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À l’ère du numérique et des réseaux sociaux, la lecture dans le monde arabe connaît un net recul. Longtemps vecteur de culture et de formation, elle peine à rivaliser avec les écrans et les contenus médiatiques courts.

Les causes du recul de la lecture

La responsabilité ne peut être attribuée à la technologie seule. Le recul de la lecture s’inscrit dans un contexte plus large : l’absence d’un encouragement précoce dès l’enfance, la pauvreté des espaces culturels, des systèmes éducatifs largement centrés sur la mémorisation au détriment de l’analyse critique, ainsi qu’un soutien insuffisant aux bibliothèques publiques et à l’édition locale. Autant de facteurs qui ont contribué à éloigner le citoyen arabe du livre.

Les chiffres sont révélateurs

Les études montrent que les Arabes lisent en moyenne un à trois livres par an, contre plus de dix ailleurs. De plus, seuls 6 à 8 % des habitants lisent de façon régulière. À cela s’ajoute un taux d’analphabétisme qui dépasse encore 20 % dans certains pays, freinant l’accès au savoir et à la culture écrite.

Selon l’Arab Youth Survey 2021, 61 % des jeunes du monde arabe utilisent les réseaux sociaux comme source principale d’information, loin devant la presse écrite (9 %) et les sites d’actualité traditionnels (34 %).

Que perd-on réellement si nous cessons de lire ?

Lire, c’est forger une pensée, affûter l’esprit critique, apprendre à douter, à analyser et à comprendre le monde. Le déclin de la lecture affaiblit la réflexion et rend les sociétés vulnérables aux discours fallacieux et à la désinformation.

Là où la lecture s’efface, l’esprit critique s’affaiblit, la créativité décline et l’innovation peine à émerger.

Comment raviver le goût de la lecture ?

Relancer la lecture demande des stratégies claires et un engagement durable, parmi lesquelles :

  • réformer les programmes éducatifs afin de promouvoir la réflexion critique et l’analyse, et faire de la lecture un élément central du processus d’apprentissage ;
  • créer et moderniser des bibliothèques publiques accessibles dans les villes comme dans les zones rurales, tout en développant des activités destinées aux jeunes et aux familles ;
  • soutenir les maisons d’édition locales et les initiatives culturelles afin de proposer des ouvrages variés à des prix abordables et d’encourager la production intellectuelle locale ;
  • exploiter le potentiel des technologies numériques à travers des applications de lecture, des livres électroniques interactifs et des concours de lecture en ligne ;
  • mobiliser société civile et médias pour diffuser la lecture via campagnes, rencontres avec écrivains et programmes littéraires.

Arab Reading Challenge : faire lire des millions de jeunes

Le Arab Reading Challenge (تحدي القراءة العربي ), lancé en 2015 par Mohammed ben Rashid Al Maktoum, vice-président et Premier ministre des Émirats arabes unis, est la plus grande initiative arabe en faveur de la lecture. Destiné aux élèves arabes, il vise à réveiller leur goût pour la lecture et à développer leur esprit critique.

Chaque année, plus d’un million d’élèves lisent et résument 50 livres, totalisant 50 millions de livres lus. Au fil des éditions, le projet a attiré des millions de participants, devenant une des plus grandes initiatives de lecture.

Conclusion

Le monde arabe a donné naissance à certains des plus grands noms de la littérature mondiale. Des auteurs tels que Naguib Mahfouz, prix Nobel, Taha Hussein ou Mahmoud Darwich illustrent la richesse de la création arabe. Relancer la lecture dans le monde arabe est un investissement essentiel pour l’avenir et le progrès des sociétés arabes. La lecture forge l’esprit critique, stimule l’innovation et permet de construire des communautés plus éclairées et résilientes.

 

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