Venezuela : le chavisme à l’épreuve des crises Venezuela : le chavisme à l’épreuve des crises
  La République bolivarienne du Venezuela s’enlise depuis maintenant plusieurs années dans une crise économique, sociale et politique. Au vu des récentes actualités, Major-Prépa... Venezuela : le chavisme à l’épreuve des crises

 

La République bolivarienne du Venezuela s’enlise depuis maintenant plusieurs années dans une crise économique, sociale et politique. Au vu des récentes actualités, Major-Prépa a décidé de revenir sur le sujet afin d’éclaircir une situation particulièrement complexe et notamment sur les relations en les crises et le chavisme. Ces questions étant particulièrement sensibles, il nous semble important que tu ne fasses pas d’impasse sur ce thème.

 

I – (1998-2015) : le chavisme et les prémices de la révolution bolivarienne

A – (1998-2002) : les bases du chavisme

Accéder au pouvoir

L’accession au pouvoir de Hugo Chávez à travers la présidentielle de 1998 se déroule dans un contexte très particulier. En effet, le général accède aux plus hautes fonctions de l’État alors même que ce dernier a tenté – et échoué – de prendre le pouvoir par la force en 1992. C’est donc après avoir été incarcéré, puis gracié que celui-ci réussit, démocratiquement cette fois-ci, à prendre la tête du pays.

Son élection apparaît alors, sur au moins deux points, comme étant une réelle rupture pour l’époque. Premièrement, elle met fin à la monotone alternance des partis traditionnels (AD et Copei) qui se voient être désavoués dans les urnes, conséquence directe de leur incapacité à lutter contre la pauvreté et les inégalités. Deuxièmement, il s’agit d’une inflexion politique majeure puisque sur le plan économique, Hugo Chávez souhaite s’éloigner du modèle néolibéral afin de résister à la mondialisation.

Il nous faut rechercher le point d’équilibre entre le marché, l’État et la société. Il faut faire converger la main invisible du marché et la main visible de l’État dans un espace économique à l’intérieur duquel le marché existe autant que possible et l’État autant que nécessaire. (H. Chávez)

 

Instaurer une nouvelle voie politique

Les défis sont donc immenses pour celui qui se réclame de Simon Bolivar (figure de l’indépendance en Amérique latine) et qui souhaite instaurer une nouvelle voie, à savoir celle du socialisme du XXe siècle. Conjointement à cette doctrine qui affirme que le capitalisme de marché libre est inefficace (échec dans la lutte contre la pauvreté, dans l’instauration d’une « vraie » démocratie, etc.), il entreprend, quelques mois après son élection, la création d’une assemblée constituante. Composée de citoyens, cette assemblée a comme objectif de rédiger une nouvelle constitution (5e République) afin d’en finir avec la corruption des partis traditionnels. Une fois celle-ci adoptée (1999), il remet en jeu son mandat et est réélu (2000), devenant officiellement le premier président sous la Cinquième République.

Cette volonté de changer les institutions est claire et s’inscrit dans son programme de lutte contre le clientélisme. En conférant davantage de pouvoir au peuple, il évince de manière indirecte ses opposants inculpés – à raison – de corruption. Comme l’explique l’écrivain, Arturo Uslar Pietri, « rarement on aura vu un pays aussi opulent être à ce point mis en coupe réglée par quelques centaines de familles qui se partagent, depuis des décennies, et quels que soient les aléas politiques, ses fabuleuses richesses ». L’auteur vénézuélien fait ici référence aux hydrocarbures qui ont permis au pays andin de recevoir entre 1973 et 1998 près de 270 milliards de dollars, sans que le niveau de vie de la population ait significativement augmenté. En effet, lors de sa première élection (1998), le taux de pauvreté était de 60 % et le taux de chômage avoisinait lui les 20 %.

 

Plus d’interventionnisme

Pour lutter contre cette pauvreté, le gouvernement socialiste va considérablement développer le champ d’intervention de l’État afin que celui-ci mette en place la révolution bolivarienne. Comme l’expliquait à l’époque le ministre de la Présidence, la révolution menée par Hugo Chávez n’est « ni communiste ni socialiste, car dans le cadre du capitalisme, mais radicale et induisant de profonds changements de structures économiques ». Dans cet objectif, le gouvernement entend promouvoir une politique pétrolière permettant de maintenir le prix du baril suffisamment élevé afin d’en tirer des rentes dont profitera, pour la première fois, la population.

