vieillissement démographique

Cet article sous forme de plan détaillé te permettra de traiter un sujet qui mêle de très nombreux chapitres. L’enjeu est ici de mettre en relation le vieillissement démographique et les politiques publiques.

Définitions

La démographie est définie par Adolphe Landry, dans La Révolution démographique, en 1934, comme « l’étude quantitative et qualitative de la population ». Le vieillissement démographique renvoie à la déformation de la pyramide des âges, à une augmentation de l’âge moyen. Le vieillissement démographique implique une évolution du ratio de dépendance démographique (nombre de personnes âgées sur population active). 

Les politiques publiques sont l’ensemble des interventions de l’État au nom du bien collectif. Il y a les politiques économiques (budgétaires, monétaires, fiscales), mais également sociales, conjoncturelles, structurelles. On peut les regrouper avec la typologie énoncée par Richard Musgrave dans Théorie des finances publiques (1959). Ainsi, l’État mènerait des politiques pouvant être réparties selon trois fonctions : la régulation, l’allocation des ressources et la redistribution.

Problématisation

Le sujet posé ainsi (comment) réclame tout autant d’interroger la manière et les mécanismes qui lient le vieillissement démographique et les politiques publiques. Par ailleurs, étudier le changement, c’est se demander jusqu’à quel point la situation a évolué, l’ampleur de ce changement.

On doit également identifier quels instruments (moyens des politiques publiques) et/ou objectifs des politiques publiques changent. On cherchera alors à caractériser ce changement par son ampleur, son rythme ou encore son caractère massif et généralisé ou non. L’intérêt du sujet est alors d’envisager toutes ces possibilités, ces diversités d’angles pour examiner les politiques publiques.

En quoi, pourquoi et jusqu’à quel point les politiques publiques sont-elles susceptibles d’être modifiées par le vieillissement démographique ? Dans quelles directions et par quels mécanismes les politiques publiques sont-elles modifiées par le vieillissement démographique ? 

Plan détaillé

I/ Si le vieillissement démographique est susceptible de modifier les politiques, c’est d’abord en raison de la multiplicité de ses conséquences tant économiques que sociales

A) Les conséquences macroéconomiques en matière de croissance du PIB et d’inflation 

Tout d’abord, pour Robert Gordon (The Demise of U.S. Economic Growth, 2014), le vieillissement démographique est l’un des vents contraires. Ainsi, il fait figurer le vieillissement démographique parmi les facteurs pouvant expliquer le ralentissement de la croissance du PIB dans les pays développés. 

Plus récemment, Mario Draghi, dans son rapport en 2024, souligne que dans l’Union européenne, chaque année, deux millions d’actifs vont s’évaporer. En France, on a aujourd’hui 30 millions d’actifs, selon les démographes, le maximum est atteint. Dès lors, la taille de la population est amenée à diminuer. À horizon 2070, on parie sur une population active de 29 millions en France. Draghi invite alors l’Union européenne à des investissements majeurs dans la R&D pour stimuler la croissance, car la pyramide des âges ne le fait plus. 

Plus encore, Hansen, dans Progrès économiques et croissance démographique déclinante, en 1939, explique la grande dépression des années 1930, le début de la stagnation séculaire, comme la conséquence du faible dynamisme démographique de l’entre-deux-guerres. Ainsi, il y aurait un effet négatif de ce vieillissement démographique sur certaines composantes de la demande au premier rang desquelles les dépenses d’investissement. Le vieillissement démographique conduirait à une baisse de la demande, donc de l’investissement, et donc aurait fait entrer l’économie mondiale en stagnation séculaire. 

Finalement, en 1937, John Maynard Keynes dans « Some Economic Consequences of a Declining Population » aborde cette question. Il explique que la population active diminue la demande et a tendance à être inférieure aux anticipations. Cela peut faire naître une atmosphère pessimiste et donc un faible dynamisme économique. 

B) Les conséquences sur le financement de la puissance publique

Le vieillissement démographique a des conséquences négatives sur le financement de la puissance publique. 

Pour Pierre Rosanvallon, dans La Crise de l’État-providence en 1981, l’État-providence traverse une triple crise (efficacité, légitimité et financement). Or, le vieillissement démographique conduit à l’augmentation des dépenses (retraites) et réduit les recettes (baisse de la croissance potentielle). Le vieillissement démographique est donc responsable de la crise de financement, l’une des trois crises de l’État-providence. Le vieillissement démographique alimente les déficits publics. 

Plus encore, en reprenant l’équation décrivant les conditions pesant sur la soutenabilité de la dette publique, on remarque ces conséquences négatives. Ainsi, la variation de la dette publique sur le PIB se calcule. 

Variation de dette sur PIB = (taux d’intérêt nominal – taux d’inflation – taux de croissance effective) × (niveau d’endettement initial) – solde primaire divisé par PIB. 

