sous-marin

La géopolitique des sous-marins illustre la place stratégique de ces armes dans les rapports de puissance, comme l’a montré le Canada, fin août 2025, en écartant Naval Group pour sa mégacommande de 12 submersibles. Pour comprendre les enjeux militaires et maritimes actuels intimement liés à ces engins, plonge-toi dans les analyses, définitions et exemples traités dans cet article.

Les enjeux : pourquoi posséder des sous-marins ?

Une utilisation civile

Même si l’utilisation civile des sous-marins n’est pas au cœur de la géopolitique des sous-marins, elle demeure d’actualité et remplit plusieurs fonctions.

Le transport maritime

Le transport maritime fait parfois intervenir des sous-marins. En général, les sous-marins utilisés pour le transport maritime le sont en parallèle d’activités plus militarisées. Par exemple, l’Allemagne utilise le sous-marin U-459, dit « U-boot vache à lait » pendant la Seconde Guerre mondiale. Il sert à ravitailler d’autres sous-marins en vivres, mais aussi en matériel militaire.

L’usage de sous-marins comme mode de transport maritime reste anecdotique, les navires-cargos « classiques » se révélant plus efficaces. Un seul produit demeure extrêmement dépendant de ce mode de transport : la drogue. Les trafiquants de drogue utilisent en effet beaucoup de « narco sous-marins ». Ils permettent de discrètement faire circuler des quantités importantes de drogue, par exemple en Amérique latine.

La recherche océanographique

Les sous-marins remplissent aussi des fonctions scientifiques. Ils permettent de réaliser des collectes d’échantillons, des mesures ou des observations dans les fonds marins. Par exemple, l’institut français Ifremer dispose du sous-marin de poche « Nautile ». Ce dernier a largement contribué à mettre en évidence des sources hydrothermales, mais aussi des aléas liés aux avalanches sous-marines.

Les industries pétrolières et gazières utilisent aussi ces sous-marins de « recherche ». Ils se révèlent utiles pour du repérage ou plus encore pour la pose de tuyaux parfois.

Le sauvetage

Certains sous-marins sont des engins de sauvetage. Ils sont petits et capables de plonger en profondeur pour récupérer l’équipage d’un sous-marin en cas d’urgence. Ils sont donc des outils civils seulement en ce qu’ils ne sont pas directement militaires. Bien souvent, cependant, la mobilisation de ces engins prend trop de temps pour leur permettre de réellement opérer le sauvetage.

Par exemple, le robot britannique Scorpio-45 se révèle plus efficace que le sous-marin de sauvetage habité LR5 lors de l’accident du sous-marin russe AS-28 Priz. Ce dernier s’emmêle en effet dans des câbles au large du Kamtchatka en août 2008. Le temps pris pour le transport et la préparation du LR5 est trop important. C’est donc grâce au Scorpio-45 que le sauvetage de l’équipage russe s’opère.

Une utilisation militaire au cœur d’une géopolitique des sous-marins

La géopolitique des sous-marins concerne surtout la puissance militaire d’un État. Avant d’analyser les atouts que ces engins apportent, il convient de différencier les deux principaux types de sous-marins qui existent.

  • Les sous-marins nucléaires d’attaque SNA : engins à propulsion nucléaire utilisés pour des missions de protection, de renseignement et de projection de puissance. Leur avantage par rapport à des sous-marins « classiques » est leur mode de propulsion. La propulsion nucléaire leur permet de gagner en discrétion et en mobilité. D’une part, ils ne nécessitent plus de remonter en surface pour alimenter les moteurs en air. D’autre part, il est possible, grâce à la propulsion nucléaire, de maintenir plus longtemps des vitesses importantes en plongée. La vitesse moyenne d’un SNA est de 25 nœuds, soit 46 km/h. C’est une vitesse qu’un sous-marin classique ne pourrait atteindre ou maintenir que quelques dizaines de minutes. Les SNA peuvent abriter des torpilles et des missiles conventionnels, mais ne portent pas d’armes nucléaires.
  • Les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins SNLE : ces engins utilisent la propulsion nucléaire et servent à faire de la dissuasion nucléaire. Ils sont dès lors équipés de missiles balistiques à charges nucléaires, mais aussi souvent de torpilles.

 

Ci-dessous, les atouts militaires que représentent ces engins.

