Le 9 septembre 2024, Mario Draghi publie « Le futur de la compétitivité européenne ». Son parcours (ex-vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe, ex-président de la BCE, ex-président du Conseil italien) explique en partie le cadrage du rapport : il s’agit d’un document centré sur la productivité, l’investissement et la capacité d’action collective de l’Union européenne.
Point de départ : un nouveau contexte auquel l’Europe doit s’adapter
L’idée directrice de ce qui est aujourd’hui communément appelé « rapport Draghi » est la suivante : l’Union européenne dispose de bases favorables, mais la dynamique économique s’affaiblit et le différentiel avec les États-Unis se creuse, dans un contexte international plus instable (protectionnisme, chocs énergétiques ou tensions géopolitiques). Certains affirment d’ailleurs que l’Europe fait face à une « polycrise », terme étudié dans cet article !
Ce rapport peut être utilisé très facilement dans tes copies d’ESH, sur des sujets très divers et directement en lien avec le programme d’ESH : la croissance, la productivité, l’innovation, la transition énergétique, la souveraineté, les politiques industrielles ou encore la gouvernance européenne.
Tu retrouveras dans cet article un résumé par chapitre du rapport de Mario Draghi, avec des idées et des faits concrets directement réutilisables dans ta copie !
Des bases favorables, mais une dynamique qui s’affaiblit
Le rapport Draghi affirme que « l’Europe dispose des bases nécessaires pour devenir une économie hautement compétitive ». En effet, les atouts à disposition de cette puissance qui représente 17 % du PIB mondial sont nombreux : ouverture économique, degré de concurrence, cadre juridique, politiques redistributives, leadership en matière de durabilité, espérance de vie élevée…
Cependant, le rapport souligne un élément central : la croissance européenne est moins dynamique et l’écart avec les États-Unis s’est creusé. Par exemple, l’écart entre l’Union et les États-Unis en ce qui concerne le niveau du PIB aux prix de 2015 est passé d’un peu plus de 15 % en 2002 à 30 % en 2023. La cause principale, selon le rapport, est clairement identifiée : « Le principal moteur de ces évolutions divergentes est la productivité. »
Un contexte international moins porteur
Deux changements de contexte sont mis en avant :
-
La fin d’une phase d’essor du commerce mondial soutenue par des règles multilatérales, avec une montée du protectionnisme.
-
La fin de l’énergie bon marché importée de Russie depuis la guerre en Ukraine.
Ce cadre conduit Mario Draghi à formuler un « triple impératif » :
-
Accélérer l’innovation et trouver de nouveaux moteurs de croissance.
-
Réduire les prix élevés de l’énergie tout en décarbonant et en allant vers une économie circulaire.
-
Apprendre à réagir dans un monde géopolitiquement instable, où les dépendances deviennent des vulnérabilités.
Une nouvelle stratégie industrielle européenne : quatre axes
Face à ce constat, Mario Draghi met en avant quatre axes afin de mettre en place une stratégie industrielle européenne cohérente et efficace :
-
Mise en œuvre intégrale du marché unique.
-
Alignement des politiques industrielles, commerciales et de concurrence.
-
Augmentation du taux d’investissement total (objectif : environ 5 % par an, contre un ordre de grandeur d’environ 1 % dans la formulation de la fiche).
-
Réforme de la gouvernance de l’Union, pour renforcer la coordination et réduire la charge réglementaire.
Chapitre 2 : Combler le fossé de l’innovation
Productivité et démographie : la contrainte de long terme
Le rapport met au centre la productivité, sur fond de ralentissement démographique. C’est ainsi que Draghi affirme que « d’ici 2040, la population active de l’Union devrait diminuer de près de deux millions de travailleurs par an, tandis que le ratio actifs/retraités devrait passer d’environ 3:1 à 2:1 ».
Sur cette trajectoire, si l’Union maintient son rythme moyen de croissance de productivité depuis 2015 (0,7 %), « cela ne suffirait qu’à maintenir le PIB constant jusqu’en 2050 ».
Pour les copies : ce point permet d’argumenter que la productivité devient un enjeu macroéconomique central dans une économie vieillissante, car elle conditionne à la fois la croissance potentielle et la soutenabilité du modèle social.
