Le sujet 0 de l’ESCP en HGG a été publié pendant l’été. Dans cet article, nous allons analyser le sujet « La Chine, une puissance rattrapée par ses vulnérabilités ? ». Nous en profiterons également pour revoir les étapes de la méthodologie et comprendre comment une bonne analyse mène à un plan efficace. Pour découvrir les nouvelles formalités de l’épreuve de HGG, clique ici.
Analyse du sujet : définitions, acteurs, chronologie, problématique
Analyse du corpus de documents
Tout d’abord, on commence par lire le corpus de documents du sujet 0, ce qui permet d’identifier des thèmes auxquels le jury veut qu’on soit attentifs.
Dans le cas présent, le corpus est composé de trois documents :
- Un schéma de la revue Diplomatie portant sur la localisation stratégique de Taïwan. Elle apparaît comme un frein à la puissance chinoise en mer de Chine méridionale. Le document insiste également sur la présence militaire américaine dans la région qui vise à limiter les velléités chinoises et rassurer les alliés des États-Unis.
- Un graphique de la revue Carto qui expose l’évolution de la croissance démographique chinoise depuis 1951. Il montre ici le ralentissement du taux de natalité en République populaire de Chine et les projections à horizon 2050. Elles font état d’une diminution de la population chinoise. En effet, le taux de natalité est inférieur au seul de renouvellement des générations (environ 2,1). Le pays connaît une vraie crise démographique qui commence à menacer son organisation sociale. À noter que cette problématique n’est pas seulement à l’œuvre en Chine. D’autres États de la région, comme la Corée du Sud, le Japon ou encore Taïwan, connaissent des dynamiques similaires.
- Un graphique recensant les 20 régions dans le monde ayant le plus fort risque de destruction physique liée au changement climatique. Ce qui ressort de ce document est que la Chine compte 16 des 20 régions les plus affectées par le changement climatique. Cela montre que la Chine ne peut mettre de côté l’enjeu de l’environnement, car cela est vraiment un enjeu de santé publique pour le pays. Les conséquences socio-économiques de cette problématique peuvent être majeures.
Après une lecture attentive de ces trois documents, il apparaît que le jury souhaite nous faire réfléchir sur différents enjeux. Tout d’abord, Taïwan apparaît comme une vulnérabilité pour la République populaire de Chine dans l’affirmation de sa puissance. Ensuite, le pays fait face à une crise démographique. Enfin, la Chine subit les conséquences néfastes du changement climatique pour le pays.
Trois thèmes sont donc ici mis en avant : militaire et politique, pour Taïwan, social, pour la crise démographique, et environnemental, pour les effets du changement climatique.
Sujet 0 que je n’ai pas eu
Avant de commencer la définition des termes du sujet, une bonne méthode pour éviter de faire un hors-sujet peut être de se demander quel sujet nous n’avons pas eu.
Dans le cas présent, les sujets que nous n’avons pas sont :
- La Chine, une nouvelle puissance mondiale : ne pas se limiter aux leviers de la puissance.
- Les fragilités de la Chine contemporaine : ne pas se limiter aux vulnérabilités du pays.
- La Chine face aux États-Unis, rivalité pour l’hégémonie : ne pas se limiter à une analyse des rapports de force de la Chine dans les relations internationales, mais aussi voir quelles fragilités sont internes au pays.
Cette méthode permet de trouver la spécificité du sujet et d’éviter les hors-sujets. Le sujet est ici un sujet de synthèse invitant à prendre en compte deux pôles. D’un côté, la Chine est vue comme grande puissance. De l’autre, cette puissance fait face à des faiblesses.
Définition des termes du sujet
Après avoir mis de côté les potentiels hors-sujets, on va chercher à définir les termes du sujet. La difficulté est ici de ne pas se contenter de définitions stéréotypées ou apprises par cœur.
- Chine : il fait ici référence à l’État-nation chinois contemporain issu de la proclamation d’indépendance de Mao Zedong. Ce denier naît après la victoire de son camp contre les nationalistes de Tchang Kaï-chek. On peut rappeler que la Chine est la deuxième puissance économique mondiale, premier exportateur de biens manufacturés, deuxième démographie… Elle est sous l’autorité du Parti communiste chinois (PCC). Pour autant, le terme Chine renvoie à une civilisation plurimillénaire qui se vit comme une continuité historique. Xi Jinping parle notamment de « renouveau national ».
