L’inflation, c’est-à-dire l’augmentation générale et durable des prix des biens et des services au sein d’une économie, occupe aujourd’hui une place centrale dans l’actualité. Ce phénomène, qui entraîne une perte de pouvoir d’achat de la monnaie, alimente les inquiétudes des citoyens à travers le monde. Pourtant, bien qu’essentielle à maîtriser pour les concours, la notion d’inflation demeure souvent mal comprise.
Tout d’abord, qu’est-ce que l’inflation ?
Définitions et chiffres clés
L’inflation peut se définir comme une baisse de la valeur de la monnaie par excès de production de cette dernière, et qui de facto entraîne une hausse des prix. Cela passe donc, par une hausse des prix des biens et des services, mais aussi des salaires. L’inflation est mesurée et calculée chaque mois en France par l’Insee.
L’inflation est l’opposé de la déflation qui, elle, est un phénomène autoentretenu et généralisé de baisse des prix. Autrement dit, un gain de pouvoir d’achat entraîné par une baisse généralisée des prix. La déflation n’est pas à confondre avec la désinflation qui, quant à elle, est une baisse du taux d’inflation.
Ce qui est certain, c’est qu’il est impossible de mesurer exactement la hausse des prix de tes dépenses à toi, car nous avons tous des dépenses différentes, que l’on habite en zone rurale ou en ville par exemple, ou encore que l’on fume ou non. Nous sommes donc sur une moyenne.
Évolution de l’inflation en France (2015–2023)
Le tableau ci-dessous présente l’évolution annuelle de l’inflation en France au cours des dernières années. Ces données illustrent la montée progressive des prix, particulièrement marquée à partir de 2021.
| Année | Taux d’inflation en France | Contexte économique |
|---|---|---|
| 2015 | 0 % | Stabilité des prix, faible demande intérieure |
| 2016 | 0,2 % | Sortie progressive de la déflation |
| 2017 | 1 % | Reprise modérée de la croissance |
| 2018 | 1,9 % | Hausse des prix de l’énergie |
| 2019 | 1,1 % | Inflation contenue malgré la croissance |
| 2020 | 0,5 % | Effets de la crise sanitaire |
| 2021 | 1,6 % | Reprise post-Covid, tensions sur l’offre |
| 2022 | 5,2 % | Choc énergétique et guerre en Ukraine |
| 2023 | 6,3 % (février) | Pic d’inflation sur un an |
Légende : Ce tableau met en évidence l’évolution de l’inflation en France entre 2015 et 2023, marquée par une forte accélération depuis 2021.
On constate donc un retour de l’inflation spectaculaire depuis peu, qui s’explique notamment par toute une kyrielle d’événements géopolitiques (guerre en Ukraine, montée des tensions entre la Chine et les États-Unis, conséquence de la crise du Covid, etc.)
Les différentes causes de l’inflation
Monétaire : une création monétaire excessive, liée à la progression des crédits bancaires, provoque une abondance de liquidités. Cette abondance incite les producteurs à augmenter leurs prix.
Par les coûts : une hausse des coûts de production (matières, salaires, etc.) peut pousser les producteurs à répercuter ces coûts sur les prix. L’inflation peut être importée si le prix des produits importés augmente. Cette hausse résulte parfois des prix mondiaux, comme lors de la crise pétrolière des années 1970 ou de l’augmentation des prix alimentaires depuis 2007. Elle peut aussi résulter de la baisse du cours de change qui accroît le prix en monnaie nationale des produits importés.
Par la demande : la hausse des prix survient lorsque la demande des ménages, entreprises et État dépasse la capacité de production. Le déséquilibre peut rester sectoriel, mais les prix finissent par augmenter dans l’ensemble de l’économie. Une forte demande peut pousser les producteurs à augmenter les prix plutôt qu’à accroître leur production.
Structurelle : l’inflation peut être la résultante des structures économiques.
- Elle peut ainsi être due aux tensions au sein des groupes sociaux qui partagent la valeur (hausse des prix agricoles pour satisfaire les agriculteurs, d’où revendications des salariés pour obtenir en conséquence une hausse de leur salaire, augmentation des coûts et donc des prix des entreprises, etc.).
- La concentration des entreprises conduit à des oligopoles, des monopoles. Une réduction de la pression concurrentielle peut mener à des hausses de prix.
- Les prix des services augmentent plus vite que l’ensemble des prix du fait des gains de productivité moins importants dans le secteur tertiaire.
L’hyperinflation : un risque majeur pour les économies
L’hyperinflation est une inflation très élevée, souvent associée à une dévaluation rapide et importante de la monnaie. Elle se caractérise par une flambée des prix ininterrompue des biens et services dans une économie. Un cas emblématique est l’hyperinflation qu’a connue l’Allemagne en 1923, période pendant laquelle les Allemands achetaient des produits élémentaires avec des brouettes remplies de billets de banque. Plus proche de nous, l’hyperinflation au Brésil dans les années 1980 et 1990 est restée un traumatisme pour les Brésiliens, avec des augmentations de prix allant jusqu’à 2000 % par an qui ont obligé le pays à changer de devise.

Comment mesure-t-on l’inflation ?
L’inflation se mesure à l’aide d’indices de prix. Ces indices comparent le niveau des prix d’un panier de biens et services à différentes périodes. Les indices les plus utilisés sont l’indice des prix à la consommation (IPC) et l’indice des prix à la production (IPP).
L’IPC mesure la variation des prix des biens et services achetés par les ménages. Il inclut la nourriture, le logement, les vêtements, les loisirs, etc. Le calcul repose sur le coût d’un panier représentatif de biens et services. Les données proviennent d’enquêtes auprès des ménages ou de données administratives. L’IPC est publié périodiquement : mensuellement, trimestriellement ou annuellement par les agences nationales de statistique.
