La déviance est un concept central de la sociologie qui interroge la cohésion de nos sociétés. Entre normes sociales, étiquetage et sous-cultures, comment expliquer que certains individus s’écartent du « droit chemin » ? De Durkheim à Becker, plongeons dans les mécanismes de la construction sociale de la déviance.
Qu’est-ce qu’une norme sociale ?
Une norme sociale se définit par deux critères : sa légitimité (reconnue comme une règle à suivre) et son ancrage (dans le droit ou les habitudes). Le respect des normes entraîne des récompenses, tandis que leur transgression définit la déviance.
Il est crucial de distinguer la déviance de la délinquance, cette dernière étant spécifiquement la transgression des normes juridiques (lois) entraînant l’intervention de la justice. La norme est instable et dépendante du contexte : ce qui est déviant ici ne l’est pas forcément ailleurs.
D’où viennent les normes sociales ?
Les normes ne tombent pas du ciel, elles sont le produit de rapports de force et de constructions historiques.
La conscience collective (Durkheim)
Pour Émile Durkheim, les normes sont le produit de la « conscience collective ». À travers les rites et la célébration du sacré, la société célèbre en réalité sa propre existence. Les grands moments « d’effervescence collective » (comme les marches pour le climat) accélèrent la création de nouvelles normes.
Les entrepreneurs de morale (Becker)
Dans son ouvrage Outsiders, Howard Becker montre que les normes sont souvent produites par des « entrepreneurs de morale » : des groupes d’intérêt ou lobbies qui se mobilisent pour changer la loi selon leurs valeurs.
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Exemple historique : la prohibition de l’alcool aux États-Unis (1919-1933) a été portée par le lobby féministe chrétien (WCTU), avant que le Narcotic Bureau ne se reconvertisse dans la lutte contre la marijuana pour justifier son existence.
La civilisation des mœurs (Elias)
Norbert Elias explique que nos normes d’hygiène et de pudeur sont le fruit d’un long processus historique. Depuis le XVIe siècle, le contrôle des pulsions corporelles s’est accentué. Être « civilisé », c’est savoir se contrôler en public, transformant ainsi notre rapport à la nudité et à la violence.
Pourquoi devient-on déviant ?
L’approche structuro-fonctionnaliste
Pour Durkheim, la déviance est paradoxalement normale. Elle remplit une fonction sociale : en provoquant une réaction de la société, elle permet l’adaptation des règles (ex. : le procès de Socrate).
Robert Merton, lui, utilise le concept d’anomie : la déviance naît d’une inadéquation entre les buts culturels (ex. : la réussite financière) et les moyens légitimes pour y parvenir. Si les moyens manquent, l’individu peut choisir l’innovation (vol) ou le retrait (secte).
L’écologie urbaine et les sous-cultures (École de Chicago)
Les sociologues de Chicago (Thomas, Znaniecki, Shaw et McKay) ont montré l’importance de la dimension spatiale :
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désorganisation sociale : l’immigration et l’urbanisation rapide brisent les contrôles sociaux traditionnels ;
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zones de relégation : la délinquance se concentre dans des quartiers marqués par la pauvreté et l’hétérogénéité ethnique ;
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sous-cultures délinquantes : pour Albert Cohen, les jeunes en échec scolaire reconstruisent un système de valeurs alternatif (prestige, courage physique) au sein de gangs pour compenser leur manque de reconnaissance sociale.
La théorie de l’étiquetage : la déviance comme construction
L’interactionnisme symbolique change de perspective : ce n’est pas l’acte qui fait le déviant, mais le regard de l’autre.
La « carrière » déviante
Pour Becker, on ne naît pas déviant, on le devient par un processus d’apprentissage et d’étiquetage. C’est une carrière avec des étapes. Une fois « étiqueté » (ex. : par la police ou l’école), l’individu voit son identité sociale modifiée, ce qui peut l’enfermer dans son rôle.
Stigmate et identité (Goffman)
Erving Goffman distingue l’identité réelle de l’identité virtuelle (celle attribuée par autrui). Le stigmate est cet élément qui vient perturber l’interaction. L’individu doit alors déployer des stratégies pour gérer ce discrédit (dissimulation ou revendication).
Le traitement institutionnel
Le travail de Didier Fassin ou d’Aaron Cicourel montre que les institutions (police, justice) participent à la construction du déviant. À délit égal, un jeune issu des classes aisées sera souvent perçu comme « troublé », tandis qu’un jeune racisé sera perçu comme « dangereux ». Ce traitement différentiel biaise les statistiques de la délinquance.
Conclusion : que retenir pour tes copies ?
La déviance n’est jamais un fait biologique ou purement psychologique. C’est un construit social qui résulte :
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de l’élaboration des règles (qui décide de ce qui est mal ?) ;
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de l’inégale répartition des ressources pour respecter ces règles (Merton) ;
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du processus de désignation et d’étiquetage par les institutions.