L’attaque

L’attaque est principalement le fait des sous-marins SNA. La Royal Navy y a eu recours pendant la guerre de Libye en 2011, par exemple. Le SNA HMS Triumph a en effet utilisé des missiles de croisière de type Tomahawk contre des cibles au sol.

Les missiles de croisière sont à longue portée et volent dans l’atmosphère là où les missiles balistiques ont une trajectoire s’effectuant en majorité hors de l’atmosphère. Le type Tomahawk est très modulable : on peut l’équiper d’une ogive nucléaire ou conventionnelle. Son utilisation lors de la guerre libyenne a permis de neutraliser des systèmes de défense antiaérienne libyens.

La dissuasion nucléaire

Évidemment, les SNLE ont pour mission de participer à la dissuasion nucléaire. Équipés d’ogives nucléaires, ils sont en mesure d’attaquer des ennemis avec l’arme nucléaire. L’ogive désigne la partie du projectile contenant l’explosif. Pour lui faire atteindre la cible, il faut disposer de vecteurs. Les vecteurs principaux, dont sont équipés les SNLE, sont les missiles balistiques mer-sol. C’est le cas à bord des sous-marins chinois dits de « type 094 ». Ces derniers abritent 12 missiles balistiques de 7 à 8 000 km de portée emportant trois à quatre têtes nucléaires.

La lutte anti-sous-marine

Paradoxalement, les meilleurs chasseurs de sous-marins sont souvent les sous-marins eux-mêmes. Les SNA peuvent d’une part prendre en filature et éventuellement détruire les sous-marins ennemis. D’autre part, ils peuvent escorter et ainsi protéger les SNLE des sous-marins adverses.

La collecte de renseignements

La géopolitique de sous-marins appelle à une collecte d’informations précieuses. À l’aide de sonars, les engins peuvent reconnaître la signature acoustique de navires ou sous-marins alentour. Chacun fait en effet un bruit particulier en raison de son moteur, de ses hélices… Des antennes radio permettent aussi d’intercepter des communications.

De plus, le périscope permet de prendre des photos, d’observer à l’aide de caméras HD ou infrarouges. Par exemple, l’entreprise Safran a développé des mâts optroniques plus légers et furtifs que des périscopes traditionnels. Ils permettent de voir sans être vu et ainsi d’opérer des collectes de données optimales.

Une maîtrise inégale des sous-marins selon les puissances

Historiquement, la géopolitique des sous-marins comme chasse gardée de quelques pays

Bien que les premiers prototypes de sous-marins soient mis au point dès le XVIIe siècle, la géopolitique des sous-marins est entamée par l’Armada espagnole. En effet, en 1888, le « Submarino Peral » est mis à flot, suivi du « Gymnote » français quelques semaines plus tard.

Des scientifiques de quelques pays sont à l’origine d’avancées technologiques majeures au cours du XXe siècle. Le Français Maxime Laubeuf équipe l’engin d’un périscope et d’une double coque en 1900. En 1944, les Allemands améliorent le schnorchel, ce qui leur permet de faire fonctionner les moteurs Diesel tout en étant immergés. Ils peuvent alors éviter de remonter à la surface dans un contexte de supériorité aérienne et navale des Alliés. Dans les années 1950, c’est aux États-Unis qu’apparaît la propulsion nucléaire avec l’USS Nautilus.

Quelques nouveaux arrivants

Actuellement, de très nombreux pays ont des sous-marins « classiques » pour défendre leurs côtes ou patrouiller en mer. En revanche, très peu de pays appartiennent au club très fermé de la géopolitique des sous-marins nucléaires :

SNLE SNA
États-Unis 14 47
Chine 7 6
France 4 5
Inde 3
Royaume-Uni 4 5
Russie 14 15

La Chine et l’Inde arrivent plus tardivement dans le club très fermé des puissances dotées de sous-marins nucléaires. La Chine se dote de son premier SNA dans les années 1970. Quant à l’Inde, si elle loue des SNA russes dès les années 1980, elle lance son premier SNLE indien en 2009.

Un club cependant toujours très fermé

Une poignée de puissances possède des sous-marins nucléaires. Si ce club est donc très fermé, celui des puissances maîtrisant réellement ces technologies l’est encore plus, faisant de la géopolitique des sous-marins un lieu de haute compétition technologique. Les sous-marins sont des outils nécessitant un savoir-faire exigeant et des technologies de pointe.