Les causes du retard technologique (et donc du retard de productivité)
Mario Draghi met directement en lien le retard technologique observé en Europe et l’écart se creusant avec les États-Unis. Il liste donc plusieurs causes :
-
Une « structure industrielle statique » qui engendre un cercle vicieux de faible investissement et faible innovation.
-
Des faiblesses du « cycle de vie de l’innovation » qui empêchent l’émergence de nouveaux secteurs et de compétiteurs.
-
Un déficit d’institutions universitaires au plus haut niveau d’excellence. En effet, 77 % des entreprises européennes signalent que les employés nouvellement recrutés ne possèdent pas les compétences requises.
-
Des dépenses publiques de R&D jugées insuffisantes et pas assez axées sur l’innovation de rupture (exemple de l’industrie pharmaceutique).
-
L’absence d’un véritable marché unique, qui empêche les entreprises d’atteindre une taille suffisante pour accélérer l’adoption des technologies avancées.
Les mesures proposées : IA, innovation de rupture, universités, brevets, données industrielles
Mario Draghi adopte surtout, tout au long de son rapport, un ton très positif. C’est pourquoi il formule plusieurs propositions :
-
Soutenir l’IA tout en la surveillant et « garder un pied » dans les domaines où la souveraineté technologique est nécessaire (sécurité, cryptage).
-
Améliorer les conditions de l’innovation de rupture : réformer le Conseil européen de l’innovation vers une agence « type DARPA ».
-
Établir et consolider des institutions universitaires européennes à la pointe de la recherche mondiale.
-
Faciliter le passage « des inventeurs aux investisseurs » : brevet unitaire et nouveau statut juridique à l’échelle de l’Union pour les jeunes entreprises innovantes (« société européenne innovante »).
-
Promouvoir la coordination industrielle et le partage des données pour accélérer l’intégration de l’IA dans l’industrie européenne.
Chapitre 3 : Décarbonation et compétitivité
Le coût de l’énergie : obstacle économique, mais aussi opportunité stratégique
Une idée centrale du rapport de Mario Draghi est la suivante : les coûts élevés de l’énergie constituent un obstacle à la croissance, mais la décarbonation offre une opportunité de réduire les prix de l’énergie, d’être à la pointe des technologies propres et de renforcer la sécurité énergétique.
Cette question est d’ailleurs étudiée dans cet article !
Les menaces sur le secteur des technologies propres
Le rapport identifie plusieurs menaces : la concurrence chinoise, le gaspillage des avantages à un stade précoce en raison de faiblesses de l’écosystème d’innovation (abandon de projets faute de financement ou de marché), des politiques de décarbonation, mais « une absence d’une stratégie industrielle équivalente à celle des autres grandes puissances ».
L’exemple du secteur automobile : objectif climatique sans planification industrielle suffisante
Pour être plus concret, il est possible de s’appuyer sur l’exemple du secteur automobile. Rappelons que l’objectif de la Commission européenne était d’obliger à ce que 100 % des nouvelles voitures vendues soient zéro émission d’ici 2035. Mais cet objectif n’a pas été accompagné d’une impulsion synchronisée de conversion de la chaîne d’approvisionnement. Cela a provoqué une forte levée de boucliers de la part des industriels automobiles.
Conséquence : le récent abandon de cette mesure, fin 2025.
Chapitre 4 : Renforcer la sécurité et réduire les dépendances
Les dépendances identifiées : minéraux critiques et semi-conducteurs
Le rapport Draghi étudie aussi les risques en matière de sécurité liés aux dépendances stratégiques : dépendance en minéraux critiques (transition énergétique), dépendance aux technologies essentielles à la digitalisation, notamment les semi-conducteurs.
Une logique d’« economic statecraft »
Le rapport propose que l’Union développe une véritable politique économique extérieure (economic statecraft), fondée sur la sécurisation des ressources critiques et la mise en œuvre rapide et intégrale de la loi sur les matières premières critiques, en couvrant toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement, de l’extraction au recyclage en passant par la transformation.
Global Gateway : outil d’infrastructures et de partenariats
Global Gateway est la stratégie de l’Union européenne visant à développer des liens intelligents, propres et sûrs dans les domaines du numérique, de l’énergie et des transports, et à renforcer les systèmes de santé, d’éducation et de recherche dans le monde entier.
