Depuis cet été, l’actualité sur le continent latino-américain est chargée, notamment en raison des contextes d’instabilité sociale, politique, géopolitique et économique.
Pérou
En août dernier, la présidente péruvienne, Dina Boluarte, a déclaré : « Nous leur rendons la dignité qui n’aurait jamais dû être remise en question. »
Par cette déclaration, elle a accordé l’amnistie aux militaires, policiers et groupes de paramilitaires impliqués dans le conflit armé des années 1980 à 2000, contre les guérillas de gauche. Elle prévoit également la libération des condamnés de plus de 70 ans. Ce conflit interne avait causé la mort de plus de 70 000 personnes et près de 20 000 disparitions. Plus de 150 condamnations ont ainsi été prononcées par les tribunaux péruviens.
Cette loi, promulguée le 13 août, suscite la controverse en raison des accusations de violations des droits humains. Si la présidente entend leur « rendre leur dignité », certains collectifs se sont ouvertement révoltés, et en tête de file la CIDH. De même, l’ONU a appelé le gouvernement péruvien à y apposer son veto, sous peine de violer les normes internationales. Toutefois, il semble que ce ne soit pas la première fois que le gouvernement Boluarte défie la CIDH. En 2023, l’ancien président Fujimori avait ainsi été maintenu en prison, en dépit d’une injonction de libération émise par la CIDH.
Si la cote de popularité de Boluarte s’est effondrée, pour atteindre 1,3 % début juillet, cette affaire est loin d’avoir arrangé les choses ! L’impunité qu’entraîne cette loi a été largement décriée au sein de la population péruvienne, qui s’est mobilisée. Ces manifestations se sont intensifiées à la fin du mois d’août et ont aggravé la crise politique du pays.
Dina Boluarte a finalement été destituée le 9 octobre dernier. Cette situation replonge le pays dans l’incertitude et l’instabilité politique. Affaire à suivre pour un pays qui a vu défiler plus de sept présidents en neuf ans…
Équateur
La fin de l’été a été marquée par les tensions sociales en Équateur, après l’annonce de la suspension des subventions sur le diesel par le gouvernement Noboa. Cette décision s’inscrit dans une dynamique de redressement budgétaire, dans un contexte de tensions vis-à-vis des bailleurs internationaux. À cela s’ajoute un recul progressif des libertés fondamentales, notamment le droit de manifester, parfois bafoué par un gouvernement prompt à déclarer l’état d’urgence ! Et pour cause : l’état d’urgence a été déclaré à la mi-septembre.
Alors que Noboa avait été réélu démocratiquement début 2025, son gouvernement souffre depuis d’un déficit de légitimité et de reconnaissance. Les populations autochtones équatoriennes se sont particulièrement révoltées, dénonçant également les politiques extractivistes privilégiées par le gouvernement. Ces communautés ont organisé des blocages dans tout le pays, provoquant des perturbations économiques et exacerbant les tensions sociales dans un pays déjà fracturé.
La situation a définitivement dégénéré il y a quelque temps avec la « tentative d’assassinat » visant un cortège présidentiel dans une ville andine du sud de l’Équateur.
Paraguay
Initiés en Indonésie en février 2025, les mouvements de protestation de la Gen Z se sont rapidement exportés outre-Pacifique, touchant notamment le Paraguay et le Pérou. Au Paraguay, le mouvement est mené par le collectif Generacion Z Paraguay. Si la manifestation principale a eu lieu le 28 septembre, le mouvement s’organise depuis le début de l’été 2025, notamment via les réseaux sociaux.
Les revendications de la Gen Z paraguayenne s’articulent autour de la lutte contre la corruption, avec la dénonciation d’affaires récentes. Ils réclament également un accroissement de la transparence des administrations, ainsi qu’un renforcement de l’État de droit. Les revendications démocratiques sont également centrales, et notamment le respect du droit de manifester.
