humanisme

Comprendre les grands mouvements littéraires est un enjeu majeur de l’histoire littéraire. Parmi ces mouvements, l’humanisme occupe une place fondamentale. En effet, il s’agit d’une véritable révolution culturelle. De plus, ce mouvement modifie profondément le dynamisme des idées en Europe.

Le contexte historique et culturel de l’humanisme

L’humanisme naît d’abord en Italie au XVe siècle. Ensuite, il se propage dans le reste de l’Europe au XVIe siècle. Ce courant se développe notamment dans un contexte d’un immense essor culturel.

En 1453, la guerre de Cent Ans s’achève en Europe. La même année, la ville de Constantinople chute face aux Turcs. Par conséquent, l’Empire byzantin s’effondre définitivement. Cet événement provoque alors la fuite de nombreux intellectuels grecs. Ces savants se réfugient principalement à Florence. Ils apportent avec eux des manuscrits grecs précieux. Ainsi, l’Europe redécouvre des textes antiques totalement perdus.

Par ailleurs, l’année 1450 marque une révolution technologique majeure. En effet, Johannes Gutenberg invente l’imprimerie. Auparavant, les moines copistes devaient reproduire les livres à la main. Grâce à cette invention, les savoirs se diffusent désormais très rapidement. Les villes deviennent alors les nouveaux foyers de la culture. En conséquence, le savoir se développe et devient plus bourgeois.

Enfin, l’année 1492 bouleverse la vision du monde. Les Turcs bloquent en effet les routes commerciales traditionnelles. Les navigateurs cherchent donc d’autres moyens pour s’approvisionner. Cette recherche mène finalement à la découverte de l’Amérique. Dès lors, il devient nécessaire de recartographier entièrement le monde. Tous ces événements provoquent donc une véritable révolution culturelle.

Une nouvelle conception de l’homme et de la théologie

La Renaissance réalise une synthèse unique. Elle unit les textes chrétiens et les textes de l’Antiquité. Les artistes ont conscience de vivre une époque nouvelle. De plus, le rapport au savoir change radicalement.

Le mot humaniste vient du latin studia humanitatis. Il désigne celui qui s’intéresse de près aux études et à la philologie. Les œuvres humaines sont désormais placées en parallèle des œuvres sacrées.

En 1486, Jean Pic de la Mirandole publie un texte capital. Cet ouvrage s’intitule De la dignité de l’homme. L’auteur y développe la notion d’anthropocentrisme. En effet, l’homme est désormais placé au centre de la création. Il est considéré comme le maître absolu de son destin. En raison de cette position centrale, l’homme a un devoir de connaissance. Il doit acquérir un savoir encyclopédique complet.

Selon Pic de la Mirandole, Dieu a créé l’homme libre. Il est un être responsable de ses propres choix. L’humanisme se caractérise donc par un grand optimisme. On croit en la capacité de l’homme de s’élever grâce au libre arbitre.

Cette vision s’oppose totalement à celle du Moyen Âge. Durant l’époque médiévale, l’homme devait s’humilier devant Dieu. Au contraire, l’humanisme valorise le potentiel humain. Comme le rappelle l’adage d’Érasme : « On ne naît pas homme, on le devient. » Ce développement personnel passe nécessairement par l’éducation.

Ce changement de théologie se reflète directement dans les arts. Au Moyen Âge, les figures sacrées étaient inaccessibles. Par exemple, la Madone à l’enfant de Cimabue ne présente aucune perspective. C’est une scène purement mystique.

À la Renaissance, Léonard de Vinci propose une approche différente. Dans La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne, les personnages sont inscrits dans une forme pyramidale. L’anatomie est mieux maîtrisée grâce aux progrès scientifiques. De plus, le paysage s’ouvre vers la profondeur des montagnes. L’art unit le microcosme du corps humain au macrocosme de la nature. Les figures sacrées deviennent profondément humaines. Ainsi, l’homme peut nouer un rapport intime et personnel avec la divinité.

L’émergence de l’individu et l’essor de la bourgeoisie

L’humanisme consacre l’émergence de l’individu. Au Moyen Âge, l’individu en tant que tel n’existait pas. Au XVIe siècle, la circulation des livres favorise l’apparition de l’intimité. Désormais, on lit pour soi, chez soi. L’auteur signe son livre de son propre nom.

Ce contexte s’accompagne d’un essor économique important. Le début du capitalisme favorise l’enrichissement individuel. Une nouvelle classe sociale émerge : la grande bourgeoisie d’affaires. Ces riches marchands souhaitent immortaliser leur nom. Ils deviennent les commanditaires des artistes. Par conséquent, un genre nouveau apparaît : le portrait.

Michel de Montaigne incarne parfaitement cette tendance dans Les Essais. Il cherche à faire son propre autoportrait littéraire. Selon lui, l’homme se conçoit dans sa singularité et son universalité. Il écrit la célèbre phrase : « Chaque homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition. »

Dans l’art pictural, plusieurs chefs-d’œuvre illustrent cette évolution. Le tableau Les Époux Arnolfini de Jan Van Eyck marque un tournant. En effet, il ne représente ni un saint ni un roi. Il met en scène un simple couple de bourgeois dans leur chambre. Le peintre joue avec un miroir convexe. Ce miroir pourrait symboliser l’envers du décor. Ce portrait intime s’oppose aux portraits officiels médiévaux. Par exemple, le portrait de Jean II Le Bon se limitait à un profil rigide. Il imitait les pièces de monnaie pour affirmer le pouvoir souverain.

