Las Abuelas de Plaza de Mayo est aujourd’hui une ONG regroupant des femmes argentines qui cherchent leurs petits-enfants ou arrière-petits-enfants, volés durant la dictature de Jorge Videla et qui ne connaissent donc, encore aujourd’hui, pas leur véritable identité.
La dictature de Videla
Le 24 mars 1976, le général Jorge Videla commet un coup d’État contre le gouvernement d’Isabel Perón. Cet épisode intervient alors que les États-Unis et l’URSS s’affrontent dans le cadre de la guerre froide. À ce moment, la puissance capitaliste utilise l’Amérique du Sud comme son arrière-cour.
De nombreux coups d’État ont lieu pendant cette période sur ce continent. Las Fuerzas Armadas ont donc mis en marche un régime de terreur et de persécution, se traduisant entre autres par le « processus de réorganisation nationale » et le rétablissement de la peine de mort. À la suite de cet évènement, l’homme d’État prend le pouvoir et mène une dictature militaire qui durera jusqu’en 1983.
Les disparitions : un instrument de la dictature
Pendant cette dictature, les disparitions sont devenues les principaux moyens utilisés pour éliminer toute opposition aux idées de Videla. Des étudiants, des idéalistes et des syndicalistes disparaîtront. On estime à près de 30 000 le nombre de disparitions, pour la plupart motivées par des raisons politiques. Ces personnes, de tout âge et de toute condition sociale, étaient généralement enlevées à leur domicile ou dans les lieux publics.
Les Forces Armées ont mis en place un système clandestin de répression, comptant plus de 340 centres de détention secrets installés dans des bâtiments civils, des commissariats ou des zones militaires. De nombreuses victimes y ont été torturées puis assassinées, les interrogatoires ayant pour but d’obtenir un maximum d’informations.
Les militaires déshumanisaient les détenus en les numérotant, les privant de toute identité. Les conditions sanitaires et alimentaires étaient effroyables. Certaines victimes furent jetées dans le fleuve Río de la Plata, un épisode tristement connu sous le nom de « vols de la mort ».
Jorge Videla a dirigé l’une des dictatures les plus cruelles d’Amérique du Sud. Plus tard, elle sera qualifiée de « terrorisme d’État ». La justice condamnera enfin Jorge Videla en 1998 pour ces crimes.
Voici un podcast sur les disparitions d’Argentine.
Les bébés volés
Jorge Videla est aussi à l’origine de vols de bébés appartenant à des femmes considérées comme opposées au régime. Las Fuerzas Armadas ont enlevé puis assassiné ces femmes enceintes. L’objectif de ces enlèvements était d’empêcher que leurs enfants, en grandissant, ne perpétuent les idées de leurs parents, en les confiant à des familles partageant les valeurs dites « occidentales et chrétiennes ».
Pendant la dictature, des femmes ont accouché alors qu’elles étaient en détention, dans des maternités clandestines spécialement aménagées à cet effet. Leur identité, ainsi que celle de leurs enfants, était effacée. Entre 1975 et 1980, près de 500 bébés ont disparu. Ces enfants ont été confiés à des familles, souvent issues de l’armée ou de la police. Ces familles acceptaient les enfants en connaissance de cause, c’est-à-dire en sachant que ce système violait les libertés et les droits fondamentaux.
Le mouvement de las Madres y Abuelas de Plaza de Mayo
Le mouvement de las Abuelas de Plaza de Mayo a commencé lorsque des mères et des grands-mères de bébés disparus se sont réunies sur la Plaza de Mayo, face au siège de l’exécutif argentin, aussi appelé La Casa Rosada, à Buenos Aires.
Pour attirer l’attention et mettre en lumière leur combat, elles se couvraient la tête avec un foulard blanc. Pour retrouver leurs enfants ou petits-enfants, les familles des victimes allaient dans les commissariats, les hôpitaux, les tribunaux, les églises et les organismes publics afin de chercher des informations, sans jamais en obtenir : le silence restait la seule réaction des autorités.
En octobre 1977, le gouvernement a reconnu l’ONG, marquant le début d’un combat emblématique pour la vérité, la justice et la mémoire dans le pays.
Si tu veux en savoir davantage sur la dictature argentine et le processus de mémoire, regarde cet article.
