Détenus membres de las maras aux tatouages visibles dans une prison d'Amérique centrale

Las maras sont l’un des phénomènes criminels les plus complexes et les plus documentés d’Amérique latine. Si les noms de Pablo Escobar ou d’El Chapo dominent la culture populaire, la réalité quotidienne de la violence en Amérique centrale est incarnée par ces gangs transnationaux qui, depuis les années 1990, ont plongé le Triángulo Norte dans une spirale meurtrière. Sujet récurrent en version comme en composition, las maras permettent d’aborder en profondeur des thèmes aussi variés que l’échec de l’État, la pauvreté structurelle, les migrations forcées et les tensions entre sécurité et démocratie. Cette fiche te donne tout ce qu’il faut savoir pour mobiliser ce sujet avec précision dans tes copies.


Gangs en Amérique latine : quand l’autorité criminelle surpasse le pouvoir politique

 

Quelques données à connaître sur le Triángulo Norte, terrain de jeu de las maras

Tu n’es pas censé ignorer que l’Amérique centrale est sujette à de nombreux fléaux majeurs entravant toute possibilité de développement et participant même à son sous-développement.

La région du Triángulo Norte (Salvador, Honduras et Guatemala) est malheureusement connue pour sa propension à la violence. Selon l’UNODC, le Salvador a longtemps été le pays où le taux d’homicide est le plus important, avec jusqu’à 103 homicides pour 100 000 habitants en 2015, loin devant le Honduras avec 57 homicides pour 100 000 habitants. Pour donner un ordre d’idée, la France est à 1 pour 100 000 et le Japon à 0,2.

À cela vient s’ajouter une pauvreté endémique : 64 % des habitants du Honduras vivent en dessous du seuil de pauvreté national selon l’ONU. Selon Jari Dixon, un politicien hondurien : “Ils ne courent pas après le rêve américain, ils fuient le cauchemar hondurien.”

La pauvreté sert ainsi de terreau aux maras. Elle facilite le recrutement des jeunes et alimente la economía informal : 80 % de la cocaïne à destination des États-Unis transite par l’Amérique centrale. Ces jeunes issus de familles pauvres, sans accès à l’éducation, voient dans las maras une porte de sortie. Le personnage de Gregorio Ortega dans le roman Más allá del invierno d’Isabel Allende est l’incarnation de cette détresse profonde.

Origines et histoire de las maras

Las maras ne sont pas nées en Amérique centrale mais à Los Angeles. Dans les années 1980, de nombreux réfugiés fuyant les guerres civiles au Salvador, au Honduras et au Guatemala s’installent dans les quartiers défavorisés du sud de la Californie. Pour se protéger face à d’autres gangs latinos déjà installés, ils créent leurs propres structures. La plus puissante, la Mara Salvatrucha (MS-13), est fondée dans ce contexte de survie urbaine et de marginalisation sociale. Sa rivale principale, le Barrio 18, également née à Los Angeles, adopte un nom faisant référence à la 18e rue du quartier où elle est apparue.

Le tournant décisif a lieu dans les années 1990. La politique d’expulsion massive des États-Unis conduit au renvoi de dizaines de milliers de délinquants vers des pays d’Amérique centrale qui n’ont aucun fichier criminel sur eux et aucune infrastructure pour gérer leur retour. C’est ainsi que MS-13 et le Barrio 18 se transplantent et s’enracinent dans des sociétés affaiblies par des années de conflit armé, de pauvreté et d’absence de l’État.

Le fonctionnement de las maras

Le recrutement et les rites d’initiation

La sélection est violente et fait entrevoir aux nouveaux venus le pouvoir de ces bandes. L’aspirant marero est lynché durant un délai précis par d’autres mareros pour montrer son allégeance. Les aspirants doivent supporter treize secondes de coups pour rejoindre la MS-13. Une fois ce rite passé, les nouveaux mareros rejoignent une nouvelle famille appelée clica qui passe désormais avant tout, la mort étant la sanction la plus commune pour les potentiels rebelles.

L’organisation et l’extorsion

Las maras s’organisent autour d’une structure pyramidale. Les clicas locales forment les unités de base. Les revenus proviennent principalement de l’extorsion, la renta, qui frappe commerçants, chauffeurs de bus et habitants des territoires contrôlés. Toute activité économique dans un quartier sous influence d’une mara est soumise à cet impôt informel, sous peine de représailles violentes.

La rivalité entre las maras explique le taux d’homicide important dans cette région. Les guerres de gangs entre MS-13 et la Mara 18 sont une réalité permanente, si bien qu’un simple geste peut être interprété comme une appartenance à un autre gang et mener à la mort.

Las maras et les migrations

Le lien entre las maras et les migrations est direct et documenté. Les habitants des zones contrôlées par les gangs fuient non par choix mais par survie. Les jeunes hommes en âge d’être recrutés de force et les familles incapables de payer la renta n’ont souvent d’autre option que de partir vers le nord. Ces migrations forcées alimentent les caravanes de migrants qui traversent le Mexique vers les États-Unis.

