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La Glorious Revolution de 1688 est l’un des évènements fondateurs de l’histoire politique britannique. Renforçant la suprématie du Parlement sur la Couronne, elle installe la tradition du parlementarisme qui, avec l’anglicanisme, distingue la monarchie anglaise des monarchies absolues du continent européen.

L’exécution de Charles I

Depuis le règne d’Elisabeth I, le Parlement britannique avait pris l’habitude d’occuper un rôle majeur et décisif dans la vie politique du royaume d’Angleterre. En 1625, Charles I accéda au trône d’Angleterre. En plus d’avoir été marié à une princesse catholique, Henriette-Marie de France, la sœur de Louis XIII, ce que le Parlement avait accepté à contrecœur et qui suscitait la méfiance, Charles était absolutiste. Il considérait qu’il n’avait pas besoin de l’approbation du Parlement, que ce soit pour sa politique intérieure ou étrangère. Conformément à la doctrine du droit divin, il estimait n’avoir à répondre de ses actions que devant Dieu.

Charles entra rapidement en conflit avec le Parlement, qui cherchait à limiter ses prérogatives royales. Le roi levait malgré tout les impôts sans l’accord des deux Chambres, ce qui lui valut d’être perçu par bon nombre de ses sujets comme un monarque absolu et tyrannique. À partir de 1629, Charles régna même sans convoquer le Parlement, renforçant les accusations d’autoritarisme. En parallèle, ses orientations religieuses étaient perçues comme trop proches du catholicisme par les puritains et presbytériens. Son soutien à une Église anglicane plus cérémonielle et hiérarchisée alimenta les soupçons de « papisme » parmi ses opposants.

En 1642 éclata la première guerre civile, opposant les partisans de l’absolutisme et du pouvoir parlementaire, dans un contexte de tensions politiques et religieuses croissantes. Après plusieurs années de conflits, les armées royalistes furent vaincues en 1646 et Charles I fut placé en détention. Son refus persistant de négocier radicalisa ses adversaires et mena finalement à son procès, puis à son exécution en 1649.

The Protectorate

Après la victoire des partisans du parlementarisme, la Grande-Bretagne devint une République et prit le nom de Commonwealth. Oliver Cromwell s’imposa progressivement grâce à son prestige militaire acquis pendant la première guerre civile. Son contrôle de l’armée lui permit en 1653 de dissoudre le Parlement. Cromwell devint alors Lord Protector.

En théorie, le nouveau régime repose sur la souveraineté de la nation représentée par un Parlement. La monarchie et ses institutions sont abolies, et le Lord Protector n’est ni un roi ni une fonction monarchique. Mais sous la pression du pouvoir militaire de Cromwell, le régime devient de fait de plus en plus personnel et despotique. Cromwell dissout à plusieurs reprises les Parlements qui lui résistent et place le territoire sous le contrôle de gouverneurs militaires.

À la mort d’Oliver Cromwell en 1658, c’est son fils, Richard, qui lui succède. Mais ce dernier ne dispose ni du prestige de son père ni du soutien de l’armée. Le régime s’affaiblit rapidement et sombre dans l’instabilité politique. En 1660, Charles II Stuart est rappelé sur le trône : c’est la restauration de la monarchie anglaise.

La restauration et le retour des tensions politiques et religieuses

Comme son père Charles I, Charles II est officiellement anglican, mais se montre favorable aux catholiques. Soucieux de restaurer le prestige de la monarchie après l’interrègne, il cherche à renforcer l’autorité royale et se rapproche de la France catholique de Louis XIV, symbole de l’absolutisme européen. Cependant, il se montre plus pragmatique que son prédécesseur et évite de défier frontalement le Parlement, ce qui lui permet de préserver la stabilité de la monarchie parlementaire restaurée.

En 1685, Charles II meurt sans héritier et son frère, Jacques II, lui succède. Lorsqu’il était encore seulement prince, ses séjours en France, au contact de la religion catholique, l’ont mené à se convertir. Lorsque cela fut rendu public, il préféra abandonner sa charge prestigieuse au sein de la marine, plutôt que de renier sa foi. Bien qu’il fut autorisé à se marier à une princesse italienne catholique, ses deux filles issues d’un premier mariage, Marie et Anne, furent élevées dans la religion anglicane, suivant les instructions de Charles.

Une fois devenu roi, Jacques II soutient des positions pro-catholiques et pro-françaises, héritées de son père, Charles I. Il tente de gouverner sans le Parlement et use largement de son droit de veto. Il entretient une armée permanente importante, alimentant chez ses adversaires la crainte d’une évolution vers une monarchie absolue et catholique.

The Glorious Revolution

En 1688, plusieurs responsables politiques et religieux anglais invitent Guillaume d’Orange, prince hollandais protestant et époux de Marie, à intervenir en Angleterre. Guillaume débarque avec une armée, mais il rencontre peu de résistance de la part des soutiens de Jacques. Ce dernier fuit pour la France et le Parlement, considérant qu’il abandonne le trône, offre la couronne à Marie et Guillaume.

Jacques II est renversé sans guerre civile majeure. La révolution est donc dite glorieuse, puisqu’elle se déroule de manière pacifique, en comparaison avec la plupart des changements de régime en Europe. Les historiens whigs, notamment Thomas Babington Macaulay, y voient une révolution exemplaire ayant permis de défendre les libertés individuelles contre le despotisme et le catholicisme.

Marie et Guillaume III ne reçoivent cependant la Couronne qu’après avoir accepté les conditions fixées par le Parlement. Le Bill of Rights de 1688 demeure encore aujourd’hui l’un des textes fondamentaux du système constitutionnel anglais. Il fonde la monarchie parlementaire moderne, selon laquelle le roi et le gouvernement doivent respecter la loi et le Parlement. Les prérogatives royales sont désormais limitées et les libertés individuelles garanties. La souveraineté n’appartient plus au seul monarque, qui règne dès lors sans gouverner.

Conclusion : l’héritage du Bill of Rights aux États-Unis

Les institutions américaines et le Bill of Rights de 1791 reprennent en partie l’héritage politique et juridique britannique. Pour éviter le despotisme, le pouvoir exécutif est limité, les libertés individuelles sont garanties et le gouvernement tire sa légitimité du consentement des représentants.

La Glorious Revolution marque ainsi le triomphe du parlementarisme sur l’absolutisme en Angleterre. Aujourd’hui encore, son héritage continue d’influencer les démocraties britannique et américaine.