- Pour la définition de puissance, il est possible de s’appuyer sur celles d’auteurs.
- Joseph Nye, Bound to lead: The changing nature of American Power, 1990
- Hard power : militaire-économie
- Soft power : pouvoir coopter des partenaires par les normes, la culture
- Serge Sur, 2001, Relations internationales : « Capacité de faire, de faire faire, d’empêcher de faire, de refuser de faire »
- Fréderic Charillon, 2022, Guerres d’influence, où il fait la distinction entre trois concepts clés associés à la puissance :
- Influence : capacité d’un acteur A à obtenir qu’un acteur B qu’il fasse quelque chose sans recourir à la contrainte
- Soft power qui n’implique pas l’idée de rétribution
- Rayonnement : n’implique pas de modifier le comportement d’autres acteurs
- Joseph Nye, Bound to lead: The changing nature of American Power, 1990
La puissance est donc la capacité à imposer aux autres acteurs ses volontés, mais également à peser sur les équilibres régionaux et mondiaux. Pour définir ce concept, il faut prendre en compte les différentes dimensions de la puissance : économique (première puissance commerciale, innovation, finance), militaire (arme nucléaire, première flotte mondiale en tonnage), diplomatique (BRICS, routes de la soie, consensus de Pékin…), technologique, culturelle (modèle politique).
- Rattrapée : le terme renvoie ici à un paradoxe temporel. En effet, on peut comprendre par ce dernier que la Chine a su dépasser ou du moins masquer ses fragilités durant sa phase d’essor. Elles seraient aujourd’hui un frein à la progression de la puissance de la Chine contemporaine.
- Vulnérabilités : faiblesses et fragilités qui réduisent la capacité de maintenir ou élargir sa puissance et peuvent créer des contestations tant internes qu’externes. Une nouvelle fois, le terme est à analyser dans différents domaines : les vulnérabilités peuvent être démographiques, économiques, technologiques, diplomatiques, politiques, environnementales, géopolitiques. Un bon moyen de varier les exemples et les idées peut être de réfléchir à ces différentes catégories au moment de l’analyse au brouillon.
Les acteurs
Pour aborder le sujet 0 HGG, il faut se poser la question des acteurs : quels acteurs interviennent dans le sujet ? (Pour ne pas se contenter des États.)
Dans le cas présent, le sujet porte sur la Chine en tant qu’État et puissance sur la scène internationale. Ainsi, il faut évidemment parler de la Chine dans son rapport aux autres puissances, tant sur la scène régionale qu’internationale. Pour ce faire, il faut aborder les États pouvant jouer sur les fragilités de la Chine, voire cherchant à les accentuer.
Pour autant, il ne faut pas mettre de côté les entreprises chinoises qui sont certes des entreprises d’État, mais dont les dirigeants ont pu remettre en cause la politique du parti. On peut également penser à la société civile chinoise qui a pu à certains moments de l’histoire du pays contester le manque d’ouverture démocratique. Les ONG de défense des droits de l’homme et de l’environnement jouent également un rôle dans la mise en cause de la Chine. Elles constituent un outil de dénonciation qui fragilise son pouvoir d’attraction sur la scène internationale.
Par ailleurs, la Chine se montre critique à l’égard de nombreuses organisations internationales qu’elle juge trop alignées sur les intérêts occidentaux et notamment américains. Elle cherche donc à développer des alternatives institutionnelles, en créant ou en soutenant de nouveaux cadres multilatéraux plus favorables à ses positions.
Cette liste d’acteurs est non exhaustive, mais elle permet de montrer qu’un sujet de HGGSP ne se limite pas aux seuls États, mais qu’il faut penser à une pluralité d’acteurs.
Géographie du sujet
Il faut garder à l’esprit que, pour être le plus complet possible, il faut chercher à varier au maximum les échelles. Dans le cas présent, il est nécessaire d’analyser les fragilités internes de la Chine à l’échelle nationale. Cela suppose d’évoquer les disparités régionales, les revendications de la société civile ou encore la crise démographique, dont les effets varient selon les territoires.
