens mobilisés le 18 au sujet d’une éventuelle accaparation du pouvoir par le mouvement MAGA ont par ailleurs reçu une nouvelle raison d’être. Dans une interview donnée à The Economist, Steve Bannon, un ancien conseiller de Donald Trump et stratège de sa campagne de 2016, a affirmé haut et fort que le milliardaire obtiendrait un troisième mandat en 2028. Cela irait à l’encontre du 22ème amendement de la Constitution, qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux par individu. Mais Bannon, l’un des gourous historiques de l’alt-right, a expliqué qu’il existait des façons de contourner la règle. Il invoque en particulier la volonté du peuple américain, qui surpasserait selon lui la Constitution dans le cas où Trump se voyait de nouveau réélu.
L’ambition d’obtenir plus de deux mandats présidentiels n’est pas nouvelle chez Donald Trump et ses partisans. Toutefois, le principal intéressé a pour habitude, depuis sa réélection l’an dernier, de maintenir le flou sur ses intentions réelles pour 2028. Gavin Newson, gouverneur démocrate de Californie et candidat hypothétique à l’élection présidentielle, n’en reste pas moins “très inquiet”. Selon lui, le président prend la température au sein de l’opinion et de la classe politique en laissant des déclarations comme celles de Bannon sortir publiquement. Le but serait de jauger la réaction des uns et des autres pour déterminer si une pirouette constitutionnelle est vraiment faisable. Il est en effet fort probable que, si une ouverture (notamment juridique) venait à apparaître pour rester au pouvoir d’une façon ou d’une autre, Donald Trump et son entourage s’y engouffreraient sans hésitation. Mais seul l’avenir pourra le confirmer…
Parti démocrate
Le Parti démocrate fonctionne toujours sans leader clairement désigné depuis sa déroute aux élections de 2024. Il est sous le feu des critiques depuis le retour de Trump au pouvoir, car jugé inefficace (voire transparent) dans sa réponse aux mesures radicales de l’administration présidentielle. Autrement dit, il semble peiner à fonctionner en tant qu’opposition politique, et donc comme contre-pouvoir. Après presque un mois de shutdown total (le plus long de l’histoire des États-Unis), les élus démocrates au Congrès ne parviennent pas non plus à trouver un terrain d’entente sur le budget 2026 avec leurs homologues du Parti républicain. Le pays est bloqué.
Kamala Harris, candidate malheureuse à la présidence l’année dernière, fait pour sa part son retour sur la scène médiatique. Elle utilise en effet la sortie de son livre relatant sa courte campagne électorale, dont la durée a inspiré le titre 107 Days, pour réapparaître publiquement après des mois de relative discrétion. Si l’ancienne vice-présidente a ouvertement exclu de briguer le poste de gouverneur de Californie (son État d’origine) en 2026, il semblerait qu’elle n’ait pas pour autant tiré un trait définitif sur sa carrière politique. Dans une interview à la BBC, elle a déclaré “I am not done” [“Je n’en ai pas terminé”]. Elle a également explicitement sous-entendu qu’elle pourrait devenir le 48ème président des États-Unis. Cependant, les sondages sont pour le moment loin de la donner favorite lors des prochaines primaires démocrates.
Royaume-Uni
Sécurité & Police
Le gouvernement Labour a annoncé une modification des règles disciplinaires pour les forces de police en Angleterre et au Pays de Galles. Il sera désormais plus dur pour un juge de condamner pénalement un policier pour usage de force excessif. Une telle décision nécessitera dorénavant une certitude absolue du tribunal que l’agent a abusé de son autorité, sur la base du principe du bénéfice du doute (‘beyond reasonable doubt’) en droit pénal.
Cette annonce gouvernementale intervient suite aux poursuites intentées contre le policier responsable de la mort de Chris Kaba, un citoyen britannique membre d’un gang londonien abattu alors qu’il tentait d’échapper à un contrôle. Le policier, accusé de meurtre, fut finalement relaxé en octobre 2024. Toutefois, le principal syndicat de police du Royaume a affirmé qu’il n’aurait jamais dû avoir à s’expliquer devant un tribunal (la nécessité de recourir à la légitime défense étant selon lui évidente dans le cas Chris Kaba). Des craintes existaient que cette affaire judiciaire fasse démissionner des agents de la police armée, ce qui rendrait beaucoup plus difficile la protection de villes comme Londres.
Plusieurs associations de défense des droits humains, dont Amnesty International, se sont plaintes de cette décision. Elles affirment que cette mesure affaiblit les mécanismes de contrôle de la police, en augmentant le risque que des agents responsables d’abus n’aient jamais à répondre de leurs actes. Des représentants de l’ONG Inquest ont déclaré qu’elle mettait en péril l’État de droit [rule of law] au Royaume-Uni.
Famille royale
Le prince Andrew, duc de York et fils d’Elizabeth II, a annoncé qu’il renonçait à tous ses titres de noblesse, après des discussions avec le roi Charles III. Dans un communiqué, il a déclaré que les accusations à son encontre “détournent l’attention du travail de Sa Majesté et de la famille royale”. Il conservera toutefois son statut de prince.
Cette annonce s’explique par l’intensification de la pression publique sur Andrew en raison de ses liens avec le délinquant sexuel Jeffrey Epstein. Bien qu’il affirme n’avoir commis aucun crime, sa réputation en reste profondément ternie. Le retrait de ses titres marque une nouvelle étape dans son isolement au sein de la monarchie, le roi cherchant à protéger la crédibilité de l’institution face à un scandale très handicapant.
Irlande
Catherine Connolly, candidate indépendante de gauche (soutenue par une alliance inédite de partis progressistes, dont le Sinn Féin) a remporté l’élection présidentielle irlandaise avec 63 % des voix. Elle promet d’utiliser sa position pour promouvoir la paix, la neutralité géopolitique de l’Irlande, la justice sociale ou encore la lutte contre le réchauffement climatique. Elle deviendra à la mi-novembre le chef d’État d’un pays marqué par une grave crise du logement et la montée de l’extrême droite.
Sa victoire constitue un revers de taille pour les partis de centre-droit actuellement au pouvoir (en Irlande, le rôle de président est honorifique ; le pouvoir réel est majoritairement détenu par le Taoiseach, l’équivalent irlandais d’un ‘premier ministre’). Cette défaite cinglante – la candidate centriste a terminé loin derrière Connolly, avec seulement 29% des voix – illustre le mécontentement croissant de la population irlandaise envers l’establishment. Celui-ci est fortement critiqué pour n’avoir pas su apporté de réponse adéquate aux différentes crises ayant frappé l’île ces dernières années.
Connolly est par ailleurs favorable à la réunification de la République d’Irlande et de l’Irlande du Nord. Son septennat sera peut-être celui d’avancées en matière de rapprochement entre les deux Irlandes, d’autant plus que trois Irlandais sur cinq (au Nord comme au Sud) jugent essentiel de s’y préparer. Rappelons que le Sinn Féin, parti républicain* central dans l’histoire de l’Irlande depuis un siècle, est parvenu pour la première fois au pouvoir à Belfast en 2024…
*républicain (ou nationaliste) par opposition à unioniste, c’est-à-dire les Irlandais loyaux au gouvernement britannique à Londres
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