À l’instar du thème de 2020, la notion au programme pour l’épreuve de Culture Générale 2026 se conjugue à l’infinitif : il s’agit de “Juger”. Nous vous présentons ici quelques éléments introductifs sur cette notion, dont vous trouverez nombre d’analyses détaillées ici.

Un mot sur les lectures estivales

En guise de lecture introductive pour l’été – qui peut néanmoins vous suivre et vous assister durant l’ensemble de l’année et jusqu’aux écrits -, nous vous conseillons vivement de vous procurer un manuel sur la notion. Si l’édition importe peu, il est néanmoins essentiel qu’il comporte des extraits de textes (philosophiques et littéraires), si possible commentés. Vous contenter de cours sans références précises sera tout bonnement inutile ; vous devez donc impérativement travailler des extraits directement. Il peut donc être utile de vous plonger dans la lecture d’oeuvres relativement courtes durant ces semaines de pause, dont vous trouverez des suggestions dans cet article.

Il ne faut pour autant vous épuiser : la priorité de l’été, et nous nous permettons d’insister sur ce point, est de vous reposer, pour arriver suffisamment frais en vue du marathon qui commencera en septembre. Il est en effet absolument essentiel de ne pas vous fatiguer outre-mesure dès l’été, une grande partie des concours se jouant sur l’énergie physique, mentale et morale qu’il vous reste en fin d’année.

Si vous souhaitez cependant faire des lectures, allez-y, mais rentabilisez-les. Autrement dit, abordez les oeuvres en les annotant, voire en les fichant si nécessaire. Surtout, demandez-vous toujours quelle conception du verbe “juger” elles présentent, et les difficultés que cela pose, la première étant de comprendre la différence entre l’acte de juger et son résultat.

“Juger” : l’infinitif et le substantif

Du verbe au nom : juger, ce n’est pas le jugement

La première difficulté de votre nouvelle notion vient en effet moins de sa définition que de sa forme grammaticale : il s’agit d’un verbe. L’enjeu est donc d’abord de le distinguer de son substantif : l’acte de juger  n’est pas le jugement en lui-même. Autrement dit, vous devrez d’abord vous intéresser non pas à ce qui est produit dans le jugement, c’est-à-dire le résultat final, mais à l’activité qui permet, ou non, d’en produire un.

Evidemment, le terme de jugement sera important cette année, et même fondamental ; vous devrez savoir le définir, le décliner et le problématiser. Mais pour ce faire, il faut comprendre ce qui engendre un jugement, c’est-à-dire le mécanisme qui le sous-tend. Le point de départ doit donc consister à se demander en quoi consiste l’acte de juger.

Si vos cours de l’année auront pour principe fondamental de vous faire réfléchir constamment à la définition même de “Juger”, il faut néanmoins se constituer une première définition de travail, qui permettra de guider vos premières réflexions et de poser un ensemble de problèmes initiaux. Cette définition peut être tout simplement celle-ci, qui englobe les jugements logiques : juger, c’est attribuer un prédicat à un sujet.

Tout l’enjeu sera alors de problématiser cette attribution, et de comprendre au nom de quoi, et selon quelle(s) norme(s), attribue-t-on un prédicat P à un sujet S. Mais il faut d’abord comprendre ce qu’on entend par “sujet” et “prédicat”.

Sujet et prédicat : la logique du juger

Prenons un exemple très simple pour expliciter – celui d’Aristote lui-même dans son Organon. Lorsque je dis “ce chien est beau” (“S est P”), j’attribue à un sujet S (le chien) le prédicat “beau” (P). Autrement dit, en jugeant que ce chien est beau, je considère que je peux créer un lien entre la notion de beauté et ce chien présent. Juger consiste donc à établir un lien entre deux entités, en déterminant une qualité du sujet : j’affirme qu’une entité a X ou Y qualité, c’est-à-dire que je dis (ou en tout cas pense dire) quelque chose du réel. Le problème est alors de savoir en vertu de quoi je peux associer cette qualité au réel, ce qui soulève deux enjeux.