Si le solde primaire est positif, alors la dette diminue. Néanmoins, si le solde primaire est négatif, alors ce solde primaire alimente la dette publique. 

Ainsi, le vieillissement démographique conduit à un taux de croissance plus faible et à des taux d’intérêt élevés. Finalement, le ratio dette publique sur PIB ne peut qu’augmenter, ce qui complique la trajectoire des finances publiques. 

C) Finalement, le vieillissement démographique implique également des conséquences sociales : le problème de la discrimination des séniors est important

Quand la population des séniors (+ 60 ans) en vient à peser 25 % de la population et que ce poids est appelé à être de 35 % d’ici à 2070, la discrimination se voit de plus en plus. Ainsi, les séniors sont victimes de discrimination, sur le marché du travail notamment. 

Les représentations associées à la séniorité n’ont pas évolué parallèlement à l’espérance de vie. Ainsi, on associe âge moyen élevé du travailleur et faible productivité. Ce phénomène semble être renforcé avec la nouvelle révolution technologique (utilisation de l’IA). Par exemple, en France, en 2024, le taux de chômage des 55-59 ans était de 4,6 %, tandis que celui des 59-64 ans était de 6,4 %. 

II/ Les réponses au vieillissement démographique sont aussi diverses que sont les conséquences de celui-ci

A) Les politiques publiques qui relèvent de l’État-providence sont affectées

Le vieillissement démographique affecte mécaniquement le fonctionnement de l’État-providence. Effectivement, je te laisse lire cet article qui te permettra de comprendre pourquoi le vieillissement démographique affecte le système de retraite par répartition.

B) Tout comme les politiques économiques conjoncturelles et structurelles

Politiques monétaires

Le vieillissement démographique conduit à un changement dans les politiques monétaires. Effectivement, le vieillissement démographique a des conséquences sur le niveau général des prix.

Pour Jean-Claude Chesnais, en 1997, dans « Les racines démographiques de la déflation », le vieillissement démographique a de grandes chances de s’accompagner d’une augmentation de la proportion de rentiers. Or, cette dynamique de vieillissement démographique va donc conduire à une augmentation des taux d’intérêt.

En effet, cette population rentière va tout faire pour limiter l’inflation et va donc pousser en faveur d’une politique monétaire rigoriste. Le vieillissement démographique conduit donc bien à un changement de politiques monétaires. Effectivement, en raison de leur poids électoral, les séniors sont en mesure de peser pour que la politique monétaire donne la priorité à la lutte contre l’inflation.

Politiques économiques conjoncturelles

Par ailleurs, le vieillissement démographique provoque une relance conjoncturelle. Effectivement, en ralentissant la croissance potentielle, selon la théorie keynésienne, le vieillissement démographique provoque une relance conjoncturelle.

Ainsi, Keynes explique que, pour déclencher un multiplicateur keynésien, l’État doit mettre en place une politique conjoncturelle. Pour faire une politique de relance, l’État peut diminuer les impôts ou augmenter ses dépenses afin de faire augmenter la consommation et donc la demande effective.

Politiques économiques structurelles

D’autre part, le vieillissement démographique peut conduire à des réformes structurelles. Effectivement, le vieillissement démographique est une menace pour la croissance économique. Pour dynamiser de nouveau la croissance économique, il faut augmenter la productivité. Cette quête doit passer par des politiques favorables à la Recherche et au Développement, comme le préconise le rapport Draghi, mais également par des politiques de maintien à l’emploi et à la formation. 

Par exemple, Xavier Jaravel suggère, dans son ouvrage Marie Curie habite dans le Morbihan, de favoriser l’accès des jeunes femmes et des enfants des milieux populaires aux grandes écoles, notamment d’ingénieurs, pour majorer le taux de croissance annuel du PIB de 0,9 %. Une nouvelle politique structurelle d’accès à l’éducation pourrait donc permettre de lutter contre les effets négatifs du vieillissement démographique sur la croissance économique. 

C) Finalement, les politiques familiales et migratoires sont discutées

Les politiques publiques peuvent non pas réagir aux conséquences du vieillissement démographique, mais plutôt chercher à faire diminuer, voire disparaître le vieillissement en lui-même. Effectivement, le président Macron, en 2024, a utilisé l’expression de « réarmement démographique », rappelant l’importance de la dynamique démographique dans les résultats économiques français. 

Les politiques familiales

Dès lors, changer certaines politiques familiales pourrait être une solution. En créant les sursalaires familiaux au XIXe siècle, le secteur privé crée les premières allocations familiales. À la fin du XIXe siècle, à l’occasion du vieillissement démographique, le sursalaire familial va se transformer en allocations familiales. C’est notamment Alfred Sauvy qui milite pour, en 1932, avec le Code de la famille. À cette époque, il n’est pas question de le faire sous condition des ressources familiales. Cette politique est dite horizontale, ceux qui n’ont pas d’enfants aident les familles.