À ce titre sont menés de larges programmes de redistribution accompagnés, entre autres, de « missions » de santé publique (programme Barrio Adentro) et d’éducation (Misión Ribas, Misión Sucre, etc.). Dans le même temps, il entreprend une réforme agraire (redistribution à des coopératives d’agriculteurs) et met en place des systèmes de microcrédit afin de faciliter le développement des petites entreprises.

 

B – (2002-2006) : Hugo Chávez face à l’opposition

Rapidement, le chavisme se voit être contesté par les classes dominantes vénézuéliennes qui, dans la défense de leurs intérêts, vont chercher à mettre fin à l’expérience socialiste. La première tentative est celle de 2002 où l’opposition, en accord avec les médias privés, procède à une manipulation de l’information afin de décrédibiliser le leader de gauche. Lors de manifestations antichavistes, celle-ci diffuse en boucle des images laissant entendre que Chávez avait ordonné aux soldats de la garde nationale et à des civils armés de tirer sur les 200 000 manifestants.

Aujourd’hui discrédité, ce coup d’État, soutenu de manière tacite par les États-Unis, aura toutefois permis à l’opposition de prendre le pouvoir durant près de trois jours, avant qu’une foule de citoyens et de militaires réclament le retour du dirigeant socialiste. Plus tard, Samuel Moncada, historien et homme politique proche du pouvoir, dira à propos du 11 avril 2002 : « en un seul jour, on a violé plus de droits humains que, non dans les trois dernières années, mais les trente dernières années ».

Face à cet échec, l’opposition a, un an plus tard, recours à la constitution de 1999 afin de convoquer un référendum révocatoire. Le seuil de signature atteint (malgré de nombreuses fraudes), la consultation populaire a lieu sous l’œil scrupuleux des organisations internationales qui attestent qu’Hugo Chávez l’emporte (se maintenant donc au pouvoir) avec 59,06 % des voix. Fort de ce succès, il se représente pour un deuxième mandat en 2006, où il est réélu confortablement avec 62,84 % des suffrages.

 

C – (2006-2013) : quel bilan pour le chavisme sous Hugo Chávez ?

Dès sa réélection en 2006, celui-ci entreprend une nouvelle réforme constitutionnelle afin d’accélérer la transition vers le « socialisme du XXIe siècle ». Jusqu’alors présenté comme autoritaire, la figure tutélaire du Venezuela démontre pourtant qu’il se plie à la volonté des citoyens en acceptant le « non » de l’opposition (50,70 % des voix). Cet échec le pousse à revoir ses ambitions et illustre une certaine frustration de la classe la plus pauvre qui constate amèrement que l’efficacité des « missions » s’est détériorée et que la corruption commence à gangrener le pouvoir.

La situation ne s’améliore pas puisque deux années plus tard, la situation économique vénézuélienne commence à marquer le pas. Au dernier trimestre 2008, le prix du baril de pétrole chute (99,50 € à 29,70 €) et le Venezuela voit son PIB se contracter de 3,3 % en 2009. Comme l’explique Mark Weisbrot, l’étude précise des caractéristiques de cette crise montre que le Venezuela aurait pu largement contrebalancer ses effets. Grâce à ses importantes réserves de dollars (en raison des excédents de sa balance courante), le pays pouvait totalement se permettre de financer une relance de l’économie à moindre coût puisque la dette publique ne représentait alors que 20 % du PIB. Selon l’économiste américain, le principal problème de cette économie est que sa monnaie surévaluée accroît dangereusement l’inflation.

En effet, ce phénomène fait mécaniquement augmenter le prix des produits exportés et baisser le coût des importations rendant difficile une diversification de l’économie. Quand bien même la décision de dévaluer la monnaie en 2008 ait contribué à accroître la compétitivité, cet effet ne fut que temporaire et très vite la surévaluation en terme réels a continué à s’accroître.

À ces problèmes économiques, s’ajoute également une recrudescence de la criminalité (liée au narcotrafic et aux différentes polices municipales), ce qui semble être quelque peu paradoxal puisque le taux de pauvreté a lui dégringolé de 60 à 23 % en dix ans. Si la gestion de sa politique économique peut être critiquable (quoiqu’ayant permis au pays de connaître une croissance annuelle moyenne de 3,2 % entre 1999 et 2012), le bilan social du chavisme reste lui exceptionnel.