L’ONG aujourd’hui
Actuellement, la plupart des Abuelas de Plaza de Mayo ont plus de 80 ans, mais elles continuent de chercher leurs petits-fils, petites-filles et arrière-petits-enfants. Elles recherchent encore aujourd’hui environ 350 personnes.
C’est pour cela que les mères et les grands-mères se sont regroupées et ont créé une ONG. L’objectif de cette organisation est de retrouver l’identité des personnes qui ont été enlevées pendant la dictature militaire argentine. Elle est aujourd’hui présidée par une des grands-mères : Estela de Carlotto.
Cette ONG a déjà permis à 140 personnes de retrouver leur véritable identité. De plus, l’impulsion des Abuelas a favorisé la création del Banco de datos genéticos. Ce centre regroupe toutes les preuves des familles biologiques des séquestrés et disparus, afin de les regrouper et de faciliter les recherches.
L’organisation a aussi inventé un nouvel indice, fruit d’une collaboration entre des universités scientifiques et les grands-mères : el indicio de abuelidad. L’objectif de cet outil est d’établir les filiations grâce à des analyses génétiques, même en l’absence de données ADN des parents. Cet indice permet d’établir le degré de parenté entre un petit-enfant et sa grand-mère. En 2011, l’ONG a obtenu la condamnation de l’ancien dictateur Videla pour crime contre l’humanité. Enfin, début juillet 2025, l’ONG a annoncé avoir identifié le 140e ñieto, ou bébé volé.
L’ONG et l’intelligence artificielle
L’ONG ne cesse de se développer et de s’adapter aux époques qu’elle traverse. Elle a commencé, grâce à une coopération avec l’Université de Buenos Aires et une entreprise spécialisée dans l’analyse de données, à travailler sur la manière dont l’intelligence artificielle pourrait faire avancer ses recherches.
Les mères et les grands-mères souhaitent désormais numériser l’ensemble des données collectées (preuves, témoignages, recherches) afin de hiérarchiser les priorités et d’accélérer les procédures d’identification. Jusqu’à présent, tout le travail était effectué manuellement, ce qui rendait le processus particulièrement long et fastidieux.
L’objectif à long terme est aussi de créer et d’utiliser une reconnaissance faciale pour accélérer les recherches.
Le régime de Milei défie l’ONG
Sur le plan politique, l’ONG traverse aujourd’hui une période difficile face au gouvernement de Javier Milei, président d’extrême droite. Ce dernier a notamment supprimé l’aide financière publique qui permettait à l’organisation de poursuivre ses recherches et ses actions de mémoire.
De plus, il remet aussi en question l’ampleur des crimes de la dictature de Videla, niant que 30 000 personnes sont portées disparues. Le 24 mars dernier (Journée nationale de la Mémoire), lors du 49e anniversaire du coup d’État militaire, le président a annoncé un décret visant à déclassifier les archives des services de renseignements de la dictature.
Cette déclaration a suscité une forte mobilisation pacifique dans la ville. Des milliers de manifestants se sont rassemblés en scandant le même slogan : « Mémoire, vérité et justice », mais aussi le cri « Mères de la Place, le peuple vous embrasse », en signe de solidarité avec les Abuelas de Plaza de Mayo.
Conclusion
Les Abuelas de Plaza de Mayo constituent aujourd’hui une ONG dont l’action se concentre sur la recherche et l’identification des personnes, alors bébés, disparues lors de la dictature de Jorge Videla, entre 1976 et 1983.
Vocabulaire
- Coup d’État : golpe de Estado
- Arrière-cour : patio trasero
- Régime de terreur et de persécution : régimen de terror y persecución
- Rétablissement de la peine de mort : restablecimiento de la pena de muerte
- Les vols de la mort : los vuelos de la muerte
- Bébés volés : bebés robados
- Disparus : desaparecidos
- ONG : organización no gubernamental
- Foulard blanc : pañuelo blanco
- Analyses génétiques : análisis genéticos
- Intelligence artificielle : Inteligencia artificial
- Accouchés en captivité : partos en cautividad
- Petits-fils/petites-filles : ñietos/nietas
- Séquestré : secuestrado
- Collecter et hiérarchiser des données : recopilar y jerarquizar datos
- Condamnation pour crimes contre l’humanité : condena por crimen contra la humanidad
- Témoignages : testimonios
- Preuves : pruebas
- Reconnaissance faciale : reconocimiento facial
- Mobilisation pacifique : movilización pacífica



