Major Prépa > Concours > SIGEM 2026 : 634 places vacantes dans 18 écoles pour 28 millions d’euros envolés
Cette édition ne déroge pas à la règle qui s’impose depuis plusieurs sessions des concours BCE et ECRICOME : à l’issue du SIGEM 2026, plusieurs écoles ne remplissent pas leur nouvelle promotion. 18 des 23 Grandes Écoles de management concernées par la procédure n’accueilleront pas autant d’étudiants issus des classes préparatoires qu’attendus à la rentrée prochaine. Ensemble, elles ouvraient 7 482 places à l’attention des CPGE économiques et commerciales ainsi que des littéraires (en comptabilisant les marges). Toutes filières confondues, ils sont 6 848 ex-prépas à être affectés en cette mi-juillet, après avoir découvert leurs résultats SIGEM. Soit l’équivalent de 634 places non pourvues. Dans quelles écoles et pour quelles pertes de chiffre d’affaires ?
Les plus optimistes espéraient un simple statu quo. Les signaux n’étaient pourtant guère encourageants pour la filière. Et le couperet du SIGEM confirme ce que les écoles avaient tenté de l’anticiper en diminuant de 115 le nombre de places ouvertes cette année pour un nombre de candidats très légèrement supérieur à 2025 (+0,8%) : il y aura malgré tout plus de places vacantes dans les écoles à la rentrée 2026 que l’an dernier. 137 de plus, précisément, pour un total de 634 non pourvues dans 18 écoles différentes (elles étaient 16 concernées en 2025). Ce qui représente une perte de 28,1 millions d’euros pour ces établissements, soit +25% de recettes perdues par rapport aux 22,5 millions d’euros de perte enregistrés en 2025.
Paradoxalement, le chiffre d’affaires global généré par le recrutement prépa augmente de 5 millions d’euros, soit 1% de plus que l’an dernier. L’augmentation moyenne de 3% des frais de scolarité en 2026 multiplié par le nombre de places ouvertes devaient conduire les grandes écoles de management post-prépa à se partager un total de 413 024 050€ de recettes, soit 10% de plus que sur 2025. Le total 2026 n’est finalement « que » de 389 645 960€, grâce aux 6 848 affectés à l’issue du SIGEM.
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Les démissions, ce phénomène qui inquiète
Impossible d’anticiper ceux qui, parmi les affectés, décideront de ne finalement pas se présenter le jour de la rentrée ; ce qui arrive toujours, à la marge*. En revanche, le SIGEM est capable de tracker les candidats qui abandonnent en cours de route, et nous signale qu’ils sont plus nombreux à avoir fait le choix de ne pas aller au bout des concours cette année qu’en 2025.
Les abandons sont enregistrés à deux moments du parcours : post-admissibilités, lorsque des candidats qui auraient pu se lancer dans un Tour de France font le choix de ne passer aucun oral et post-admission, lorsque des candidats qui auraient pu en formuler ne valident aucun vœu SIGEM (ces derniers sont dits « démissionnaires »). 74,5% des inscrits 2026 ont validé au moins un vœu SIGEM versus 77,5% l’an dernier. Ce recul de 3 points est consécutif à un recul équivalent mesuré l’année précédente. Au total, le nombre de démissions enregistrées par le SIGEM est en augmentation à la fois en pourcentage des inscrits et en valeur absolue : 556 candidats ne sont pas allés au bout de la procédure ou ont choisi de ne pas faire de vœu alors que leurs résultats le leur permettaient.
Autre façon d’observer ce phénomène, qui prend aussi en compte les candidats en échec : calculer le nombre d’affectés par rapport au nombre d’inscrits sur la ligne de départ. En 2024, 78% des candidats étaient affectés dans une école à l’issue du SIGEM. 73% en 2025 et seulement 70,4% en 2026. Ce recul de presque 8 points en deux ans seulement ne s’explique pas uniquement (peut-être même pas du tout) par le niveau des candidats, mais bel et bien pas les choix de démissions plus nombreux. « Davantage de candidats estiment cette année que cela ne vaut pas la peine de se déplacer pour les oraux et encore moins de faire des vœux. Ce phénomène d’évaporation d’une partie des candidats en cours de SIGEM est un vrai sujet de préoccupation pour la filière », souligne Anne Rivière, présidente de SIGEM. Pour la première fois cette année, les démissionnaires SIGEM ont pu indiquer les raisons de leur choix sur la plateforme, ce qui permettra d’avoir une visibilité plus claire concernant les souhaits de cubage, notamment.