En 11 ans, la proportion de pauvres comme la proportion d’indigents est divisée par deux, permettant au pays de devenir le plus égalitaire de la région. Dans le domaine de la santé, les dépenses augmentent de 60 % permettant au nombre de médecins pour 10 000 habitants d’être multiplié par 3,2. Pour finir, le taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire progresse largement, passant de 53,6 % en 2000 à 71,1 % en 2011. Toutes ces raisons permettent au président socialiste d’être réélu, pour la troisième fois, avec 55,14 % des suffrages dans des élections considérées comme libres et transparentes par les observateurs internationaux.

À titre de conclusion de partie, notons que si l’issue de ce dernier scrutin illustre le refus de la part des électeurs d’un retour de la droite au pouvoir (particulièrement virulente et n’hésitant pas à recourir à des procédés inconstitutionnels), il est probable que ces derniers souhaitent également que le président s’attaque davantage aux problèmes inhérents à sa révolution bolivarienne (corruption, hausse de l’insécurité, etc.).

 

II – (2013-2018) : une transition politique sous fond de crise économique, politique et sociale

A – Transition politique et crise économique

Réélu en 2012 malgré son cancer, Hugo Chavez meurt toutefois un an plus tard et désigne Nicolas Maduro comme successeur. Conformément à la constitution, de nouvelles élections sont convoquées au terme desquelles celui-ci gagne de justesse en recueillant 50,61 % des suffrages. Le scrutin – qui obtient le satisfecit des observateurs – est une surprise, puisque la majorité des analystes prévoyaient une plus large victoire de Maduro. Cette courte majorité sonne donc comme une victoire pour l’opposition alors regroupée sous la bannière du MUD (Table de l’unité démocratique). En plus de voir l’opposition se renforcer, Nicolas Maduro se retrouve, dès 2013, à devoir faire face à ce qui deviendra la plus grosse crise économique de l’histoire du Venezuela. En effet, pénuries et problèmes d’infrastructures (coupures de gaz et d’électricité) semblent devenir la norme dans un pays pourtant doté des premières ressources de pétrole au monde.

Nous chercherons donc à comprendre dans cette sous-partie, comment la situation économique – désormais caractérisée par des taux d’inflation rocambolesques – a-t-elle pu autant se dégrader ?

Avant l’arrivée au pouvoir de Chavez, l’industrie vénézuélienne d’hydrocarbures ne reversait que 30 % de ses gains au Trésor public. Une fois élu, celui que l’on surnomme « el commandante » parvient à inverser cette tendance en contraignant les exploitants privés à payer leur dû (hausse de la taxation). Dès 2003, le cours des matières premières augmente permettant aux caisses de l’État de se remplir de pétrodollars. À ce moment précis, le gouvernement choisit non pas de diversifier son économie, mais bien d’affecter cette manne fiscale au financement de programmes sociaux. Si cette décision a permis au leader socialiste de réduire considérablement les inégalités, l’inflation, elle, s’accroît dangereusement puisque la consommation intérieure progresse plus vite que la production.

À cette décision s’ajoute la volonté pour l’État vénézuélien de mener une politique de contrôle de change. Non seulement cette dernière initiative s’explique par la nécessité de freiner la fuite des capitaux (suite au coup d’État raté de 2002), mais elle se légitime aussi par l’importance de maintenir un taux de change favorable aux Vénézuéliens, puisque 70 % des biens consommés sont importés.

Le problème de cette politique est qu’elle est source de distorsion. Comme l’explique Gregory Wilpert, « au fil du temps l’écart se creuse entre la valeur réelle du bolivar, qu’une inflation – même sous contrôle – déprécie mécaniquement sur le marché intérieur, et sa valeur nominale sur les marchés des devises, laquelle est maintenue à un niveau élevé ». Autrement dit, cela a pour conséquence de pénaliser les entreprises nationales qui se voient être concurrencées par les importations de produits qui, elles-mêmes, ne peuvent être limitées sans quoi les citoyens n’auraient plus accès aux aliments de base. Il s’agit donc d’une politique qui semble insoutenable d’autant qu’elle creuse, à terme, l’écart entre le taux de change officiel et celui pratiqué sur le marché noir.

