L’agriculture espagnole occupe une place particulière dans l’économie du pays. Longtemps perçue comme un secteur secondaire, l’agriculture espagnole a su rester compétitive face à la concurrence européenne. Aujourd’hui, elle représente environ 2,6 % du PIB et génère plus de 12 milliards d’euros de revenus grâce aux exportations.
Mais l’agriculture espagnole doit aussi faire face à de nombreux défis. La crise énergétique, la désertification et la concurrence du tourisme de masse mettent ce secteur sous pression. Le gouvernement espagnol a d’ailleurs pris plusieurs mesures récentes pour soutenir les agriculteurs et les consommateurs.
Cet article présente l’organisation de l’agriculture espagnole, ses chiffres clés et les principaux enjeux auxquels elle doit faire face dans les années à venir.
Présentation du secteur agricole espagnol
Quelques chiffres
Souvent considéré comme l’un des premiers du marché européen, le secteur agricole espagnol est classé deuxième par sa surface agricole utile (« terres arables, surfaces exploitables et cultures permanentes », selon l’Insee).
Sur les dernières années, l’agriculture représente en moyenne seulement 2,6 % du PIB, mais aussi des revenus estimés à 12 milliards d’euros, grâce à son exportation vers le marché intérieur européen et le monde.
En 2024, la valeur ajoutée brute du secteur agricole espagnol a atteint environ 40,5 milliards d’euros, en hausse de plus de 8 % par rapport à 2023. Le secteur emploie environ 680 000 personnes en équivalent temps plein, principalement dans l’élevage, les céréales et l’oléiculture.
Si l’on élargit la perspective à l’ensemble de la filière agroalimentaire (agriculture, industrie agroalimentaire et commercialisation), le poids dans l’économie espagnole grimpe à environ 8,6 % du PIB et 11,5 % de l’emploi total. Cette filière reste toutefois marquée par un vieillissement de la population active, puisque plus d’un tiers des personnes travaillant dans le secteur ont 50 ans ou plus.
Cette dynamique positive de 2024 n’a toutefois pas duré. Dès 2025, le secteur agricole espagnol est entré en recul, avec une baisse de l’activité au troisième puis au quatrième trimestre, dans un contexte de marchés internationaux moins favorables et de tensions commerciales avec les États-Unis.
Organisation de l’agriculture espagnole
Le secteur agricole est formé de deux grands types de cultures : les latifundias et les minifundias. Les latifundiascaractérisent les grandes exploitations faisant de l’agriculture extensive. À l’inverse, les minifundias ne sont que de petits domaines dont les terres cultivées n’excèdent pas les cinq hectares.
Les produits phares de l’agriculture espagnole sont évidemment les fruits et légumes, en particulier ceux liés aux olives. Quant à l’élevage, l’Espagne a bâti sa réputation sur le porc ibérico, à partir duquel est produite la fameuse pata negra.
Grâce aux progrès de la mécanique, l’agriculture espagnole s’est rapidement tournée vers un modèle davantage intensif. Ce qui, en plus du réchauffement climatique, nourrit le phénomène de désertification qui frappe de plus en plus la zone.
Aujourd’hui, environ 23 % des surfaces cultivées en Espagne sont irriguées. Ces surfaces irriguées représentent à elles seules 65 % de la valeur de la production agricole végétale chaque année, ce qui illustre l’importance stratégique de l’eau pour ce secteur, dans un pays particulièrement exposé à la sécheresse.
Quelques mots de vocabulaire à connaître sur l’agriculture espagnole
| Français | Espagnol |
|---|---|
| Le paysan | el campesino |
| Le troupeau | el rebaño |
| La ferme | la granja |
| La campagne | la campaña |
| La prairie | la pradera |
| L’agriculture biologique | la agricultura biológica |
| L’agriculture intensive | la agricultura intensiva |
| L’élevage en batterie | la cría en batería |
| La surproduction | la superproducción |
| L’agriculteur | el agricultor |
| L’agronomie | la agronomía |
| Une espèce en voie d’extinction | una especie en vías de extinción |
| Élevé en plein air | criado al aire libre |
| Des terres fertiles | tierras fértiles |
| Des terres infertiles | tierras estériles |
| L’industrie agroalimentaire | la industria alimentaria |
| L’irrigation | el riego |
| La récolte | la cosecha |
| Le blé | el trigo |
| Le riz | el arroz |
| Le porc | el cerdo |
| La vache | la vaca |
| La sécheresse | la sequía |
| Le rendement | el rendimiento |
| Une exploitation agricole | una explotación agrícola |
| Le secteur primaire | el sector primario |
| L’élevage extensif | la ganadería extensiva |
| La main-d’œuvre saisonnière | la mano de obra estacional |
| Le tourisme rural | el turismo rural |
| La désertification | la desertificación |
Les enjeux du secteur agricole
La crise énergétique et l’agriculture espagnole
Fin 2022, alors que l’Espagne faisait face à une forte inflation, le gouvernement socialiste avait mis en place plusieurs mesures d’urgence : suppression temporaire de la TVA sur les fruits, légumes, pain et lait, un chèque de 200 euros pour les familles les plus modestes, et une TVA réduite à 5 % sur l’électricité et le gaz pour les entreprises.
