L’élection de Claudia Sheinbaum, première femme à accéder à la présidence du Mexique, symbolise une avancée historique dans un pays où les dynamiques de pouvoir ont longtemps été dominées par les hommes. Ancienne maire de Mexico, scientifique de formation et membre du GIEC, Claudia Sheinbaum incarne une figure de modernité et de renouveau. Élue avec un programme ambitieux qu’elle a nommé « La cuarta transformación », elle proposait des mesures fortes tout en restant dans la continuité de la politique menée par Andrés Manuel López Obrador (AMLO).
Lors de son discours d’investiture, elle listait ses objectifs : paix, sécurité, démocratie, protection de l’environnement, libertés et justice. Mais son ascension intervient dans un contexte marqué par des défis politiques, économiques, sociaux et internationaux particulièrement complexes. Un an après, à quel point a-t-elle accompli ses objectifs ? Cet article se penche sur les espoirs associés à la présidence de Claudia Sheinbaum, puis dresse le bilan de sa première année.
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Les espoirs de la présidence de Claudia Sheinbaum
Réformes politiques et institutionnelles : vers une gouvernance plus transparente
Lutte contre la corruption
La lutte contre la corruption est l’une des pierres angulaires du programme de Claudia Sheinbaum, dans un pays où ce fléau est profondément enraciné. Le Mexique se classe régulièrement parmi les pays les plus corrompus d’Amérique latine selon les indices internationaux, avec des scandales impliquant des politiciens de tous bords. La corruption a érodé la confiance des citoyens envers leurs institutions et sapé l’efficacité du gouvernement. Claudia Sheinbaum a promis de s’attaquer à ce problème en renforçant les mécanismes de transparence et de reddition de comptes.
Cependant, ces réformes se heurtent à des obstacles significatifs. Le système politique mexicain est caractérisé par une résistance au changement, avec des élites politiques et économiques bien établies qui pourraient entraver les efforts de réforme. La bureaucratie mexicaine, souvent critiquée pour son inefficacité, pourrait ralentir la mise en œuvre des réformes promises. Il existe également un risque que les initiatives de lutte contre la corruption soient perçues comme sélectives ou politisées.
Démocratie et justice
Claudia Sheinbaum a proposé d’accroître la participation citoyenne dans les processus décisionnels. Si cette initiative est saluée comme une avancée vers une démocratie plus participative, elle soulève des questions sur sa mise en œuvre concrète : le risque est que ces plateformes deviennent symboliques ou soient dominées par des groupes d’intérêts particuliers. De plus, l’extension de la participation citoyenne nécessitera des réformes institutionnelles profondes pour éviter des processus bureaucratiques paralysants.
Un autre défi concerne la réforme du système judiciaire, souvent critiqué pour son manque d’indépendance et d’efficacité. Sans une réforme judiciaire profonde, les autres initiatives de lutte contre la corruption risquent de perdre de leur efficacité.
Initiatives économiques et sociales
Stimuler la croissance
L’économie mexicaine, bien qu’étant la deuxième plus grande d’Amérique latine, est confrontée à des défis structurels importants. La croissance a stagné ces dernières années et la pandémie de Covid-19 a exacerbé les inégalités. Le plan de relance proposé par Claudia Sheinbaum, axé sur l’investissement dans les infrastructures, l’innovation technologique et le soutien aux PME, vise à relancer la croissance et à créer des emplois.
Plusieurs limitations pourraient cependant compromettre ces initiatives. Le Mexique a une dette publique élevée, et le financement de nouvelles infrastructures pourrait nécessiter une augmentation des impôts ou une réduction des dépenses dans d’autres domaines. Claudia Sheinbaum devra également faire face à un secteur informel très développé, représentant environ 56 % de l’emploi total, obstacle majeur à l’amélioration des conditions de vie des travailleurs mexicains.
Réduire les inégalités
Sur le plan social, Claudia Sheinbaum a mis l’accent sur la réduction des inégalités et l’amélioration de l’accès aux services publics, notamment l’éducation et la santé. Le système éducatif mexicain est miné par des inégalités régionales profondes et une qualité d’enseignement variable. Les populations rurales et indigènes continuent de subir les conséquences de décennies de sous-investissement.
