Chapitre 1 : histoire de la pensée économique Chapitre 1 : histoire de la pensée économique
Ce premier chapitre est absolument déterminant pour la suite. Vous ne pouvez pas aborder sereinement les concours si vous n’avez pas une maîtrise parfaite... Chapitre 1 : histoire de la pensée économique

Ce premier chapitre est absolument déterminant pour la suite. Vous ne pouvez pas aborder sereinement les concours si vous n’avez pas une maîtrise parfaite des différents courants et penseurs majeurs de la pensée économique. Les sujets de concours ne commençant jamais avant le XIXe siècle, une profonde maîtrise des courants mercantilistes et physiocrates n’est pas nécessaire, même s’il faut avoir une petite idée de ce qu’ils représentent.

À l’écrit, aucun sujet n’a traité de ce chapitre de manière précise. Toutefois, il nous semble impossible qu’un étudiant puisse réussir une épreuve d’ESH sans connaître les grands penseurs de la pensée économique : pour faire la différence, avant d’enchaîner les auteurs plus ou moins connus, il faut déjà être au point sur les fondamentaux tels que Keynes ou Friedman ! De plus, à l’oral, les sujets peuvent mobiliser directement les grands courants de la pensée économique. Par exemple, en 2018, les sujets suivants ont été donnés : « La loi des rendements factoriels décroissants : nature, importance et limites », « La modélisation du comportement du consommateur dans le modèle néoclassique » ou encore « Le modèle keynésien est-il dépassé ? ».

Vous l’aurez compris, pas question de faire l’impasse sur ce chapitre ! Voici un petit résumé des choses à connaître impérativement.

 

Les auteurs incontournables

Les classiques

Auteurs Œuvre principale Notions clés
Adam Smith Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776) – Main invisible : chacun, en cherchant à satisfaire son intérêt particulier, contribue en fait à l’intérêt général.
– Avantages absolus : premier penseur à penser la division internationale du travail, où chaque pays doit se spécialiser dans la production où il a un avantage absolu par rapport aux autres pays.
– Distingue trois formes de valeur : travail, usage et échange.
David Ricardo Essai sur l’influence des bas prix du blé (1815) – Théorie des rendements décroissants : à mesure que la population augmente, les rendements décroissent, notion de rareté de la terre et de rente.
– Avantages comparatifs : il reprend la théorie de Smith en montrant qu’un pays doit se spécialiser dans la production où il est le plus productif par rapport aux autres de ses productions.
– À l’inverse de Smith, il propose une théorie de la valeur centrée sur la valeur travail puisque le travail est selon lui le seul véritable facteur de richesse.
Jean-Baptiste Say Traité d’économie politique (1803) – Loi des débouchés : l’offre crée sa propre demande. De fait, aucune crise durable ne peut avoir lieu.
Thomas Malthus Essai sur le principe de population (1798) – Observe une disproportion entre la progression arithmétique des subsistances et la progression géométrique de la population, disproportion qui devrait selon lui mener à une grande famine.

 

Les classiques s’accordent également sur plusieurs points :

  • L’épargne est une vertu, à la source de la croissance économique.
  • Il y a un état stationnaire (c’est-à-dire une économie dont les activités sont relativement stables, ne favorisant ainsi ni la croissance ni la productivité).
  • La monnaie est neutre, elle constitue un simple intermédiaire des échanges. C’est une approche dichotomique de la monnaie.

 

Karl Marx

Œuvres principales : Le Manifeste du Parti Communiste (1848) et Le Capital (publié entre 1867 et 1894).

Son idée principale est que le système capitaliste est fondamentalement inégal et injuste. Mais, plus encore, il montre que l’Histoire elle-même n’a toujours été qu’une succession de modes de production marqués par les inégalités et une profonde séparation entre la classe dominante et la classe dominée. Se sont ainsi succédé le communisme primitif, le féodalisme et le système capitaliste.

Concepts clés :

  • L’exploitation des travailleurs : le travailleur ne perçoit qu’une petite part de la valeur qu’il crée, tandis que le propriétaire s’attribue le reste sous la forme d’une plus-value.
  • L’armée de réserve et la paupérisation des masses : les capitalistes s’appuient sur une « armée » de chômeurs pour maintenir les salaires à leur plus bas niveau possible. Or, ce faisant, ils freinent la demande.
  • La baisse tendancielle du taux de profit : le capitaliste dégage un profit uniquement à partir du capital variable (c’est-à-dire la masse salariale). Or, le système capitaliste a tendance à remplacer le capital variable par du capital constant, ce qui, à terme, fait baisser le profit.

 

Les néoclassiques

La pensée néoclassique, caractérisée par son approche marginaliste (c’est-à-dire à la marge), a pour but de faire de l’économie une science au même titre que les autres, en établissant de fait des lois et des principes qui seraient des vérités de fait. Les différents auteurs de la pensée néoclassique ont donc notamment travaillé sur le fonctionnement des marchés, de la concurrence, du comportement du consommateur et du producteur ou encore de l’équilibre des marchés. Ce courant est né à la fin du XIXe siècle et on distingue généralement trois grandes écoles :

  • L’école de Lausanne (Walras, Pareto)
  • L’école de Vienne (Menger, Schumpeter, Hayek)
  • L’école de Cambridge (Jevons, Marshall)

La micro-économie servant surtout aux épreuves orales d’ESH, nous publierons des articles détaillés des différents concepts au cours de l’année.

