Mariage en Chine, voilà un sujet qui inquiète de plus en plus le gouvernement chinois. En 2021, le mariage en Chine a connu un record historiquement bas, avec seulement 7,6 millions d’unions célébrées pour 1,4 milliard d’habitants. Cette baisse du mariage en Chine n’est pas un phénomène isolé, mais bien une tendance de fond observée depuis neuf années consécutives. Pourtant, le mariage en Chine reste une étape sociale obligatoire, ce qui rend ce recul d’autant plus paradoxal aux yeux des autorités. Plusieurs facteurs expliquent ce désamour pour le mariage en Chine, entre incertitude économique, évolution des mentalités et déséquilibre démographique entre hommes et femmes. Face à cette situation, certaines autorités locales vont jusqu’à proposer des primes financières aux jeunes mariés pour relancer le mariage en Chine.
Voici un tour d’horizon complet des causes et des conséquences du déclin du mariage en Chine, des pressions sociales qu’il engendre jusqu’à son impact sur la natalité du pays.
La société chinoise du XXIe siècle : une mutation des mentalités
Pourquoi les jeunes Chinois ne veulent-ils plus se marier ?
Une incertitude face à l’avenir cause une réticence au mariage en Chine
Face à une économie en difficulté, à une hausse des licenciements, ainsi qu’à une hausse du taux de chômage, de nombreux couples chinois n’envisagent pas de se marier dans l’immédiat. Cette incertitude face à l’avenir freine de nombreux Chinois à fonder une famille.
Le chômage des jeunes illustre particulièrement bien cette précarité. Hors étudiants, le taux de chômage des 16-24 ans a dépassé les 15 % à plusieurs reprises ces dernières années, un chiffre qui contraste fortement avec le taux de chômage global du pays, bien plus modéré. Cette difficulté à s’insérer durablement sur le marché du travail pousse de nombreux jeunes Chinois à repousser les projets de vie les plus engageants, à commencer par le mariage en Chine, perçu comme une étape nécessitant une stabilité financière qu’ils peinent encore à atteindre.
À cette précarité professionnelle s’ajoute le prix de l’immobilier, particulièrement élevé dans les grandes métropoles chinoises. Posséder un logement étant traditionnellement un prérequis au mariage, son coût croissant dissuade de nombreux couples de franchir le pas, ou les pousse à repousser indéfiniment cette étape en attendant des conditions économiques plus favorables.
Un changement de mentalité
Que ce soit du côté des femmes ou de celui des hommes, le mariage n’est plus une priorité pour beaucoup, et ce, pour des raisons différentes.
D’abord, les femmes peuvent aller à l’université, être diplômées et travailler. L’indépendance financière qu’elles ont acquise leur permet de remettre à plus tard le mariage. Mais surtout, conscientes des inégalités hommes-femmes, notamment dans la vie maritale, le mariage ne devient plus une priorité. En effet, après être rentrées du travail, les tâches ménagères reviennent majoritairement à la mariée. En effet, les femmes mariées consacrent chaque jour en moyenne trois fois plus de temps aux tâches ménagères que leur conjoint. D’ailleurs, de nombreuses mariées choisissent de démissionner et de devenir mères au foyer, car jongler entre vie professionnelle et vie personnelle est difficile, voire impossible pour elles. De la même manière, le scénario où le père s’occupe très peu de ses enfants et délaisse sa responsabilité à la mère reste très commun.
Cette réticence des femmes se heurte d’ailleurs à une pression sociale bien spécifique, incarnée par le terme péjoratif de 剩女, littéralement les femmes restantes, qui désigne les Chinoises encore célibataires à la fin de la vingtaine. Ce stigmate, largement relayé par les médias d’État, illustre le décalage croissant entre les aspirations des jeunes Chinoises et les attentes traditionnelles de la société à leur égard.
Ensuite, chez les hommes, c’est plutôt leur situation financière qui freine l’engouement du mariage. Traditionnellement, les hommes doivent posséder quatre objets afin que les parents acceptent de donner la main de leur fille. Ces quatre objets changent généralement tous les 10 ans. Si dans les années 1970, les hommes devaient posséder un vélo, une machine à coudre, une montre et une radio, il fallait posséder une télévision couleur, un réfrigérateur, une machine à laver et un enregistreur dans les années 1980. Depuis les années 2000, les hommes doivent posséder une maison, une voiture, des billets et des bijoux. Toutefois, ces quatre objets sont difficiles à posséder aujourd’hui. Il existe néanmoins des mariages qui ont lieu bien que le marié ne possède pas les quatre objets.
Face à cette pression financière, certains jeunes couples optent pour ce que l’on appelle le mariage nu, ou 裸婚, une union célébrée sans logement, sans voiture, sans bague et sans cérémonie fastueuse. Ce phénomène, encore minoritaire mais croissant, traduit une volonté de dissocier le mariage en Chine de ses marqueurs matériels traditionnels, au profit d’une union fondée davantage sur le lien affectif que sur le statut économique des époux.