Ce lien est fondamental pour mobiliser ce sujet dans une composition sur les migrations. Las maras ne sont pas un simple fait divers : ce sont un moteur structurel des déplacements de population en Amérique centrale. Les politiques migratoires américaines ont tenté de gérer ces flux sans jamais s’attaquer aux causes profondes qui alimentent à la fois la violence des gangs et la décision de fuir.

Le modèle Bukele : un bilan dual

L’état d’exception de 2022

Le tournant radical intervient le 27 mars 2022 lors d’un week-end noir où les pandillas Barrio 18 et MS-13 assassinent 87 personnes car le pacte secret qui les liait au gouvernement Bukele vient d’être rompu. La réponse de Bukele est immédiate : il décrète le régimen de excepción, un état d’exception qui suspend plusieurs droits constitutionnels et donne aux forces de sécurité des pouvoirs d’arrestation étendus sans mandat. Depuis, ce régime a été prorogé plus de trente fois par l’Assemblée législative, où le parti de Bukele détient la majorité absolue.

Des résultats spectaculaires mais contestés

Les résultats chiffrés sont spectaculaires. Le taux d’homicide au Salvador passe de 103 pour 100 000 habitants en 2015 à seulement 7,8 en 2022, puis à 2,5 en 2023. Bukele revendique 84 000 arrestations depuis mars 2022 et a fait construire le Centro de Confinamiento del Terrorismo (CECOT), la plus grande prison du monde avec une capacité de 40 000 détenus. Le désmantelement des maras en tant que structure criminelle dominante est désormais une réalité palpable. Il est réélu en février 2024 avec près de 85 % des voix.

Mais ce bilan est fortement contesté. Des organisations de droits humains ont documenté des cas de torture, de détention arbitraire et de mauvais traitements en prison. Plus de 350 personnes seraient mortes en détention sous le régime d’exception. Certains analystes estiment que les chiffres officiels d’homicides sont sous-estimés d’au moins 47 %, car les morts lors d’affrontements avec les forces de sécurité, les décès en prison et les cadavres dans des fosses clandestines ne sont pas comptabilisés.

Le bukelismo, un modèle qui fait école

Ce bilan clairement dual soulève une question fondamentale : la stratégie sécuritaire de Bukele a été exécutée au prix d’un recul démocratique significatif. Pourtant, le bukelismo fait école dans toute la région : l’Équateur, ravagé par la montée du narco-trafic, et le Honduras ont regardé avec intérêt le modèle salvadorien.

La question posée aux préparationnaires dans leurs compositions est double : le bukelismo est-il un modèle efficace de sécurité publique, ou un autoritarisme populiste qui sacrifie la démocratie sur l’autel de la sécurité ?

Les solutions alternatives

Au-delà de la mano dura, des voix s’élèvent pour une résolution sociale du problème. Certains programmes de réinsertion et de prévention ont été expérimentés avec succès à petite échelle dans plusieurs villes d’Amérique centrale. Ces politiques cherchent à offrir aux jeunes marginalisés une alternative à las maras en investissant dans l’éducation, la formation professionnelle et la création d’emplois dans les quartiers les plus exposés.

El Diabólico, condamné à près de 170 années de prison au Guatemala et l’un des leaders historiques de la MS-13, prône lui-même la discussion avec les gouvernements. Mais ces propositions se heurtent au refus catégorique des États qui craignent de légitimer les gangs en négociant avec eux.

Pour aller plus loin et réviser de façon ludique, tu peux visionner les films Sin Nombre et La Vida Loca, qui traitent de cette réalité de l’intérieur.

Tableau de vocabulaire : las maras en espagnol

Français Espagnol Exemple en contexte
Las maras las maras / las pandillas Las maras controlan barrios enteros.
Un membre d’une mara un marero Los mareros llevan tatuajes característicos.
La cellule locale la clica Cada clica controla un territorio preciso.
L’extorsion la renta / la extorsión Pagar la renta o morir es la alternativa.
Le Triangle du Nord el Triángulo Norte El Triángulo Norte concentra la mayor violencia.
La politique de la main de fer la mano dura La mano dura fue adoptada por Bukele.
L’état d’exception el régimen de excepción El régimen de excepción fue decretado en 2022.
Un gang una pandilla Dos pandillas dominan El Salvador.
Le trafic de drogue el narcotráfico El 80% de la cocaína pasa por Centroamérica.
Le déplacement forcé el desplazamiento forzado Las maras generan un desplazamiento masivo.
La pauvreté endémique la pobreza endémica La pobreza endémica alimenta el reclutamiento.
L’économie informelle la economía informal El 80% de los jóvenes trabaja en la economía informal.
La réinsertion la reinserción Los programas de reinserción son alternativos.
Le modèle Bukele el bukelismo El bukelismo divide a los analistas.
Le CECOT el CECOT El CECOT alberga hasta 40 000 reclusos.