L’effet pervers de cette politique s’empire à l’orée des années 2013 où des phénomènes d’agiotages sont vraisemblablement mis en place par l’opposition qui spécule sur la valeur de la monnaie et orchestre des pénuries. La réponse du gouvernement de Maduro est alors de réprimer ces comportements et de dévaluer la monnaie, mais rien n’y fait : l’économie vénézuélienne est désormais plongée dans une spirale inflationniste dévastatrice. Initialement vu comme étant un outil de souveraineté, le système de contrôle de change s’est mué en une véritable aubaine pour les plus aisés, qui sont en mesure d’acheter des marchandises qu’ils revendent sur le marché noir. La situation économique du pays semble donc catastrophique (hyperinflation estimée à 1 350 000 % en 2018) et trouver un unique fautif semble bien difficile…

 

B – Dérive autoritaire et conséquences sociales

Ce marasme économique à comme effet de raviver les nombreuses critiques à l’égard du chavisme et de son principal représentant, Nicolas Maduro. Ce dernier pâtit d’ailleurs de sa mauvaise gestion de la crise, puisque différentes manifestations en 2014 sont organisées et réprimées, permettant à l’opposition (rassemblée sous la bannière du parti MUD) de remporter les élections législatives de 2015. Fort de cette majorité à l’assemblée, la coalition des droites s’attache davantage à chercher des moyens de destituer le leader socialiste plutôt qu’à réformer le pays alors en proie, comme expliqué ci-dessus, à un système de contrôle de change dont les malfaçons permettent aux plus aisés de mener une véritable guerre économique.

Quoi qu’il en soit, l’opposition, qui s’est donnée six mois pour évincer Maduro, convoque un référendum révocatoire (2016) afin d’écourter le mandat du président. Comme l’explique Renaud Lambert, l’opposition se rend alors coupable de nombreuses fraudes lors de la récolte de ses signatures, mais finira toutefois par obtenir l’aval du Conseil national électoral pour lancer la procédure. Depuis, « le gouvernement et le pouvoir judiciaire jonchent le parcours d’obstacles frisant parfois le ridicule » afin de ne pas lancer une consultation populaire. Cette dérive autoritaire (et ce non-respect de la constitution) se manifestera par la suite lors des répressions commises par le gouvernement ou lorsque celui-ci convoquera en 2017 une assemblée constituante destinée à remplacer l’Assemblée nationale, seule institution aux mains de l’opposition.

Ces dérives autoritaires et la situation économique catastrophique accroissent considérablement la violence (Caracas est considérée comme l’une des capitales les plus violentes au monde) et la pauvreté. Les inégalités ont augmenté et la consommation alimentaire a, elle, fortement diminué (contraction de 6 %) en raison des pénuries. Le chômage, quant à lui, a explosé passant de 7,8 % en 2012 à 18 % en 2016. Tous ces facteurs sont la raison aujourd’hui de l’existence d’une crise migratoire sans précédent dans l’histoire du pays. Selon les estimations de l’ONU, entre 2015 et 2018, près de 2,3 millions de Vénézuéliens ont fui la misère, soit 7 % de la population du pays.

 

C – La réélection contestée de Nicolas Maduro

Suite à l’instauration d’une assemblée constituante (2017) destinée à contourner l’opposition majoritaire, de nombreuses forces antichavistes choisissent de boycotter les élections régionales qui sont, de fait, remportées par le PSUV (parti chaviste). Début 2018, Nicolas Maduro annonce convoquer des élections présidentielles anticipées en vue de résoudre la crise politique actuelle. Cette procédure est en réalité, si l’on se réfère à de nombreux analystes tels que Benigno Alarcon, un simple moyen de profiter de la division de l’opposition.
Certes plus divisées que jamais, les forces de droite décident toutefois de rompre le dialogue avec le gouvernement (des négociations à Saint-Domingue étaient en cours) en choisissant de ne pas participer à l’élection de mai 2018. Malgré cela, le scrutin est maintenu et Nicolas Maduro est réélu sans peine pour six ans, récoltant ainsi 67,8 % des suffrages avec une abstention supérieure à 50 %.

De nombreuses institutions, à l’instar de l’Union européenne, dénoncent cette présidentielle comme comportant « des obstacles majeurs à la participation des partis politiques de l’opposition et de leurs dirigeants » et pointent du doigt « de nombreuses irrégularités signalées le jour du scrutin, y compris l’achat de votes ». Les États-Unis, quant à eux, refusent de reconnaître l’élection de Maduro, intensifiant les sanctions commerciales déjà très présentes. Par ailleurs, c’est dans ce contexte d’illégitimité que le leader socialiste échappera de justesse, le 4 août 2018, à ce qu’il évoque comme étant une « tentative d’assassinat » par drone.