L’IPP mesure la variation des prix des biens et services produits par les entreprises. Il tient compte du coût des matières premières, de l’énergie et de la main-d’œuvre. Les données sont collectées auprès des entreprises. L’IPP est publié périodiquement, comme l’IPC.
En utilisant ces indices de prix, il est possible de calculer le taux d’inflation, qui représente la variation en pourcentage des prix d’un panier représentatif de biens et services d’une période à l’autre. Le taux d’inflation est un indicateur important de la santé économique d’un pays, car une inflation élevée peut avoir des conséquences négatives sur l’économie et la vie des citoyens.
Est-ce réellement bon pour les entreprises et les consommateurs ?
L’inflation et les marchés boursiers
Qui dit hausse de l’inflation, dit hausse des taux d’intérêt, et les actions dans leur globalité souffrent selon de récentes études, et c’est ce que l’on voit actuellement : dès que l’on prononce le mot inflation, les marchés baissent, parfois brutalement et de manière forte.
Or, l’inflation peut être bonne pour les marchés d’actions selon une étude de Goldman Sachs. Cela dépend du niveau d’inflation. En effet, avec une inflation entre 1 et 3 % qui tend à augmenter, c’est bon pour les actions. Mais, avec une inflation au-delà de 3 %, et avec une tendance à augmenter, alors le marché va baisser.La sortie de crise de la Covid nous a placés dans une situation de boom inflationniste, ce qui est, a priori, bon pour le marché des actions.
Pour savoir si telle ou telle entreprise cotée sera impactée par l’inflation, demande-toi si une hausse de 20 % de son coût de production, par exemple, pourrait être passée dans son prix final de vente ? Si la réponse est non, l’entreprise ne peut se protéger de l’inflation. L’entreprise doit donc imposer ses prix ; elle doit avoir du « pricing power », comme les grands groupes de luxe (LVMH, Kering…).
Enfin, les cryptomonnaies peuvent bénéficier d’une inflation et encore mieux d’une hyperinflation, ainsi que de la perte de confiance en la monnaie ; c’est une monnaie qui devient de plus en plus une monnaie de refuge.
Les risques liés à l’inflation
Dans les pays qui connaissent une forte inflation sur le long terme, les taux d’inflation peuvent devenir variables. Cette variabilité réduit le contenu informationnel du système des prix et entrave, entre autres, la conclusion des contrats nominaux à long terme (contrat de prêt par exemple).
L’inflation accroît les coûts de transaction en incitant les agents économiques à réduire le niveau de leurs encaisses monétaires. En effet, le coût d’opportunité de la détention de monnaie augmente, puisque celle-ci n’est pas rémunérée. Ainsi, en période de forte inflation, les agents préfèrent ne pas conserver de monnaie nationale dont la valeur se déprécie continuellement.
Les effets néfastes de l’inflation sur l’emploi
Dans un contexte d’ouverture sur l’extérieur et de changes fixes, l’inflation réduit la compétitivité-prix. Si le taux d’inflation dépasse celui des partenaires commerciaux, la compétitivité-prix se dégrade. Cette situation entraîne un déficit de la balance commerciale. C’est ce facteur qui a influencé la réorientation de la politique française après 1983. Un différentiel d’inflation avec les partenaires européens réduisait la compétitivité-prix des exportations françaises vers l’Allemagne. Les dévaluations successives ne suffisaient pas à inverser cette tendance.
Dans le cas de l’inflation par les coûts, la hausse des prix des matières premières réduit la marge des entreprises. Les entreprises à faible marge peuvent réduire leurs effectifs pour maintenir leur rentabilité. Cette situation peut diminuer la demande de travail et provoquer un chômage prolongé.
Les conséquences de la hausse des prix sur les différentes catégories socio-économiques
Certains agents se retrouvent pénalisés en voyant leur rémunération érodée par l’inflation, tels que les retraités ou certains salariés dont les revenus sont indexés imparfaitement et avec retard sur l’inflation.
Cependant, l’inflation avantage les agents endettés tels que les entreprises et l’État. En effet, l’inflation allège les charges de remboursement des prêts. L’inflation modérée et soutenue peut donc stimuler le crédit qui entraîne l’investissement et la consommation des ménages.
L’inflation comme moteur de la croissance ?
Un moteur de la croissance : il existe un lien entre l’inflation et la croissance. En effet, l’inflation serait un moteur de croissance, car comme vu dans le point précédent, elle favoriserait le recours à l’endettement pour financer la consommation et les investissements.
Un frein à la croissance : l’inflation dégraderait la compétitivité et les exportations qui constituent une part de la demande globale et créerait alors un climat d’incertitude, non propice à l’investissement.
Une étude de l’économiste Barro va en ce sens. Il a réussi à démontrer que pour l’ensemble des pays observés (100), l’inflation tendait à ralentir la croissance. Mais les résultats concernant les pays avec une inflation inférieure à 20 % ne seraient pas significatifs.
Donc, les économistes semblent avoir plus à craindre de l’hyperinflation que d’une inflation modérée aux effets positifs.
Sujet : inflation et croissance économique
Comment va évoluer l’inflation en 2023 ?
Selon les prévisions de l’INSEE, l’inflation devrait atteindre environ 7% sur l’année 2023. Néanmoins, il est encore difficile de se prononcer tant les facteurs d’incertitude, notamment géopolitiques, sont nombreux.
Analyse de copie : un monde sans inflation
Accéder à tous les articles d’ESH