Cette initiative, Mario Draghi veut l’améliorer, la rendre plus ambitieuse, avec deux objectifs principaux :
-
Mobiliser jusqu’à 300 milliards d’euros d’ici 2027 pour financer des projets (transition écologique, digitalisation, transports durables).
-
Développer des relations équilibrées avec des pays partenaires, notamment en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Chapitre 5 : Financer les investissements
Besoins chiffrés : 750–800 Md€ par an
Le rapport estime nécessaire d’investir chaque année un montant minimum de 750 à 800 milliards d’euros. Cela représenterait 4,7 % du PIB de l’Union en 2023. Cela pourrait permettre des gains de productivité d’environ 6 % sur 15 ans.
Aujourd’hui, le capital privé est abondant, mais mal canalisé
Mario Draghi fait le constat qu’actuellement, le capital privé reste peu mobilisé : « Les ménages dans l’Union disposent d’une épargne abondante pour financer des investissements, mais (…) celle-ci n’est pas canalisée de manière efficace. » En guise d’illustration, il est possible de comparer les montants d’épargne en 2022 entre l’UE et les États-Unis : 1 390 Md€ dans l’UE, contre 840 Md€ aux États-Unis.
Dans ce contexte, Mario Draghi recommande de mettre en place une union des marchés des capitaux. Cette union permettrait de mieux utiliser cette épargne privée abondante. Mais les difficultés sont nombreuses : absence de régulateur unique des marchés de valeurs mobilières, divergences d’interprétation selon les États, des régimes fiscaux et sociaux peu alignés.
Très concrètement, ce projet paraît difficilement réalisable en l’état actuel des choses. Par exemple, aux États-Unis, on trouve une chambre de compensation et un dépositaire central uniques, contre plus de 20 infrastructures analogues en Europe, ce qui complexifie et renchérit les transactions transfrontalières.
Le budget européen : contrainte et proposition d’actifs sûrs communs
Le rapport rappelle que le budget annuel de l’Union « représente à peine plus de 1 % de son PIB ». Il souligne aussi l’effet de NextGenerationEU : le remboursement des emprunts commencerait en 2028 et représenterait 30 milliards d’euros par an. Cela réduirait le pouvoir de dépense effectif au niveau européen sans nouvelles ressources propres.
D’où une proposition attribuée à Draghi : aller vers une émission régulière d’« actifs sûrs communs ». Cela permettrait de financer des projets d’investissement conjoints et de contribuer à l’intégration des marchés de capitaux.
Chapitre 6 : Renforcer la gouvernance
On l’a déjà évoqué, la mise en place de certaines idées apportées par Draghi suppose des changements institutionnels importants. Très concrètement, Mario Draghi montre qu’il faut en moyenne 19 mois à l’UE pour adopter de nouveaux règlements. Dans ce contexte, trois objectifs sont mis en avant : recentrer le travail de l’Union, accélérer l’action et l’intégration, et simplifier les règles.
Pour réduire le stock de réglementation, il recommande la nomination d’un vice-président de la Commission chargé de la simplification, avec une méthodologie unique pour quantifier le coût du « flux » réglementaire.
Enfin, le rapport demande la mise en place d’un « cadre de coordination de la compétitivité » formulé et adopté par le Conseil.
Conclusion
Ce rapport Draghi, publié en 2024, est très riche et peut servir à de multiples reprises dans tes copies d’ESH. Essaie au maximum de citer des faits, des chiffres ou des idées précises. Il faut montrer à ton correcteur que tu maîtrises bien ce que dit Mario Draghi !
Voici un petit bilan des points importants à retenir de ce rapport Draghi :
- Le diagnostic : le décrochage UE/États-Unis est d’abord un problème de productivité.
- Le facteur aggravant : le choc démographique rend la productivité encore plus décisive.
- Le problème institutionnel : fragmentation du marché unique → entreprises trop petites → diffusion lente des innovations.
- La stratégie : investir massivement, coordonner industrie/commerce/concurrence, simplifier la gouvernance.
- La compétitivité « version Draghi » : elle est industrielle, technologique, énergétique… et géopolitique (dépendances, ressources).