Agenda international
Relations avec les États-Unis
Sur le plan international, Claudia Sheinbaum hérite d’un contexte global instable. Le Mexique, situé à la frontière entre l’Amérique du Nord et l’Amérique latine, se trouve à un carrefour stratégique. Claudia Sheinbaum a exprimé sa volonté de renforcer les relations avec les États-Unis tout en diversifiant les partenariats internationaux du Mexique. La gestion de ces relations s’annonce particulièrement complexe : le Mexique dépend fortement de son voisin du nord pour les échanges commerciaux, mais les relations entre les deux pays sont souvent marquées par des tensions sur les questions de migration, de sécurité et de commerce.
Changement climatique et droits humains
Le changement climatique est un autre domaine où Claudia Sheinbaum souhaite renforcer l’engagement du Mexique. La transition vers une économie plus verte nécessite des investissements importants et pourrait être perçue comme un frein à court terme à la croissance économique. La présidence de Claudia Sheinbaum sera également scrutée pour sa capacité à améliorer la situation des droits humains, domaine où le Mexique a été critiqué par des organisations internationales.
Un an après : le bilan de Claudia Sheinbaum
La politique intérieure : un bilan globalement positif
Des progrès économiques et sociaux
Le bilan économique et social de Claudia Sheinbaum est plutôt positif. Conservant la volonté de réduction de la pauvreté établie par AMLO, elle a renforcé les budgets alloués aux politiques sociales, notamment pour les retraites. Un deuxième combat est la souveraineté alimentaire et le soutien aux petits producteurs : la Ley General de la Alimentación Adecuada y Sostenible cherche à garantir une alimentation accessible et de qualité à tous les citoyens.
Ces mesures ont pour conséquence une amélioration des indicateurs macroéconomiques : 1,7 % de croissance en 2024, une inflation maîtrisée à 3,7 %, et surtout un niveau de salaire le plus élevé de ces 40 dernières années.
Une tentative de lutte contre la criminalité
Alors que la politique d’AMLO concernant les cartels prenait le nom « abrazos y no balazos », les actions de Claudia Sheinbaum sur le thème de la criminalité étaient très attendues. Le pays est en guerre contre le narcotrafic, qui a causé plus de 250 000 morts depuis 2006 au Mexique.
Claudia Sheinbaum affirme que la criminalité, calculée par le nombre d’homicides par jour, a diminué de 27 % depuis son arrivée. On observe également une augmentation des saisies de cocaïne. On peut cependant s’interroger sur le contexte de ces mesures : agit-elle de sa propre initiative ou est-elle motivée par son opposition à Donald Trump ?
Un bilan intérieur à nuancer
Malgré ces avancées, il faut noter une augmentation de l’indice de perception d’insécurité, surtout ressentie chez les femmes. En mars 2025, des restes de corps ont été découverts dans le Ranch Izaguirre, à Teuchitlan, qui servait de centre d’entraînement au cartel Jalisco Nueva Generación. Cela a provoqué une vague d’indignation et une inquiétude croissante face à un narcotrafic qui ne faiblit pas.
Enfin, les premières élections des juges (mesure voulue par AMLO) ont eu lieu en juin 2025, première mondiale. Elles n’ont cependant rassemblé que 13 % de votants, taux de participation historiquement bas pour des élections au Mexique.
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La politique extérieure : un enjeu majeur
Quelques semaines après l’investiture de Claudia Sheinbaum, Donald Trump est réélu président des États-Unis. Ses ambitions en matière de politiques migratoires et économiques ont généré des tensions majeures avec le Mexique.
Une pression très forte de Donald Trump
Trump a exposé très clairement trois attentes concernant le Mexique : sur l’immigration, il souhaite que le Mexique devienne un pays tampon en accueillant les migrants sans qu’ils cherchent à se rendre sur le territoire américain. Sur le narcotrafic, il accuse le Mexique d’être la cause du fléau de la drogue aux États-Unis et souhaite faire intervenir les forces armées américaines sur le sol mexicain, violation de la souveraineté du pays. Sur l’économie, Trump a critiqué l’influence trop forte de la Chine sur l’économie mexicaine et a appliqué une augmentation des droits de douane, suspendus jusqu’au 1er novembre, menaçant de les remettre en place si les échanges commerciaux sino-mexicains ne diminuaient pas.
