L’essentiel sur la corrida en 10 bullet points L’essentiel sur la corrida en 10 bullet points
La corrida est une pratique culturelle en vigueur en Espagne, dans certains pays d’Amérique latine, mais aussi en France et au Portugal. Cette course... L’essentiel sur la corrida en 10 bullet points

La corrida est une pratique culturelle en vigueur en Espagne, dans certains pays d’Amérique latine, mais aussi en France et au Portugal. Cette course de taureaux, qui prend la forme d’un combat entre les hommes et l’animal, fait couler beaucoup d’encre en raison de la mise à mort du taureau. Elle est devenue un sujet politique, culturel et patrimonial. Il est donc fort probable que tu aies à traiter cette thématique lors d’un écrit ou d’un oral d’espagnol. Major Prépa a préparé pour toi une petite synthèse en dix bullet points. Bonne lecture !

 

# 1. Origines et histoire de la corrida

Il existe un grand flou quant aux origines exactes de la corrida. En Crète, des fresques illustrant des jeux avec des taureaux remontent au deuxième millénaire av. J.-C. La culture gréco-latine, transmise via l’occupation romaine en Espagne, semble donc à l’origine du développement des corridas dans le pays.

On estime que les premières corridas ont eu lieu en l’an 815, lors de fêtes royales en l’honneur du roi Alphonse II des Asturies. Durant l’occupation musulmane de la péninsule ibérique (de 711 à 1492), la corrida a connu un essor pour devenir le sport de la noblesse.

La corrida telle que nous la connaissons actuellement a émergé au XVIIIe siècle. En effet, à cette époque, la corrida a été délaissée par l’aristocratie et le peuple se l’est réappropriée pour en faire une vraie tradition populaire.

 

# 2. Des taureaux robustes

On ne choisit pas n’importe quel taureau pour la corrida ! Ces bêtes de combat sont d’origine européenne et élevées spécialement pour être confrontées aux hommes. On parle ainsi de « bétail brave ». Les races les plus plébiscitées sont des espèces andalouses et castillanes.

Dès le XVIe siècle, l’Espagne développe cet élevage bovin bien particulier. C’est surtout au XVIIIe siècle, au moment où la corrida se démocratise, que les élevages s’amplifient. Le modèle s’exporte d’ailleurs en Amérique latine et notamment au Mexique. Ce pays est aujourd’hui le deuxième plus gros éleveur de taureaux de combat (après l’Espagne).

Le taureau connaît une période de vie tranquille en pâturages pendant environ quatre à cinq ans. En Espagne, les taureaux de corridas doivent avoir au moins quatre ans et peser plus de 460 kg. Il faut compter environ 5 000 € pour produire un taureau de combat.

 

# 3. Des lieux de combats particuliers

Avant que la corrida ne se démocratise, les combats avaient lieu dans les rues ou sur certaines places des villes. Mais dès le XVIIIe siècle, on construit des espaces spéciaux pour accueillir ces duels : les arènes. Deux motifs expliquent la forme ronde des arènes : d’un côté, elle permet une visibilité optimale pour le public et d’un autre côté, le taureau ne peut pas se réfugier dans les coins, ce qui rend le combat plus intense.

Les arènes ont des tailles variables d’une ville à l’autre, avec un diamètre allant de 45 à 60 mètres. On en compte plus de 530 dans les villes espagnoles, 40 au Mexique et 68 en France (concentrées dans le sud-ouest du pays). Il faut aussi y ajouter les arènes démontables utilisées à de nombreuses reprises.

 

Jean-Baptiste Maudet, Tauromachie et géopolitique en péninsule Ibérique : la frontière Espagne/Portugal depuis l’arène

 

On trouve les plus grandes arènes du monde à Mexico (48 000 places). En Espagne, les arènes de Las Ventas à Madrid peuvent rassembler jusqu’à 24 000 spectateurs. En France, les arènes de Nîmes offrent 20 000 places et Arles 12 000.

 

# 4. Règles et déroulement du combat

Une corrida traditionnelle rassemble six taureaux et dix-huit combattants, les toréadors, vêtus de « l’habit des lumières » (tenue traditionnelle en soie et ornée de broderies dorées). Ces derniers sont répartis en trois équipes de six. Chaque équipe est composée d’un matador (celui qui tuera la bête), de trois banderilleros à pied et de deux picadors, à cheval.

Avant le début du combat, c’est le sorteo : les taureaux sont tirés au sort pour la répartition des équipes. Ensuite, le défilé de tous les participants a lieu, c’est le paseo. Puis, tour à tour, chaque taureau affrontera une équipe pendant une vingtaine de minutes, c’est le combat (la lidia).

