Ce sujet t’amène à t’interroger sur le lien entre dotations factorielles et commerce international. Au premier abord, on peut penser en effet que les dotations factorielles expliquent le commerce international, en s’appuyant notamment sur le théorème HOS. Mais considérer que seules les dotations factorielles peuvent expliquer le commerce international serait évidemment réducteur. Il est même possible de renverser la perspective et d’aller jusqu’à se demander quelle est l’influence du commerce international sur les dotations factorielles.
Analyse du sujet
Définitions
- Dotations factorielles : quantité de facteurs de production disponibles dans un pays.
- Commerce international : au sens strict, opérations d’achat et de vente de biens réalisées entre des territoires économiques différents (X – M = balance commerciale). Au sens large, le commerce international inclut aussi les transactions internationales de services (transports, assurance, tourisme…). Les échanges internationaux de biens et de services sont comptabilisés dans le compte des transactions courantes de la balance des paiements.
Dans quelle mesure les dotations factorielles sont-elles pertinentes pour expliquer les échanges internationaux ?
Comment se distinguer sur ce sujet ?
Ce sujet peut paraître simple au premier abord, car il est proche du cours, mais l’enjeu réside sur le fait de proposer une analyse qui soit assez complète sans sembler réciter le cours. S’il est important de parler des éléments théoriques liés au sujet, il est aussi important de donner des exemples permettant d’illustrer le propos.
Un sujet en deux mots nécessite souvent, si ce n’est la plupart du temps, d’étudier la formule comme une double implication. Ici, il était important de voir que le commerce international pouvait lui-même avoir une influence sur les dotations factorielles, ce qui permettait de bien enrichir ta réflexion et ainsi de te démarquer plus aisément sur le traitement d’un sujet comme celui-ci.
Proposition de plan
I. Les dotations factorielles comme explication majeure des spécialisations internationales (et donc des échanges)
A. Un cadre théorique qui fait le lien entre dotations factorielles et commerce international
La théorie des avantages comparatifs de Ricardo nous permet de montrer qu’un pays a intérêt à se spécialiser dans la production d’un bien pour lequel il possède un avantage comparatif. Cet avantage comparatif, issu des dotations factorielles, explique donc la volonté des pays d’échanger.
Le théorème HOS (Heckscher-Ohlin-Samuelson) va confirmer ce lien entre dotations factorielles et commerce international. Chaque pays tend à se spécialiser dans la production et l’exportation de biens incorporant de façon intensive le facteur de production qui est relativement plus abondant sur son territoire. Il importe ainsi les produits nécessitant le recours à des facteurs de production relativement rares dans le pays. Le théorème HOS place donc les dotations factorielles au cœur du choix de spécialisation d’un pays.
Pour faire le lien avec le sujet, il convient de signaler que la spécialisation « oblige » au commerce international (on importe les biens qu’on ne produit plus et on exporte les biens dans lesquels on est devenus spécialistes).
B. Des illustrations nombreuses
Cette théorie peut s’observer si l’on étudie la spécialisation de divers pays. En effet, le théorème HOS sous-entend qu’un pays fortement doté en main-d’œuvre va se spécialiser dans des productions qui incorporent plus de facteur travail, comme le textile. On peut, dans ce sens, citer l’exemple de la Chine qui, fin 1990/début 2000, s’est spécialisée dans les productions incorporant beaucoup de travail grâce à une main-d’œuvre abondante et, par conséquent, peu chère.
Un autre exemple est celui des pays plus intensément dotés en capital, qui vont donc se spécialiser dans des productions nécessitant plus de capital, au sens de machines, par exemple. On peut, pour ce point, citer les États-Unis et leur spécialisation pour les voitures au début du XIXe siècle.
Transition : Le paradoxe de Leontief (1954) montre que, malgré un facteur capital qui semble être plus abondant aux États-Unis, ces derniers importent des biens qui incorporent plus intensément du facteur capital que du facteur travail et exportent des produits incorporant plus de travail que de capital. Ce qui est une contradiction directe au théorème HOS. Il faut donc élargir le cadre des explications du commerce international, les dotations factorielles ne pouvant pas en être l’unique cause.
II. Les dotations factorielles : un cadre trop réducteur
A. Une « solution » au paradoxe de Leontief
L’introduction du modèle néotechnologique cherche à résoudre ce paradoxe qui, rappelons-le, est une contradiction directe du théorème HOS. En effet, ce modèle introduit une nouvelle distinction : il faut distinguer la qualité des facteurs (travail qualifié ≠ travail non qualifié, capital technologique ou traditionnel…). Cela permet notamment d’expliquer l’observation de Leontief, car les États-Unis disposent d’une main-d’œuvre qui est fortement qualifiée, ce qui explique que leurs exportations soient plus intenses en travail.
On peut alors introduire le concept de dotations technologiques (= niveau de maîtrise technologique d’un pays) qui viendrait compléter les dotations factorielles en explication de la structure des échanges internationaux. Ainsi, les pays peuvent se spécialiser en fonction de leur distance à la frontière technologique, pour reprendre le concept utilisé par Aghion. La notion de capital humain a aussi son importance pour expliquer notamment la qualité de la main-d’œuvre en fonction des pays.