D’autres artistes explorent l’intériorité humaine. Raphaël peint le portrait de son ami Baldassare Castiglione. L’individualité du modèle passe par son regard bleu. Son visage devient un livre où l’on peut lire son âme mélancolique.

De son côté, Albrecht Dürer réalise un autoportrait célèbre. Il se représente avec une forte ressemblance avec le Christ. Ce choix montre la volonté de faire ressortir l’humanité de Jésus. La foi se joue désormais dans l’intimité de la conscience. Le Parmesan utilise aussi un miroir convexe pour son autoportrait. Il met en valeur sa main, symbole de sa singularité d’artiste.

Enfin, Titien peint Allégorie du temps gouverné par la prudence. Cette œuvre exalte la sagesse. Elle invite à tirer les leçons du passé pour anticiper l’avenir. Ainsi, l’intérêt pour l’individu constitue une conquête majeure des humanistes.

Les conditions d’épanouissement de l’homme nouveau : savoir et langue

Pour faire grandir l’homme nouveau, il faut d’abord restaurer le savoir. En 1530, le roi François Ier fonde le Collège des lecteurs royaux. Cet établissement deviendra plus tard le Collège de France. L’objectif est de créer un lieu de savoir indépendant de l’Église. Ce projet vient concurrencer directement la Sorbonne. Dans ce collège, l’enseignement est entièrement gratuit. On y enseigne des disciplines absentes de la Sorbonne, comme le grec ou l’hébreu. L’ignorance est ainsi chassée par le pouvoir monarchique.

Par ailleurs, l’humanisme cherche à forger une langue nouvelle. En 1549, Joachim du Bellay publie un manifeste essentiel. Il s’agit de la Défense et illustration de la langue française. Le pouvoir politique utilise désormais la langue vernaculaire pour s’affirmer. François Ier comprend qu’une unification linguistique permet d’unifier son royaume. Le but est de conférer au français une dignité culturelle égale au latin. Ce projet est partagé par les poètes de la Pléiade. On y retrouve Ronsard, Du Bellay, Baïf ou Belleau.

Pour expliquer sa vision, Du Bellay utilise la métaphore de la jeune pousse. La langue est comme une plante mal cultivée par les anciens poètes. Il faut donc réaliser une greffe botanique. Les poètes doivent greffer l’héritage grec et latin sur la langue française. Le poète devient un véritable passeur culturel.

Cette ambition s’inscrit dans le concept de translatio imperii et studii. Il s’agit de l’idée que le cœur du savoir se déplace d’est en ouest. Les humanistes rêvent de faire de Paris le centre culturel de l’Europe. Ronsard tente d’écrire une grande épopée nationale : La Franciade. Il calque son texte sur L’Énéide de Virgile. Ainsi, le projet poétique et le projet politique avancent ensemble.

L’humanisme au défi des guerres de religion : la fin d’un idéal

Malheureusement, l’idéal humaniste va se heurter violemment à l’histoire. À la mort d’Henri II, ses trois fils lui succèdent. Cependant, ces souverains se révèlent trop faibles. Ils n’arrivent pas à maintenir l’unité du royaume. La France sombre alors dans des affrontements civils et sanglants. Le point de non-retour est atteint en 1572, avec le massacre de la Saint-Barthélemy.

Dans ce chaos, les poètes doivent s’engager. Ronsard est un poète courtisan proche de la famille royale. Il est violemment attaqué par les calvinistes. Pour leur répondre, il rédige une série de textes de combat appelés les Discours. Ronsard y formule une véritable profession de foi. Il se défend des accusations d’athéisme et de paganisme.

Pour lui, la monarchie est de droit divin. Il utilise la métaphore du navire dont Dieu est le pilote. Le roi doit avoir un rôle pacificateur au-dessus des clivages. Néanmoins, Ronsard constate avec amertume la crise de la parole. La parole n’est plus le vecteur du logos humaniste. Elle est devenue le vecteur d’une « opinion » sectaire qui détruit la société.

De son côté, le poète protestant Théodore Agrippa d’Aubigné témoigne de l’horreur. Dans Les Tragiques (1616), il décrit le massacre au sein même du palais du Louvre. Le sang coule sous « l’étendard cramoisi ». D’Aubigné utilise d’abord le registre épique pour décrire les combats. Ensuite, il bascule dans le registre tragique lorsque la violence pénètre les chambres. Il reprend la définition de la tragédie selon Aristote. La violence se manifeste au sein même des proches et des alliances.

Le texte évoque l’image d’un sacrifice injuste, rappelant l’étymologie du mot tragédie (le chant du bouc). Par conséquent, la Saint-Barthélemy marque la mort des idéaux humanistes. La justice, la monarchie et l’éthique s’effondrent dans la violence religieuse. L’idéal politique et culturel de l’homme nouveau prend fin dans le sang des guerres de religion.

Conclusion

En somme, l’humanisme a profondément redéfini la place de l’homme et de l’individu en Europe. Cependant, ce projet culturel et linguistique ambitieux s’est brisé sur la réalité tragique des guerres de religion.