L'homme en mouvement, symbole du futurisme italien

Le futurisme s’impose comme l’un des mouvements artistiques et politiques les plus radicaux du début du XXe siècle, né en Italie en 1909 sous l’impulsion de Filippo Tommaso Marinetti. Loin de se cantonner à la peinture ou à la littérature, ce courant prône une véritable rupture avec le passé, célébrant la vitesse, la machine et la jeunesse comme valeurs cardinales d’une société qu’il veut réinventer. Connaître les grandes lignes de ce mouvement permet de mieux comprendre une période charnière de l’histoire culturelle italienne, marquée par la volonté de tourner le dos à l’héritage de l’Empire romain et de la Renaissance pour embrasser pleinement la modernité industrielle. Cette doctrine, qui touche aussi bien l’architecture que la musique ou le cinéma, illustre une ambition totale : transformer l’art en projet de société.

À l’oral comme à l’écrit, le futurisme reste un sujet fréquemment abordé, notamment lorsqu’il s’agit de questionner les liens entre art et politique en Italie au XXe siècle. Cette synthèse te permettra de revenir sur ses origines, ses principes fondateurs et son ambiguë proximité avec le fascisme.


Astuces pour progresser en italien à l’approche des concours

 

Le Manifeste du futurisme de Marinetti

C’est par l’intermédiaire de cet ouvrage que Filippo Tommaso Marinetti lance le mouvement futuriste en 1909. Ce manifeste (un manifesto), se voulant provocateur, exprime la volonté de s’affranchir du passé. Marinetti explique dans le prologue les raisons de la parution d’un tel texte : à la suite d’un accident de voiture, le fossé dans lequel il a atterri est rempli d’eau sale, d’une « eau des usines ». C’est cette eau qui lui dicte son appel « à tous les hommes vivants ».

Dans cet ouvrage, il explique ainsi les raisons pour lesquelles l’Italie ne semble pas évoluer. Pour lui, la société italienne est « envoûtée » par son passé (l’Empire romain notamment), ce qui l’empêche d’entrer pleinement dans l’ère du XXème siècle. Il faut alors passer par une refonte de la société, d’un point de vue architectural, social, culturel, etc. Cette nouvelle ère doit passer par une prise du pouvoir par les jeunes.

Le manifeste s’articule autour de plusieurs notions clés qui définissent le mouvement futuriste :

  • La vitesse et le mouvement doivent apparaître dans les œuvres futuristes. Ces dernières doivent s’en inspirer et leur rendre hommage, les moyens de transports contemporains sont élevés au rang de symbole de cette doctrine.
  • La violence est assumée et la guerre prônée. C’est un mouvement révolutionnaire et l’utilisation de la force comme moyen d’arriver à ses fins est envisagée.
  • La modernité est glorifiée, tout comme chaque manifestation du dépassement de l’état de nature par l’Homme. Les futuristes préfèrent les paysages urbanisés aux forêts, et l’industrie à la nature.
  • Le futur seul compte, et toute trace du passé ne doit pas être glorifiée mais détruite. La contemplation des vestiges du passé n’est en rien créatrice et apparait même comme une entrave au développement du pays.

Le futurisme dans les faits

Le futurisme est un mouvement principalement artistique et politique. Il se veut révolutionnaire et violent. Pour Marinetti, le passé doit être regardé de haut, l’Italie ne peut se féliciter éternellement du rayonnement que lui ont apporté l’Empire romain et la Renaissance. Pour que l’Italie retrouve son importance, elle doit se tourner vers le futur et ce par l’intermédiaire de la jeunesse. En effet, les futuristes se révoltent contre les institutions traditionnelles, qu’elles soient artistiques ou politiques, tout mouvement nouveau ne doit plus être regardé avec dédain mais passer au premier plan. L’industrie est plus enviable que la nature, et les avancées technologiques plus glorieuses que les vestiges du passé.

« Nous déclarons […] une nouvelle beauté, la beauté de la vitesse. Une voiture de course […] est plus belle que la Victoire de Samothrace. »

D’un point de vue artistique, le futurisme répond aux normes suivantes : les œuvres d’art mettent en scène la vitesse, elles donnent une impression de dynamisme, de continuité entre les mouvements. Marinetti voulait un art total, ainsi, toutes les formes d’art ont eu leur lot d’œuvres futuristes : peinture, musique, architecture, cinéma, etc.

L’Homme en mouvement d’Umberto Boccioni

Futurisme et fascisme

Après la Première Guerre Mondiale, les futuristes s’associent aux fascistes, même si ce rapprochement s’opère principalement par opportunisme, il existe des points communs entre ces deux mouvements. En effet, tous deux souhaitent faire converger économiquement le nord et le sud de l’Italie, l’expansion coloniale et la protection des plus démunis. Toutefois, de nombreux points de divergence apparaissent. Là où les fascistes souhaitent réhabiliter l’Empire romain, les futuristes veulent faire table rase du passé, qu’il soit glorieux ou non. Les événements passés sont vus comme un boulet qui ralentit l’Italie dans sa progression, et le fait de s’en féliciter l’entrave dans sa quête du renouveau. Par ailleurs, Mussolini se désintéresse de l’art, alors que celui-ci occupe une place de choix dans la doctrine futuriste qui souhaite installer un art d’État. Marinetti pense tout de même que le fascisme est une chance pour l’Italie en cela qu’il promeut la jeunesse et qu’il possède une énergie révolutionnaire qui s’approche de celle de son mouvement.

