La cosa está en candela en Cuba, une expression cubaine pour dire que la situation est sur le point d’exploser. Cuba est un pays qui, depuis des années et en particulier depuis la crise du Covid, souffre d’une crise économique sans précédent, à laquelle s’ajoute une crise sociale et migratoire inédite. Cette crise à Cuba trouve ses racines dans plusieurs facteurs structurels : l’effondrement du tourisme pendant la pandémie, l’embargo américain imposé depuis 1962, et un modèle économique étatisé qui n’a jamais réussi à se réformer durablement. Depuis 2021, des manifestations massives, durement réprimées par le régime de Miguel Díaz-Canel, ont révélé l’ampleur du désarroi de la population cubaine.
Mais la crise à Cuba a pris une tournure radicalement nouvelle depuis le début de l’année 2026. L’escalade du conflit entre les États-Unis et le Venezuela, principal soutien énergétique de l’île, a privé Cuba de l’essentiel de ses approvisionnements en pétrole, plongeant le pays dans des coupures d’électricité prolongées. Plus inattendu encore, Washington a confirmé vouloir obtenir un changement de régime sur l’île d’ici la fin de l’année 2026.
Cet article propose un décryptage complet de la crise à Cuba, de ses racines économiques et sociales jusqu’aux développements les plus récents de ce bras de fer diplomatique avec les États-Unis.
La Covid, un catalyseur pour la crise à Cuba
La crise Covid a été un véritable fléau pour l’île caribéenne, comme pour beaucoup de pays d’Amérique latine. Face à la pandémie, le pays a été contraint de se fermer au reste du monde, se traduisant par une chute de 11 % du PIB.
Cela est dû en particulier à la chute du tourisme, qui est traditionnellement la première activité économique du pays. Le chef d’État cubain Miguel Díaz-Canel a d’ailleurs annoncé en juillet 2023 que son pays ne réussira pas à atteindre la barre des 3,5 millions de touristes internationaux sur l’année.
Cette chute du PIB se doit également à l’impossibilité pour le pays d’importer depuis les autres pays, provoquant ainsi de nombreuses pénuries. D’une part, le fait que Cuba est dépendant énergétiquement d’autres pays, comme le Venezuela, a été mis en lumière pendant cette période. D’autant plus que ce dernier a aussi été frappé de plein fouet par la pandémie. D’autre part, l’île n’a pas pu importer des produits de première nécessité et a également refusé l’aide vaccinale de l’OMS destinée aux pays à faible économie, symbole de son isolement international, et accentuant la crise sanitaire sur son territoire.
L’embargo américain et le modèle économique, des maux continuels pour le pays qui favorise la crise à Cuba
Un facteur majeur de cette crise est également l’embargo américain imposé par les États-Unis à la dictature cubaine. Mis en place en 1962 après la crise des missiles, il continue de faire souffrir le pays en lui interdisant des relations économiques et financières avec de nombreux autres pays. Si l’embargo s’est adouci sous la présidence d’Obama, il a ensuite été largement renforcé par Trump en 2019, interdisant par exemple les transactions en dollars.
Aujourd’hui, le gouvernement cubain reconnaît la gravité de la crise et rejette la faute sur cet embargo qui mènerait à des pénuries d’électricité, de lait, de viande… De fait, l’Assemblée générale des Nations unies a voté le 2 novembre, à une majorité presque totale, pour la fin de cet embargo contre Cuba, mesure qui a été rejetée par les États-Unis.
Le modèle économique cubain a par ailleurs été source de nombreuses difficultés économiques
En effet, le pays a longtemps mené une politique d’isolement international et de nationalisation de son économie, empêchant une prospérité économique. De 2010 à 2014, le gouvernement a mené une politique d’ouverture et de libéralisation pour éviter un effondrement économique. Cette politique a été réaffirmée dans la nouvelle Constitution de 2019, malgré un contrôle étatique encore majoritaire.
Malheureusement, la crise sanitaire a mis en évidence de nombreuses failles économiques encore présentes au sein du pays. Pour beaucoup, la crise économique que traverse le pays est la pire depuis « El Periodo especial », qui correspond à la crise de 1993 provoquée par la chute de l’URSS et à la fin, par conséquent, des subventions apportées à Cuba. La réponse apportée par le gouvernement cubain en 2021, appelée «Tarea Ordenamiento », consistant en une politique d’unification monétaire et d’ouverture internationale, n’a pas résolu ces problèmes. Le gouvernement semble dépassé par les événements.
Une population extrêmement touchée et en colère qui rentre en crise sociale
Si la situation est comparée à la crise du « Periodo especial », c’est aussi pour ses conséquences sociales inédites.
La population a été la première touchée par ce choc économique affectant les produits de première nécessité ainsi que l’énergie et le carburant. En effet, les prix des produits de première nécessité ont tellement augmenté, qu’en 2021, 90 % des revenus des ménages étaient dédiés à l’achat du panier de consommation de base. Selon l’OCDH (Observatorio Cubano de Derechos Humanos), au mois de septembre 2023, 88 % des Cubains vivaient avec moins de 1,9 dollar par jour.
Une des premières réactions de la population a été la colère et la protestation
Des milliers de personnes sont allées manifester leur colère et leur désarroi face à l’incapacité de subvenir à leurs besoins. Cependant, si les manifestations ont pour la majorité été pacifiques, elles ont été durement réprimées par Miguel Díaz-Canel. Ce dernier a qualifié les manifestants d’ennemis de la nation et a appelé les milices communistes à les réprimer. Beaucoup ont été condamnés à des peines disproportionnées de 15 années de prison et on a assisté à des violations des droits humains. Un problème structurel dans le pays, comme le montre cet article.
