L’Espagne, quatrième puissance de la zone euro, a enregistré une croissance de 2,8 % du PIB en 2025, selon les données de l’Institut national de la statistique espagnol (INE). Depuis environ trois ans, le pays affiche une croissance économique nettement supérieure à celle de ses voisins européens. Aujourd’hui, nous allons étudier cette croissance sous tous ces aspects pour comprendre le dynamisme actuel du pays !
La croissance économique espagnole, remarquable et admirée
Quels facteurs expliquent cette croissance ?
Plusieurs phénomènes expliquent la croissance espagnole.
Premièrement, le tourisme joue un rôle important. Depuis 2023, le pays accueille un nombre de touristes étrangers record. Le nombre de visiteurs devrait frôler les 100 millions en 2026. Les recettes touristiques, elles, progressent d’environ 7 %, un chiffre qui accroît significativement la croissance du pays. Ce facteur est primordial pour l’économie, mais il fait beaucoup débattre au sein des zones les plus touristiques (Barcelone, Malaga, les Canaries…), puisque les locaux en subissent les conséquences économiques et environnementales.
Puis, ces dernières années, l’accueil d’immigrés en Espagne a entraîné une hausse significative de la population. Près de 1,5 million de personnes en plus depuis 2023, pour un pays d’environ 49 millions d’habitants. Cet afflux élargit à la fois le marché du travail et la consommation.
Grâce à cet accueil, l’emploi progresse : l’Espagne a dépassé les 22 millions de personnes en activité.
Une volonté de maintenir ce rythme économique, qui engendre de nouvelles mesures
Face au vieillissement de la population, l’Espagne connaît un manque de main-d’œuvre. C’est pourquoi les travailleurs étrangers sont devenus indispensables. Pour maintenir la croissance économique, le gouvernement espagnol doit donc encourager ces migrations. Pour cela, le gouvernement de Pedro Sanchez a annoncé une revalorisation du SMIC et une régularisation massive des travailleurs sans papiers. Cette régularisation pourrait bénéficier à environ un demi-million de travailleurs, principalement originaires d’Amérique latine.
Malgré certaines revendications, cette mesure semble moins rejetée que dans d’autres pays européens voisins. Il faut dire que les migrations en provenance d’Amérique latine vers l’Espagne engendrent moins de racisme, essentiellement pour des raisons culturelles. La langue, la religion et les références communes facilitent grandement l’intégration.
Une croissance qui ne profite toutefois pas à tous
Des fragilités persistantes en Espagne
Malgré les performances de la croissance espagnole, certaines fragilités persistent au sein du pays.
L’Espagne connaît des menaces pesant sur son économie. Parmi elles, on y retrouve la crise du logement ou encore le chômage, qui s’établissait encore autour de 10 % en 2025.
De plus, des tensions sont présentes en Espagne. Des revendications contre le surtourisme entraînent de nombreuses manifestations dans le pays. Bien sûr, face à l’encouragement des travailleurs immigrés, l’Espagne connaît également des attaques racistes, comme en témoignent les émeutes à Torre-Pacheco en juillet 2025. Cette ville de plus de 40 000 habitants, située dans la région de Murcie, a connu des violences urbaines menées par des militants d’extrême droite, après l’agression d’un sexagénaire.
Une croissance inégalement ressentie au sein du pays
Ces faiblesses rendent alors la croissance espagnole presque invisible pour certains habitants. Selon l’INE, près de 25,8 % des Espagnols sont exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, malgré les améliorations économiques du pays.
Par exemple, si les grandes métropoles et les régions touristiques bénéficient du dynamisme économique, certaines zones rurales de l’intérieur du pays continuent de se dépeupler. Ce phénomène, souvent qualifié de « España vaciada » (= l’Espagne vidée), illustre la fracture entre un pays urbain et dynamique et un pays rural vieillissant.
Mais les fragilités structurelles apparaissent également dans les infrastructures. Selon une étude de l’Association des entreprises d’énergie électrique, plus de 83 % des points de raccordement au réseau électrique seraient saturés. Cette situation pose un problème de sécurité énergétique. La panne d’électricité massive d’avril 2025, qui a affecté une grande partie de la péninsule ibérique pendant plusieurs heures, a illustré concrètement ces vulnérabilités. Cet épisode montre que la croissance actuelle ne permet pas aux zones les plus rurales d’être plus dynamiques.
La croissance économique espagnole semble bien différente de celle de l’UE
L’Espagne, le bon élève de l’Union européenne ?
La trajectoire empruntée par l’Espagne marque un écart significatif avec celle de la majorité des pays de l’Union européenne. En effet, l’Espagne est le nouveau moteur de l’économie européenne. Au-delà de l’aspect économique, le pays semble avoir de l’avance sur ses confrères européens à certains niveaux sociaux. Par exemple, l’Espagne fut l’un des premiers États européens à reconnaître la Palestine (en 2024, avec l’Irlande et la Norvège).
Le reste de l’Union européenne ne semble pas prendre le même chemin. La Commission européenne avait alors nettement abaissé ses prévisions de croissance pour l’année, au vu des dynamiques actuelles des pays de l’UE. Ainsi, Bruxelles mise sur une croissance annuelle de 0,9 % dans l’UE, dont 0 % pour l’Allemagne et 0,6 % pour la France.
La croissance économique expliquée par des stratégies qui diffèrent de ses voisins européens
Des facteurs temporaires peuvent expliquer cet écart de dynamisme avec le reste de la zone euro. En particulier, la relativement faible dépendance de l’Espagne aux hydrocarbures en provenance de Russie ainsi que sa forte autonomie pour la production d’électricité. Cela a en partie protégé l’Espagne de l’inflation traversée par les autres pays européens, notamment à la suite de la guerre en Ukraine.
Il convient cependant de noter que d’autres pays, membres de l’Union européenne, connaissent une croissance remarquable. C’est le cas de la Pologne, avec 3,6 % de croissance l’an dernier, selon l’Office central de la statistique polonais (GUS). Le pays fait alors office de miracle européen, à regarder l’évolution du pays depuis les années 1980. Varsovie est même vue comme le premier hub technologique de l’Est, avec près de 300 groupes internationaux installés.
Conclusion
L’Espagne apparaît aujourd’hui comme l’une des économies les plus dynamiques de la zone euro. Portée par un tourisme record, une immigration soutenue et une relative autonomie énergétique, elle affiche une croissance nettement supérieure à celle de nombreux pays européens, notamment l’Allemagne ou la France. Dans un contexte de ralentissement général au sein de l’Union européenne, l’Espagne fait figure de moteur économique.
Cependant, cette performance ne doit pas masquer les fragilités structurelles du pays : chômage encore élevé, crise du logement, tensions sociales, déséquilibres territoriaux…
Ainsi, l’Espagne constitue un modèle économique particulièrement intéressant, à la fois inspirant pour ses voisins et révélateur des limites de la croissance en Europe.



