Vue du Parc Güell de Gaudí sur Barcelone au coucher du soleil, illustration de la version espagnole

Cet article propose un exercice complet de version espagnole accompagné de son corrigé intégral et d’un commentaire détaillé sur les principaux pièges de traduction. Le texte support est un extrait de La Ciudad de las Bestias (2002), roman de l’écrivaine chilienne Isabel Allende destiné à la jeunesse mais d’une richesse littéraire réelle. Dans ce roman, le jeune Alexander Cold accompagne sa grand-mère Kate, journaliste aventurière, dans un voyage au coeur de l’Amazonie à la recherche d’une créature légendaire. L’extrait proposé ici correspond au tout début du récit, lorsque Kate et Alexander survole le nord du Brésil et découvrent depuis les airs l’immensité de la forêt amazonienne.

Sur le plan de la version espagnole, ce texte est représentatif des difficultés que l’on rencontre dans les exercices de traduction de niveau avancé : un vocabulaire géographique et naturaliste précis, des tournures idiomatiques qu’il serait maladroit de traduire mot à mot, des comparaisons littéraires à restituer avec élégance et des structures syntaxiques qui n’ont pas d’équivalent direct en français. Il illustre un principe fondamental de la version espagnole : la fidélité au sens prime sur la fidélité à la lettre. Traduire mot à mot conduit presque toujours à un résultat maladroit ou incompréhensible ; il faut chercher l’équivalent français naturel de ce que l’auteur dit en espagnol, quitte à restructurer la phrase ou à choisir un registre légèrement différent.

Il est vivement conseillé de traduire le texte par toi-même avant de lire le corrigé et les remarques. C’est en confrontant ta propre traduction aux commentaires et à la proposition de correction que l’exercice sera le plus formateur.


Une version complexe pour bien commencer l’année

 

Texte de la version espagnole

Kate y Alexander iban en un avión comercial sobrevolando el norte del Brasil. Durante horas y horas habían visto desde el aire una interminable extensión de bosque, todo del mismo verde intenso, atravesada por ríos que se deslizaban como luminosas serpientes. El más formidable de todos era color café con leche.

“El río Amazonas es el más ancho y largo de la tierra, cinco veces más que ningún otro. Sólo los astronautas en viaje a la luna han podido verlo entero desde la distancia”, leyó Alex en la guía turística que le había comprado su abuela en Rio de Janeiro. No decía que esa inmensa región, ultimo paraíso del planeta, era destruida sistemáticamente por la codicia de empresarios y aventureros, como había aprendido en la escuela. Estaban construyendo una carretera, un tajo abierto en plena selva, por donde llegaban en masa los colonos y salían por toneladas las maderas y los minerales.

Kate informó a su nieto que subirían por el río Negro hasta el Alto Orinoco, un triángulo casi inexplorado donde se concentraba la mayor parte de las tribus. De allí se suponía que provenía la Bestia.

-En este libro dice que esos indios viven como en la Edad de Piedra. Todavía no han inventado la rueda – comentó Alex.

-No la necesitan. No sirve en ese terreno, no tienen nada que transportar y no van apurados a ninguna parte – replicó Kate, a quien no le gustaba que la interrumpieran cuando estaba escribiendo. Había pasado buena parte del viaje tomando notas en sus cuadernos con una letra diminuta y enmarañada, como huellas de moscas.

Isabel Allende, La Ciudad de las Bestias (2002)

Remarques et vocabulaire de cette version espagnole

Cette version ne présente pas de difficultés particulières, si ce n’est le vocabulaire de temps à autre. Le piège est de tout traduire de manière littérale, alors que l’on peut (et l’on doit) trouver la meilleure traduction française possible, quitte à s’éloigner parfois du texte espagnol.