Enfin, un signe non négligeable de la crise sociale à Cuba est l’augmentation effrénée de la migration. Le pays connaît l’exode le plus important de son histoire sous l’ère castriste, avec plus de 300 000 Cubains partis. La nouvelle loi en Espagne, la Ley de Memoria Democrática, attribuant notamment la nationalité espagnole aux descendants des personnes persécutées et exilées par le régime de Franco, a été une aubaine pour des nombreux Cubains qui ont pu partir vivre en Espagne. Cette crise migratoire apporte par conséquent de nombreux problèmes, par exemple la pénurie de personnel médical, qui pour beaucoup ont fui le pays.
2026 : la crise à Cuba franchit un nouveau seuil
Une crise énergétique sans précédent
Le début de l’année 2026 marque un tournant brutal dans la crise à Cuba. Dans le contexte de l’escalade militaire américaine contre le Venezuela, qui aboutit à une frappe le 3 janvier 2026, la marine américaine coupe l’approvisionnement en pétrole vénézuélien destiné à Cuba. Le président Miguel Díaz-Canel reconnaît publiquement que l’île reste plusieurs mois sans recevoir une seule goutte de pétrole importé, la contraignant à fonctionner avec l’énergie solaire, le gaz naturel et ses centrales thermoélectriques vieillissantes. Les coupures d’électricité, déjà fréquentes depuis 2024, atteignent dans certaines régions jusqu’à 25 heures par jour, touchant plus de la moitié du pays.
Des négociations directes avec Washington
Fait inédit depuis des années, une délégation du département d’État américain atterrit secrètement à La Havane le 10 avril 2026, sur le premier vol officiel d’un avion gouvernemental américain depuis 2016. Washington impose alors un ultimatum de deux semaines au régime cubain pour libérer des prisonniers politiques de premier plan, dont Luis Manuel Otero Alcántara et Maykel Osorbo, tout en réclamant l’ouverture de l’économie et des compensations pour les propriétés américaines confisquées après la révolution.
Le 2 avril 2026, La Havane annonce la libération de plus de 2000 détenus, mais les organisations de défense des droits humains constatent qu’aucun prisonnier politique de premier plan ne figure parmi eux. Les personnes incarcérées depuis les manifestations du 11 juillet 2021 restent pour leur part toujours emprisonnées, certaines purgeant des peines allant jusqu’à 22 ans.
Díaz-Canel face à la question du changement de régime
Interrogé directement sur la question d’un changement de régime, Miguel Díaz-Canel rejette catégoriquement toute négociation qui impliquerait une modification du système politique cubain, tout en confirmant pour la première fois publiquement l’existence de ces discussions avec les États-Unis, qu’il qualifie de “phase très préliminaire”. Il affirme rester ouvert au dialogue, mais uniquement dans le respect de la souveraineté cubaine et sans condition imposée de l’extérieur.
De son côté, l’administration Trump maintient une pression maximale, avec plus de 240 sanctions imposées contre Cuba depuis le début de l’année 2026, visant notamment le conglomérat militaro-économique GAESA. Cette pression a conduit plusieurs entreprises étrangères, dont des compagnies aériennes, des compagnies maritimes et des groupes hôteliers espagnols, à quitter l’île, tandis que la Banque centrale de Cuba a dû suspendre les opérations par cartes Visa et Mastercard.
Une sortie de crise à Cuba possible ?
Pendant plusieurs années, la situation est restée chaotique à Cuba, sans perspective claire de sortie de crise. L’embargo américain n’a montré aucun signe d’assouplissement, d’autant que Cuba a affirmé son soutien à la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine, éloignant davantage les positions de La Havane et de Washington. De son côté, l’Europe avait tenté une approche différente, Josep Borrell s’étant rendu sur l’île pour critiquer l’embargo et soutenir le secteur privé cubain, qui représentait alors 12 % du PIB du pays, sans toutefois résoudre les tensions persistantes sur les droits humains.
Mais un tout autre scénario s’est imposé en 2026. La pression américaine n’est plus seulement économique, elle vise désormais explicitement un changement de régime, à travers des négociations directes et un calendrier de sanctions de plus en plus serré. La libération de prisonniers politiques et l’ouverture économique du pays sont devenues les conditions centrales posées par Washington pour tout assouplissement.
Reste à savoir si cette pression aboutira à une véritable transition politique, ou si le régime de Miguel Díaz-Canel parviendra à temporiser suffisamment pour préserver le système en place, quitte à devoir accepter certaines concessions.
Vocabulaire utile sur la crise à Cuba
| Espagnol | Français |
|---|---|
| Hundirse | Couler, s’effondrer |
| La escasez | La pénurie |
| El desabastecimiento | Le manque d’approvisionnement |
| Un atropello a los derechos humanos | Une violation des droits humains |
| Un hartazgo | Un ras-le-bol |
| Hacer estragos | Faire des ravages |
| Cobrar | Toucher, encaisser |
| La canasta básica / la cesta de la compra | Le panier alimentaire / de consommation de base |
| Encarecer | Renchérir |
| Buscarse la vida | Gagner sa vie |
| Suavizar(se) | (S’)adoucir |
| Un apagón | Une coupure de courant |
| El racionamiento | Le rationnement |
| Un preso político | Un prisonnier politique |
| Indultar | Gracier, indulter |
| Las sanciones | Les sanctions |
| Un cambio de régimen | Un changement de régime |
| Las negociaciones | Les négociations |
| La soberanía nacional | La souveraineté nationale |
| El éxodo migratorio | L’exode migratoire |