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13 écoles gagnent 13M€ supplémentaires cette année grâce au recrutement prépa
Les treize écoles qui voient leurs recettes progresser en 2026 enregistrent des gains finalement assez mesurés. L’augmentation moyenne de le CA prépa est de +7% cette année. Il est même « seulement » de 3% si l’on exclut les +50% de Brest BS qui intègre 4 candidats de plus qu’en 2025 (12 au total) et les +9% de l’ESSEC dont les recettes prépa avoisinent les 29,4M€. Les neuf écoles qui gagnent moins via le recrutement prépa en 2026 qu’en 2025 enregistrent en revanche un recul moyen significatif : -23% du chiffre d’affaires attendu. Si nous mettons de côté les 2% que perd KEDGE en accueillant 7 littéraires sur les 50 attendus, cela revient à une perte moyenne de 25% de CA pour huit écoles.
Les huit écoles concernées par des pertes de recettes attendues gagnaient 30,2M€ grâce au recrutement prépa en 2025. En 2026, BSB, INSEEC, ISC, Excelia, MBS, EM Strasbourg, Clermont SB et ICN gagnent 22,6M€ grâce à ce même vivier d’étudiants. Les treize écoles dont le CA prépa augmente cette année gagnaient 324,8M€ en 2025 grâce au recrutement prépa. En 2026, Brest BS, l’ESSEC, RSB, l’EDHEC, SKEMA, HEC, Audencia, NEOMA, emlyon, GEM, TBS Education, ESCP et IMT-BS gagnent 337,8M€. Moins 7,6 millions d’euros d’un côté ; plus 13 millions de l’autre.
85% des recettes prépa aspirées par le Top 10 SIGEM
Vu autrement, le Top 3 SIGEM concentre 23% des 389 645 960€ de recettes engrangées à l’issue du SIGEM 2026. Élargissons le spectre pour considérer le Top 5 : il aspire 41% des recettes. Prenons le Top 10 et nous montons à 85% du total des recettes prépa qui seront encaissées par ces écoles. Ajoutons une école pour observer que le Top 11 concentre neuf fois plus de CA prépa que les douze écoles qui suivent dans le classement SIGEM (versus 7 fois plus en 2025) et aspire 90% du CA prépa soit 351M€. C’est 12M€ de plus qu’en 2025, soit +3,5%.
Il reste 10% de recettes à se répartir pour les écoles qui occupent le 12e rang et les suivants. Parmi elles, neuf encaissent chacune moins de 1% du CA total. Vu autrement, encore : si toutes les business schools de la 12e à la 23e place du classement SIGEM 2026 ne formaient demain qu’une seule école de management, son chiffre d’affaires prépa ne serait « que » le 2e plus gros du tableau, derrière NEOMA.
Voir aussi. Le tableau SIGEM 2026
5 écoles du Top 10 ne remplissent pas leurs cohortes de littéraires
Avant d’en venir à la situation des 18 qui ne remplissent pas, notons que seules 5 écoles des 23 concernées par la procédure SIGEM vivent un recrutement sans turbulences en 2026. Incluons HEC et signalons que le Top 6 du classement SIGEM, qui ouvrait 3 045 places pour les préparationnaires EC et L et intègre 3 058 étudiants en septembre prochain (avec les places pourvues par les marges), peut vivre un été serein. Évacuons ici le cas HEC : indétrônable première du SIGEM, elle accueillera 413 étudiants sur les 415 places ouvertes (+ 5 de marge). Un candidat est démissionnaire, un autre lui a préféré l’ENS et cinq bi-admis à l’ESSEC ont choisi l’école cergyssoise.
Les cinq écoles qui suivent dans le classement SIGEM 2026 se trouvent dans la liste de celles qui ne remplissent pas leur promotion cette année. Et toutes pour la même raison : des littéraires manquent à l’appel ! NEOMA, Audencia, GEM, KEDGE et TBS Education n’ont pas de mal à avoir autant d’affectés EC qu’elles en appelaient, mais peinent à remplir les places qu’elles dédiaient aux littéraires. Pour elles, ce sont 5,5M€ de manque à gagner. C’est une première pour NEOMA et Audencia, qui paradoxalement, restent les deux écoles de management qui accueilleront le plus de khâgnes dans leurs rangs à la rentrée 2026. Ils seront 97 à NEOMA (pour 100 places ouvertes) et 81 à Audencia (pour 90 places ouvertes).
GEM, KEDGE et TBS Education, déjà dans ce cas l’an dernier, se retrouvent de nouveau en 2026 avec une promotion qui ne comportera pas autant de profils littéraires qu’elles l’auraient souhaité. Ces profils sont même plus sérères avec elles, puisque seulement 14,5% des places ouvertes à leur attention sont pourvues en moyenne au sein de ces trois écoles alors que ce taux atteignait l’an dernier 76% pour TBS Education, 70% pour KEDGE et 30% pour GEM. Le phénomène d’aspiration par le haut, bien connu en EC, se répète pour les littéraires : les 55 places ouvertes en plus à leur attention par des écoles classées au-dessus (l’EDHEC, SKEMA, NEOMA et Audencia) ont privé les écoles qui suivent dans le classement d’autant d’affectés. Mais cela ne doit pas éclipser le frein principal : une difficulté collective à convaincre ces profils. Ils ont d’ailleurs été beaucoup moins nombreux à se présenter cette année aux concours : -17% de littéraires inscrits côté ECRICOME en 2026 et -5% côté BCE.