Dans cette analyse, on comprend donc que les avantages comparatifs peuvent provenir d’un avantage technologique temporaire. Ainsi, le théorème HOS, qui exprime une sorte de stabilité des spécialisations par les dotations factorielles, semble être limité sur cette analyse. On peut citer Posner (1961) : deux pays qui ont des technologies voisines et fabriquent les mêmes gammes de produits vont quand même échanger si l’un des deux dispose d’une avance technologique qu’il est capable de transformer provisoirement en pouvoir de marché. Le pays qui innove dispose d’un avantage comparatif pour tous les biens nouveaux qu’il propose.
B. Les dotations factorielles n’expliquent pas le commerce intrabranche entre pays développés
L’énoncé du théorème HOS laisse à penser qu’il ne peut pas exister d’échanges entre pays disposant des mêmes dotations factorielles. Or, si l’on prend l’exemple classique de la France et de l’Allemagne, qui disposent toutes deux d’économies comparables, on peut voir qu’elles échangent beaucoup. L’analyse de Paul Krugman sur la différenciation des produits et les rendements d’échelle permet d’expliquer ce phénomène et de comprendre ainsi que les pays ont un intérêt à échanger, même lorsqu’ils disposent de dotations factorielles semblables.
On peut s’appuyer sur l’exemple de la France et de l’Allemagne qui se sont spécialisées sur des segments différents dans le secteur automobile.
Transition : Les dotations factorielles semblent donc ne pouvoir expliquer qu’une partie des échanges internationaux. Or, si l’on ajoute à notre réflexion une perspective dynamique, il est possible de considérer que le commerce international peut avoir une influence sur les dotations factorielles elles-mêmes (double implication ?).
III. Le commerce international comme facteur de transformation des dotations factorielles
Le modèle HOS présente les dotations factorielles comme données et fixes ; or, elles peuvent être dynamiques et modifiées par les spécialisations et les échanges internationaux.
A. Les stratégies de développement fondées sur les remontées de filière
Il existe plusieurs théories qui montrent l’intérêt des remontées de filière comme stratégie de développement. Celle d’Akamatsu, nommée la théorie du vol d’oies sauvages, permet de montrer que les dotations factorielles évoluent et obligent à une remontée de filière progressive.
Ainsi, la trajectoire classique est qu’un pays se spécialise premièrement dans une production s’appuyant sur une main-d’œuvre abondante et peu chère, puis prend une trajectoire allant vers des spécialisations incorporant plus intensément du capital, grâce à l’enrichissement du pays et à l’arrivée de capital sur le territoire national. En effet, les IDE favorisent la diffusion de technologie et de savoir-faire, ce qui introduit une dynamique des dotations factorielles et technologiques dans les échanges internationaux.
On peut, pour illustrer ce propos, s’appuyer sur l’exemple de la Chine qui, dans les années 2000, profitait d’une main-d’œuvre abondante et très bon marché et qui, progressivement, a orienté sa spécialisation vers des productions plus intenses en capital, jusqu’à devenir ces dernières années un pays leader en matière de technologies liées à la transition écologique (voitures électriques, panneaux solaires…). La Chine a même, par moments, conditionné l’accès à son marché intérieur à des firmes multinationales à des transferts de technologies qui ont accéléré la montée en gamme de son appareil productif.
Un autre exemple est celui de la Corée du Sud qui, dans les années 1960, s’est spécialisée dans le textile et les biens à faible valeur ajoutée et, en réinvestissant les recettes d’exportation, a pu développer des secteurs comme l’électronique, l’automobile, puis les semi-conducteurs.
B. Mais cette transformation des dotations factorielles n’est pas toujours positive
Parfois, l’évolution des dotations factorielles ne se fait pas en faveur des pays (et n’induit pas toujours une remontée de filières). On peut citer l’exemple de la dépendance aux ressources naturelles avec la théorie de la maladie hollandaise, selon laquelle la spécialisation dans une ressource naturelle (gaz, pétrole, minerais…) a provoqué une appréciation du taux de change réel, ce qui handicape les autres secteurs exportateurs, notamment l’industrie.
Exemple : des pays comme la Bolivie ont connu de grandes avancées sociales grâce à la rente gazière, mais sans se spécialiser dans d’autres secteurs ni entamer une remontée de filière. Ce qui crée des difficultés aujourd’hui quand le pétrole devient plus difficile et plus coûteux à extraire. On observe une très forte dépendance de l’économie de ces pays aux ressources naturelles, ce qui provoque aussi de très grandes fluctuations macroéconomiques, notamment en matière d’inflation.
Conclusion
Si les dotations factorielles semblent être une explication majeure des échanges internationaux, il est aussi important de prendre en compte d’autres facteurs, comme les dotations technologiques ou l’importance des économies d’échelle, afin de réellement expliquer l’intégralité des échanges internationaux. On peut aussi considérer, pour renverser la perspective, que les échanges internationaux ont eux-mêmes une influence sur les dotations factorielles en les modifiant.



