American Progress par John Gast

Dans le tableau American Progress de John Gast (1872), l’image de cet article, on peut observer Columbia, allégorie des États-Unis, se dirigeant vers l’ouest. Elle apporte avec elle l’éducation et la technologie, et chasse au passage les animaux sauvages et les Natives. Cette image soutient le bien-fondé d’une expansion territoriale des États-Unis, reposant sur le concept de manifest destiny. Les citoyens américains considéraient comme leur devoir divin d’étendre la civilisation dans des régions encore « sauvages ». C’est le principal facteur expliquant la politique volontariste et rapide d’expansion des États-Unis. Dans la première moitié du XIXe siècle, l’expansion vers l’ouest fut également liée aux problématiques autour de l’esclavagisme. Un clivage toujours plus important se forma à ce sujet entre les États du Nord et du Sud, jusqu’à la guerre de Sécession.

Le Louisiana Purchase

En 1803, Jefferson acheta la Louisiane à la France, doublant ainsi la superficie des États-Unis. Comme les colons britanniques, français et espagnols qui avaient tenté de trouver un Northwest Passage, Jefferson souhaitait trouver une voie navigable permettant de relier l’océan Pacifique à l’océan Atlantique, qui aurait représenté un avantage économique majeur.

La possibilité d’accroître leur commerce avec les ports chinois offrait des perspectives de débouchés lucratifs. L’objectif de l’exploration de ce nouveau territoire était également d’y asseoir la souveraineté des États-Unis et de prendre contact avec les tribus de natifs. 

Une équipe fut assemblée autour de Lewis & Clark pour explorer les affluents du Missouri et rejoindre l’Oregon. De 1804 à 1806, le Corps of Discovery cartographia le territoire, observa la faune et la flore, ainsi que les coutumes des tribus. Cette expédition inaugurale demeura cependant surtout symbolique. La majeure partie du territoire resta encore inconnue. 

L’acquisition de la Floride

En Géorgie, les colons américains subissaient les attaques des natifs, qui se réfugiaient hors d’atteinte en Floride. En effet, ce territoire était encore dans le giron de l’Espagne, qui n’avait pas les moyens de contrôler sa frontière avec les États-Unis. 

C’est dans ce contexte qu’en 1818, le général Andrew Jackson franchit la frontière pour mater les natifs. L’Espagne indignée demanda le retrait des troupes américaines qui s’étaient livrées au pillage de la région. Le secrétaire d’État, John Quincy Adams, y consentit, mais proposa également le rachat du territoire. L’Espagne s’y résigna, réalisant que la situation resterait problématique. En février 1819 fut ainsi signé le traité Adams-Onís, qui officialisa la cession de la Floride aux États-Unis. 

Cependant, de nombreux partisans de l’expansionnisme américain demeuraient insatisfaits. Ils auraient souhaité que l’Espagne cède également le Texas. Ce mécontentement incita de nombreux colons à monter des expéditions militaires privées afin de prendre le contrôle du Texas. Mais les entreprises de ces filibusters échouèrent et ils furent expulsés par l’armée espagnole. 

La crise du Missouri

En 1819, le Missouri, qui avait atteint le quota de population nécessaire, porta à la Chambre des représentants sa pétition afin de devenir officiellement un État. Un violent débat éclata autour de la question de l’esclavagisme. Fallait-il l’autoriser dans le nouvel État du Missouri ? Pour les représentants des États du Nord, admettre au sein de la Confédération un État esclavagiste mettrait en péril le fragile équilibre entre États du Nord et du Sud. Le Sud esclavagiste aurait alors un avantage systématique de deux voix, aux dépens des intérêts du Nord. 

Le débat prit peu à peu une tournure morale. Les représentants du Nord présentaient l’esclavagisme comme un vice immoral, opposé aux principes fondateurs des États-Unis, la liberté et l’égalité. Au contraire, les représentants du Sud interprétaient ces revendications comme une volonté d’abolir l’esclavagisme dans toute l’Union. Cette exploitation était génératrice de richesses pour eux-mêmes et leurs administrés. En outre, elle permettait aux Blancs de s’adonner au développement de leurs talents plutôt qu’au travail, et d’après eux, la servitude aux États-Unis, plutôt que la liberté en Afrique, offrait de meilleures conditions de vie aux Noirs.

