travail

À l’ère de l’intelligence artificielle, les mécanismes de création de valeur, la nature des emplois disponibles et le partage des fruits de cette création de valeur sont bousculés. L’intelligence artificielle est aussi prometteuse de productivité que de transformation profonde du marché de l’emploi et des emplois. Ici, le travail et sa rémunération renvoient à la valeur ajoutée créée au sein de l’économie et à son partage. Ce thème étant particulièrement d’actualité, même s’il ne s’agit pas d’un chapitre à proprement parler d’un module d’ESH, il est important de le maîtriser. Par ailleurs, l’IA et ses conséquences sont toujours des accroches pertinentes à l’oral et à l’écrit et te permettent de te démarquer des autres préparationnaires.

Les débats sur la répartition de la valeur ajoutée

C’est dans un contexte de marchés du travail polarisés et d’emplois plus précaires, où les classes moyennes se sont fragilisées, que les mutations liées à l’IA et à la transition écologique prennent place, alors que l’IA et l’automatisation promettent une hausse de la productivité et donc des salaires. Elles risquent aussi de réduire le nombre de postes disponibles pour les travailleurs humains. Les conséquences des nouvelles technologies restent donc incertaines.

Création de la valeur ajoutée

Une idée fortement répandue est que l’IA permet une hausse de la productivité, ce qui est vrai, mais pas synonyme d’une amélioration rapide des niveaux de vie pour tout le monde.

Daron Acemoglu et Simon Johnson, en 2024, mettent en avant l’idée que même les développements technologiques favorables à la main-d’œuvre ne suffisent pas à garantir que les travailleurs en bénéficieront. Selon eux, des institutions appropriées sont nécessaires pour assurer un partage plus juste de la valeur créée. Par exemple, au XIXᵉ siècle, moins de 10 % de la population adulte britannique pouvait voter avant 1832. Les lois de l’époque empêchaient les travailleurs de se regrouper sous forme de syndicats pour défendre leurs droits collectifs.

Ainsi, privés de la possibilité de négocier collectivement, les travailleurs britanniques ne profitaient pas des gains de productivité initiaux. Ce n’est qu’à partir de 1850 que leurs conditions de vie commencent à s’améliorer grâce à la croissance économique conjuguée à l’essor du mouvement syndical, des réformes sociales et législatives.

Ces deux auteurs sont à connaître sur le thème de la croissance économique, des institutions et de l’innovation. Si le sujet traite de l’un de ces thèmes au concours, utilise-les !

Les conséquences de l’IA sur la fragmentation du marché du travail

Dans les années 1970, la croissance ralentit sous l’effet des chocs pétroliers, et le compromis fordiste se délite progressivement. Les institutions liées à ce compromis se fragilisent également, réduisant l’efficacité de la régulation économique et sociale. Les marchés du travail des pays développés se polarisent entre emplois moins « bons » et emplois plus avantageux. Les emplois intermédiaires deviennent moins nombreux, au détriment de la stabilité et de la cohésion de la classe laborieuse.

Comment expliquer la polarisation et la précarisation accrues du marché du travail ?

La croissance liée à la robotisation bute sur les limites de la dynamique capitaliste. Michel Aglietta, en 1982, explique qu’elle se heurte à la baisse tendancielle du taux de profit résultant de la saturation des marchés, de la suraccumulation de capital et de la baisse des rendements des investissements productifs.

Cet épuisement mène à la recherche de profits sous forme de déplacement et de la production vers des pays à plus bas salaires et au remplacement de nombreux travailleurs par du capital via l’automatisation. Ceci contribue à la dégradation du marché du travail observée depuis les années 1970.

Tu peux utiliser cette partie comme argument dans une dissertation sur les limites des gains de productivité offerts par l’innovation ainsi que les conséquences des technologies sur le commerce international.

L’IA est-elle responsable de toutes les conséquences négatives sur l’emploi ?

Les effets de la robotisation sur le marché du travail des pays développés auraient pu être réduits grâce à la mobilité des travailleurs. Cependant, cette mobilité géographique et professionnelle reste limitée dans la plupart des pays avancés. C’est le coût du logement et la difficulté à se loger qui freinent fortement cette mobilité. Les zones les plus productives sont aussi celles où le logement est le plus cher, renforçant ce frein.

David Autor et al., en 2021, expliquaient qu’aux États-Unis, alors que l’intensité du choc chinois diminue, les emplois perdus dans l’industrie n’ont pas donné lieu à des créations d’emplois dans les autres secteurs à cause du manque de mobilité géographique et professionnelle des travailleurs.

Le rôle du progrès technique dans la fragmentation du marché du travail

Autor et al, en 2003, montrent que, dans les années 1980 et 1990, le progrès technique est biaisé en faveur des emplois les plus qualifiés. Dès lors, les technologies de l’information et de la communication ont renforcé la polarisation des emplois. En effet, les postes impliquant l’usage d’un ordinateur étaient surtout occupés par des travailleurs avec davantage de diplômes.

Par ailleurs, les tâches non routinières se situent en haut et en bas de la distribution des salaires. En revanche, les tâches routinières appartiennent surtout aux catégories intermédiaires. Les TIC ont contribué à la polarisation des salaires.

