corruption

33 ans après la Tangentopoli, où en est l’Italie dans sa lutte contre la corruption ? Environ 60 % des Italiens considèrent que leurs compatriotes accepteraient un pot-de-vin ou en offriraient un s’ils en avaient l’occasion. Un chiffre révélateur d’un mal qui dépasse les clichés de la mafia et qui continue de gangréner les institutions italiennes au quotidien… Même s’il est peu probable que la corruption tombe telle quelle aux écrits d’italien, il est néanmoins incontournable que tu maîtrises certaines notions fondamentales pour tes oraux. Dans cet article, tu retrouveras définitions, chiffres, analyses historiques et exemples concrets pour briller en colle ou à l’écrit.

Pourquoi la corruption est-elle un problème majeur en Italie ?

Définition rapide de la corruption

La corruption désigne l’échange d’avantages ou de pots-de-vin (tangenti ou mazzette) contre un service entrant dans le cadre des fonctions d’une personne, comme l’accès à des informations privilégiées de l’administration publique.

L’Italie est classée 52e dans le monde et 19e parmi les 27 États de l’Union européenne en matière d’indice de perception de la corruption, un score plutôt mauvais pour le Bel Paese. Selon les chiffres de l’Istat de juin 2024, 1,3 % des ménages ont été sollicités au cours des trois dernières années pour obtenir avantages, biens ou services en échange d’argent ou de faveurs.

On observe des disparités régionales : le Sud est plus touché que le Nord.

Présence historique et culturelle du phénomène

N’ayant été unifiée qu’en 1861, l’Italie est un pays très jeune avec des institutions encore fragiles à la fin du XIXe siècle, ce qui favorise le développement d’un système fondé sur la corruption (clientélisme, familismo amorale, criminalité organisée…).

Le clientélisme désigne la pratique qui permet à une personne ou à un parti d’augmenter sa clientèle politique par l’octroi d’avantages injustifiés en échange d’un soutien futur, notamment lors d’élections. Il est très répandu au XXe siècle, notamment avec la Démocratie chrétienne au pouvoir pendant 40 ans qui a instauré une culture de la faveur (la raccomandazione), qui persiste encore aujourd’hui dans l’emploi, l’administration ou l’université.

Le familismo amorale a été théorisé par le sociologue Edward Banfield (dans The Moral Basis of a Backward Society, 1958). Dans l’Italie du Sud, chacun agit d’abord pour sa famille ou son cercle proche, au détriment de l’intérêt général, ce qui favorise les comportements opportunistes et donc la corruption.

La criminalité organisée, comme les mafias (Cosa Nostra, ‘Ndrangheta, Camorra, Sacra Corona Unita), a remplacé ou infiltré l’État dans plusieurs régions (Sicile, Calabre, Campanie, Pouilles…). L’entreprise mafieuse repose sur un système économique illégal destiné à générer de la richesse. L’argent est ensuite blanchi, ce qui pousse les criminels à corrompre les fonctionnaires.

On peut prendre l’exemple de Salvo Lima, membre de la Démocratie chrétienne et maire de Palerme (1958-1963), décrit comme l’un des piliers du pouvoir de la mafia en Sicile, selon le rapport final de la première commission antimafia italienne (1963-1976). Il a été assassiné par Cosa Nostra en 1992.

Enfin, la bureaucratie italienne, connue pour sa lenteur, n’arrange pas la situation. Les entrepreneurs paient les administrateurs publics pour que leur dossier soit traité en priorité et que leur projet soit mené à bien dans de brefs délais.

Quelques scandales qui ont marqué l’Italie

La Tangentopoli : un exemple historique à maîtriser absolument

Les scandales ont été nombreux dans l’histoire de l’Italie, mais certains l’ont profondément marquée. Impossible de parler de corruption sans évoquer la Tangentopoli (ou Mani Pulite), la fameuse opération qui a voulu « nettoyer » l’administration publique italienne. De 1992 à 1993, une série d’enquêtes judiciaires (indagini giudiziarie) a mis en lumière un système de corruption généralisée impliquant partis politiques, grandes entreprises, fonctionnaires et institutions publiques.

Tout commence à Milan en 1992, lorsque Mario Chiesa, membre du Parti socialiste italien et directeur d’une maison de retraite (ospizio), est pris en flagrant délit en train d’accepter un pot-de-vin de sept millions de lires de l’entrepreneur Luca Magni. Ce dernier, qui gérait une société de nettoyage, cherchait à obtenir le contrat (l’appalto) pour l’entretien de l’établissement de Mario Chiesa.

