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Bien que l’Amérique latine abrite un tiers de l’eau douce présente sur la planète, l’accès à l’eau potable reste une préoccupation majeure. Selon l’OCDE, en 2020, un quart de la population d’Amérique latine et des Caraïbes n’avait pas accès à une eau potable gérée de manière sûre, c’est-à-dire à une source d’eau fiable, disponible et exempte de contamination. Pour cause, encore aujourd’hui, de nombreux éléments entravent la préservation et l’accès équitable à cette ressource.

L’eau : une richesse de l’Amérique latine très convoitée

Un accès à l’eau potable devant répondre à une forte demande

L’eau douce est une richesse à laquelle nous sommes tous rattachés. Elle est indispensable à nos vies, ne serait-ce que pour s’hydrater. Elle répond également à des besoins pour des activités comme l’agriculture, l’industrie… Toute cette eau vient du même système hydrologique : nappes phréatiques, rivières, lacs, glaciers, etc. C’est l’usage qu’on en fait et son traitement qui déterminent si elle est potable ou non.

Ainsi, la forte demande d’eau en Amérique latine impacte la quantité, voire la qualité, d’eau potable utilisée par la population.

Une richesse qui attire des multinationales

Si l’eau est une ressource convoitée par les locaux, elle l’est également par les multinationales.

Dans l’ouvrage Luttes pour l’eau dans les Amériques, le professeur Rutgerd Boelens explique que des multinationales achètent des terres en Amérique du Sud, destinées à la culture intensive pour l’export. Or, l’achat de ces terres ne vaut rien sans eau. Les multinationales pompent alors massivement l’eau des nappes qui y sont rattachées pour irriguer leurs cultures.

En Équateur, par exemple, les multinationales représentent 1 % des usagers, mais consomment 67 % du débit total. Cet usage se fait au détriment des cultures vivrières et des locaux.

Un accès à l’eau potable pourtant menacé

Le changement climatique complique l’accès à l’eau potable

Selon un rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’Amérique latine et les Caraïbes font partie des régions du monde les plus touchées par le changement climatique et les phénomènes météorologiques externes, qui causent de graves dommages à la santé, à la vie, à l’alimentation, à l’eau, à l’énergie et au développement socio-économique.

Cette statistique a de graves conséquences sur l’accès à l’eau potable, puisque certains phénomènes, tels que les sécheresses, assèchent les sources d’eau principales et réduisent l’humidité des sols et des végétations. Ces sécheresses sont indéniables : en moyenne, neuf pays sud-américains sont victimes de milliers d’incendies chaque année. Par exemple, en 2024, des incendies ont ravagé la ville de Valparaiso, dans le centre sud du Chili, tuant 132 personnes et laissant des milliers de familles sans toit.

Si aucune mesure n’est mise en place pour limiter le changement climatique, ces chiffres ne feront alors qu’augmenter et mettront encore plus en péril l’accès à l’eau potable dans la région.

L’agriculture : une activité indispensable menaçant pourtant un bon accès à l’eau

Secteur central en Amérique latine, l’agriculture constitue donc un paradoxe vis-à-vis de l’accès à l’eau potable. L’agriculture représente à la fois un moteur économique majeur et un facteur de pression sur les ressources d’eau. Pour irriguer les cultures, ce secteur prélève d’énormes volumes d’eau dans les nappes phréatiques, les rivières et les lacs, au détriment de la consommation humaine.

Certaines cultures accentuent ce phénomène par leur besoin accru en eau, comme les avocats. Or, ces plantations, majoritairement produites en Amérique latine, sont souvent destinées à l’exportation et sont donc essentielles à l’économie des pays exportateurs, malgré l’aggravation des tensions locales liées à l’eau.

De plus, l’usage intensif de pesticides et d’engrais contamine souvent l’eau disponible, la rendant nocive pour les humains.

À ce problème s’ajoute la construction de puits clandestins, souvent réalisés par les entreprises agro-exportatrices pour irriguer leurs champs. Ces prélèvements, peu contrôlés par les autorités, contribuent eux aussi à l’épuisement des ressources en eau. 

L’eau est alors devenue très disputée dans la région

La crise de Cochabamba, révélatrice des révoltes menées pour un meilleur accès à l’eau potable

L’altération de l’accès à l’eau potable peut être constatée en Bolivie, lorsque la multinationale américaine Bechtel a privatisé l’eau en 2000. Cela a entraîné une hausse brutale du prix de l’eau, dans une région déjà sujette aux sécheresses et à la pauvreté dans plusieurs zones.

Cette décision a alors provoqué des manifestations massives dans le pays, menant à ce qu’on appelle aujourd’hui la guerre de l’eau ou la crise de Cochabamba. La révolte a porté ses fruits pour les manifestants, puisque le gouvernement a finalement abandonné la privatisation.

Cette crise est notamment abordée dans le film También la lluvia, réalisé par Icíar Bollaín. Il retrace également dans cette œuvre l’histoire de la colonisation et dénonce une nouvelle forme d’impérialisme.

Des tensions diplomatiques liées à l’accès à l’eau : l’exemple des États-Unis et du Mexique

Les États-Unis et le Mexique se déchirent sur le partage de l’eau du Colorado et du Río Grande, deux fleuves se situant à leur frontière commune. En 1944, un traité est signé pour gérer durablement le partage de l’eau entre ces deux pays.

Pourtant, en 2020, des fermiers mexicains ont pris le contrôle du barrage de La Boquilla, situé sur la rivière Conchos, un affluent du Río Grande, empêchant l’envoi d’eau vers les États-Unis. Ils avaient pour but de sauver leurs cultures, puisque le nord du Mexique traversait une période de forte sécheresse. Ces tensions ont ensuite dégénéré et une Mexicaine a perdu la vie lors d’une manifestation.

Puis, en 2024, le Mexique n’a pas livré aux États-Unis autant d’eau que le prévoyait le traité, plongeant le pays dans une « dette hydrique ». Ce manque d’eau a fortement touché les agriculteurs texans et certains ont perdu leurs récoltes. Les tensions diplomatiques ont alors augmenté, au point que les États-Unis ont temporairement suspendu leur aide au développement vers le Mexique en 2025.

Conclusion

L’Amérique latine incarne le paradoxe d’une région riche en eau douce, mais où l’accès à l’eau potable demeure profondément inégal. Le changement climatique, les pratiques agricoles intensives et l’accaparement des ressources par les multinationales accentuent cette fracture. À ces pressions environnementales s’ajoutent des tensions sociales et diplomatiques, révélant combien la gestion de l’eau est devenue un enjeu central du développement et de la stabilité du continent.