Les deux enjeux du “juger” : connaissance et réalité

Premier enjeu : juger sans préjuger

D’abord, il faut d’emblée savoir ce qu’est la beauté (ou du moins s’en faire une idée) pour juger qu’un chien est beau : autrement dit, je dois posséder le concept de beauté pour qu’il soit opérationnel. Si l’on généralise, cela signifie que je ne peux juger qu’à condition d’être en capacité de comprendre pourquoi je juge ainsi. Juger ne peut donc se faire en préjugeant : la définition logique de “juger” se distingue de sa définition épistémologique. Autrement dit, il ne suffit pas de créer un lien entre un sujet et un prédicat pour connaître : il faut être en mesure de justifier ce lien, c’est-à-dire de rendre raison de la méthode qui nous autorise à décrire le réel de cette manière.

Les Grecs appelaient ainsi savoir (episteme) le jugement passant par la médiation de la raison (logos), qui s’oppose à l’opinion (doxa), ou encore à la croyance. Platon dénonce fameusement, dans le Théétète, le danger des sophistes qui jugent du réel sans s’armer de raisons scientifiques valides, et qui se contentent donc de juger sans pour autant connaître. La doxa est ainsi du côté de l’immédiateté, de la passion, de la persuasion (et pose donc des dangers moraux et politiques, puisqu’elle peut mener au dogmatisme et à la démagogie). Le savoir, lui, est rationnel, parce qu’il a pour médiation (c’est-à-dire pour outil) le raisonnement : autrement dit, il convainc plutôt qu’il ne persuade.

Or, comment s’assurer qu’on est un véritable sage, et non un sophiste, qui juge le réel sans pour autant s’y reporter ? Autrement dit, comment s’assurer que l’on juge véritablement de ce qui est, sans être empreint de préjugés – puisque pour se défaire des préjugés, il faut bien déjà savoir que l’on en a ?

Deuxième enjeu : fonder le jugement

On touche donc ici à un second enjeu de votre programme, qui est celui du rapport entre la logique du juger et la consistance ontologique du jugement. Il se découpe en deux questions principales :

  1. Suffit-il de bien juger, c’est-à-dire de juger logiquement, pour dire le réel ?
  2. Lorsque je juge, comment m’assurer du fait que je juge bien, c’est-à-dire juger de mon propre jugement ?

Il ne faut en effet pas confondre l’aspect logique de l’acte de juger et l’aspect ontologique de son résultat, c’est-à-dire le caractère réel, ou non, du jugement. Ce n’est pas parce que mon jugement est logique qu’il est vrai : ce qui est valide n’est pas nécessairement vrai, comme le montre l’exemple canonique du syllogisme. Autrement dit, juger, même bien, ce n’est pas encore connaître : la question est alors de comprendre comment juger à la fois de manière valide et de manière vraie.

Emerge alors un nouveau problème. Car pour vérifier la véracité de mon jugement, je dois bien juger de la manière dont j’ai jugé : or, il me faut des normes pour cela, c’est-à-dire des critères qui établissent la validité d’un jugement. Pourtant, ces critères eux-mêmes font l’objet d’un jugement : mais comment savoir qu’ils sont eux-mêmes valides ? Le problème est donc, in fine, de comprendre comment fonder le jugement lui-même : qu’est-ce qui m’autorise, fondamentalement, à juger ? Ce geste implique de m’assurer que le sujet que je suis est bien en mesure de porter un jugement sur le réel. C’est ce qu’on appelle l’enjeu transcendantal, qui interroge donc la place du sujet au sein d’un monde qu’il est porté à juger, mais que sa pensée ne peut néanmoins pas pour autant connaître.