En 1820, après de fortes tensions, des appels à la sécession et des menaces de guerre civile, un compromis fut trouvé. Le Missouri et le Maine intégrèrent l’Union en même temps, le Missouri en tant qu’État esclavagiste et le Maine en tant qu’État libre. Pour éviter de tels conflits à l’avenir, la frontière sud du Missouri fut établie comme point de référence. Les futurs États au Sud deviendraient esclavagistes et ceux au Nord deviendraient libres. 

L’implantation américaine au Mexique

Après le traité Adams-Onís de 1819, l’Espagne invita des colons américains, souvent sudistes, à s’installer au Texas en échange de généreuses concessions foncières. Le Mexique continua cette politique après sa prise d’indépendance en 1821. En effet, les Tejanos hispanophones étaient constamment menacés par les tribus natives. L’arrivée massive de colons américains devait permettre de créer une zone tampon avec les natifs. 

Les colons devinrent progressivement plus nombreux que les Tejanos. Cependant, ils ne cherchaient pas à s’intégrer et restaient fidèles aux États-Unis, à leur culture politique et à leurs lois. Par exemple, malgré l’interdiction, ils continuaient à pratiquer publiquement la religion protestante. En 1829, lorsque le Mexique abolit l’esclavagisme, il y eut pourtant de nombreuses exceptions pour les colons. Ce mépris des lois mexicaines était enraciné dans la croyance ferme en la supériorité de la « race américaine ». Certains colons allèrent même jusqu’à tenter des coups d’État. 

En 1830, le Mexique, inquiet de ces velléités, mit fin à sa politique d’accueil de colons américains. Malgré tout, l’immigration illégale se poursuivit. Les colons, mécontents, après avoir réclamé la reprise de la politique d’accueil, se rassemblèrent en 1833 pour rédiger la Constitution du Texas indépendant. Santa Anna, le président mexicain, bien qu’il ne permit pas l’indépendance, fut très arrangeant et consentit à toutes les revendications des colons. 

La révolution texane

La bonne volonté de Santa Anna fut réduite à néant lorsqu’il s’arrogea les pleins pouvoirs par un coup d’État, et dès 1835, envoya l’armée collecter des taxes auprès des colons américains. Les colons levèrent une armée et prirent le contrôle de San Antonio. Après avoir tenté de temporiser en offrant de troquer leurs revendications à l’indépendance contre un retour à un régime constitutionnel, les représentants des colons américains proclamèrent, en 1836, l’indépendance du Texas. Sa Constitution imitait le système judiciaire américain et légalisait l’esclavagisme. 

En février 1836, l’armée mexicaine, en surnombre, assiégea San Antonio. Après 10 jours de résistance, les derniers combattants texans, confinés dans une ancienne mission appelée Alamo, furent exécutés. Les Texans prirent leur revanche en avril 1836 lors de la bataille de San Jacinto en assassinant la moitié des troupes de Santa Anna durant leur sieste en criant « Remember the Alamo! ». Santa Anna, emprisonné, dut signer de force un traité de paix et reconnaître l’indépendance du Texas. Mais le nouveau gouvernement mexicain, nommé entre-temps, ne se sentit pas tenu de respecter les promesses de Santa Anna.

The Lone Star Republic

En 1836 fut élu le premier président texan, Sam Houston, chef des armées et héros militaire. Les Texans souhaitaient déjà rejoindre l’Union. Mais les responsables politiques américains n’avaient pas oublié la crise du Missouri et refusèrent cette annexion qui aurait déséquilibré l’équilibre entre États du Nord et du Sud à la Chambre. Les États-Unis refusèrent même de reconnaître le Texas indépendant avant 1837, par peur d’un conflit avec le Mexique. 

