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Nous te proposons de revenir sur la panne électrique exceptionnelle qui a laissé l’Espagne dans l’obscurité fin avril. Nous reviendrons sur la crise en elle-même, sur les tensions politiques qu’elle a créées et nous analyserons ensemble la situation énergétique de l’Espagne dans le contexte incertain de la transition énergétique. Cet article pourra te servir de fiche de révision sur l’énergie en Espagne, tout en offrant un exemple original pour illustrer les tensions politiques qui l’entourent.

L’Espagne court-circuitée

La méga-panne électrique

Le 28 avril 2025 à 12 h 33, la Péninsule ibérique (Espagne, Portugal) a subi une panne électrique générale qui a duré près de dix heures.

Arrêt des lignes de métro, des signalisations de la route, du réseau internet ou encore des réfrigérateurs dans les supermarchés, c’est toute une partie de l’Europe qui s’est éteinte brutalement. Les infrastructures stratégiques, dont les centrales nucléaires, ont cessé de produire de l’électricité, entraînant des réactions en chaîne.

À l’origine du black-out

Après la publication d’un rapport sur cette méga-panne plus de deux mois après son déclenchement, il semblerait qu’il s’agisse d’une cause « multifactorielle » : une surtension des lignes aurait entraîné une réaction en chaîne, les déconnexions de plusieurs installations décidées par les opérateurs ayant à leur tour provoqué de nouvelles déconnexions.

Même si le réseau électrique européen est totalement interconnecté, la Péninsule ibérique n’y est liée que par le biais de la frontière française, ce qui la fragilise.

Des répercussions politiques divisant toujours plus le paysage politique

Alors que les résultats de l’enquête n’étaient encore pas connus, l’incident a été instrumentalisé à l’échelle européenne pour servir d’exemple sur les prétendus effets négatifs de la transition sur les économies et les pays européens. Il s’inscrit dans une montée, depuis les élections européennes de juin 2024, de la remise en cause du Pacte vert européen qui vise à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2030.

Le journal britannique The Telegraph a laissé entendre, dans un article de presse, que le gouvernement espagnol aurait effectué une « expérimentation » qui aurait causé le black-out du 28 avril dernier. Le Parti populaire (PP) a rapidement repris cette information pour critiquer la politique du gouvernement en matière de transition énergétique vers les énergies renouvelables.

De fait, le PP a argué que le gouvernement de Pedro Sánchez avait mené une expérimentation visant à savoir jusqu’où pouvait être poussée la dépendance aux énergies renouvelables, en vue de la fermeture de deux réacteurs nucléaires en 2027 dans l’ouest du pays. Une information rapidement démentie par la ministre de l’Écologie espagnole, Sara Aagesen.

Outre le débat sur les origines de la crise, les mesures visant à éviter un tel événement divisent aussi. Fin juillet, le paquet de mesures structurelles visant à écarter le risque d’une nouvelle super-panne du chef du gouvernement, Pedro Sánchez, s’est vu rejeté par les députés.

Cette défaite illustre les difficultés du Premier ministre à gouverner, son absence de majorité absolue au Parlement rendant difficile l’adoption de mesures et causant ainsi une immobilisation du pays sur tous les plans. Ce paquet de mesures comprenait notamment un assouplissement des délais pour l’installation de nouveaux projets éoliens et photovoltaïques et des incitations à développer le stockage sur les sites de production d’énergie renouvelable, via notamment l’implantation de « batteries ».

L’Espagne, pionnière dans la transition énergétique ?

Un mix énergétique vert en Espagne

Sur la question de la responsabilité du black-out, les énergies renouvelables ont rapidement été mises en cause par les partis de l’opposition. De fait, l’Espagne s’est fortement engagée en faveur des énergies renouvelables ces dernières années : la production des infrastructures d’énergies « vertes » a presque doublé depuis cinq ans.

L’Espagne se hisse donc dans les bons élèves européens, les énergies renouvelables ayant atteint 56 % du mix énergétique avec un objectif à 81 % d’ici 2030 – bien plus ambitieux que l’objectif européen de 45 %. Et, pour la première fois, le 16 avril, les énergies renouvelables (éolienne, photovoltaïque, hydroélectrique et solaire thermique) ont couvert la totalité de la demande d’électricité.

Un pari à contre-courant de ses voisins : l’Espagne souhaite sortir du nucléaire

La méga-panne électrique a ravivé le débat sur le nucléaire qui divise encore aujourd’hui le paysage politique espagnol. Le chef du gouvernement, Pedro Sánchez, a balayé l’argument selon lequel l’énergie nucléaire aurait pu éviter la méga-panne. Selon lui, cette thèse relève d’une instrumentalisation politique et d’un déni des faits. Il a rappelé que la production nucléaire était pleinement opérationnelle juste avant la défaillance du système, puis qu’elle s’est arrêtée comme toutes les autres sources d’énergie.

L’Espagne dispose en 2025 de sept réacteurs nucléaires actifs, fournissant environ 20 % de l’électricité nationale. En 2019, sous un gouvernement socialiste, le pays a voté la sortie du nucléaire à l’horizon 2035, dont quatre réacteurs qui devraient fermer d’ici 2030. Pourtant, la droite, notamment portée par la présidente de la région de Madrid, Isabel Diaz Ayuso, a lancé en février 2025 une proposition au Congrès demandant la révision du calendrier de sortie du nucléaire. Cela concerne notamment la centrale d’Almaraz, située en Estrémadure, l’une des régions les plus pauvres d’Espagne, dont la fermeture menace de manière directe ou indirecte 3 000 emplois.

Outre les politiques, les entreprises du monde industriel se joignent aussi à la critique de la sortie du nucléaire. C’est notamment le cas pour Iberdrola, Endesa ou encore Naturgy qui arguent d’un risque de montée brutale des prix de l’énergie de 25 %. De fait, l’énergie nucléaire a l’avantage d’être une source disponible nuit et jour, en hiver comme en été, à la différence des énergies renouvelables.

Un peu de vocabulaire pour terminer

  • un apagón = une coupure d’électricité
  • un corte de suministro = une interruption de l’approvisionnement, de la distribution
  • la red eléctrica = le réseau électrique
  • la sobretensión = la surtension
  • el colapso de la red = l’effondrement du réseau
  • el almacenamiento de energía = le stockage de l’énergie
  • el aislamiento energético = l’isolement énergétique
  • un operador de la red = un gestionnaire du réseau
  • el mix energético = le mix énergétique
  • el desmantelamiento progresivo = le démantèlement progressif

 

Je t’invite aussi à relire cet article sur l’énergie en Espagne, surtout pour apprendre le vocabulaire lié à ce thème !