Enfin, la situation économique et sociale du pays motive la mobilisation des jeunes générations, qui entendent avoir un meilleur confort de vie que leurs parents. Ils revendiquent ainsi davantage de financements dans les services publics sociaux, tels que l’école, les hôpitaux, etc.
Paradoxalement, ces manifestations ont également été le théâtre d’une réponse relativement brutale des autorités locales, accusées d’arrestations arbitraires et de détentions violentes.
Colombie
L’été a été marqué par une recrudescence des violences en Colombie. La région de Cali a ainsi été perturbée par une série d’attentats et de violences armées en juin et août 2025.
Le 21 août, deux attaques simultanées ont secoué la Colombie. Une bombe a explosé devant l’école militaire Marco-Fidel-Suarez, dans la région de Cali, faisant six morts et plus de 60 blessés. En parallèle, plus de dix policiers ont perdu la vie dans des attaques de drones proches de Medellín, dans la région d’Antioquia, qui visaient une mission de destruction de cultures de coca.
Le gouvernement de Gustavo Petro y voit l’œuvre des groupes historiques de guérilla. Il incrimine notamment les FARC et le groupe EMC. Il avait pourtant passé des accords de paix en 2016. Ces attaques s’inscrivent dans un contexte de recrudescence des violences en Colombie, comme l’avait illustré l’assassinat de Miguel Uribe, candidat à la présidentielle. Les autorités s’inquiètent de l’utilisation croissante de matériels de pointe dans ces attaques, et notamment les drones, utilisés dans plus de 100 attaques l’année dernière.
Cette situation met en lumière les tensions sociales et la violence croissante qui fracturent la société colombienne. La conséquence est parfois un recul sur les libertés fondamentales, en témoigne la demande de « militarisation » du maire de Cali.
Bolivie
Après plus de vingt ans de domination écrasante du parti MAS, le premier tour des élections générales boliviennes du 17 août a rebattu les cartes. Ce sont en effet deux partis de droite, et notamment le Parti démocrate-chrétien (PDC), de Rodrigo Paz, qui se sont partagés la victoire. Ainsi, quatre partis de droite se partageront désormais 119 des 130 sièges à la Chambre des députés, et la totalité des 36 au Sénat.
Il s’agit d’un véritable revers pour le MAS, qui n’obtient que deux sièges, alors qu’il en possédait plus de 70. En réaction, le créateur et leader du parti, Evo Morales, a appelé les Boliviens au vote nul. Ainsi, près de 20 % ont ainsi été comptés comme nuls.
Cette élection intervient dans un contexte de crise économique et sociale aggravée, alors que le gouvernement de Luis Arce est régulièrement déstabilisé par les interventions d’Evo Morales. L’économie bolivienne est ainsi marquée par des pénuries, notamment de devises ou de carburant. Les ressources de devises étrangères commencent également à se faire rares. Cela empêche le soutien gouvernemental à la politique de subventions aux carburants. Les prix connaissent aussi une ascension considérable, l’inflation bolivienne atteignant 25 % en juillet dernier, un niveau record depuis 2008.
Guatemala
Le mois d’août 2025 a été marqué par un embrasement dans les prisons du Guatemala, impulsé par les gangs qui y prolifèrent. Le 13 août, 11 gardiens de prison ont été retenus en otage dans deux établissements carcéraux du pays. Les autorités locales ont rapidement expliqué ces attaques par le transfert, le 31 juillet, de cinq chefs des groupes criminels Barrio 18 et Mara Salvatrucha vers la prison de haute sécurité Renovación I.
Cet établissement pénitentiaire est connu pour la sévérité de ses conditions de détention, notamment l’isolement et l’interdiction des téléphones portables. En dépit de l’embrasement, les autorités gouvernementales ont maintenu des positions fermes concernant leurs conditions de détention.