En 1970, seules 15 % des allocations familiales sont sous condition de ressources. Progressivement, la politique familiale s’est vue infléchie. La politique familiale, qui a été créée comme une politique nataliste, se préoccupe désormais plutôt de favoriser la justice sociale, la redistribution et la lutte contre les inégalités. 

Dès lors, le vieillissement démographique pourrait conduire à une redéfinition des politiques familiales. Elles redeviendraient uniquement natalistes, alors qu’elles étaient devenues des politiques de justice sociale. 

Les politiques migratoires

D’autre part, la question migratoire est centrale. Afin de répondre au vieillissement démographique, favoriser l’immigration apparaît comme rationnel. Néanmoins, le débat public étant très divisé sur cette question, cette solution semble coûteuse politiquement.

Effectivement, David Thesmar et Augustin Landier expliquent, dans Le Prix de nos valeurs (2025), qu’il existe un hiatus entre la position des économistes et les positions défendues dans le débat public. Ils expliquent, en prenant l’exemple de l’immigration, qu’il est rationnel économiquement de favoriser l’immigration. Ils montrent qu’un immigré rapporte plus qu’il ne coûte économiquement.

Plus encore, cette immigration doit permettre de faire face au vieillissement démographique. Toutefois, les considérations prises en compte par chacun étant différentes, la question migratoire est complexe. Afin de favoriser une identité nationale et non pas une certaine dynamique économique, de nombreux arguments antimigratoires sont avancés dans le débat public.

III/ Pourtant, il ne faut pas oublier que les politiques publiques sont caractérisées par une grande inertie qui limite la capacité du vieillissement démographique à les changer à court terme

A) Il existe une opposition des séniors aux réformes

Les séniors étant de plus en plus nombreux, leur poids électoral ne cesse de croître. Or, la classe des séniors étant la classe d’âge dont le taux d’abstention est le plus faible, les politiques ont tout intérêt à favoriser leurs intérêts s’ils veulent être réélus. Ainsi, selon l’école du Public Choice, pour maximiser leur chance de réélection, les politiques vont chercher à satisfaire les intérêts des séniors.

B) L’État-providence est caractérisé par le phénomène de dépendance au sentier

La grande majorité du temps, les réformes en réaction au problème du vieillissement sont des réformes paramétriques et non systémiques. Une réforme systémique aurait été une révolution avec la réforme des retraites initialement défendue par Macron. 

Il existe un phénomène de dépendance au sentier, comme théorisé par Pierson. En dépit des discours des libéraux, il n’y a jamais eu de démantèlement des différents États-providence. En 1994, Pierson, dans Dismantling the Welfare State?, fait une observation. Aux États-Unis comme au Royaume-Uni, Thatcher comme Reagan ont mis en place une politique de soustraction, là où ils annonçaient un démantèlement pur et simple. Le discours promettait des réformes systémiques, mais il n’y a eu que des réformes paramétriques. 

Michel Crozier, dans État modeste, État moderne, en 1987, est convaincu que l’État (la bureaucratie étatique) bloque des réformes que la société serait prête à accepter. Il explique donc qu’il y a un cercle vicieux. Les règles mises en place par la bureaucratie bloquent la mise en place de règles suivantes. 

Ce phénomène rejoint le phénomène théorisé par Lindblom, en 1959, dans « The science of muddling through ». On se retrouve avec une incrémentalisation qui empêche la réforme conséquente. Ce phénomène de l’incrémentalisme et la dépendance au sentier, qui existe dans les politiques publiques, rendent peu probable un changement majeur suite au vieillissement démographique.

C) Finalement, pour qu’il y ait changement dans les politiques publiques, il faudrait qu’une majorité identifie un problème dans celles-ci

Le courant de l’analyse des politiques publiques identifie ce qui est nécessaire au changement dans les politiques publiques. Ainsi, il faut qu’une majorité pose et identifie la problématique. Or, ce sont les économistes, sociologues, hommes politiques et journalistes qui proposent une lecture du vieillissement démographique. En fonction de qui met l’accent sur cette nécessité, on ne parvient pas aux mêmes politiques publiques. Le changement des politiques publiques dépend donc de qui s’intéresse au problème du vieillissement démographique.

 En France, le problème du vieillissement démographique vient grandement du déséquilibre des caisses sociales, car le fonctionnement est beveridgien. Le système de retraite par répartition dans son entièreté est menacé par le vieillissement démographique. Pour voir un véritable changement dans les politiques publiques, il faudrait d’abord qu’une majorité de la population prenne conscience de ce déséquilibre, puis que cette majorité réclame un changement de politiques publiques.