Cependant, les fragilités chinoises s’expriment également à une échelle régionale et internationale. On peut citer, par exemple, la présence militaire américaine en mer de Chine méridionale ou encore les tentatives de pressions commerciales exercées par Washington.
Chronologie du sujet
Pour étudier la chronologie du sujet, il faut étudier deux choses :
- Les bornes du sujet : où est ce que je décide de faire démarrer le sujet si aucune date n’est indiquée, comme c’est ici le cas.
- Les phases du sujet : les différentes périodes traversées par la Chine pour arriver jusqu’à aujourd’hui et surtout son rapport à ses fragilités durant ces différentes périodes.
Si on applique cette méthodologie, la borne de départ du sujet pourrait être 1949. C’est la date à laquelle la République populaire de Chine est proclamée. On pourrait également commencer le sujet plus tôt avec le siècle de la honte. Le sujet s’étend évidemment jusqu’à aujourd’hui et il faut concentrer l’essentiel de la copie sur la situation actuelle.
Pour ce qui est des phases :
- Le siècle des humiliations : guerre de l’opium, traités inégaux, occupation japonaise, guerre civile.
- La période maoïste (1949-1976) : socialisation du pays qui s’est accompagnée de grandes réformes (Grand Bond en Avant, Révolution culturelle).
- L’essor économique de la Chine lancé par les réformes de Deng Xiaoping (1978-2008) : réformes et ouverture + intégration dans la mondialisation.
- La montée en puissance mondiale (2008-2013) : après la crise de 2008, la Chine semble devenir le cœur de l’économie mondiale.
- L’ère Xi Jinping : affirmation d’une réelle volonté de devenir la première puissance mondiale, mais vulnérabilités qui apparaissent plus nettement.
Problématique
Il faut bien garder à l’esprit que la problématique doit être trouvée avant de commencer la rédaction du plan, puisque ce dernier est une réponse directe à la problématique.
Pour le sujet suivant, plusieurs problématiques sont possibles :
- Comment expliquer que la Chine se soit imposée comme la deuxième puissance mondiale, alors que ses fragilités économiques, sociales et démographiques menacent sa trajectoire ascendante ?
- Comment expliquer que la Chine apparaisse aujourd’hui comme une puissance mondiale incontournable, capable de rivaliser avec les États-Unis, alors même que ses vulnérabilités démographiques, économiques, environnementales et géographiques menacent de freiner sa trajectoire et de reconfigurer ses ambitions à moyen terme ?
Pour la construction du plan, il peut être possible d’opter pour une première partie historique montrant que la Chine a connu une ascension historique spectaculaire masquant ses fragilités. Ensuite, il faudrait montrer que les vulnérabilités sont aujourd’hui visibles et multiscalaires. Enfin, la Chine cherche à pallier ses faiblesses, mais des limites restent persistantes.
Plan du sujet 0 ESCP HGG
I. Des vulnérabilités qui sont restées moins visibles pendant la phase d’essor de la puissance chinoise
1) Le sursaut de la puissance chinoise
Il est pertinent de revenir sur le siècle des humiliations, si cela n’a pas été fait en introduction. Dans le cas contraire, on se concentre sur la prise de pouvoir du PCC en 1949. Il faut alors insister sur le retour de la souveraineté de la Chine et les grands projets mis en place par Mao. Cette période marque le retour de la puissance chinoise (arme nucléaire, reconnaissance au Conseil de sécurité de l’ONU par Nixon, développement militaire). La Chine reste encore vulnérable économiquement après les grands chantiers de Mao.
2) Les réformes de Deng Xiaoping et l’ouverture à la mondialisation
Dans cette sous-partie, l’idée est de revenir sur les décisions de Deng Xiaoping lancées en 1978. Ces dernières ont permis à la Chine de devenir un acteur clé de la mondialisation. On peut penser à la décollectivisation agricole, à l’ouverture aux IDE, à la création de zones économiques spéciales.
Le pays connaît alors une croissance à deux chiffres. La Chine est qualifiée de « fabrique du monde » avant d’intégrer l’OMC en 2001. À cette période, la Chine met en place la stratégie « taoguang yanghui » (qui se traduit par « cacher ses capacités et attendre son heure »). Cette dernière visait à ne pas attirer l’attention des puissances occidentales sur la volonté de dénoncer l’ordre international.
