santé

Voici une analyse et un plan du sujet « Le prix de la santé », que j’ai eu à l’oral HEC en ESH et pour lequel j’ai obtenu la note de 11. J’aimerais donc te donner quelques conseils qui m’auraient été utiles le jour J afin de faire face à ce sujet déstabilisant (il ne renvoie à aucun chapitre en particulier et pousse à rapidement s’adapter), mais profondément d’actualité. Cela constitue un entraînement aussi bien pour l’oral que pour l’écrit, car les sujets d’actualité reprennent une place majeure depuis la fusion entre HEC et l’ESSEC pour l’épreuve d’ESH (le sujet de 2025 sur les fractures sociales pouvait très bien renvoyer à cette question, d’ailleurs).

Définition des termes clés

Le prix : ce terme est polysémique – cela désigne la valeur monétaire attribuée à un bien, un service ou un actif lors d’un échange, mais traduit également la rareté relative du bien et sert de signal pour orienter les décisions des agents économiques (consommateurs, producteurs, investisseurs).

Il renvoie aussi bien :

  • au prix de marché (montant monétaire auquel un bien ou service s’échange sur un marché à un instant donné et déterminé par la rencontre de l’offre et de la demande) ;
  • au prix relatif (valeur d’un bien ou d’un service par rapport à un autre) ;
  • au prix psychologique (prix perçu comme juste ou acceptable par le consommateur) qui, à mon sens, devait jouer un rôle clé.

 

De plus, la formule « le prix de » peut également renvoyer à une conséquence, il ne faut pas uniquement conserver l’aspect « économique » du terme.

La santé : elle est considérée comme un capital humain. C’est une ressource productive (plus l’individu est en bonne santé, plus il est productif), mais également un bien de consommation (les agents la recherchent).

Il te faudra pleinement être au point sur toutes les thématiques de l’État-providence et des inégalités, car les systèmes de soins propres à chaque pays ainsi que l’accès inégalitaire aux ressources sanitaires seront des enjeux majeurs de ce sujet.

Analyse du sujet

Parler du prix de la santé, c’est d’abord rappeler qu’elle a un coût, aussi bien pour chacun de nous que pour la société. Le fait d’aller chez le médecin, d’acheter des médicaments, de se faire opérer, ou simplement d’être bien couvert par une assurance représente des dépenses parfois lourdes pour les ménages. Mais la santé coûte aussi collectivement : hôpitaux, assurance maladie, campagnes de prévention… tout cela pèse sur le budget de l’État et sur les cotisations sociales.

Toutefois, la santé n’est pas qu’une dépense : c’est aussi un investissement. Une population en bonne santé travaille mieux, apprend mieux et vit plus longtemps. C’est ce que les économistes appellent le capital humain. En ce sens, « le prix de la santé » renvoie aussi à sa valeur, bien au-delà de la dimension monétaire.

Reste une grande question : qui doit payer, et combien ? Si le prix de la santé est trop élevé pour les individus, cela crée des inégalités d’accès aux soins. Mais si les dépenses publiques explosent, c’est la soutenabilité du système qui est menacée. Tout l’enjeu est donc de trouver un équilibre entre efficacité (avoir de bons soins) et justice (y avoir accès sans exclusion). On repère ici bien que la diversité des modèles d’État-providence devra être précisée.

Je pense que c’est ici que se jouait le sujet et qu’il fallait passer au moins la moitié du temps de la préparation sur l’étude des mots clés ainsi que sur l’analyse pour avoir toutes les pistes qui découlent plus aisément. En ayant personnellement voulu passer plus de temps sur mes parties, je pense, avec le recul, que ce n’était pas le bon choix.

Proposition d’un plan et de grandes idées

Idée d’accroche : j’avais pour ma part débuté en disant que « le prix de la santé » en France en 2025 reflétait un équilibre délicat entre les impératifs budgétaires de l’État et les principes de solidarité et d’accès universel aux soins. En effet, j’avais lu en juin que l’État avait modifié la liste des médicaments remboursables pour faire face au déficit de la Sécurité sociale estimé à 22,1 milliards d’euros en 2025. C’était d’actualité et en plein dans le sujet, donc le jury avait apprécié !

Développement

I. Le prix de la santé : entre dépenses individuelles et collectives

1.1) Le poids financier pour l’individu

En 2025, le gouvernement français prévoit une réduction de 5 points du taux de remboursement des médicaments, passant de 65 % à 60 % pour ceux à service médical rendu élevé, et de 30 % à 25 % pour ceux à service médical rendu modéré. Cette mesure vise à réaliser 900 millions d’euros d’économies.

De plus, une augmentation de la franchise médicale est envisagée, doublant le montant des participations obligatoires dues par les patients pour chaque boîte de médicament et consultation prise en charge par l’Assurance maladie. Dans leur ouvrage Économie de la santé (2020), Beresniak et Duru ont d’ailleurs abordé les dépenses de santé sous l’angle de l’individu, en examinant les coûts directs (consultations, médicaments, hospitalisations) et indirects (perte de revenus, coûts sociaux).

