ECONAT’ – L’Inde, un acteur majeur de l’économie mondiale ? ECONAT’ – L’Inde, un acteur majeur de l’économie mondiale ?
Aujourd’hui, la série ECONAT’ s’intéresse à l’Inde. Forte de ses 1,3 milliards d’habitants et d’une économie en pleine métamorphose, elle pourrait devenir dans les... ECONAT’ – L’Inde, un acteur majeur de l’économie mondiale ?

Aujourd’hui, la série ECONAT’ s’intéresse à l’Inde. Forte de ses 1,3 milliards d’habitants et d’une économie en pleine métamorphose, elle pourrait devenir dans les prochaines années une des plus grandes puissances mondiales…

 

 

Une croissance économique forte et originale

 

Une croissance toujours plus forte

Dans la lignée des BRICS, la croissance économique de l’Inde est exponentielle depuis le début des années 2000. Le PIB est dans ce laps de temps passé de 500 milliards de dollars en 2000 à 2587 milliards en 2017. Cette même année, l’Inde dépassait d’ailleurs la France, devenant la sixième puissance économique mondiale.

Avec une croissance économique toujours plus forte (7,2% au dernier trimestre 2017), l’Inde pourrait, selon le CEPII, devenir la troisième puissance mondiale dès 2035, dépassant ainsi le Japon.

 

Une croissance économique basée sur les services…

La croissance économique indienne est originale car elle provient en grande partie du secteur tertiaire (près de 50% de la valeur ajoutée). Ce secteur est surtout poussé par les services informatiques (centre d’appels, maintenance des systèmes etc), car la main d’œuvre indienne est à la pointe de la technologie dans ce secteur, et moins chère en comparaison des économies développées.

La montée en puissance du secteur informatique va de pair avec la création de grands pôles en Inde. La ville de Bangalore est ainsi considérée comme la « Sillicon Valley » indienne : de nombreuses multinationales s’y sont installées, afin d’externaliser leurs services. Apple et Google ont par exemple des centres de services à Bangalore.

Tout cela fait de l’Inde est le premier pays exportateur de services et le seul pays à avoir basé son développement et son économie sur le secteur tertiaire.

 

Une Inde sans puissance industrielle

Cette situation pourrait avoir des conséquences néfastes pour le développement indien. En effet, l’industrie représente seulement 16% du PIB. Cela est bien loin des autres pays, notamment le rival chinois, où l’industrie représente 31% du PIB. De plus, les emplois du secteur tertiaire sont moins nombreux et requièrent une certaine qualification, contrairement aux emplois du secteur secondaire. Ces derniers ne demandent souvent pas de qualification et sont en très grand nombre. Avec la croissance exponentielle de sa population, l’Inde pourrait très vite se retrouver en déficit d’emplois.

Pour pallier cela, le gouvernement indien a créé le programme “Make in India”. Son principal objectif est de faire passer la part de l’industrie dans le PIB indien de 16 à 22%, et de créer environ 100 millions d’emplois. Le but pour le gouvernement est de faciliter l’installation des capitaux étrangers dans le pays, et de renforcer la coopération entre les pays. Dans le domaine de l’aviation par exemple, l’Inde a passé un accord avec l’entreprise française Dassault en 2016. En échange d’une commande de 36 rafales, l’entreprise devra installer une filiale en Inde.

 

 

Une économie marquée par un manque de développement

 

Des indices révélateurs d’un retard important de l’Inde

Si l’Inde est en passe de devenir une puissance économique, elle reste bloquée dans son processus de développement. En effet, environ 21% des indiens vivent en dessous du seuil de pauvreté (1,90$/jour), et l’Inde a un IDH toujours médiocre (0,61).  Ce retard est dû, en partie, à un taux d’alphabétisation mauvais : 90% des indiens de 15 à 24 ans sont alphabètes, contre 99,9% en Chine.

 

Les raisons de ce retard

Premièrement, la croissance économique semble inégale socialement et géographiquement :

  • A l’intérieur des territoires, les inégalités de développement sont fortes. Le PIB par tête de l’Etat le plus pauvre (le Bihar, au nord-est de l’Inde) est par exemple cinq fois moins élevé que celui du plus riche (l’Haryana, région proche de Delhi).
  • Socialement, il y a de fortes inégalités entre les classes les plus riches et les classes les plus modestes. En 2017,  les 10 % les plus fortunés s’accaparaient 55 % de la richesse du pays, selon le rapport sur les inégalités sociales de 2017, un chiffre qui ne cesse de monter depuis 20 ans.

De plus il semble y avoir un manque de politiques publiques : l’investissement public représentait seulement 6,5% du PIB indien en 2015. De plus, seulement 3% du PIB indien était alloué à l’éducation, et 1,1% à la santé. Ceci maintient les populations pauvres dans la pauvreté et l’analphabétisme, ce qui est dangereux pour le futur.

Le plan « Make in India » a lancé en 2014 la construction d’infrastructures pour relier les grandes villes indiennes, et améliorer les conditions de vie des indiens. Le financement de ce projet représente sur plusieurs décennies près de 50% du PIB indien de 2017.

L’Inde est donc en passe de devenir l’une des plus grandes puissances économiques mondiales. Cependant, si l’Inde veut devenir un acteur majeur de l’économie mondiale, elle devra faire du développement économique une priorité dans les années futures…

Romain Leroy