démographie

Face à un taux de natalité historiquement bas – seulement 1,41 enfant par femme –, un premier article avait été publié sur Major-Prépa pour analyser en détail le constat alarmant de la crise démographique en Russie. Ce deuxième volet s’attache désormais aux différentes réponses mises en œuvre par les autorités pour tenter de relancer la natalité.

Introduction

En 2023, Poutine multiplie les injonctions pour relancer la démographie.

En mai 2024, il fixe par décret un objectif de 1,6 enfant par femme d’ici 2030. Quelques mois plus tard, en décembre, il ordonne aux gouverneurs de commencer et de terminer leur journée par la démographie.

En 2025, il juge l’objectif insuffisant et fixe désormais 2,3 enfants par femme, seuil du renouvellement.

Relancer la natalité par tous les moyens

La députée de la Douma d’État de l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie, Nina Ostanina, propose de déployer une opération démographique spéciale, « специальную демографическую операцию ». Convaincue que les familles étudiantes sont les meilleures, elle encourage les jeunes à avoir des enfants dès 18-19 ans, environ cinq par famille.

La députée de la Douma, Tatiana Butskaya, la rejoint dans cette idée. En effet, elle considère qu’il est absolument nécessaire de renouer au plus vite avec les valeurs traditionnelles et d’avoir au minimum deux enfants par famille pour faire perdurer sa lignée et un troisième pour la Russie, dans une forme d’attachement à la mère patrie.

Les actions mises en place par le gouvernement témoignent d’une volonté de relancer la natalité par tous les moyens. En effet, les autorités déploient ces dispositifs à différentes échelles : dans les régions, mais aussi de manière centralisée au niveau fédéral.

Des initiatives régionales

Les initiatives démographiques se déclinent au niveau régional. Ainsi, la ville de Moscou a choisi de mettre l’accent sur la santé préventive. La capitale propose désormais à toutes les femmes en âge de procréer des tests de fertilité gratuits, afin de détecter précocement d’éventuelles difficultés et, à terme, favoriser les naissances.

Dans d’autres régions, la bataille pour la natalité s’oriente vers la restriction de l’avortement. En 1920, l’Union soviétique fut le premier pays au monde à légaliser cette pratique. Un siècle plus tard, certains élus locaux – souvent en appui aux positions du patriarche de l’Église orthodoxe – plaident ouvertement pour son interdiction. Plusieurs territoires, comme les oblasts de Pskov, Tver ou encore Kaliningrad, ont déjà adopté des lois interdisant la promotion de l’avortement. En novembre 2024, l’oblast de Kourgan est allé plus loin en votant une interdiction spécifique de « l’incitation à l’avortement » (sklonenie k abortam).

Parfois, les mesures prennent une forme plus radicale. Sur l’île de Sakhaline, le 27 septembre 2024, des lycéens ont été contraints d’assister, dans l’auditorium de leur établissement, à la projection de vidéos crues montrant en gros plan le déroulement d’un avortement. Une initiative choc, destinée à dissuader les jeunes générations, mais qui a aussi suscité de vives critiques.

Enfin, certaines administrations régionales vont jusqu’à soutenir financièrement les structures médicales qui refusent de pratiquer l’interruption volontaire de grossesse. Le 6 mars 2025, l’oblast de Vologda a adopté un dispositif inédit. Il prévoit une compensation d’un million de roubles pour chaque avortement auquel une clinique renonce. Le gouverneur a salué cette approche « diplomatique ». Il a dénoncé avec vigueur ce qu’il appelle les « meurtres d’enfants dans le ventre de leur mère ».

Selon les statistiques officielles, environ 1 500 avortements ont été pratiqués dans la région en 2025. La pratique reste donc légale, mais fortement encadrée et dissuadée.

Des programmes déployés au niveau fédéral

Le « capital maternel »

Le dispositif le plus emblématique reste le « capital maternel » (matérinskij kapital), instauré le 1er janvier 2007. Ce dernier était initialement réservé à la naissance ou à l’adoption d’un deuxième enfant. En janvier 2020, il a été élargi aux familles dès la naissance du premier enfant.

Prolongé par Poutine jusqu’à la fin de 2026, ce programme bénéficie chaque année à près d’un million de familles. En 2024, son montant atteignait 631 000 roubles pour le premier enfant et 202 600 roubles supplémentaires pour le deuxième. L’usage de cette aide reste strictement encadré. Elle doit servir à améliorer les conditions de logement (achat immobilier, remboursement de prêts hypothécaires, construction). Elle ne peut, par exemple, être mobilisée pour financer l’achat d’un véhicule ; le président y reste farouchement opposé.

La valorisation des familles nombreuses

Outre ce soutien financier, l’État encourage la valorisation des familles nombreuses. Celles-ci bénéficient d’avantages matériels, comme des entrées gratuites dans les musées ou des réductions dans les transports en commun. L’imaginaire de la « mère héroïne », hérité de l’époque soviétique, est réactivé pour glorifier les femmes qui donnent naissance à de grandes fratries, érigeant leur contribution en modèle patriotique.

Dans une logique plus autoritaire, le pouvoir central accroît également la pression sur les élites régionales. Selon une enquête publiée par Viorstka en novembre 2024, à partir de 2025, l’administration présidentielle évaluera l’efficacité des gouverneurs en fonction de plusieurs critères, dont le niveau de natalité dans leur région. Les autorités prévoient des sanctions en cas de résultats jugés insuffisants, allant jusqu’à la révocation pure et simple. Comme l’a résumé une source gouvernementale : « La famille doit être nombreuse. » Sans pour autant préciser comment les responsables locaux sont censés atteindre ces objectifs.

Combattre l’idéologie childfree

Enfin, le gouvernement entend combattre idéologiquement les comportements perçus comme contraires aux valeurs familiales. Le 12 novembre 2024, les 403 députés de la Douma ont voté à l’unanimité l’interdiction de « l’idéologie childfree », c’est-à-dire la « propagande d’un mode de vie sans enfant ». Elle cible explicitement ceux qui revendiquent publiquement le choix conscient de ne pas avoir d’enfant, préférant se consacrer à leur carrière ou à leurs loisirs.

Aux yeux des parlementaires, ces discours menacent les fondements traditionnels de la famille. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a d’ailleurs déclaré lors de l’adoption du texte : « Tout ce qui ne participe pas à l’essor de la natalité doit disparaître de notre vie. » Les contrevenants s’exposent désormais à de lourdes amendes. Celles-ci s’élèvent à 400 000 roubles pour les particuliers, 800 000 pour les fonctionnaires et cinq millions pour les personnes morales.

Un résultat limité et contesté

Une partie de la population se sent oppressée par l’ingérence croissante de l’État dans la sphère privée. Elle tourne en dérision des députés de la Douma jugés déconnectés de la réalité, parfois qualifiés « d’illuminés ». Ces politiques alimentent ainsi une défiance croissante envers les autorités et renforcent le clivage entre État et société russe.

 

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