Face aux preuves irréfutables, ce dernier avoue et collabore avec la justice en dénonçant de nombreuses personnalités. En quelques mois, par effet domino, 3 146 procédures sont lancées contre 2 565 suspects et 1 408 personnes sont condamnées, entre dirigeants, entrepreneurs et hommes politiques. Par exemple, Bettino Craxi, dirigeant du Parti socialiste italien, est mis en examen en 1993 et s’exile en Tunisie pour éviter la prison.

Cette affaire a eu des conséquences énormes

La Première République s’effondre, des partis historiques disparaissent (DC et PSI) et de nouvelles forces politiques émergent (comme Forza Italia créée en 1994 par Silvio Berlusconi). Aujourd’hui, Milan est souvent considérée comme la capitale morale de l’Italie, en hommage à cette opération anticorruption.

Petite info : le terme Mani Pulite a été inspiré du film Le Mani sulla città de Francesco Rosi (1963), qui dénonce un système de clientélisme et de collusion entre secteur public et secteur privé dans les années 1960.

Deux autres exemples plus récents

En plus de cet exemple historique, il est aussi intéressant de connaître des exemples de scandales plus récents et originaux pour te démarquer.

Mafia Capitale

Il s’agit d’un réseau criminel découvert à Rome en 2014, où politiciens, fonctionnaires et mafieux collaboraient pour détourner de l’argent public. Des millions d’euros prévus pour l’accueil des migrants ont été volés grâce à de faux appels d’offres.

Salvatore Buzzi, patron d’une coopérative sociale, payait des pots-de-vin pour obtenir ces contrats, puis livrait des repas périmés dans les centres d’accueil. Massimo Carminati (ancien néofasciste) gérait les liens avec les hommes politiques de droite et de gauche. Cette affaire montre que la corruption en Italie s’est immiscée même dans le secteur humanitaire.

Click Day

Un autre exemple est celui du « Click Day », notamment dans le cadre des quotas d’immigration (Decreto Flussi) ou des subventions publiques. Ce jour est fixé par l’administration italienne pour que les employeurs puissent soumettre en ligne leurs demandes de permis de travail pour des travailleurs étrangers.

Mais la demande étant bien supérieure aux emplois disponibles, ce jour devient une course contre-la-montre, alimentant ainsi un marché noir. Certains intermédiaires ou agences soumettent des demandes à l’avance au nom de faux employeurs, puis les revendent à un migrant ou à un vrai employeur. De plus, l’administration italienne n’a pas toujours les moyens de vérifier si les embauches sont réelles ou fictives, ce qui facilite la fraude.

Que fait l’Italie pour lutter contre la corruption ?

Le gouvernement et les Italiens eux-mêmes ont bien conscience de ce problème systémique qui perturbe le bon fonctionnement des institutions. C’est pourquoi des mesures concrètes sont prises chaque année pour lutter contre la corruption.

En voici deux :

  • L’ANAC (Autorità Nazionale Anticorruzione) a été créée en 2012 suite à la loi anticorruption. Elle vise à prévenir la corruption dans l’administration publique et à promouvoir la transparence, notamment via le PNA (Piano Nazionale Anticorruzione).
  • La Legge Spazzacorrotti (qui veut dire littéralement « la loi qui nettoie les corrompus ») de 2019 renforce le Code pénal pour prévenir, détecter et sanctionner plus efficacement les actes de corruption. Elle élargit les interdictions d’exercer des fonctions publiques en cas d’enquête et interdit le financement public des partis corrompus.

 

Cependant, ces mesures restent partiellement inefficaces. Les lois sont nombreuses, mais souvent inégalement appliquées, contournées, ou bloquées par des obstacles structurels, comme la lenteur de la justice, la pression politique ou le manque de transparence.

L’espoir pourrait-il venir de l’Europe ?

L’Italie se réforme souvent sous pression extérieure, notamment celle de l’Europe. En 2024, le Conseil de l’Europe, via le GRECO (Groupe d’États contre la corruption), a exigé que l’Italie prenne des mesures concrètes pour empêcher la corruption de hauts responsables, comme la présidente du Conseil, les ministres, les sous-secrétaires d’État, ainsi que les forces de l’ordre (police, carabinieri, Guardia di Finanza).

Si l’Italie est placée sous surveillance européenne, elle pourra peut-être enfin se libérer de ce fléau qu’est la corruption.