Venezuela
Alors que les relations diplomatiques avec les États-Unis n’étaient déjà pas brillantes, la situation s’est aggravée depuis le retour au pouvoir de Trump. Ce dernier a ainsi ouvertement accusé le président Maduro d’être le « chef fugitif » du Cartel des Soleils, considéré par les États-Unis comme une organisation « terroriste ». Washington a ainsi décidé de mettre à prix la tête de Maduro. Le 8 août dernier, la récompense s’élevait à 50 millions de dollars.
En réponse, l’Assemblée nationale a réaffirmé son soutien à la présidence, le 9 août, évoquant une « agression » américaine. Maduro a, quant à lui, qualifié la politique américaine de « grossière opération de propagande politique ». Si son Assemblée semble le soutenir, il n’en reste pas moins que sa légitimité est largement remise en cause. À l’échelle continentale, un certain nombre de pays latino-américains ne reconnaissent pas le résultat des dernières élections.
L’escalade diplomatique ne s’est toutefois pas arrêtée là. De fait, des mobilisations militaires ont été constatées des deux côtés. Les États-Unis ont ainsi déployé, en début d’été, huit navires de guerre au large des côtes vénézuéliennes. Le sous-marin d’attaque à propulsion nucléaire USS Newport figure parmi cet arsenal. Maduro a vivement réagi à ce déploiement de force, qu’il a qualifié de « menace injustifiable, immorale, absolument criminelle et sanglante ». Il a ensuite lui-même ordonné le déploiement de 4,5 millions de Miliciens bolivariens, de la Marine et de drones dans les eaux territoriales.
Très récemment, en octobre, le Venezuela a lancé un exercice militaire pour faire face aux manœuvres américaines répétées.
Pérou-Colombie
Le 7 août dernier, Gustavo Petro choisit de célébrer l’indépendance de la Colombie à Leticia, ville voisine de l’île amazonienne de Santa Rosa. Alors que les relations diplomatiques entre son pays et le Pérou ne sont pas au beau fixe, ce choix de Petro a ravivé les rancœurs autour d’un différend territorial ancien.
En effet, les deux États se disputent cette île depuis 1922 et la signature du traité Salomon-Lozano. Celui-ci établit la « ligne frontalière » entre les deux États. L’île de Santa Rosa, comptant entre 1 000 et 3 000 habitants, est située sur le fleuve Amazone, entre la Colombie, le Pérou et le Brésil.
Cependant, la maladresse de Petro ne s’est pas arrêtée là. Il a affirmé que le Pérou s’était approprié « un territoire qui appartient à la Colombie ». La situation s’est encore dégradée le 12 août. Deux géomètres colombiens ont été arrêtés dans la zone, pour possession d’équipements de géoréférencement satellite sans autorisation. Ce n’est pas tout ! La justice péruvienne a ensuite décidé d’ouvrir une enquête pour « atteinte à la souveraineté nationale ».
Sommet « Democracia siempre »
À l’initiative du chef de l’État chilien, plusieurs chefs d’État hispaniques de gauche se sont réunis à Santiago de Chile le 21 juillet dernier. Dans un contexte de montée des extrêmes droites à échelle mondiale, l’enjeu était de défendre la démocratie. Trois axes étaient mis à l’honneur par les chefs d’État du Chili, de la Colombie, d’Uruguay, du Brésil et d’Espagne :
- le renforcement du multilatéralisme ;
- la lutte contre la désinformation ;
- la protection et le renforcement de la justice sociale.
En faisant front, en tant que partis de gauche, ils entendent faire rempart contre le « nouveau consensus de Washington antidémocratique ». Ce dernier menace la démocratie, si durement acquise en Amérique latine. Gabriel Boric a particulièrement insisté sur la nécessité de reconnaître la légitimité de chacun des gouvernements. Il s’agit de s’opposer aux comportements des gouvernements d’extrême droite. La nécessité d’un nouveau pacte social a également fait consensus entre les leaders progressistes. Enfin, le rôle central de l’État comme garant des libertés fondamentales a été réaffirmé.
Ce type de sommet est appelé à se renouveler et à s’élargir. À terme, la présence des chefs d’État canadien et mexicain est prévue.