 

La pensée keynésienne

Œuvre principale de Keynes : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936)

Keynes marque une profonde rupture avec les pensées classique et néoclassique. Son approche de l’économie propose une analyse fondée sur le court terme et atteste que le marché ne se régule pas de lui-même (comme le disent les classiques), mais qu’au contraire, l’intervention de l’État est nécessaire.

Concepts clés :

  • La demande anticipée : les entrepreneurs prennent leurs décisions d’investissement en fonction de la demande anticipée des ménages. C’est selon lui la demande qui, par le biais de la consommation, détermine la production, et donc la croissance, l’emploi…
  • De fait, la crise des années 1930 est selon lui une crise de la demande, et non une crise d’offre comme l’affirment les néoclassiques.
  • Le chômage involontaire : face à la théorie du chômage volontaire des néoclassiques, Keynes défend l’idée que le chômage est involontaire, car les employeurs n’emploient pas en raison de la faible demande anticipée, et non parce que les salaires réels sont trop élevés.
  • La monnaie a une fonction de réserve de valeur : dans un univers incertain, la monnaie permet de se protéger contre les aléas.
  • Le multiplicateur d’investissement public : les investissements publics font progresser le revenu national en cascade.
  • L’épargne est un « vice ».
  • Les crises durables sont possibles, si bien que l’État se doit d’intervenir par le biais de politiques conjoncturelles (politiques budgétaires et monétaires). ATTENTION : un contresens fréquent est de croire que la pensée keynésienne a inspiré la politique du New Deal… C’est faux ! D’ailleurs, le New Deal commence en 1933, alors que Keynes a publié son œuvre en 1936. Roosevelt aurait d’ailleurs déclaré au sujet de Keynes : « Je n’ai rien compris à ce que m’a dit cet homme. »

Keynes est également un des premiers penseurs de l’économie comportementale. Ainsi, il analyse le fonctionnement du marché boursier à travers la métaphore du concours de beauté.

 

Le prolongement des idées keynésiennes

Samuelson et Lipsey reprennent une observation empirique de Phillips pour montrer que la politique monétaire a un arbitrage fondamental à faire entre l’inflation et le chômage : la courbe de Phillips (qui sera davantage détaillée dans le chapitre sur le chômage).

Hicks et Hansen, avec le modèle IS/LM, proposent un modèle qui montre comment combiner la politique monétaire et la politique budgétaire dans le policy mix.

 

La critique de la pensée keynésienne

Laffer : la fiscalité a un effet désincitatif. Au-delà d’un certain niveau de prélèvements obligatoires, la fiscalité fait paradoxalement baisser les recettes fiscales.

Stigler : se prononce en faveur de la déréglementation de l’économie, car celle-ci serait plus efficace pour atteindre les objectifs de la réglementation et le ferait à moindre coût pour la collectivité.

Friedman :

– La monnaie est active. Afin d’éviter les déséquilibres macroéconomiques, il faut faire correspondre la croissance de la masse monétaire avec la croissance économique. Il s’oppose ainsi aux politiques monétaires expansives prônées par les keynésiens.

– La courbe de Phillips ne fonctionne qu’à court terme, mais pas à long terme, car les agents économiques finissent par se rendre compte de leur perte de pouvoir d’achat. Le chômage, qui avait baissé grâce à l’inflation, revient au même niveau suite aux licenciements, et cela sans que l’inflation baisse. À long terme, la courbe de Phillips est donc invalidée du fait des anticipations adaptatives des agents économiques.

La nouvelle économie classique va encore plus loin en mettant en avant le concept d’anticipations rationnelles : les individus ne sont jamais victimes d’illusion monétaire, aussi la courbe de Phillips ne fonctionne ni à court terme ni à long terme.

Barro : les relances publiques sont inefficaces, car les ménages anticipent une future hausse de la fiscalité et épargnent, alors que la relance sert justement à relancer la consommation. C’est ce qu’on appelle l’équivalence Ricardo-Barro.

Kydland et Prescott (Rules rather than discretion; The inconsistency of Optimal Plans, 1977) : il faut donner à la Banque Centrale des objectifs à respecter à travers une politique de règle plutôt que de la laisser mener une politique discrétionnaire.

 

Quelques citations

Marx et Engels :  « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classes. »

Keynes :  « Le plein emploi est une situation aussi rare qu’éphémère. »

Adam Smith : « Tout en recherchant son intérêt personnel, il travaille de manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société que s’il avait réellement pour but d’y travailler. »

Jean-Baptiste Say : « L’offre crée sa propre demande. »

 

Les schémas indispensables à connaître

  • Le modèle IS-LM
  • La courbe de Phillips
  • La courbe de Phillips revisitée par Milton Friedman
  • La courbe de Laffer

 

Nous vous proposerons une analyse détaillée de ces différents schémas dans les chapitres à venir !

Martin Garrigues

Etudiant à HEC Paris, ancien étudiant ECE au Lycée Champollion (Grenoble)