Le combat se décompose en trois parties, les tercios. Dans un premier temps, il s’agit de blesser le taureau pour l’affaiblir et sonder son comportement. Ensuite, il s’agit de planter des banderilles dans le dos du taureau. Enfin, la dernière partie est celle de la mise à mort, une fois que le taureau ne se montre plus résistant. Le matador, seul, doit l’achever.

    

 

# 5. Corrida et législation

En Espagne, la corrida est légale et légiférée par un décret royal. L’état espagnol considère qu’il s’agit d’un patrimoine culturel national. Toutefois, deux communautés autonomes ont décidé de l’interdire : les îles Canaries en 1991 et la Catalogne, depuis janvier 2012.

Au Portugal, tuer le taureau a été prohibé en 1928, mais la pratique de la corrida classique se perpétue dans certaines communes.

En Amérique latine, afin de se distinguer de l’Espagne jadis colonisatrice, certains pays ont décidé d’interdire la corrida. C’est le cas du Chili, de l’Argentine, de l’Uruguay et de Cuba. Au Venezuela, elle est légalement interdite (depuis 1894), mais encore pratiquée. Au Mexique, elle est autorisée.

En France, la corrida est légale grâce à un petit alinéa de 1959 qui annule la loi Grammont (passée en 1850 et contre les comportements portant préjudice aux animaux) en cas de tradition “locale et ininterrompue”. Concrètement, la corrida en France est autorisée dans le Sud (Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et Provence-Alpes-Côte d’Azur).

 

# 6. La pratique de la corrida en 5 chiffres clés

  • Chaque année, 1 800 corridas sont organisées en Espagne contre 170 au Portugal et 70 environ en France.
  • En Espagne, on dénombre 6 millions de spectateurs, ce qui en fait le deuxième spectacle de masse après le football.
  • 200 000 personnes ont un emploi dans le secteur de la corrida en Espagne (qui représente 1,5 % du PIB du pays).
  • Chaque année, 40 000 taureaux sont tués en Europe et 250 000 dans le monde.
  • Depuis la démocratisation de la corrida au XVIIIe siècle, 60 matadors dans le monde sont morts dans les arènes.

 

# 7. Les anti-corrida

Dans les pays où elle est légale, les débats autour de la corrida restent vifs. Les opposants à la corrida dénoncent :

  • la souffrance de l’animal et la torture que ce dernier subit
  • les conditions inéquitables du combat
  • les risques de mort pour les combattants
  • la banalisation de la violence provoquée par ces spectacles
  • le financement en partie public des corridas (via les subventions)

En Espagne, la situation varie beaucoup d’une région à l’autre et de l’âge des citoyens. Au niveau national, selon un sondage Gallup, 69 % ne se disent « pas intéressés » par la corrida, 21 % ont « un certain intérêt » et 10 % sont « très intéressés ».

En France, un sondage Ifop de 2015 souligne que 75 % des interviewés seraient en faveur de l’abolition de la corrida.

 

# 8. Quelques grands noms de la corrida

Il est impossible de retenir tous les noms des toréadors connus, en voici trois qui ont marqué l’histoire de la corrida :

Francisco Montes Reina dit “Paquiro” (1805-1851). Matador espagnol, il est associé à la démocratisation et à la modernisation de la corrida. Il participera à la rédaction des premiers règlements écrits et sera à l’origine du Traité de tauromachie.

 

 

 

Manuel Benítez Pérez dit “El Cordobés” (1936-). Grand matador de la fin du XXe siècle. Il obtiendra de nombreux titres publics en reconnaissance de ses prouesses.

 

 

 

Mari Paz Vega (1974-). Actuellement une des seules femmes toréadors d’Espagne, dans cet univers resté très masculin.

 

 

 

# 9. Art et corrida

Musiques, peintures, sculptures, films… La corrida a été, et demeure l’objet de beaucoup d’œuvres d’art hispaniques, mais aussi venant d’autres pays. En voici deux, faciles à utiliser.

Le peintre espagnol Francisco de Goya (1746-1828) est à l’origine de l’œuvre La Tauromaquia réalisée entre 1815 et 1816Il s’agit d’une série composée de 33 gravures qui retracent toutes les étapes de la corrida.

De manière bien plus contemporaine, le film Habla con ella (Parle avec elle), réalisé en 2002 par Pedro Almodóvar, met en scène le personnage de Lydia, un femme toréador connue en Espagne. Déboussolée par une rupture amoureuse, elle se laisse plus ou moins encorner par le taureau et se retrouve dans le coma.

 

# 10. Le lexique indispensable de la corrida

le toréador = el torero/la torera

le taureau de combat = el toro di lidia 

la tauromachie = la tauromaquia 

les arènes = la plaza de toros 

les gradins = los tendidos 

la cape = el capote

la banderille = la banderilla

passionné de corrida = aficionado

grâce du taureau = indulto 

manifestation d’enthousiasme = Olé 

Florine Brière