Ces mesures, présentées comme temporaires, ont depuis progressivement pris fin. La TVA réduite sur les produits alimentaires de base est repassée à 4 % début 2025, et celle sur l’électricité et le gaz est revenue à son taux normal de 21 % au 1er juin 2026.
Pour le secteur agricole, particulièrement dépendant de l’énergie pour l’irrigation, le chauffage des serres et le transport, cette hausse des coûts énergétiques pèse directement sur les marges des exploitations, dans un contexte où l’inflation reste élevée en Espagne (3,2 % en mai 2026, l’une des plus fortes de la zone euro).
Le travail en Espagne
Fin 2022, l’Espagne battait un record avec seulement 2,83 millions de demandeurs d’emploi, le nombre le plus bas depuis 2007 selon le ministère du Travail.
Depuis, la situation a légèrement évolué. Au premier trimestre 2026, l’Espagne comptait environ 2,71 millions de chômeurs, soit un taux de chômage de 10,83 %, l’un des plus élevés de l’Union européenne. Ce taux reste structurellement marqué par la forte saisonnalité du tourisme et le poids important des CDD dans l’économie espagnole.
Le résultat aurait pu être meilleur si certaines entreprises ne se servaient pas illégalement de travailleurs immigrés. Le poids de l’économie souterraine est estimé entre 16 % et 24 % du PIB espagnol selon les méthodes de calcul.
Des réseaux d’exploitation de travailleurs immigrés dans l’agriculture sont régulièrement démantelés en Espagne, notamment en Andalousie, à Mallorca ou à La Rioja, où des saisonniers marocains sont parfois forcés de travailler plus de douze heures par jour pour des salaires dérisoires.
En savoir plus sur la pauvreté en Espagne
La nécessité d’innover pour rester compétitif
Afin de conserver sa compétitivité-prix au sein d’un espace aux normes toujours plus rigoureuses, le Ministerio de Agricultura, Pesca y Alimentación (le MAPA) avait investi dans 23 projets innovants à hauteur de 12,15 millions d’euros.
Le reste des fonds était dédié aux énergies renouvelables et au développement de l’économie circulaire, dans le cadre du plan de relance européen Next Generation.
Cette logique d’investissement reste d’actualité. L’agriculture espagnole continue de miser sur la modernisation, l’irrigation efficace et les énergies renouvelables pour répondre aux défis du changement climatique et rester compétitive sur le marché européen.
Tourisme de masse et agriculture espagnole : un combat opposé ?
Pour en finir avec la place de l’agriculture en Espagne, il est intéressant de souligner que le secteur agricole s’est développé avec, pour force opposée, le tourisme de masse.
En effet, au fur et à mesure que le turismo de sol y playa favorise le phénomène de désertification et la pollution, l’agriculture intensive, dont les besoins en eau augmentent, est toujours plus privée de cet apport essentiel.
On peut parler de paradoxe économique, même si le poids des deux secteurs n’est pas comparable. Le tourisme représente désormais environ 12,6 % du PIB espagnol (un record historique, avec près de 94 millions de touristes internationaux en 2024), alors que le secteur agricole reste sous les 3 %.
De même, le turismo verde, qui consiste à découvrir le patrimoine culturel, géographique et gastronomique du pays, s’est grandement développé ces dernières années. Cela met à l’honneur les cultures traditionnelles du pays. D’ailleurs, dans ce sens, le tourisme vert combat le phénomène d’España vaciada.
Conclusion : l’agriculture espagnole, un secteur stratégique entre tradition et transformation
L’agriculture espagnole occupe une place à part dans l’économie du pays. Avec seulement 2,5 à 2,6 % du PIB, elle peut sembler marginale face au tourisme ou aux services. Pourtant, elle reste un pilier stratégique, par son poids dans les exportations, dans l’aménagement du territoire et dans l’identité culturelle de l’Espagne.
Cette agriculture doit aujourd’hui composer avec des transformations profondes. La hausse des coûts de l’énergie pèse directement sur les exploitations, notamment celles qui dépendent de l’irrigation. La désertification, accentuée par le réchauffement climatique et par la concurrence pour l’eau avec le tourisme de masse, menace durablement certaines régions du pays.
Le secteur fait aussi face à des défis sociaux importants. Le vieillissement de la population active agricole, la précarité de nombreux travailleurs saisonniers, souvent immigrés, et le poids persistant de l’économie souterraine montrent que la modernisation de l’agriculture espagnole ne peut pas se limiter aux seules questions techniques ou environnementales.
Face à ces enjeux, l’Espagne mise sur l’innovation : agriculture de précision, irrigation plus efficace, énergies renouvelables et économie circulaire. Ces investissements, soutenus notamment par les fonds européens, doivent permettre au secteur de rester compétitif tout en s’adaptant aux nouvelles contraintes climatiques.
Enfin, l’agriculture espagnole entretient une relation ambivalente avec le tourisme, à la fois concurrent pour les ressources naturelles et vitrine du patrimoine rural à travers le tourisme vert. Cette tension illustre bien le paradoxe d’un pays où deux moteurs économiques, très inégaux en poids, dépendent pourtant des mêmes territoires et des mêmes ressources.
En définitive, comprendre l’agriculture espagnole, c’est aussi mieux comprendre les grands équilibres économiques, sociaux et environnementaux de l’Espagne contemporaine.
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