Sheinbaum face à Trump : « Cooperamos, pero no nos sometemos »
Face à ces multiples menaces, Claudia Sheinbaum a exprimé une ligne claire : « Cooperamos, pero no nos sometemos. »Si elle a rappelé que le Mexique était un État souverain face aux menaces d’intervention militaire, elle cherche à entrer dans le dialogue et propose des mesures en guise de gages : augmentation des saisies de cocaïne, déploiement de l’armée mexicaine au sud du pays pour limiter l’entrée d’immigrants. Sur la question chinoise, elle a lancé le plan « hecho en México » afin de relocaliser des productions, tout en rappelant que ces importations chinoises transitent par le Mexique pour se rendre aux États-Unis.
Vers une coopération plus pacifique ?
Alors que les tensions semblent s’apaiser, Trump ayant décrit Claudia Sheinbaum comme « a very very nice person », des enjeux géopolitiques à venir risquent de troubler cette accalmie. Les statuts de l’alliance régionale USMCA (United States–Mexico–Canada Agreement), fondée en 2020 comme remplaçante de la NAFTA, doivent être révisés conjointement en 2026. La position de Trump sur cette révision reste incertaine et le risque de voir les États-Unis chercher à sortir de cette alliance n’est pas nul.
Une popularité très élevée dans son pays
80 % de soutien
Le bilan globalement positif de Claudia Sheinbaum s’accompagne d’une popularité très élevée : 80 % de soutien au sein de sa population. Elle est vue comme une femme forte d’Amérique latine, qui a su tenir tête à Donald Trump quand de nombreux autres présidents n’ont pu que subir les conséquences des politiques américaines.
Grâce à une majorité des deux tiers aussi bien au Congrès qu’au Sénat, elle dispose d’une liberté presque totale dans les mesures qu’elle souhaite imposer, y compris des changements de la Constitution. Elle est reconnue sur la scène internationale pour avoir pu appliquer des projets ambitieux, comme l’élection des juges.
Le cri de l’Indépendance
L’image de Claudia Sheinbaum a été glorifiée lors de la commémoration du jour de l’Indépendance du Mexique. Elle est devenue la première femme présidente de l’histoire du Mexique à prononcer le cri de l’Indépendance depuis le balcon du Palais National, à Mexico. Beaucoup ont souligné la dimension féministe de cette intervention : elle portait une robe violette, symbole de la lutte féministe.
Vocabulaire utile pour parler de Claudia Sheinbaum
| Español | Français |
|---|---|
| La presidenta | La présidente |
| Tomar posesión | Prendre ses fonctions |
| El mandato | Le mandat |
| La reforma judicial | La réforme judiciaire |
| El Poder Judicial | Le pouvoir judiciaire |
| La Suprema Corte de Justicia | La Cour suprême de justice |
| Elegir por voto popular | Élire au suffrage universel |
| La independencia judicial | L’indépendance judiciaire |
| Los aranceles | Les droits de douane, les tarifs douaniers |
| El crecimiento económico | La croissance économique |
| La desaceleración económica | Le ralentissement économique |
| El T-MEC | L’ALÉNA / accord de libre-échange Mexique-USA-Canada |
| La política exterior | La politique étrangère |
| Las concesiones | Les concessions |
| El crimen organizado | Le crime organisé |
| El narcotráfico | Le narcotrafic |
| Un índice de aprobación | Un taux d’approbation |
| Un escándalo de corrupción | Un scandale de corruption |
| Las pensiones del bienestar | Les pensions de bien-être (programme social) |
| Rendir cuentas | Rendre des comptes |
| La soberanía nacional | La souveraineté nationale |
Conclusion
Ainsi, Claudia Sheinbaum, forte d’une popularité historiquement élevée, affiche un bilan qui paraît très positif après une première année de présidence. Les avancées économiques et sociales sont réelles, la posture face à Trump a été saluée, et son image de femme de pouvoir progressiste est désormais bien établie à l’échelle internationale.
Cependant, les défis restent nombreux : la sécurité intérieure et la lutte contre le narcotrafic demeurent des chantiers majeurs, la question de l’USMCA plane sur l’avenir des relations commerciales avec les États-Unis, et la faible participation aux élections judiciaires interroge sur la vitalité démocratique du pays. Les espoirs placés en Claudia Sheinbaum reposent non seulement sur sa vision et sa détermination, mais aussi sur sa capacité à naviguer dans un environnement marqué par des forces contradictoires.



