Donald Trump est l’un des présidents américains les plus clivants de l’histoire contemporaine. Réélu en novembre 2024 pour un second mandat, il incarne une forme de politique qui dépasse largement le cadre partisan habituel. Pour ses partisans, il est un sauveur. Pour ses détracteurs, il représente une menace pour les institutions démocratiques américaines. Ce fossé illustre une réalité profonde : Trump n’est plus seulement un président américain, il est devenu un phénomène culturel et religieux.
La tentative d’assassinat du 13 juillet 2024 à Butler, en Pennsylvanie, a encore renforcé cette dimension. En survivant à huit coups de feu, Trump a vu son image se transformer aux yeux d’une partie de la population. Il n’était plus seulement un homme politique. Il était l’élu, celui que Dieu aurait protégé pour accomplir sa mission. Comment cette rhétorique messianique s’est-elle développée aux États-Unis ? Et quels risques fait-elle peser sur la démocratie américaine ?
La tentative de meurtre du président américain
Last 13th of July, the controversial ex-president of the USA almost died during a rally in Pennsylvania. In the aftermath of this traumatic event – both for American people and the once presenter of The Apprentice – it turned out that it worked in his favor more than expected.
Lors d’un meeting qu’il donnait dans la ville de Butler en Pennsylvanie, Donald Trump a été visé par des tirs. Identifié comme Thomas Matthew Crooks, le tireur est un jeune homme de 20 ans, qui a ouvert le feu avec un fusil de type AR-15 depuis le toit d’un bâtiment voisin. Huit coups de feu ont été tirés, l’un d’eux frôlant Trump à l’oreille droite. Une personne dans le public a été tuée et deux autres ont été grièvement blessées, avant que l’assaillant ne soit neutralisé par l’équipe de tireurs d’élite du Secret Service sur place. Ces faits dramatiques, qui se sont déroulés dans le cadre pourtant extrêmement sécurisé et précautionneux de la campagne du nouveau président des États-Unis, ont beaucoup posé question.
En effet, cet événement est rapidement devenu la source d’un nombre illimité d’articles parus dans les médias du monde entier et sur les réseaux sociaux, émettant toutes sortes d’hypothèses à son encontre. Accident ? Coup monté ? En tout cas, nombreux sont ceux qui l’ont présenté comme une victime ayant survécu à une tentative d’assassinat grâce à la volonté de Dieu, un messie en quelque sorte. Il est perçu comme l’homme ayant été sauvé de la mort pour accomplir une seule et unique mission : remettre les États-Unis sur la bonne voie.
Il est clair que Trump est soudainement apparu comme le futur Président idéal pour beaucoup. Cette croyance selon laquelle un homme ou une femme pourrait « sauver » un pays de l’effondrement s’est récemment répandue dans de nombreux pays, rendant difficile d’échapper à la polarisation actuelle des partis politiques. But are citizens, most particularly Americans, drawn to charismatic demagogues who promise salvation for one another?
Donald Trump est déjà perçu comme un personnage quasi messianique par une partie de l‘extrême droite (far-right-wing), notamment parmi les théoriciens du complot (conspiracy theorists). Le fait qu’il ait survécu à cette tentative d’assassinat lui a donné un air de personne sous protection divine née pour protéger le peuple américain. Il est passé du rang de leader politique à celui de sauveur (savior-like character) indispensable à la prospérité des États-Unis pour bon nombre de personnes.
Tout comprendre à la place de la religion dans la politique de Trump
Le président américain, messianisme et menace pour la démocratie?
There are growing concerns about this rise of “messianism” in the great power, highly endangering democracy. Indeed, the messianic narratives have become more and more common, popularized by some movements such as QAnon and the Proud boys that have been backing up the former president during key events like the Capitol attack.
QAnon et les Proud Boys sont deux mouvements influents dans l’extrême droite américaine, particulièrement visibles depuis les années 2010 et lors des élections américaines de 2020. QAnon est une théorie du complot née sur les forums en ligne. Elle affirme qu’un groupe d’élites mondiales, souvent liées au monde politique, aux médias et à Hollywood, est impliqué dans des activités criminelles secrètes, notamment le trafic d’enfants. Ses partisans croient qu’un personnage mystérieux, nommé Q, partagerait des indices pour révéler la « vérité » et que le Président Donald Trump serait un héros luttant contre cette conspiration.
Les Proud Boys sont quant à eux un groupe de milice d’extrême droite formé en 2016, prônant un nationalisme américain virulent et parfois violent. Connus pour leurs affrontements avec des manifestants de gauche, ils défendent des valeurs perçues comme « traditionnelles » et se présentent comme défenseurs de la liberté d’expression. Ils ont notamment été associés aux émeutes du Capitole en janvier 2021, et certains membres ont depuis été arrêtés pour leur rôle dans ces événements.
