Les autochtones péruviens représentent une part non négligeable de la population. Pour autant, l’État n’aide pas à les intégrer complètement dans la vie politique. De nombreuses problématiques peuvent donc faire l’objet d’un commentaire de colle. Que ce soit concernant les ressources naturelles, la reconnaissance de leurs droits, leur culture, l’organisation interne et même le tourisme, il y a de quoi développer !
Introduction
Les autochtones sont originaires du pays qu’ils habitent et ont des ancêtres qui ont vécu dans leur pays. Ils entretiennent des liens importants avec leurs terres ancestrales et leur environnement. Ils ont la volonté de préserver leur mode d’organisation et sont surreprésentés dans le secteur agricole et les emplois non qualifiés.
Selon l’ONU, 6,2 % de la population mondiale est autochtone. Ils font cependant face à des discriminations et injustices : on leur a longtemps enlevé leur droit à l’autodétermination et à la participation aux prises de décision, notamment pendant la période coloniale. La journée consacrée à leur cause est le 9 août : la Journée internationale des peuples autochtones.
Les autochtones péruviens
Au Pérou, Lima est une ville métissée, au carrefour de cultures régionales. Cependant, comme la carte ci-dessous le montre, la plupart des populations autochtones se situent dans les régions de Puno et Cusco. Le ministère péruvien de la Culture a créé une base de données des peuples autochtones (BDPI) sur laquelle sont répertoriées ces populations au niveau national. Les autochtones péruviens sont les habitants du Pérou qui ont des origines antérieures à celle de l’État, qui conservent l’ensemble ou une partie de leurs institutions distinctes et qui présentent la conscience collective d’appartenance à une entité indigène.
Les Quechuas et les Aymaras, vivant dans la région andine, sont les peuples indigènes les plus nombreux. Ils ont une vision du monde liée à la nature (montagnes, rivières, animaux…) et pratiquent l’agriculture traditionnelle et l’élevage (lamas, alpagas et moutons). En 2023 a eu lieu une ethnicisation des conflits, comme l’explique cet article.

Les langues, source de différenciation
Il existe 48 langues natives au Pérou, réparties entre les 51 peuples autochtones du pays, dont quatre dans les Andes. Au total, cinq millions de Péruviens ont une langue autre que l’espagnol comme langue maternelle. Les plus connues sont le quechua et l’aymara.
Au début du XXe siècle, 60 % des Péruviens parlaient le quechua, alors qu’ils n’étaient plus que 13 % à le parler en 2017. Cette forte diminution est due au mépris des médias et des services de l’État envers cette langue. Cet article d’el País met en avant la langue quechua pour lutter contre sa disparition.
Politique interne à la communauté
Au niveau de l’organisation propre des communautés entre elles, il existe dans les communautés andines le système « ayni » dans lequel les groupes s’organisent autour de travaux basés sur la réciprocité et l’entraide pour les tâches. Ils ont une autonomie considérable par rapport à l’État, grâce au « chef » de la communauté, bien qu’ils soient soumis aux règles et aux lois étatiques.
La différence entre les lois gouvernementales et les coutumes indigènes crée des tensions, notamment par rapport aux droits internationaux et à l’exploitation des ressources naturelles. Leur organisation s’effectue aussi par communautés paysannes, avec des territoires définis, des unités de gestion et des unités politiques, qui se superposent à l’échelle municipale. Ils utilisent eux aussi le système d’élections pour choisir leurs dirigeants. En 2022, la révolte qui a eu lieu a montré un sentiment d’appartenance à une même classe marqué dans la communauté indigène.
Le tourisme comme source de développement
Les autochtones cherchent aussi à augmenter leur niveau de vie grâce au tourisme. Ce nouveau domaine de développement se traduit entre autres par la promotion de leur gastronomie. Par exemple, le ceviche est un plat typique et traditionnel péruvien.
Le tourisme se développe aussi dans la vallée des Incas (el valle sagrado de los Incas), où les échanges culturels sont de plus en plus nombreux et source de développement pour la communauté indigène.
Politique nationale et représentation de la communauté
Au niveau national, la communauté autochtone n’a pas de parti politique, contrairement à l’Équateur ou à la Bolivie. Cependant, des fédérations défendent leurs droits devant l’État. C’est le cas pour la défense de leurs récoltes, la construction des maisons et le soin des animaux.