Terme espagnol Traduction française Contexte dans le texte
sobrevolar survoler Kate y Alexander iban sobrevolando el norte del Brasil
extensión étendue Una interminable extensión de bosque
deslizarse se glisser, glisser Ríos que se deslizaban como serpientes
formidable imposant, gigantesque El más formidable de todos era color café con leche
codicia cupidité, avidité La codicia de empresarios y aventureros
un tajo une entaille, une tranchée Un tajo abierto en plena selva
en masa en masse Los colonos llegaban en masa
apurarse se presser, se dépêcher No van apurados a ninguna parte
replicar répliquer, rétorquer Replicó Kate, a quien no le gustaba que la interrumpieran
enmarañada enchevêtrée, embrouillée Con una letra diminuta y enmarañada
huellas de moscas pattes de mouche Como huellas de moscas
la guía turística le guide touristique La guía turística que le había comprado su abuela
la tribu la tribu Donde se concentraba la mayor parte de las tribus
inexplorado inexploré Un triángulo casi inexplorado
la Edad de Piedra l’âge de pierre Esos indios viven como en la Edad de Piedra
la rueda la roue Todavía no han inventado la rueda

Proposition de traduction de cette version

Kate et Alexander Cold survolaient le nord du Brésil à bord d’un avion commercial. Pendant des heures et des heures, ils avaient vu depuis les airs une étendue interminable de forêts, toutes d’un même vert intense, traversée par des fleuves qui s’y glissaient comme des serpents lumineux. Le plus gros de tous était couleur café au lait.

« Le fleuve Amazone est le plus large et long de la terre, cinq fois plus large que n’importe quel autre fleuve. Seuls les astronautes en expédition sur la lune ont pu le voir en entier, de loin », lut Alex dans le guide touristique que lui avait acheté sa grand-mère à Rio de Janeiro. Le guide ne disait pas que cette immense région, dernier paradis de la planète, était détruite de manière systématique par la cupidité des chefs d’entreprises et aventuriers, comme Alex l’avait appris à l’école. On construisait une route, une entaille à ciel ouvert en pleine jungle par où les colons arrivaient en masse, et d’où sortaient par tonnes les bois et les minéraux.

Kate informa son petit-fils qu’ils remonteraient par le rio Negro jusqu’à Alto Orinoco, un triangle presque inexploré où se concentrait la majorité des tribus. On supposait que la Bête provenait de là.

– Dans ce livre, on dit que ces Indiens vivent comme à l’âge de pierre. Ils n’ont toujours pas inventé la roue, commenta Alex.

– Ils n’en ont pas besoin. Cela ne sert pas sur ce terrain, ils n’ont rien à transporter et ne se pressent nulle part, répliqua Kate Cold, qui n’aimait pas qu’on l’interrompe quand elle était en train d’écrire. Elle avait passé une bonne partie du voyage à prendre des notes sur ses cahiers, avec une écriture minuscule et enchevêtrée, comme des pattes de mouche.

Conclusion

La version espagnole est un exercice qui ne s’improvise pas. Ce texte d’Isabel Allende l’illustre bien : les difficultés ne tiennent pas à la syntaxe ou à la conjugaison, mais au vocabulaire précis, aux images littéraires, aux tournures idiomatiques et à la capacité à trouver en français un équivalent naturel qui ne trahit pas le style de l’original. Deslizarse, codicia, enmarañada ou encore huellas de moscas sont des exemples typiques de mots ou d’expressions qui ne se traduisent pas littéralement et exigent une réflexion sur ce que dit vraiment l’auteur, pas sur ce que les mots disent individuellement.

La méthode à retenir pour toute version espagnole est la suivante : lire le texte dans son ensemble avant de traduire la moindre phrase, identifier les pièges et les mots inconnus, chercher à comprendre le sens global de chaque passage, puis chercher la formulation française la plus naturelle possible. Un faux-ami comme formidable (qui signifie ici imposant et non formidable au sens français), une métaphore comme les fleuves comparés à des serpents lumineux, ou une expression figée comme pattes de mouche pour désigner une écriture minuscule : ce sont ces détails qui font la différence entre une version correcte et une version élégante.


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