Le produit intérieur brut (PIB) est l’indicateur économique le plus couramment utilisé pour mesurer la richesse produite par un pays. Développé par l’économiste Simon Kuznets, il correspond à la somme des valeurs ajoutées des entreprises privées et publiques, augmentée de la TVA et diminuée des subventions. Cependant, si le PIB demeure un outil central de la gouvernance économique, ses limites conduisent aujourd’hui à la recherche d’indicateurs alternatifs plus inclusifs.
Comment mesurer le PIB ?
Le PIB peut être calculé en valeur nominale (sans correction de l’inflation), ou en valeur réelle (en corrigeant l’effet de l’inflation). Il permet d’évaluer l’activité économique d’un pays et d’effectuer des comparaisons internationales en tenant compte des taux de change.
Quelques indicateurs dérivés du PIB sont également utilisés pour affiner l’analyse :
- revenu national brut (RNB) ou produit national brut (PNB) : PIB + revenus perçus de l’étranger
- PIB par habitant : indicateur du niveau de vie moyen (souvent biaisé par les paradis fiscaux)
- taux de croissance du PIB : évolution annuelle du PIB
- récession économique : taux de croissance négatif sur deux trimestres consécutifs
Le PIB et les politiques économiques
Le PIB est un outil essentiel pour orienter les décisions économiques des gouvernements. Il permet de déterminer les leviers d’action suivants :
- soutien aux entreprises : subventions à l’exportation, garanties d’emprunt, dévaluation de la monnaie
- pouvoir d’achat des consommateurs : redistribution, augmentation du SMIC
- encouragement à l’investissement : ajustement des taux d’intérêt pour favoriser l’emprunt et la croissance
Un indicateur aux limites contestées
Si le PIB est souvent perçu comme le principal indicateur de réussite économique, il ne reflète pas nécessairement la prospérité globale d’un pays. L’économiste Joseph Stiglitz souligne que la croissance peut profiter de manière inégale à la population. Aux États-Unis, par exemple, le revenu médian a stagné depuis un siècle, tandis que les bas salaires ont diminué en termes réels.
De ses propres mots : « Les démocrates recherchent autant la croissance que les républicains, mais pas la même. En effet, si un accroissement du PIB bénéficie aux 1 % les plus riches, ce n’est pas une économie saine. Les républicains disent que, si Bill Gates réussit, c’est que l’économie marche bien ; alors qu’aux États-Unis, le revenu médian (celui qui partage la population en deux) est inférieur à ce qu’il était il y a 100 ans, et les salaires du bas de l’échelle sont eux aussi inférieurs à ce qu’ils étaient il y a 50 ans. Une croissance keynésienne, qui prend en compte les enjeux sociaux environnementaux, réduirait pourtant les inégalités. »
Le PIB présente en effet plusieurs limites. Il ignore non seulement les activités non marchandes (services publics, travail domestique), mais il ne prend pas non plus en compte les inégalités sociales et la qualité de vie. Par ailleurs, il n’intègre pas les impacts environnementaux et le progrès technique. Enfin, mais pas des moindres, il peut augmenter alors que le niveau de vie de la population stagne.
Face à ces critiques, de nombreuses entreprises adoptent des modèles de responsabilité sociétale (RSE) et les investisseurs/gestionnaires d’actifs s’intéressent de plus en plus à des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Vers de nouveaux indicateurs de développement
Afin de mieux appréhender la réalité économique et sociale, des indicateurs alternatifs ont été développés :
- L’indice de développement humain (IDH), créé par Amartya Sen, intègre l’éducation, la santé et le revenu national brut.
- L’indice de richesse inclusive (IRI) mesure la croissance en prenant en compte la destruction des capitaux humains et naturels dans le processus de croissance.
- La prise en compte de l’économie informelle, comprenant le travail domestique (estimé à plus de 21 heures par semaine par Delphine Roy) et l’économie souterraine.
L’économiste François Perroux distingue ainsi la croissance (évolution quantitative du PIB) du développement (évolution qualitative améliorant durablement le bien-être). Le développement est donc l’ensemble des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître durablement son produit réel global. La croissance (quantitative) est alors une fin en soi, là où le développement (qualitatif/subjectif) a pour finalité de rendre possible durablement la croissance.
Conclusion
Le PIB demeure un indicateur incontournable de l’activité économique, mais il ne suffit plus à définir à lui seul la prospérité d’un pays. La prise en compte des inégalités, de la qualité de vie et des enjeux environnementaux s’impose aujourd’hui comme une priorité pour une croissance plus équilibrée et durable. Face à ces défis, de nouveaux indicateurs, tels que l’IDH et l’IRI, offrent une vision plus complète du développement économique et social.