Une modification de la structure de la pyramide des âges
Il y a une forte diminution du nombre de femmes, une conséquence directe de la politique de l’enfant unique. Il y aurait 17,5 millions de plus d’hommes âgés de 20 à 40 ans que de femmes. Mais le nombre de jeunes Chinois est aussi en baisse.
Ce déséquilibre démographique, hérité des décennies de politique de contrôle des naissances, réduit mécaniquement le nombre de mariages possibles, puisqu’il existe structurellement moins de femmes en âge de se marier que d’hommes candidats au mariage. Cette situation crée une compétition accrue entre les prétendants, renforçant encore davantage les exigences matérielles imposées aux hommes, en particulier dans les zones rurales où le déséquilibre des sexes est souvent le plus marqué.
Cette pyramide des âges déséquilibrée s’accompagne par ailleurs d’un vieillissement général de la population chinoise, qui réduit mécaniquement la part des jeunes en âge de se marier dans la population totale. Cette double dynamique, moins de femmes et moins de jeunes en proportion, complique encore la tâche des autorités qui cherchent à relancer le mariage en Chine pour enrayer la baisse de la natalité.
Quelles sont les conséquences du déclin du mariage en Chine ?
Une pression sociale exercée par l’horloge sociale et par les parents sur les jeunes
D’une part, il est encore difficile pour la majorité des Chinois de s’émanciper d’un certain rythme de vie imposé par la société. Les amis et les parents sont toujours là pour rappeler leur âge et la situation dans laquelle ils devraient être. En Chine, le schéma de vie classique imposé par la société est le suivant :
Naissance – 23 ans : études
23 ans : être diplômé et à la recherche d’un travail
30 ans : mariage et acheter un appartement
40 ans : s’occuper des enfants
60-70 ans : retraite et s’occuper des petits-enfants

D’autre part, les parents savent également mettre la pression sur leurs enfants. Ils vont même jusqu’à se mêler de leur vie amoureuse afin de mettre fin à leur célibat. De nombreux parents se rencontrent dans les 相亲角, un marché de mariages qui a lieu tous les week-ends.
Les parents se retrouvent dans un parc public pour trouver la moitié de leur enfant. C’est sur une pancarte ou sur une feuille qu’ils écrivent des informations concernant leur enfant. Sur ces pancartes, on retrouve souvent le sexe, l’âge, le salaire, la taille, le domaine d’études, la ville, le caractère, etc. Il est même précisé si l’enfant est propriétaire d’une maison.
Un facteur de la baisse de fécondité en Chine
Puisqu’il est inconcevable d’avoir un enfant sans passer par la case mariage et que les enfants nés hors mariage restent un sujet tabou, vouloir augmenter le taux de fécondité implique une nécessité d’augmenter le nombre de mariages. Or, comme les jeunes retardent de plus en plus le mariage, se marier à 30 ans veut également dire que le ménage risque d’avoir moins d’enfants qu’un couple marié de moins de 25 ans. D’où la mesure lancée par les autorités de Changshan.
Ainsi, l’enjeu du mariage est donc très important pour les autorités chinoises qui voient les noces comme une solution au problème démographique auquel elles sont confrontées. Je t’invite donc à lire l’article sur le problème démographique en Chine.
Les nouveaux phénomènes dans la société chinoise
Un peu de vocabulaire sur le mariage en Chine
| Chinois | Français |
|---|---|
| 婚姻 | Mariage |
| 结婚 | Se marier |
| 离婚 | Divorcer |
| 结婚四大件 | Les quatre objets nécessaires pour se marier |
| 社会时钟 | L’horloge sociale, rythme de vie imposé par la société |
| 压力 | La pression |
| 受压力 | Subir la pression |
| 施加压力 | Mettre la pression |
| 相亲角 | Coin de rencontres |
| 对象 | Partenaire (couple) |
Conclusion sur le mariage en Chine
Le mariage en Chine traverse une crise profonde, révélatrice de transformations sociales bien plus larges que la simple question matrimoniale. Entre incertitude économique, émancipation des femmes et déséquilibre démographique hérité de la politique de l’enfant unique, les raisons de ce déclin sont multiples et profondément ancrées dans les mutations de la société chinoise.
Face à cette situation, les autorités chinoises peinent à inverser la tendance, malgré des mesures incitatives comme les primes versées aux jeunes mariés. Le poids de la pression sociale, incarnée par les 相亲角 et l’horloge sociale imposée aux jeunes générations, illustre bien la persistance de normes traditionnelles que beaucoup de Chinois cherchent désormais à contourner.
Le recul du mariage en Chine n’est donc pas un phénomène isolé, mais bien le symptôme d’une société en pleine mutation, où les enjeux individuels entrent en tension croissante avec les impératifs démographiques et économiques du pays.