À titre de conclusion de partie, nous pouvons noter que même si la dérive autoritaire de Nicolas Maduro semble manifeste et incontestable (répressions, fraudes, corruptions, élections sans « vrais » opposants, etc.), l’opposition a, elle aussi, recours à des procédés litigieux (fraudes, rupture volontaire de dialogue, soupçons de pénuries, etc.). Retenons toutefois que la multitude d’acteurs et les intérêts divergents de chacun rendent complexe l’analyse de cette crise politique.

 

III – (2018-2020) : dégradation manifeste des rapports entre Caracas et Washington

A – (janvier-mai 2019) : l’autoproclamation de Juan Guaidó

C’est dans ce contexte de crise politique que le président de l’Assemblée nationale de l’époque, Juan Guaidó, décide en janvier 2019 – en vertu des articles 233 et 333 de la Constitution – de s’autoproclamer président par intérim. Il se donne alors pour objectif de créer un gouvernement provisoire afin d’organiser de nouvelles élections libres sous un an. Sans écarter l’idée d’une intervention étrangère, il appelle à ce que les États le soutiennent et alourdissent les sanctions sur son pays afin que Nicolas Maduro cède. Rapidement, son initiative est reconnue par les États-Unis et le Brésil, vite rejoints par une majorité des pays d’Europe de l’Ouest, dont la France. Toutefois, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer cette procédure. C’est le cas de la Russie, de la Chine, de la Turquie, mais également de personnalités comme l’intellectuel américain, Noam Chomsky, qui dénonce un coup d’État.

Quoi qu’il en soit, avec cette action, Juan Guaidó – qui représente la tendance la plus radicale au sein de l’opposition vénézuélienne – s’est assuré le soutien international d’une majorité de pays, lui permettant de procéder à de nombreux coups de force. D’abord, il libère Leopoldo Lopez, figure fondatrice du parti Volonté Populaire et opposant de longue date à Nicolas Maduro (dès 2013). Il s’affiche par la suite en sa compagnie afin de lancer, en mai 2019, « l’opération liberté » censée libérer le pays du chavisme. Pendant plusieurs jours, des manifestations (et des répressions) éclatent dans tout le pays causant la mort de quatre personnes (200 blessés). Malgré les protestations, il s’agit d’un échec, puisque l’armée, incitée à rejoindre les protestations, reste fidèle au leader chaviste. Depuis ces évènements, Juan Guaidó fait l’objet d’enquêtes pour « tentative de coup d’État » et « magnicide ».

Pour autant, le jeune président par intérim demeure très actif et reste soutenu par une majorité de pays. Notons que, par rapport à la carte ci-dessous, la Bolivie ne soutient plus le régime de Nicolas Maduro. Même si aucune annonce n’a été faite (à l’heure actuelle), il est certain que la nouvelle présidente par intérim, Jeanine Añez, n’éprouve (contrairement à Evo Morales) aucune sympathie envers le régime socialiste.

 

B – (août 2019) : renforcement des sanctions commerciales sous l’administration Trump

Les rapports entre Washington et Caracas n’étaient déjà pas très cordiaux, mais ceux-ci le sont encore moins depuis l’arrivée de Trump au Pentagone. Dès 2017, celui-ci affirmait « [j’envisage] plusieurs options […] concernant le Venezuela. Et je tiens à dire que je n’exclus pas une intervention militaire ». Ces sanctions commerciales, initialement mises en place sous l’administration Obama à partir de 2015, se renforceront progressivement. Le pays ne peut désormais ni renégocier sa dette ni se financer sur les marchés internationaux. Parallèlement à ces interdictions, les États-Unis interdisent toutes transactions financières avec l’État vénézuélien, la Banque centrale ou même la société pétrolière. Cette mesure ferme ainsi le marché américain au pétrole, accentuant nécessairement les difficultés économiques dans lesquelles se trouve la République bolivarienne.