1.2) Les défis pour la collectivité

À l’échelle collective, le prix de la santé se traduit par une dépense publique considérable, qui pèse sur les budgets nationaux et alimente des débats récurrents sur la soutenabilité. Dans un de ses ouvrages, Philippe Ulmann montre que la santé représente en moyenne plus de 11 % du PIB en France, un niveau parmi les plus élevés d’Europe.

Ce prix collectif reflète à la fois l’amélioration des techniques médicales, le vieillissement de la population et la progression des maladies chroniques. Ulmann insiste sur le fait que la régulation de ce prix – par le numerus clausus des médecins, la fixation des tarifs ou la régulation du prix des médicaments – constitue un enjeu politique central, révélant la tension permanente entre contenir les coûts et préserver l’accès aux soins.

II. La santé comme investissement économique : rentabilité sociale ou contrainte budgétaire ?

2.1) La santé, moteur de la productivité

Une population en bonne santé travaille mieux, apprend mieux et vit plus longtemps. C’est ce que les économistes appellent le capital humain. Les dépenses de santé, notamment en prévention, sont souvent considérées comme des investissements à long terme, réduisant les coûts futurs liés aux maladies évitables.

On doit évidemment penser à évoquer Gary Becker qui, dans son ouvrage Human Capital (1993), introduit le concept de capital humain, soulignant l’importance de la santé dans le développement économique et la productivité. Il démontre que les investissements dans la santé peuvent améliorer la productivité du travail, en réduisant l’absentéisme et en augmentant l’efficacité des travailleurs.

2.2) Les arbitrages budgétaires

Malgré la reconnaissance de la santé comme un investissement, les arbitrages budgétaires actuels privilégient souvent la réduction des dépenses immédiates. Par exemple, le gouvernement prévoit 1,7 milliard d’euros d’économies sur les dépenses de santé en 2025, en réponse au dérapage constaté sur les premiers mois de l’année.

Dans l’ouvrage Économie de la santé (2025), Batifoulier aborde les problématiques économiques liées aux questions de santé, offrant une analyse des arbitrages budgétaires et de leurs implications pour l’efficacité et l’équité du système de santé. Il examine les choix politiques en matière de financement des soins et les compromis entre réduction des dépenses et maintien de l’accès universel aux soins.

III. Inégalités d’accès aux soins : entre universalité affichée et réalités socioéconomiques

3.1) Les tensions face au système de santé

Le « prix » de la santé ne se mesure pas uniquement dans les comptes publics ou les budgets des hôpitaux : il s’incarne aussi dans le coût que doivent supporter directement les individus. Dans Un traitement inégal (2002), Didier Fassin montre que les inégalités d’accès aux soins s’expliquent en grande partie par les barrières financières.

Les ménages les plus modestes subissent un « reste à charge » proportionnellement plus lourd, ce qui les conduit souvent à différer ou à renoncer à certains soins, en particulier dentaires et optiques. Fassin souligne que ce prix différentiel de la santé produit une véritable fracture sociale, où l’état de santé reflète directement la position socioéconomique.

3.2) Les modèles d’État-providence : entre solidarité et efficacité

Le prix de la santé n’est pas seulement une donnée comptable : il reflète les arbitrages institutionnels propres à chaque modèle d’État-providence. Dans leur fiche « Systèmes bismarckien et beveridgien d’État-providence » (Vie publique, 2021), les auteurs montrent que les deux grands modèles historiques (bismarckien et beveridgien) reposent sur des conceptions différentes du financement des soins et donc du « prix » que supporte l’individu.

Mais, comme le souligne Thomas Barnay dans Accès aux soins et performance économique au cœur des politiques de santé (2012), même au sein de ces modèles, les tensions persistent entre efficacité et justice sociale. Les politiques de maîtrise des dépenses (tickets modérateurs, déremboursements, hausse du reste à charge) réintroduisent un « prix direct » pour l’usager, qui peut fragiliser les plus modestes et accentuer les inégalités d’accès.

Barnay rappelle que le coût de la santé n’est pas neutre : il traduit des choix collectifs sur la répartition du fardeau financier entre l’État, les assurances et les ménages. Ainsi, le prix de la santé devient l’indicateur le plus visible du compromis que chaque société accepte entre efficacité économique et solidarité sociale.

Conclusion

Pour conclure, je pense qu’il fallait mettre en avant les fractures sociales (clin d’œil au sujet 2025 d’ESH HEC/ESSEC) qui peuvent découler du prix de la santé et résumer brièvement le double impact économique et sociétal que les enjeux actuels de la santé engendrent.

Finalement, le sujet « Le prix de la santé » est donc d’une grande actualité et permet de s’exercer sur un sujet large et très intéressant, susceptible de faire partie des prochaines thématiques choisies au concours.