Pour la première fois élu en 1984 sur la promesse de rétablir la démocratie après des décennies de dictature sandiniste (pour + d’infos, lis cet article !), Daniel Ortega a progressivement ancré sa politique dans l’autoritarisme. Co-président aux côtés de sa femme Rosario Murillo, il a décidé de modifier la Constitution nicaraguayenne pour interdire la double nationalité. Rentrons un peu plus dans le détail de ce récent recul démocratique.

Ce que prévoit l’interdiction de la double nationalité au Nicaragua

En mai 2025, l’Assemblée nationale nicaraguayenne a approuvé l’amendement à la Constitution visant à interdire le principe de double nationalité. Cette réforme constitutionnelle doit encore être ratifiée en 2026 pour entrer en vigueur. Cependant, le contrôle du couple Ortega sur l’ensemble des institutions nicaraguayenne laisse facilement présager son adoption certaine.
Le fonctionnement sera le suivant : tout citoyen nicaraguayen obtenant une nationalité étrangère perdra automatiquement sa nationalité nicaraguayenne. Cette règle est toutefois prévue pour permettre quelques exceptions, notamment vis-à-vis de certains pays d’Amérique centrale. Les citoyens des quelques États d’Amérique centrale concernés pourront obtenir la nationalité nicaraguayenne sans renoncer à leur nationalité originelle.
Toutefois, les conditions d’applications demeurent incertaines. Un flou juridique est (volontairement ?) maintenu autour de cette réforme. Par exemple, le caractère rétroactif de cette réforme interroge : la réforme s’appliquera-t-elle uniquement aux Nicaraguayens qui, à l’avenir, souhaiteraient obtenir une 2e nationalité ? ou concernera-t-elle les Nicaraguayens déjà en situation de double nationalité ? Cette incertitude soulève des inquiétudes des Nicaraguayens, qui craignent même une saisie de leurs biens, ou des exils forcés.
Une mesure qui cible directement les ressortissants nicaraguayens vivant aux États-Unis
Concrètement, plus de 5% des interceptions des douaniers américains de migrations clandestines concernent des Nicaraguayens. Parmi les Nicaraguayens à l’étranger, 44% vivent aux États-Unis environ (pour + d’infos sur l’immigration en AL, tu peux lire cet article !). Cette réforme constitutionnelle toucherait donc en premier lieu cette diaspora. Or cette dernière maintient des liens très forts avec la famille restée au pays, via les fameuses « remesas » notamment (= transferts d’argent). Ainsi, cette réforme pourrait éroder significativement le lien que conservent ces familles éloignées géographiquement.
Il est finalement assez aisé de comprendre que cette réforme vise la diaspora nicaraguayenne aux États-Unis. En effet, ces derniers constituent un modèle en matière de démocratie et de tolérance, qui s’oppose drastiquement au cadre autoritaire imposé par le couple présidentiel nicaraguayen. Pour Ortega et Murillo, il s’agit donc d’étouffer de potentielles voix discordantes, modernes, qui ont expérimenté la liberté américaine, et qui souhaiteraient l’exporter vers le Nicaragua.
Quelles seraient les conséquences de l’interdiction de double nationalité ?
10% de la population nicaraguayenne vit à l’étranger pour des raisons de travail, de réfugié ou de demande d’asile. Les droits de cette diaspora pourraient être sérieusement restreints par cette réforme constitutionnelle. Ceci est d’autant plus préoccupant qu’un certain flou continue de planer autour des conditions de mise en œuvre de cette réforme. De fait, aura-t-elle un effet rétroactif ? Quels seront les pays concernés ? Cette incertitude n’est pas pour rassurer la diaspora nicaraguayenne. De plus, l’interdiction de double nationalité s’accompagnera de mesures drastiques en matière de droits, constituant un véritable recul démocratique.
Un recul certain en matière de démocratie
Le président de l’Assemblée nationale nicaraguayenne, Gustavo Porras, a conclu le vote en affirmant qu’il s’agissait d’une décision « absolument démocratique ». Le couple présidentiel justifie, quant à lui, ce choix par un argument de loyauté. Selon eux, la nationalité est un acte de foi et de loyauté envers son pays. Il est donc incompatible de posséder deux nationalités : il s’agirait d’un acte de trahison envers le Nicaragua. Ortega a ainsi affirmé qu’interdire la double nationalité « réaffirme qu’être Nicaraguayen n’est pas un titre, mais un acte de dévotion envers la défense de l’indépendance, de la souveraineté et de l’autonomie du Nicaragua ».