Le second futurisme, entre prolongement et compromission

Après la rupture de 1916, le mouvement ne disparaît pas totalement. À partir de 1919, un second futurisme émerge, porté par Marinetti et de nouvelles figures comme Fortunato Depero ou Enrico Prampolini. Ce courant continue de glorifier la machine et la vitesse, mais se distingue par l’apparition de l’aéropeinture, technique picturale consistant à représenter le paysage tel qu’on le perçoit depuis un avion, en plein essor avec le développement de l’aviation militaire.

Ce second souffle artistique s’accompagne toutefois d’un rapprochement de plus en plus net avec le régime fasciste de Mussolini. Si Marinetti tente d’abord de fonder un véritable parti futuriste en 1918, il finit par soutenir activement le pouvoir en place, sans pour autant que le futurisme ne devienne l’art officiel du régime. Plusieurs artistes futuristes réalisent ainsi des œuvres glorifiant ouvertement le Duce, brouillant durablement l’image du mouvement dans la mémoire collective italienne et européenne.

Ce second futurisme se poursuit jusqu’à la mort de Marinetti en 1944, traversant ainsi l’intégralité du régime fasciste sans jamais totalement s’y dissoudre. Aujourd’hui encore, les historiens de l’art débattent de la manière dont il convient d’aborder cette période, entre reconnaissance de l’audace formelle des œuvres produites et nécessaire mise en perspective de leur contexte idéologique trouble.

Voici donc une petite présentation de ce mouvement qui demeure méconnu. Il faut faire attention à ne pas trop le comparer au fascisme car certaines différences sont fondamentales. Si tu souhaites en apprendre plus, tu peux faire tes recherches sur Umberto Boccioni, par exemple, qui est un des plus éminents artistes futuristes. Tu peux retenir quelques noms pour en parler à l’oral si jamais tu tombes sur un sujet à propos de l’art italien et que tu veux être un peu plus original que ceux qui ne connaissent que la Renaissance. Tant que tu es sur le registre de l’art, tu peux également lire cet article sur le cinéma italien.

Vocabulaire essentiel

Terme italien Traduction / sens Place dans le mouvement
Il futurismo Le futurisme Nom du mouvement fondé en 1909
La velocità La vitesse Valeur centrale, symbolisée par la machine
La violenza La violence Assumée comme moteur révolutionnaire
La giovinezza La jeunesse Moteur du renouveau face au passé
Il manifesto Le manifeste Texte fondateur publié dans Le Figaro en 1909
Il passatismo Le passéisme Attachement au passé, rejeté par les futuristes
Le parole in libertà Les mots en liberté Technique littéraire libérée de la syntaxe classique, formulée par Marinetti en 1913
L’aeropittura L’aéropeinture Courant pictural représentant le paysage vu depuis un avion
Il dinamismo plastico Le dynamisme plastique Recherche du mouvement et de la simultanéité en peinture et sculpture, notamment chez Boccioni
L’architettura futurista L’architecture futuriste Courant porté par Antonio Sant’Elia, fondé sur le béton, le verre et le métal

 

Ce tableau présente le vocabulaire fondamental du futurisme, directement issu des manifestes et des principaux courants du mouvement (peinture, architecture, littérature).

 

Conclusion

Le futurisme demeure l’une des avant-gardes les plus radicales de l’histoire de l’art du XXe siècle, porté par une ambition totale de rupture avec le passé. À travers la peinture, l’architecture, la littérature ou la musique, Marinetti et ses disciples ont cherché à célébrer la vitesse, la machine et la jeunesse comme nouveaux idéaux esthétiques et politiques.

Ce premier élan créatif est toutefois brutalement interrompu par la Première Guerre mondiale, à laquelle plusieurs futuristes s’engagent avec enthousiasme, fidèles à l’appel de Marinetti à la « guerre, seule hygiène du monde ». Boccioni et Sant’Elia, deux figures majeures du mouvement, y trouvent la mort en 1916, marquant la fin de ce qu’on appelle le premier futurisme. Le mouvement se prolonge ensuite dans les années 1920 avec l’aéropeinture, mais sa proximité de plus en plus assumée avec le régime de Mussolini entache durablement sa postérité.

Cette proximité ambiguë avec le fascisme, en partie inspirée du mouvement sans jamais s’y confondre totalement, reste l’un des points les plus délicats à traiter lorsqu’on aborde le sujet. Comprendre ces nuances permet d’éviter les raccourcis trop simplistes et de proposer une analyse fine de cette période charnière de l’histoire culturelle italienne.

Connaître les grandes figures de ce mouvement, de Marinetti à Boccioni en passant par Sant’Elia, te donnera des références solides pour traiter un sujet sur l’art italien à l’oral comme à l’écrit, en sortant des sentiers battus de la Renaissance.

Bon travail et bonne chance !


Accéder à toutes nos ressources en langue italienne