Selon une étude de Mark Weisbrot et Jeffrey Sachs, ces sanctions auraient causé la mort indirecte de 40 000 personnes entre 2017 et 2018. Selon les mêmes auteurs, 300 000 autres pourraient mourir de ces restrictions en 2019. Il ne faut donc pas négliger l’impact de ces mesures sur l’économie, elles auraient fait baisser la production pétrolière de 37 %, réduisant ainsi de 68 % les revenus du pays liés à ses exportations d’hydrocarbures. Pour faire face à ces sanctions, le Venezuela a créé une cryptomonnaie (fin 2017), le petro, afin de tenter de contourner les sanctions étasuniennes.

Pour finir, le 6 août 2019, la Maison Blanche affirme renforcer ces mesures commerciales afin de « mettre fin à cette dictature » (Trump). Ce décret présidentiel gèle l’ensemble des avoirs et intérêts du gouvernement vénézuélien aux États-Unis et permet de sanctionner toute transaction avec le pays chaviste.

 

C – (mai 2020) : l’opération « Gedeon », nouvelle tentative de coup d’État ?

Le 3 mai dernier, une poignée de militaires et déserteurs (environ 300) arrivent par la mer et débarquent à Macuto, à une heure de Caracas, la capitale. Interceptés par l’armée vénézuélienne, ces groupes prévoyaient d’entraîner d’autres Vénézuéliens afin de renverser le gouvernement socialiste. Rapidement, Nicolas Maduro s’exprime sur le sujet et établit un lien direct entre ce « coup d’État maritime » et Juan Guaidó. Plus tard, le Washington Post, attestera sa version en publiant le contrat de mercenariat liant John Goudreau (commandant américain responsable de l’opération) au président autoproclamé. Le leader socialiste inculpera également la Colombie, voisin avec lequel les relations sont très tendues, et les États-Unis. En réponse à cette accusation, Donald Trump – qui a accusé Nicolas Maduro de narcoterrorisme et qui propose 15 millions de dollars pour toute information amenant à sa capture – a rétorqué que si « [il] voulait aller au Venezuela, [il] ne le ferai[t] pas en secret. […] Ce serait une armée et cela s’appellerait une invasion ».

Selon un article du journal Le Monde, cette intervention militaire a finalement davantage renforcé le pouvoir en place, donnant raison au régime chaviste qui considère l’opposition comme putschiste.

 

IV – Conclusion

Au début du XXIe siècle, le Venezuela est le premier pays de la région à expérimenter une trajectoire nouvelle avec la révolution bolivarienne, comme souhaité par Hugo Chavez. Bien qu’ayant considérablement réduit les inégalités, les choix effectués en matière de politiques économiques ont aujourd’hui des conséquences dramatiques et alimentent la crise migratoire que connaît le pays. Parallèlement à ces difficultés, les tensions entre l’opposition, les intervenants extérieurs et le gouvernement de Nicolas Maduro semblent aujourd’hui plus fortes que jamais. Chacun des acteurs possédant des intérêts divergents, il est particulièrement difficile de trouver un unique coupable à cette situation. La seule chose que nous pouvons donc espérer est que toute transparence soit faite sur la situation afin que le pays puisse retrouver sa stabilité économique et politique d’antan.

DATES DESCRIPTION DE 'ÉVÉNEMENT
1998Arrivée au pouvoir de Hugo Chávez.
1999Réforme constitutionnelle (5e République) via une assemblée constituante.
2000Hugo Chávez devient le premier président de la Cinquième République.
2002Tentative de coup d’État contre le gouvernement.
2006Réélection pour la 2e fois de Hugo Chávez.
2012Réélection pour la 3e fois de Hugo Chávez.
2013Décès de Hugo Chávez ; victoire de Nicolas Maduro.
2015Défaite pour le PSUV lors des élections législatives.
2016Procédure d'initiative populaire rejetée.
2017Convocation d’une assemblée constituante afin de remplacer l’Assemblée nationale alors aux mains de l’opposition.
2018Réélection de Nicolas Maduro ; scrutin non reconnu par plusieurs institutions.
Janvier 2019Autoproclamation de Juan Guaidó.
Mai 2019Échec de « l’opération liberté » lancée à l’initiative de Juan Guaidó.
Mai 2020Tentative de coup d’État maritime : l’opération « Gedeon ».

 

Venezuela

 

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Yanis Bekhti

Après deux années de classes préparatoires au Lycée Gustave Flaubert (Rouen), je décide de privilégier un cursus universitaire et valide ma licence d'economie. Désormais étudiant à l'Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine (IHEAL), je tente de vous partager ma passion pour le continent sud-américain.