Cet argument classique est à utiliser dès que tu traites des conséquences des TIC et de l’innovation sur l’emploi. David Autor est un auteur incontournable sur ce sujet qu’il faut absolument maîtriser !

Robotisation et emplois : quelles conséquences ?

Conséquences quantitatives

Acemoglu et Restrepo, en 2020, ont cherché à mesurer les effets de la robotisation sur l’emploi : entre 1993 et 2007, le nombre de robots a quadruplé aux États-Unis et en Europe de l’Ouest. Ils ont constaté que, dans les secteurs où le nombre de robots a augmenté, la productivité et la valeur ajoutée ont également augmenté. Cependant, cette tendance positive s’est accompagnée d’une baisse des salaires dans la valeur ajoutée et du nombre d’emplois.

Entre 1990 et 2007, un robot pour 1 000 employés a réduit l’emploi de 0,4 point dans les zones concernées. Il a aussi entraîné une baisse des salaires de 0,8 point dans ces mêmes zones. Mais les effets négatifs ont presque été divisés par deux grâce aux gains de productivité issus de la robotisation. Ces gains ont permis une baisse des prix des produits dans les secteurs concernés. La demande pour ces biens a alors augmenté, stimulant la demande de travail pour les emplois non automatisables.

Au total, chaque robot fait perdre entre 3,3 et 6 emplois, que l’on considère ou pas les effets négatifs de la baisse des prix.

Conséquences qualitatives

Autor, en 2024, a constaté un enrichissement du métier de guichetier suite à l’augmentation du nombre de distributeurs automatiques. Entre 1995 et 2010, le nombre de distributeurs automatiques a été multiplié par quatre. Le nombre d’emplois de guichetier n’a pas diminué en valeur absolue, mais a diminué par branches.

Grâce à la baisse de coût permise par l’introduction des distributeurs, le nombre de branches a augmenté. Ce qui traduit un enrichissement du métier de guichetier en incluant de nouvelles tâches commerciales permises par les TIC.

Cette partie permet de nuancer les retombées négatives des technologies sur l’emploi et met en avant des mécanismes économiques clés à mentionner en copie (gains de productivité, hausse de la demande du travail). Tu peux aussi distinguer les conséquences qualitatives et quantitatives.

Jusqu’où l’IA transforme-t-elle le marché du travail ?

L’automatisation : un équilibre entre deux forces opposées

Le spectre de l’automatisation a toujours fait planer la menace d’une disparition du travail humain. En réalité, toute innovation technologique redistribue les cartes entre travailleurs, en modifiant la demande des entreprises pour certains types de tâches.

Le développement des machines entraîne la disparition des tâches principales pour la plupart des ouvriers et donc une baisse des salaires. D’un autre côté, les ingénieurs impliqués dans la maintenance de ces machines ont pu s’enrichir. Remplacer certaines tâches en les automatisant et créer de nouvelles pour lesquelles le travail demeure nécessaire permet de devenir plus productif.

L’équilibre entre ces deux forces se réalise si l’automatisation suffit à baisser le coût du travail pour réduire les incitations à davantage d’automatisation et encourager la création de nouvelles tâches.

L’IA remettra-t-elle en cause la nature du travail humain ?

Les gains de productivité permis par l’IA sont de nature différente des vagues d’innovation qui l’ont précédée. L’intelligence artificielle désigne l’ensemble des technologies qui permettent de former les prédictions grâce au traitement de données par des méthodes statistiques et algorithmiques et de prendre des décisions en présence d’incertitude.

L’IA aura des conséquences différentes des vagues d’innovation précédentes pour plusieurs raisons. L’IA affecte désormais les emplois dont la composante cognitive est la plus élevée et les emplois ne sont pas affectés de la même manière : il faut distinguer les notions de substituabilité et de complémentarité entre le travail et l’innovation technologique.

Erik Brynjolfsson, en 2019, explique que la plupart des métiers seront profondément transformés, comme le métier de radiologue. On peut s’interroger sur le devenir de ce métier dès lors que l’IA remplacerait l’analyse des images médicales.

Selon le FMI, 60 % des emplois des pays développés seraient exposés à l’IA et un tiers serait affecté négativement. Ce chiffre doit être nuancé, car chaque métier rassemble plusieurs tâches, dont l’automatisation potentielle est évaluée séparément. Ainsi, McKinsey indiquait, en 2017, que seuls 5 % des emplois risqueraient d’être entièrement automatisés. Cependant, 60 % des emplois pourraient voir un tiers de leurs tâches automatisées.

Cette partie offre une analyse complète de l’intelligence artificielle et de ces transformations. Ces arguments peuvent être difficiles à articuler ensemble, donc je te conseille de les utiliser en colle plutôt qu’en dissertation.

Conclusion

Ces transformations interrogent la capacité de nos économies à créer durablement de la valeur et à la répartir équitablement. Elles soulèvent aussi la question de la pérennité de la classe moyenne et du partage des fruits de croissance. Sur un marché déjà fortement polarisé, les emplois décents survivront-ils à ces nouvelles mutations ?

Tu peux utiliser cette question en ouverture en colle et/ou en dissertation lorsque le sujet s’y prête. C’est concret et cela montre que tu t’intéresses à l’actualité économique !

Source : CEPII (2025)

 

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