3) La Chine en quête de leadership mondial
À partir de 2008 et de la crise financière, la Chine affirme sa puissance en profitant des faiblesses de l’Occident. Le concept de « rêve chinois » est utilisé pour évoquer la volonté de la Chine de devenir la première puissance mondiale. Les dirigeants chinois veulent se venger du siècle des humiliations. C’est à cette période que la Chine entame une critique plus acerbe des institutions internationales. Elle cherche à développer des alternatives crédibles.
II. Aujourd’hui, ces vulnérabilités semblent limiter les perspectives de puissance de cette dernière à toutes les échelles
1) Le pays fait face à des fragilités internes remettant en cause son modèle de développement
Dans cette sous-partie, il faut montrer que la Chine connaît des faiblesses internes importantes. Tout d’abord, démographiquement, la Chine fait face à un vieillissement de sa population, à une baisse de la natalité. Le pays subit les conséquences de la politique de l’enfant unique. Économiquement, le pays connaît une surdépendance à l’immobilier et un endettement massif. Cela fait craindre le « piège du revenu intermédiaire ». L’assise du parti est remise en cause, d’autant que les inégalités entre littoraux et intérieur s’accroissent.
Enfin, le pays est en première ligne face à la pollution chronique, au stress hydrique et aux effets du réchauffement climatique.
2) L’environnement stratégique de la Chine semble de plus en plus contraignant
L’idée est d’insister sur les fragilités régionales de la Chine. Pour l’illustrer, on peut insister sur les tensions permanentes avec ses voisins. Il faut donc aborder la présence militaire américaine dans la région et les frictions persistantes avec les puissances régionales. Il faut parler de la question de Taïwan et de la politique du Parti communiste pour faire pression sur l’île.
3) Plus globalement, la Chine est en prise à des pressions et dépendances internationales
La Chine a également à faire face à des dépendances internationales. On peut penser au dollar pour les échanges de semi-conducteurs et le Moyen-Orient pour ses approvisionnements en hydrocarbures. Il est pertinent d’aborder le dilemme de Malacca et le projet Belt and Road Initiative. Ce dernier est fragilisé par l’endettement des pays partenaires et critiqué pour son opacité.
III. Pour maintenir sa stature, la Chine tente de dépasser ses vulnérabilités, bien que des limites restent persistantes
1) Pour maintenir sa cohésion sociale, le PCC cherche à stimuler la démographie, à innover et à renforcer le contrôle politique
Tout d’abord, le Parti communiste a mis fin à la politique de l’enfant unique et mis en place une politique nataliste pour inciter à la natalité, même si cette dernière a des effets limités. Le pays cherche également à relancer la consommation domestique et à réaliser une montée en gamme technologique (cf. le plan Made in China 2025). De surcroît, derrière la figure de Xi Jinping, le parti cherche à renforcer son autorité sur la population. Cela passe par des campagnes anticorruption au sein du parti, une politique répressive envers les chefs d’entreprise dissidents…
2) Consciente de ses vulnérabilités sur la scène internationale, la Chine tente de multiplier les alternatives institutionnelles et les partenariats Sud-Sud
La Chine cherche à consolider son projet de routes de la soie. De plus, elle cherche à renforcer des institutions parallèles (AIIB, organisation de Shanghaï, BRICS élargis). Elle se rapproche également de puissances dénonçant l’ordre international (Russie, Corée du Nord, Iran). Enfin, la Chine développe une stratégie Indo-Pacifique en renforçant son arsenal militaire et en passant des accords avec les pays de la région.
3) Pour autant, ces réponses ne semblent pas suffisantes
On va insister sur le fait que les réponses de la Chine sont court-termistes (relance par la dette, surcapacité industrielle).
La Chine peine également à réduire les dépendances critiques, d’autant que sa réputation internationale a pu être fragilisée. Certains experts mettent en avant le concept « d’effet diversion ». En effet, pour faire face à des difficultés intérieures, il peut chercher à intervenir militairement. L’idée est de détourner l’attention de la population et de ressouder l’opinion. L’exemple le plus parlant pour illustrer cette situation pour la Chine serait l’invasion de Taïwan.
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