France

Contrairement aux idées reçues, l’État ne s’endette pas auprès d’une banque classique comme un ménage ou une entreprise, mais en émettant des obligations d’État sur le marché financier, majoritairement achetées par des banques, assurances et fonds d’investissement français ou étrangers.

57,5 % de la dette publique détenue par des non-résidents fiscaux

Selon la Banque de France et l’Agence France Trésor, en charge de la gestion de la dette publique, au premier trimestre 2026, 57,5 % des créanciers de l’État étaient des non-résidents fiscaux, contre 50,1 % en décembre 2022 et 70 % en 2010. Cet engouement pour la dette française montre bien que, malgré un ratio de dette particulièrement élevé (119 % en septembre 2026) et la situation économique et politique de la France, les créanciers étrangers conservent une certaine confiance envers l’État pour percevoir leurs intérêts, être remboursés ou pouvoir revendre leurs titres sur le marché secondaire.

Côté créanciers résidents, on retrouve les compagnies d’assurance (9,6 %), les banques (10,5 %), les organismes de placement collectif (1,8 %) et les autres créanciers (22,2 %), parmi lesquels la Banque de France qui rachète des obligations d’État sur les marchés secondaires et qui détiendrait près de 20 % de la dette publique française.

Des institutions publiques, comme la Caisse des dépôts et consignations, sont aussi créancières de l’État. Ainsi, sans que tu le saches forcément, il est possible que ton épargne et tes assurances-vie financent une partie de la dette publique de la France.

Une part de la dette détenue par les banques centrales

Les traités européens restreignent en principe le financement des États par les banques centrales. Mais après la crise de 2008, plusieurs banques centrales, comme la Fed (Banque centrale des États-Unis), celles du Japon et du Royaume-Uni, ont pratiqué le Quantitative Easing (QE), une pratique non conventionnelle qui consiste à racheter de manière massive, généralisée et prolongée, sur les marchés financiers secondaires, des obligations d’État.

La Banque centrale européenne utilisera cet instrument à partir de 2015, puis lors de la crise de la Covid-19, où elle a racheté massivement des titres par l’intermédiaire des banques centrales de l’Eurosystème, pour permettre aux États et aux agents économiques de se refinancer, stimuler la croissance et contrer une éventuelle déflation.

Mais, en 2022, la Banque centrale européenne décide de revenir à une politique monétaire plus conventionnelle en limitant les rachats de dette sur les marchés secondaires. La Banque de France détiendrait encore 20 % de la dette publique française pour le compte de la BCE, une proportion qui devrait diminuer à mesure que ces obligations d’État arrivent à échéance.

Acheter une obligation d’État, comment ça se passe concrètement ?

Il est d’abord important de distinguer le marché primaire du marché secondaire. Les obligations nouvellement émises par l’État sont vendues sur le marché primaire. Les créanciers achètent alors les obligations émises par l’Agence France Trésor via 15 spécialistes sélectionnés par Bercy, issus de quatre grandes banques françaises (BNP Paribas, Crédit Agricole, Natixis et Société Générale) et onze établissements financiers étrangers, dont la Deutsche Bank, Santander ou JP Morgan.

Une fois l’obligation achetée, le créancier peut soit attendre l’échéance pour être remboursé tout en percevant des intérêts entre-temps, soit la revendre sur le marché secondaire.

Près de 60 % de créanciers non-résidents : est-ce risqué ?

La France a une proportion de dette détenue par des non-résidents parmi les plus élevées de l’OCDE. Pour autant, est-ce grave ?

Selon un rapport parlementaire publié en 2024 par le député Kévin Mauvieux, il y aurait des risques pour la souveraineté financière de la France. Le gouvernement et l’Agence France Trésor contestent les conclusions de ce rapport. Ils affirment au contraire que limiter les investisseurs à un périmètre domestique reviendrait à restreindre l’offre et donc à augmenter le coût de la dette par des taux d’intérêt plus élevés, alors même que la France emprunte aujourd’hui à près de 4,8 %.

Disposer d’une part importante de créanciers non-résidents démontre aussi l’attractivité de la dette publique française et la confiance qu’accordent les créanciers à l’égard de l’État. Dans le même temps, cela permet aux acteurs économiques de financer plus massivement le secteur privé. Si les titres étaient quasi exclusivement détenus par des investisseurs résidents, ces derniers auraient des difficultés à financer à la fois l’État et le secteur privé.

Ne dépendre que d’investisseurs nationaux reviendrait également à ne dépendre que de notre situation économique et même démographique, et ce ne serait pas forcément une bonne chose. Avec le vieillissement de la population, les ménages changent leur manière de consommer et retirent leur épargne, limitant les montants disponibles pour investir dans des obligations d’État.

Les risques de dépendance financière et de perte de souveraineté restent également limités. Le principal risque survient lors de crises économiques et financières où les non-résidents seraient plus enclins à revendre leurs obligations sur les marchés secondaires, alors que les résidents gardent plus facilement leurs obligations jusqu’à leur échéance.

Les non-résidents agissent sur les marchés financiers au gré des opportunités et des risques. Et quand les créanciers se retirent brusquement, l’État peut connaître des difficultés à se refinancer, selon un rapport de la Banque de France datant de juin dernier. Ainsi, diversifier la nature des créanciers permet en réalité à l’État de limiter certains risques financiers.

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