Toutefois, l’interdiction de double nationalité s’inscrit dans un contexte de recul progressif des libertés. Cette décision est perçue comme une volonté d’étouffer la voix des diasporas. Pour aller plus loin, la suppression de la double nationalité est un moyen pour le couple présidentiel de couper le lien entre les opposants exilés et leur patrie. La perte de leur nationalité pourrait être en effet un levier pour limiter leur influence.
Cette réforme est aussi l’occasion pour le couple Ortega de revenir sur les droits fondamentaux. Ainsi, les personnes qui perdraient leur nationalité nicaraguayenne pourraient voir leurs droits civiques fortement réduits : plus de droit de vote, plus de participation politique, ou encore être traitées comme étrangers quand elles reviennent au Nicaragua.
L’instauration croissante de l’autoritarisme
Depuis 2018, le régime Ortega bascule ouvertement dans l’autoritarisme. Plusieurs mécanismes sont visibles :
- Levier judiciaire : répressions violentes, emprisonnements arbitraires…
- Levier législatif : prise de contrôle des institutions par le couple présidentiel, fusion des pouvoirs entre les mains de la présidence
- Levier social : encadrement de la population par l’élimination de la société civile (censure des associations, encadrement des universités…), utilisation de la violence, militarisation de la société (apparition de milices privées pro-gouvernementales, enrôlement de « volontaires » dans des groupes paramilitaires…), exil forcé des opposants, retrait de nationalité, confiscation de biens…
Une peinture murale réclame la liberté des prisonniers politiques au Nicaragua, mêlant slogans, symboles de résistance et portraits stylisés.
Ce rejet démocratique a culminé avec le retrait du Conseil des droits de l’homme de l’ONU très récemment, en 2025. Il marque le refus du gouvernement nicaraguayen des valeurs promues par l’institution et surtout des mécanismes d’examen international.
Certains groupes sociaux sont par ailleurs davantage visés. C’est le cas des étudiants, des membres de l’Église, des journalistes (article à venir sur la condition des journalistes en Amérique latine !), des défenseurs des droits autochtones notamment. Ces groupes sont sujets à des arrestations arbitraires, de la torture, des exils forcés, des confiscations de propriété… Il s’agit de processus de déshumanisation orchestrés par le gouvernement Ortega.
Comment utiliser l’interdiction de double nationalité nicaraguayenne en kholle/DS ?
Dans le cadre d’un sujet sur l’autoritarisme du régime Ortega. Tu peux utiliser cette réforme comme l’un des derniers reculs significatifs sur les libertés des Nicaraguayens, et mettre en perspective avec le contexte global de renforcement de l’autoritarisme.
Tu peux l’utiliser dans un sujet faisant ressortir les tensions entre les États-Unis et le Nicaragua, ou plus généralement les pays d’Amérique latine. Cet article peut te servir d’exemple pour illustrer la rupture entre les États-Unis et le Nicaragua.
Tu pourras utiliser cet exemple dans un sujet sur le fléau de l’immigration en Amérique latine. Le Nicaragua en est le parfait exemple. Finalement, à travers cette réforme, le couple présidentiel ne cherche-t-il pas à éviter que son pays se vide progressivement ?
Dans un sujet peut-être plus vaste sur les migrations dans le monde, ou la condition des émigrés. Tu peux utiliser cet exemple pour montrer le recul des droits de la diaspora nicaraguayenne, en dépit de ses liens pourtant forts avec le pays.
Conclusion
Finalement, cette interdiction de double nationalité au Nicaragua s’inscrit dans une dynamique globale de recul démocratique et même de franche bascule autoritaire. Le couple présidentiel opère un contrôle de plus en plus strict sur sa population. Il s’agit d’étouffer toute voix discordante, et de modeler la société nicaraguayenne à sa guise. Toutefois, l’opposition n’est pas morte, en témoignent les mobilisations de groupes d’opposition, principalement basés au Costa Rica désormais. Les organisations internationales se mobilisent également pour dénoncer les bavures de ce régime, en témoignent les campagnes de communication et les rapports d’Amnesty international.