Ainsi, pendant 10 ans, le Texas fut une nation indépendante, reconnue par plusieurs puissances européennes, dont la France. Durant cette période, la population fut multipliée par trois, avec en particulier l’arrivée de nombreux Allemands, mais aussi de nombreux esclaves. Quant aux Tejanos qui avaient soutenu l’indépendance, espérant des réformes libérales et des avantages économiques, ils furent majoritairement expropriés. Ce fut le début d’un nettoyage ethnique. Les tensions avec le Mexique restaient élevées, et les Texans, qui souhaitaient s’étendre au Nouveau-Mexique, avaient de nouveau recours au filibustering. 

L’expansion en Oregon

En 1844, James K. Polk fut élu président des États-Unis, notamment en promettant de poursuivre l’expansion territoriale en Oregon et au Texas. C’est dans ce contexte que le journaliste James O’Sullivan inventa, en 1855, le concept de manifest destiny. Il s’agit du supposé droit (et devoir) divin conféré aux citoyens blancs des États-Unis de s’installer vers l’ouest afin d’y répandre les valeurs protestantes et démocratiques. 

L’Oregon, sur la côte pacifique, offrait de nombreuses opportunités commerciales. Au moment de l’élection de Polk, le territoire était détenu et peuplé à la fois par des Américains et des Britanniques. Son appropriation totale par l’Union était soutenue par les nordistes, mais aussi par les sudistes qui espéraient en échange un soutien pour l’expansion au Sud-Ouest.

La Grande-Bretagne n’était au départ pas prête à renoncer à sa souveraineté. Mais submergée par des problèmes domestiques, elle souhaita éviter un conflit coûteux et difficile, dans une contrée aussi éloignée. En 1846, les Britanniques se résignèrent à la proposition de Polk d’établir la frontière sur le 49e parallèle. La frontière actuelle avec le Canada suit toujours ce tracé. 

Les tensions avec le Mexique

En 1846, les tensions entre le Mexique et les États-Unis étaient à leur comble. Tout en soutenant l’indépendance de la Californie, le gouvernement américain avait proposé d’acheter le port de San Francisco, puis la Californie du Nord et le Nouveau-Mexique. Le Mexique, indigné, refusa systématiquement. La situation ne fut pas améliorée lorsqu’en décembre 1845, le Texas intégra l’Union en tant qu’État esclavagiste.

Le déclenchement de la guerre fut causé par un incident frontalier. En 1846, Polk envoya des troupes américaines établir un fort au-delà de la rivière Nueces, la frontière pourtant reconnue par le Mexique. Les troupes mexicaines répliquèrent face à cette violation de leur territoire et firent plusieurs victimes côté américain. Polk obtint du Congrès de déclarer la guerre au Mexique. Une faction de représentants Whigs menée par Abraham Lincoln publia les Spots resolutions, soupçonnant que Polk avait provoqué ces hostilités pour obtenir davantage de territoire esclavagiste. Au contraire, les démocrates soutenaient la guerre.

La guerre américano-mexicaine

Hormis les abolitionnistes du Nord-Ouest, de nombreux citoyens se portèrent volontaires pour combattre le Mexique. Leur enthousiasme était nourri par la croyance que le Mexique était pauvre et faible, et les Mexicains paresseux, ignorants et manipulés par le clergé catholique. 

D’une part, l’invasion de la Californie fut soutenue par le soulèvement des colons américains présents sur place. D’autre part, le général Zachary Taylor, candidat à la présidence, conquit le Nouveau-Mexique. Son adversaire aux élections, le général Scott, avait été chargé d’avancer vers le sud. Il atteint Mexico en septembre 1847. Malgré les ambitions de Polk de prendre le contrôle de tout le Mexique, la signature du traité de Guadalupe Hidalgo en décembre 1848 l’obligea à se contenter de la moitié de son territoire. 

Alors que beaucoup de sudistes ne furent toujours pas contentés par l’expansion territoriale, d’autres s’en montraient satisfaits. S’ils appréciaient l’extension du territoire esclavagiste, ils étaient aussi réticents à intégrer la population mexicaine catholique et métisse. 