D’ailleurs, savoir que le peuple américain en a fait l’expérience et qu’il vient de réélire Trump pour un second mandat pose question. Les Américains semblent être plus touchés par les belles paroles (style over substance) de l’ex-Président qu’intéressés par la démocratie. C’est pourquoi la hausse de popularité de Trump due à sa survie participe d’une minimisation des risques que comporte le populisme (populism) et d’une glorification d’un homme qui promet tout au peuple américain. Plus Trump est mis en accusation par la justice, plus il est populaire auprès de ses partisans. Ce qui conduit à un soutien aveugle de ses actions, même si elles entrent en conflit avec les valeurs démocratiques et mettent en danger les fondements du régime politique américain.
Penser qu’un homme politique à lui seul pourrait tout résoudre peut, sans l’ombre d’un doute, amener à la dégradation des institutions démocratiques et encourage l’autoritarisme (authoritarianism). Cela entraîne également l’érosion du système de poids et contrepoids (Check and Balance System) censé garantir la séparation et l’équilibre des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire aux États-Unis.
Le messianisme politique, un phénomène mondial
Le messianisme politique ne se limite pas au président américain Donald Trump. C’est un phénomène mondial qui touche plusieurs grandes démocraties depuis une décennie. Au Brésil, Jair Bolsonaro a utilisé la même rhétorique divine. Il se présentait régulièrement comme un chrétien choisi par Dieu pour sauver le Brésil du communisme. En Inde, Narendra Modi est perçu par une partie de ses partisans comme une figure quasi religieuse incarnant la renaissance hindoue. En Turquie, Recep Tayyip Erdogan a progressivement construit une image de défenseur de l’islam sunnite face aux élites laïques.
Ce phénomène révèle une tension profonde dans les démocraties contemporaines. Quand les institutions traditionnelles perdent la confiance des citoyens, le terrain devient fertile pour des figures providentielles qui promettent des solutions simples à des problèmes complexes. Trump, Bolsonaro, Modi et Erdogan ont tous su exploiter ce besoin de certitude dans un monde perçu comme chaotique. Le cas du président américain est cependant unique par son ampleur médiatique et son impact sur la première démocratie mondiale.
Le président américain Trump en 2025 : messianisme et exercice du pouvoir
La réélection du président américain en novembre 2024 n’a pas mis fin à la rhétorique messianique. Elle l’a au contraire institutionnalisée. Dès son discours d’investiture du 20 janvier 2025, Trump a déclaré : “I was saved by God to make America great again.” Il a signé une série de décrets en rafale dès son premier jour au pouvoir, présentant chacun d’eux comme une “restauration” de l’Amérique. La relance des exécutions fédérales, la suppression des programmes DEI, le retrait des accords climatiques de Paris : autant de mesures présentées non pas comme des choix politiques mais comme des vérités morales incontestables.
Cette rhétorique du “sauveur” a des conséquences concrètes sur le fonctionnement des institutions. Le président américain a multiplié les attaques contre le pouvoir judiciaire, qualifiant les juges qui bloquaient ses décrets d'”ennemis du peuple”. Il a tenté de contourner le Congrès par des décrets exécutifs sur des sujets normalement du ressort législatif. Il a nommé des personnalités loyales à sa cause à des postes clés de l’administration, réduisant les contre-pouvoirs institutionnels.
Le Check and Balance System, pilier de la démocratie américaine depuis 1787, n’a jamais été autant mis à l’épreuve par un président américain. Pour ses partisans, Trump accomplit simplement sa mission divine. Pour ses opposants, il incarne la tentation autoritaire que les Pères Fondateurs avaient précisément voulu prévenir en construisant ce système de freins et contrepoids.
Vocabulaire utile sur ce thème
| Français | Anglais |
|---|---|
| Président américain | American president |
| Tentative d’assassinat | Assassination attempt |
| Messianisme | Messianism |
| Homme providentiel | Providential figure |
| Populisme | Populism |
| Démagogue | Demagogue |
| Extrême droite | Far-right wing |
| Théorie du complot | Conspiracy theory |
| Théoricien du complot | Conspiracy theorist |
| Menace pour la démocratie | Threat to democracy |
| Autoritarisme | Authoritarianism |
| Séparation des pouvoirs | Separation of powers |
| Poids et contrepoids | Check and Balance System |
| Partisans | Supporters |
| Milice | Militia |
| Nationalisme | Nationalism |
| Liberté d’expression | Freedom of speech |
| Assaut du Capitole | Capitol attack |
| Fusil semi-automatique | Semi-automatic rifle |
| Tireurs d’élite | Elite snipers |
| Sauveur | Savior |
| Homme élu | Chosen one |
| Intervention divine | Divine intervention |
| Érosion de la démocratie | Erosion of democracy |
| Contre-pouvoirs | Checks and balances |