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Derrière les chiffres globaux, des trajectoires contrastées
Le cas d’IMT-BS est particulièrement intéressant. La seule à maintenir ses frais de scolarité sous la barre des 30 000€ (les seuls du tableau à être fixés par le ministère de l’Économie, tutelle de la business school) remplit sa promotion d’EC mais n’accueillera qu’un seul littéraire sur les 5 attendus. Elle limite son manque à gagner à 112 400€, le plus bas du tableau, et opère une belle performance globale en prenant la 12e place au SIGEM puisqu’elle parvient à convaincre davantage de bi-admis que les sessions passées.
Passons au trio suivant dans le classement, qui appelait 325 prépas pour Rennes SB, 300 pour MBS et 205 pour BSB cette année. Avec 90 affectés, la prochaine promotion de BSB sera remplie à 44%, ce qui revient à un peu plus de 5M€ de pertes pour l’école. Avec 70,5% de taux de remplissage côté EC et 20% côtés littéraires pour MBS, le manque à gagner se chiffre à près de 4,5M€. Si 19 littéraires de plus avaient choisi de l’intégrer, Rennes School of Business n’aurait pas figuré dans la liste des écoles auxquelles il manque des étudiants pour compléter leur promotion 2026. De fait, elle perd beaucoup moins que l’an dernier avec 904 400€ de recettes dont elle devra se passer, versus près de 1,6M€ l’an dernier.
Les situations de l’EM Strasbourg et d’ICN semblent proches sur le papier en 2026. La première remplit 48,5% des places qu’elle ouvrait sur les concours ECRICOME Prépa et Littéraires. La seconde, 54,5% des places ouvertes au concours BCE. L’EM Strasbourg perd un peu plus de 2,1M€ et ICN, un peu plus de 2M€. Pour la première, c’est 100% de pertes en plus comparé à 2025. Quand la seconde parvient à juguler la perte de 29%. Principale explication ? ICN Business School avait anticipé cette donne et ouvert 70 places en moins cette année.
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Des ajustements qui dessinent déjà 2027
Autre école ayant renoncé à l’ouverture de places cette année, -35 exactement, Excelia parvient à perdre deux fois mois de recettes visées qu’en 2025. Pour l’INSEEC Grande École, Clermont SB et ISC Paris, les pertes sont contenues cette année aussi. Avec respectivement 67%, 13% et 43% de leurs promotions remplies, les trois écoles perdent moins de chiffre d’affaires projeté que l’an dernier. Un peu plus si l’on considère la marge de 5 candidats qu’elles auraient pu intégrer en plus des places ouvertes.
Comme en 2025, SCBS n’intègre pas d’étudiants sur le concours BCE, et annonce, dans la foulée des résultats SIGEM, qu’elle ne concevra plus d’épreuve d’économie droit pour les candidats de la voie ECT. Dès 2027, ils plancheront donc sur une épreuve unique, conçue par l’ESSEC. Après plusieurs sessions de recrutement prépa complexes pour la business school et un rachat par le poids lourd de l’enseignement supérieur privé, Global Universtity System (GUS), c’est peut-être le signal de son retrait de la BCE et l’ouverture d’une nouvelle page de son histoire. Sa consœur brestoise recrute 12 étudiants via le concours BCE cette année. Il lui manque 8 étudiants pour remplir sa promotion, mais, voyons le verre à moitié plein : elle double ses recettes par rapport à 2026.
Au-delà des chiffres de cette session 2026, le SIGEM confirme une tendance de fond. Les hausses de frais de scolarité permettent aux écoles les plus attractives de continuer à accroître leurs recettes malgré un vivier de candidats qui ne progresse plus. À l’inverse, les établissements qui peinent à remplir leurs promotions voient leur modèle économique fragilisé. Plus que jamais, le recrutement prépa apparaît comme un révélateur des équilibres, et des déséquilibres, qui traversent aujourd’hui les grandes écoles de management.
*D’où les 5 places dites « de marge » que les écoles peuvent faire le choix d’actionner à la condition de le signaler dès le moment où elles communiquent officiellement le nombre de places qu’elles ouvrent, fin novembre. Toutes l’on fait cette année, à l’exception de l’ESSEC, ESCP et Brest BS.