Le “juger” de la pensée : raison et sujet transcendantal

Du penser au juger : l’enjeu transcendantal

Du rationalisme à la phénoménologie, en passant bien sûr par l’idéalisme transcendantal kantien, la question du sujet qui juge est fondamentale au sein de la réflexion moderne sur l’acte de juger. On appelle transcendantal ce qui désigne et interroge les conditions de possibilité de la connaissance et de l’expérience du monde. Le transcendantal est donc, comme l’écrit Kant dans la Critique de la raison pure, ce qui livre “la pierre de touche” de nos connaissances, c’est-à-dire la valeur de nos jugements sur le monde. Autrement dit, juger n’est possible qu’à condition d’interroger ce que fait et peut faire le sujet transcendantal, ce qui exige donc un retour du sujet sur lui-même pour mener son “tribunal” (préface de la Critique de la raison pure) : il faut juger le jugeant pour savoir ce qu’il peut juger !

Pourtant, on l’a dit, juger n’est pas seulement connaître : les jugements de fait (“c’est vrai”, “cela existe”) ne sont pas les jugements de valeur (“c’est beau”, “c’est bien”). L’enjeu transcendantal, et donc la question de savoir à quel point l’acte de juger est fondé, ne concerne donc pas seulement le domaine épistémologique, mais s’étendra, comme le montrent les trois critiques de Kant, à la métaphysique (Critique de la raison pure : que puis-je savoir ?), à la morale (Critique de la raison pratique : que dois-je faire ?) et à la beauté (Critique de la faculté de juger : que dis-je quand je juge que “c’est beau” ?).

Critique des diverses facultés de juger : la panoplie des domaines du jugement

Vous devrez ainsi vous demander ce qui fonde le jugement de connaissance, mais aussi ce qui donne sa légitimité aux jugements moraux et esthétiques : sont-ce des normes sociales, conventionnelles, ou est-ce de l’arbitraire, voire de l’irrationnel ? Doit-on nécessairement fonder chacun de nos jugements en raison, ou n’y a-t-il pas des domaines du réel qui ne se donnent pas à l’abstraction du raisonnement, mais plutôt à la sensibilité, voire à l’intutition ?

Il s’ensuit en effet qu’il faut distinguer le juger visant à dire le vrai du juger portant sur le réel, puisque certains jugements ne sont pas de l’ordre du démontrable. Juger que Dieu existe, par exemple, est ce que Pascal nomme une vérité du coeur, et non de la raison, dans ses Pensées  A ce titre, la foi, qui est un type de jugement au même titre que la connaissance, ne se démontre pas, – et c’est également le cas, pour Pascal, de la validité d’un axiome mathématique !

De même, juger qu’un morceau de musique classique est beau tandis qu’une pièce de rap ne l’est pas, avancera Bourdieu, est d’abord conditionné par notre classe sociale, et non par un sentiment esthétique qui serait universel, c’est-à-dire universalisable. Le sujet transcendantal peut-il alors ne serait-ce qu’exister, c’est-à-dire établir une assise solide sur laquelle bâtir les axiomes de tout jugement qui se donnerait comme vrai ? A-t-on suffisamment d’objectivité pour se juger en tant que sujet, ou ne doit-on pas douter de tout, y compris de nos propres jugements ?

Puis-je me juger comme je juge du monde ? Juger de soi-même

Le doute radical d’un Descartes ou l’épokhé d’un Husserl nous appellent en effet à suspendre notre jugement afin d’épurer notre perception de tout ce qui nous entoure. Pour épurer le sujet de l'”attitude naturelle” (Husserl, Méditations cartésiennes) qui l’empêche de juger le monde tel qu’il est, il faut ainsi procéder à un retour sur soi-même : or, il n’est pas évident que celui-ci soit possible, que le sujet puisse se décorréler radicalement de tout ce qui l’entoure.

On peut en effet considérer que tout acte de juger, même lorsqu’il se vise soi-même, est conditionné par l’extérieur : je ne suis pas un sujet à part dans le monde, qui peut s’abstraire de celui-ci, mais un objet comme tous les autres. Je serais donc toujours parasité par ce qui m’entoure, manquant alors d’objectivité dans mon jugement : si je peux certes dédoubler ma conscience pour qu’elle opère un jugement réflexif sur elle-même, je reste pour autant juge et parti, objet et sujet.