La ruée vers l’or

Un exode massif vers la Californie fut déclenché en 1949 lorsqu’on y découvrit de l’or. Les mineurs, appelés fortyniners, venaient de tout le pays, mais aussi d’Europe, d’Hawaï et de Chine. L’enrichissement rapide et facile n’était cependant pas la règle. Au fur et à mesure, l’or alluvionnaire se faisait rare, et seules les compagnies minières, qui avaient les moyens pour miner en profondeur, réalisaient des profits. 

La ruée vers l’or fut aussi le théâtre de persécution de Natives et de xénophobie, surtout envers les étrangers d’Amérique latine. Plus particulièrement, les mineurs américains éprouvaient de la rancœur à l’encontre des Chinois. Réputés économes et travailleurs, ils étaient victimes de discrimination, parfois battus, voire tués. C’est dans ce contexte que l’État de Californie commença par taxer les mineurs étrangers, puis en 1858, interdit l’immigration chinoise. Cette haine des Chinois se poursuivit bien après avec, en 1882, l’extension de cette interdiction au niveau fédéral. 

Les États libres et les États esclavagistes

Conquête après conquête, les mêmes tensions réapparaissaient. Fallait-il permettre l’expansion de l’esclavage aux nouveaux territoires ? Les États du Nord et du Sud étaient de plus en plus divisés autour de cette question. Le compromis devint impossible et mettait en péril l’idée d’une République démocratique unie. Cette division devint si structurante qu’elle fractura le système bipartisan. 

La plupart des nordistes s’opposaient à l’esclavagisme simplement dans le but de protéger les travailleurs blancs et ne le remettaient pas en question là où il existait déjà. Le travail ne pouvait apporter de la dignité que dans une société sans esclaves. Les sudistes rétorquaient que les conditions de travail en usine étaient de toute façon indignes. Les esclaves, au moins, étaient logés, nourris et protégés par leurs propriétaires. 

En 1848, la Convention du Parti démocrate nomma Lewis Cass candidat aux présidentielles. Ce dernier soutenait que les résidents de chaque État devaient pouvoir choisir s’ils souhaitaient ou non autoriser l’esclavagisme. Sans ouvertement le cautionner, cette position le permettait pourtant partout. Mais des factions démocrates abolitionnistes avaient fait sécession et s’étaient réunies autour du Free-soil party et de leur candidat, Martin Van Buren. Ils affirmaient que les sudistes usaient de leur richesse et de leur pouvoir afin de contrôler la scène politique de sorte à maintenir et étendre l’esclavagisme. Le vote démocrate, dispersé entre deux candidats, permit la victoire du très populaire candidat Whig, le général Zachary Taylor.

Le compromis de 1850

Le nouveau président Taylor ne considérait pas la régulation de l’expansion de l’esclavagisme comme une priorité. Selon lui, le climat aride des cessions mexicaines n’incitait de toute façon pas les propriétaires d’esclaves à s’y installer. Pour les sudistes, peu importe le climat, il s’agissait surtout d’avoir la liberté de se déplacer où ils le souhaitaient, tout en gardant leurs esclaves. Mais pour les nordistes, autoriser l’esclavagisme dans les cessions mexicaines, là où il avait été aboli quelques années plus tôt, reviendrait à étendre l’esclavagisme, donc à renforcer l’emprise du Sud aux États-Unis. Malgré leurs sentiments antiesclavagistes, la plupart continuaient à soutenir la souveraineté populaire défendue par Lewis Cass.

Afin de résoudre le conflit, Henry Clay proposa un compromis au Congrès. La Californie deviendrait un État libre et la souveraineté populaire déterminerait la situation au Nouveau-Mexique et en Utah, indépendamment de la ligne du compromis du Missouri. En outre, la Fugitive Slave Law devait permettre de pénaliser ceux qui aidaient les esclaves à s’échapper, ou qui refusaient d’aider à capturer les fugitifs. Suite à ce compromis, l’apaisement des tensions ne fut que temporaire. L’hostilité entre les États du Nord et du Sud ne fit que s’aggraver, et les États-Unis finirent par sombrer dans la guerre de Sécession en 1861.