Voici quelques exemples.

La discrétion

Pour qu’un sous-marin ne soit pas repéré, il faut limiter ses indiscrétions optiques (bulles, fumée…) et sonores (hélices, chant…). Or, seules quelques puissances maîtrisent l’art du silence. La France possède le SNA Suffren, l’un des plus silencieux du monde. Les États-Unis et le Royaume-Uni disposent aussi d’engins comparables. La Chine est cependant en retard sur ce point avec ses sous-marins trop bruyants.

L’étanchéité et le savoir-faire

C’est une qualité indispensable, mais pas toujours remplie. Par exemple, en 2018, l’engin indien Arihant est inondé après qu’un marin a laissé ouverte une écoutille. Plus qu’un défaut technologique, cet incident révèle aussi le manque d’expérience de certaines marines.

De nombreux autres points peuvent être cités : la présence de bases sous-marines de SNLE (très rare : deux aux États-Unis, en Russie et en Chine, et une seule pour les autres), la maîtrise de la triade terre-air-mer (seuls la Chine, les États-Unis et la Russie en ont toutes les composantes)….

Les États-Unis : une supériorité inégalée dans la géopolitique des sous-marins

Tous les États ont en réalité connu des accidents et notent des défauts sur leurs sous-marins. Il n’empêche que la suprématie des mers des États-Unis reste inégalée. Outre leur supériorité numérique en sous-marins, ils disposent de technologies de pointe, de bases, mais aussi d’une expérience de la mer très forte pouvant manquer à des puissances comme l’Inde ou la Chine.

L’inauguration de l’USS Iowa par les États-Unis en avril 2025 illustre bien cette position américaine. Caméras thermiques à faible luminosité, propulsion nucléaire et par jet de pompe et discrétion sont autant de qualités qui caractérisent l’engin. Par ailleurs, son nom n’est pas sans rappeler celui du cuirassé USS Iowa BB-4 qu’utilisaient les États-Unis pendant la guerre hispano-américaine de 1898.

Les autres puissances

Derrière les États-Unis se rangent la Russie et la Chine. Par exemple, la Russie inaugure en 2022 le K-329 Belgorod. Selon Die Welt, il est le plus grand submersible nucléaire du monde. Il peut tirer six torpilles Poséidon pouvant être équipées de têtes nucléaires. Il est tellement grand que certains scientifiques estiment que d’autres sous-marins pourraient s’arrimer à lui, en faisant alors une base d’appui mobile. La France et le Royaume-Uni rejoignent ensuite la course, suivis des autres pays, notamment l’Inde.

Quel avenir pour les sous-marins ?

De nouvelles avancées technologiques

Tout d’abord, il est certain que les avancées technologiques vont pousser au développement de sous-marins toujours plus performants.

L’utilisation de l’intelligence artificielle

Par exemple, Naval Group présente en 2020 son concept de sous-marin SMX 31 E. Le revêtement de l’engin le rend discret et son endurance rend possible une immersion de plusieurs mois. De plus, l’intelligence artificielle offre au sous-marin une connectivité optimale pour interagir avec le reste de la flotte.

Le recours à la propulsion laser

La Chine travaille actuellement sur le développement de la propulsion laser. Cette dernière pourrait permettre aux sous-marins nucléaires d’atteindre la vitesse du son tout en restant silencieux.

Vers une fin des sous-marins ?

Les sous-marins sont devenus des outils hautement stratégiques, indispensables aux grandes puissances dans un contexte de recomposition géopolitique. Leur importance croît avec la concentration des rapports de force dans l’Indo-Pacifique, l’intérêt accru pour l’Arctique et le rôle central de l’arme nucléaire dans les équilibres contemporains.

Néanmoins, l’émergence de nouvelles technologies questionne la place des sous-marins traditionnels. Les drones sous-marins de grande taille, autonomes et sans équipage, représentent une rupture majeure. Parfois aussi imposants que des modèles habités, ils peuvent mener des attaques, poser des mines ou soutenir des opérations spéciales. La Chine a d’ailleurs présenté en 2024 un prototype surpassant en taille le modèle américain ORCA, illustrant une compétition stratégique intense.

Ces innovations annoncent une transformation profonde de la guerre sous-marine et invitent à repenser la géopolitique des sous-marins.