Les conditions qu’exige ainsi Descartes dans ses premières Méditations métaphysiques afin de s’abstraire du monde pour fonder le jugement ne peuvent donc être réunies. Je ne suis pas un seul esprit qui juge au-delà de la matière “comme un pilote dans son navire” (Méditation VI), mais une union d’étendue et de conscience, de corps et d’âme, qui juge toujours à partir de sa sensibilité, quand bien même son esprit juge qu’il existe parce qu’il pense, et d’abord parce qu’il pense. C’est le fameux cogito ergo sum, que nous vous expliquons en détail ici.

Si chez Descartes, la science est donc fondée par la réalisation du sujet qui juge qu’il existe en tant qu’il juge (puisqu’il faut toujours une entité pour juger, donc cette entité existe nécessairement), comment fonder la validité des jugements qui ne font pas l’objet de la science, comme ceux du droit ou de la morale, c’est-à-dire la justice ? Existe-t-il réellement un tiers, qui incarnerait la rationalité dans toute son impartialité, qui puisse juger objectivement pour arbitrer les conflits légaux et moraux ? Autrement dit, peut-on juger en se défaisant de toute norme sensible, pour ne garder que le pur respect de la loi positive ou morale, alors même que tout jugement implique de trancher selon une prise de parti ?

Le “juger” du juge : justice et droit

La norme du droit : juger, c’est évaluer à l’aune d’une règle

Après ses enjeux épistémologique et métaphysique, la réflexion sur la notion “juger” exige donc de se demander comment la norme qui dirige la justice au sens légal et moral, c’est-à-dire la loi, peut être à la fois trouvée, fondée et respectée. Cela revient donc à se demander ce qu’est la justice, comme le fait Platon au livre I de la République. Juge-t-on qu’une chose est juste parce qu’elle est naturelle, comme le commande la doctrine du droit naturel jusqu’au XVIIè siècle, ou faut-il au contraire fonder le jugement de droit seulement de manière positive, c’est-à-dire par la raison, le problème étant alors de chercher ce qui légitimerait le choix d’un principe plutôt qu’un autre ?

Ces questions, posées notamment par les grands contractualistes des XVIIe et XVIIIe siècles (Locke, Hobbes, Rousseau) puis par les Lumières au XVIIIe siècle (Voltaire et Kant) feront alors émerger de nouveaux principes visant à régir la justice, notamment l’idée de Droits de l’Homme. Ces valeurs inconditionnelles (c’est-à-dire premières et inviolables) deviendront le principe régissant le droit au moment où émergent de nouvelles organisations politiques aux Etats-Unis et en France, après les révolutions qui mettent à mal le primat du droit divin monarchique. Juger, ce n’est alors plus obéir à la nature ou à Dieu, mais à des principes fondés par la raison, qui réunit l’humanité dans des droits universels et communs à tous.

On comprend donc que naisse également, au XVIIIe siècle,  l’idée de droit international, qui vise à appliquer les droits de l’Homme à toutes les sociétés et sera concrétisée institutionnellement par la création de la Société des Nations en 1920, ancêtre de l’ONU. Pourtant, les attaques envers la Palestine depuis 1948, l’Ukraine depuis 2022 ou encore le Soudan et le Congo ces derniers mois révèlent l’ingérence et l’incapacité des institutions censées garantir le droit international de manière égale, gangrénées par des intérêts économiques, géopolitiques et idéologiques. Peut-on donc sérieusement croire en un juge universel, mais surtout impartial, qui laisserait sa chance à tout un chacun, ou le jugement égalitaire et équitable n’est-il qu’une utopie ? 

Le juge omniscient : peut-on juger en se défaisant de toute norme ?

Un siècle avant la pensée du droit international, Hobbes avance déjà, dans son Léviathan, qu’une justice sans arbitre est profondément inutile : si “les conventions, sans l’épée, ne sont que des mots” (chapitre 17), c’est bien parce que le pouvoir du juge doit être coercitif, aussi bien à l’échelle d’un Etat qu’à l’échelle interétatique.