Ces mouvements renforcent les liens communautaires et permettent à tous de profiter de l’effort collectif. Ils ont notamment pris part lors de la COP30 en novembre 2025 en demandant à ce que le financement pour lutter contre le changement climatique comprenne aussi celui des populations qui sauvegardent l’environnement. C’est Jorge Pérez, le président d’AIDESEP (Association interethnique de l’Amazonie péruvienne) qui a mis en avant l’affaire Saweto, le massacre de quatre dirigeants indigènes qui a eu lieu en septembre 2014.
Marginalisation, discrimination, violence
La violence est une deuxième problématique que les indigènes affrontent. L’exemple des Kakataibo, reflète aussi cette difficulté qu’ils rencontrent. Le trafic de drogue est aussi à l’origine de cette violence, qui a nettement augmenté pendant la pandémie.
Les indigènes doivent aussi endurer une marginalisation et des discriminations. Jusqu’aux années 1980, le pouvoir étatique les a privés de leurs droits de vote. Ils ont donc longtemps été exclus des décisions politiques et économiques, malgré le fait que ces décisions affectaient parfois leurs territoires. Les politiques étatiques étant centralisées, elles excluent les autochtones et leur fait endurer du racisme structurel.
De plus, l’État péruvien a un modèle économique extractiviste, ce qui accentue la demande en ressources naturelles. La population autochtone est trois fois plus susceptible de vivre dans l’extrême pauvreté que la population non autochtone.
Leur combat pour leurs territoires et l’exploitation des ressources naturelles
Les territoires des autochtones et les ressources naturelles qui y sont implantées ne sont pas reconnus. Le Pérou a signé la Convention de l’Organisation internationale du travail de 1989 afin de reconnaître l’existence de peuples autochtones et qu’ils puissent jouir de droits territoriaux. De plus, il existe sept réserves indigènes et territoriales réparties dans tout le pays. Une a notamment été créée dans l’objectif de protéger les Kakataibo de leurs droits, habitats et conditions.
Effectivement, les autochtones n’ont pas de titres pour les terres qu’ils habitent. Il est donc récurrent que des sociétés minières, forestières ou pétrolières envahissent leurs territoires et exploitent les ressources qui y sont présentes. Cependant, une organisation péruvienne des gardes autochtones a réussi à lutter contre la pêche illégale et les invasions de leurs territoires. En effet, 200 membres de groupes autochtones d’Équateur, de Colombie et du Pérou se sont réunis début décembre 2025 pour élaborer une stratégie afin de défendre leurs terres ancestrales.
Ce sujet est à l’origine de nombreuses altercations entre autochtones et sociétés d’exploitation, comme en témoigne le génocide de Putumayo. Entre 1879 et 1913, des entreprises d’exploitation de caoutchouc ont torturé et exploité environ 100 000 indigènes d’Amazonie. Ce génocide a eu lieu au carrefour entre l’Équateur, la Colombie et le Pérou. En outre, l’abondance de projets miniers péruviens ne fait qu’accentuer la demande dans des régions habitées par des autochtones. L’exploitation minière est une activité indispensable pour l’économie du pays.
Toutefois, les conditions de travail y sont périlleuses. Ces populations sont souvent pauvres et surreprésentées dans les emplois miniers. Elles y travaillent pour avoir une source de revenus viable. La question minière est à l’origine de clivages dans la communauté. Certains la soutiennent, car elle crée des emplois. Mais d’autres s’y opposent, car elle pollue l’eau qui sert ensuite à l’abreuvage des animaux de la communauté.
Conclusion
La communauté autochtone du Pérou regorge de culture tant par les langues qui y sont utilisées que par son mode d’organisation ou son style de vie. Cependant, des conflits émergent lorsqu’elle doit se faire reconnaître aux yeux de l’État, comme le cas Saweto ou les manifestations de 2023 en témoignent.
Vocabulaire
- Autochtones péruviens : indígenas peruanos
- Discriminations et injustices : discriminaciones e injusticias
- Reconnaissance de leurs droits : reconocimiento de sus derechos
- Droit à l’autodétermination : derecho a la utodeterminación
- Région andine : región andina
- Agriculture traditionnelle : agricultura tradicional
- Élevage : ganadería
- Ethnicisation des conflits : etnicización de los conflictos
- Mépris de médias : desprecio de los medios de comunicación
- Coutumes indigènes : costumbres indígenas
- Exploitation des ressources naturelles : explotación de los recursos naturales
- Révolte : revuelta
- Sentiment d’appartenance : sentido de pertenencia
- Prendre part : participar
- Endurer : soportar
- Modèle économique extractiviste : modelo económico extractivista
- Défendre : defender
- Altercations : altercados
- Exploitation minière : explotación mineria
- Clivages : divisiones
- Regorger : rebosar
- Émerger : emerger