Le Léviathan serait donc cet être presque surhumain (mais mis en place par les citoyens, qu’il représente) auquel on délègue le rôle de trancher les litiges afin de maintenir la cohésion de la République : mais s’il est surhumain (on lui doit, selon Hobbes, “notre respect et notre déférence”), c’est parce que seul le droit et la paix lui importent, et non des intérêts particuliers. C’est, somme toute, la définition d’une volonté générale, qui juge impartialement pour le bien du collectif. Or, un tel être existe, ou n’est-il assimilable qu’à un Dieu ?

Le “juger” de Dieu : l’horizon du jugement

La panoplie des jugements derniers : la thématique fondamentale du tribunal divin

Un des derniers enjeux de votre programme est religieux. Il ne s’agit cependant pas ici de faire de la théologie, c’est-à-dire de mobiliser les textes religieux pour eux-mêmes, et encore moins de manière dogmatique. Au contraire, vous devez réussir à exploiter les textes sacrés de manière philosophique, en vous demandant ce qu’ils permettent de penser de l’acte de juger. En l’occurrence, c’est un thème absolument central de toute religion : l’horizon du jugement de Dieu (ou des dieux !) sur nos actes commanderait notre existence entière, si bien qu‘il y a dans la thématique du jugement divin des enjeux  moraux absolument essentiels.

De Hobbes bénissant, on l’a vu, un Léviathan presque divin qui s’apparenterait donc à notre sauveur, à Kant souhaitant séculariser la morale chrétienne et l’impératif de respect universel de son prochain, en passant par le poids fondamental de la volonté divine dans le fatalisme antique (dont le paradigme est la trajectoire d’Oedipe) qui n’est pas sans écho avec les doctrines protestantes de la prédestination dont s’inspire Kierkegaard, l’histoire de la philosophie, de la littérature et des arts picturaux est profondément ancrée dans la thématique du jugement divin.

Inutile par ailleurs de rester ethnocentré : pensez également à la fameuse loi du karma, qui gouverne les religions bouddhiste et hindouiste, véritable perspective d’une justice outre-tombe. Toutes ces morales visent ainsi à régler la vie de chaque individu pour orienter ses choix, qui auraient ainsi une conséquence sur la vie après la mort. C’est donc dire qu’il faut bien juger de nos actes pour vivre confortablement après la mort : dès lors, ce n’est donc pas qu’une question morale (faire le bien), mais aussi éthique (vivre bien).

Quel jugement pour quelle vie menée ? L’enjeu éthique du “juger”

Si l’on laïcise la question du jugement divin pour penser véritablement ses enjeux philosophiques, on voit en effet qu’il n’est finalement qu’une forme de juger comme un autre : il rend une décision en fonction d’une règle, qui est ici divine et morale. Or, Aristote appelle déjà, dans l’Ethique à Nicomaque, à vivre selon une norme qui n’est ici pas divine, mais proprement humaine : celle de la vertu.

Juger, ce n’est alors pas seulement viser à connaître le vrai, mais également le bon, aussi bien pour les autres que pour moi : être vertueux, c’est à la fois être moral et être heureux. Un Nietzsche répliquera deux millénaires plus tard, lorsque le christianisme et la métaphysique seront passés par là, qu’on a séparé la moralité et le bonheur pour s’obliger à vivre dans l’abnégation permanente du jugement. Ne devrait-on pas juger seulement de notre bonheur, sans chercher à devenir parfaits, c’est-à-dire divins ? (Se) juger en permanence (même et surtout lorsque c’est inconscient), n’est-ce pas s’oublier ?

Ainsi, l’enjeu éthique du juger rejoint son enjeu moral : ne puis-je pas faire de la règle qui régit mon existence celle qui assurera à la fois mon caractère moral et mon bonheur, en respectant les droits inaliénables d’autrui sans pour autant me flageller dès que je pense pécher ? Il vous faudra donc, cette année, envisager chaque facette du “juger” : les jugements de fait comme les jugements de valeur, et les versants épistémologique, logique et métaphysique du jugement aussi bien que ses enjeux moraux et judiciaires. Jugez donc chaque facette du “juger” – en commençant par nos fiches détaillés !