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Comment construire une véritable problématique philosophique ? Comment mobiliser ses connaissances sans réciter son cours ? Et surtout, comment faire dialoguer les grandes références philosophiques avec des enjeux contemporains comme l’intelligence artificielle ? À travers l’analyse d’une copie notée 20/20 […], nous te proposons de répondre à ces questions. Dans cet article, nous te donnons des conseils clés à appliquer dans tes prochaines dissertations.

Tu peux retrouver la copie en cliquant sur ce lien.

Partir du sujet, et non des connaissances

Le candidat ne doit jamais commencer une dissertation en cherchant immédiatement quels auteurs pourraient être mobilisés. C’est une erreur fréquente : face à un intitulé, on reconnaît une notion du programme et l’on cherche à restituer les connaissances correspondantes. Pour la session 2026, il semble que le jury a voulu tester les candidats sur cet écueil. En effet, le sujet était particulièrement vague par rapport à notre programme sur la science.

Une dissertation ne consiste pas à montrer que l’on sait

Il faut que tu sois capable d’identifier ce qui fait problème dans le sujet précis qui nous est proposé. Face à « La résistance du réel », il faut d’abord chercher à comprendre pourquoi une telle expression pouvait poser question. Parler de résistance suppose généralement une opposition entre deux forces. Mais que signifie résister pour le réel ? À quoi résiste-t-il ? Ce sont autant de questions qui permettent de faire apparaître le présupposé essentiel : le réel ne se laisserait pas entièrement saisir ou maîtriser par l’homme.

Petit conseil méthodologique 

Face au sujet, il ne suffit pas de définir séparément les termes « résistance » et « réel ». Essaie plutôt de comprendre ce que leur association implique et, surtout, interroge la validité de cette association. Au brouillon, demande-toi toujours pourquoi le sujet est formulé ainsi, et non autrement. La “résistance du réel” ne pose pas exactement le même problème que « Les limites de la connaissance scientifique » ou « Peut-on maîtriser le réel ? ». Ces sujets peuvent se rejoindre, mais ils ne sont pas interchangeables.

 

Construire une problématique à partir d’une véritable tension

Faire apparaître la difficulté

La problématique ne doit pas être une simple reformulation du sujet sous forme interrogative. Ton introduction doit justement faire apparaître une tension plus profonde tirée du sujet lui-même. Dans la copie ci-jointe, tu peux constater une progression dans le raisonnement : le réel semble d’abord résister à nos tentatives de connaissance et de maîtrise, comme en témoignent les obstacles rencontrés par les sciences. Pourtant, le progrès scientifique permet précisément de repousser ces obstacles, laissant penser que cette résistance n’est que provisoire. Mais peut-on en déduire que tout ce qui résiste aujourd’hui à la science sera nécessairement connaissable demain ?

C’est en interrogeant ce présupposé que se dégage la véritable tension philosophique du sujet : la résistance du réel n’est-elle qu’un défi technique ou relève-t-elle d’une limite fondamentale du savoir scientifique ?

Notre conseil pour les futurs candidat(e)s

Lorsque tu penses avoir trouvé votre problématique, demande-toi si elle fait véritablement apparaître deux hypothèses philosophiquement défendables. Puis cherche le présupposé qui permet de passer de la première à la seconde. C’est souvent en mettant en doute ce qui semblait initialement évident que l’on parvient à transformer un simple sujet de réflexion en véritable problème philosophique.

Le plan est une progression intellectuelle

Première partie : admettre l’expression “la résistance du réel”

Les candidats doivent se confronter au sujet et jouer le jeu ! Dans un premier temps, la copie examine la résistance du réel comme une contrainte rencontrée par la science. Ici, les références à Descartes permettaient notamment d’interroger les conditions dans lesquelles la connaissance scientifique  cherche à établir une prise rationnelle sur les phénomènes.

Deuxième partie : remettre en question sa validité

Une difficulté apparaît entre la première et la deuxième partie de la copie : cette résistance est-elle une propriété immuable du réel, ou dépend-elle aussi des instruments et des méthodes par lesquels nous tentons de le connaître ?

Cette question ouvre le deuxième mouvement du devoir, consacré à la transformation historique des conditions de la connaissance. Les réflexions de Bachelard et de Heidegger permettent de remettre en question l’idée d’un réel simplement donné, qui attendrait d’être découvert.

Troisième partie : déplacer le problème

La copie soulève un problème sous-jacent à la résistance du réel : la complexité irréductible du réel. Il ne s’agit plus seulement de déterminer comment surmonter une résistance, mais de comprendre pourquoi certaines réalités résistent à nos modèles de connaissance eux-mêmes.

La troisième partie est souvent la plus bâclée, faute de temps. Nous te conseillons de bien gérer ton temps car c’est celle qui peut vous permettre de gagner des points. Dans la copie ci-jointe, tu peux constater un vrai effort consacré à la dernière partie. En effet, cette partie dépasse les idées classiques sur la sciences pour s’insérer dans une réflexion plus contemporaine sur l’intelligence artificielle.

L’exemple de l’intelligence artificielle est assez pertinent pour illustrer la complexité des phénomènes. L’IA soulève une question plus fondamentale : que signifie connaître un phénomène (ici l’intelligence humaine) lorsque nous sommes capables d’en reproduire certaines performances sans en posséder une compréhension complète ? L’intelligence artificielle devient ainsi un moyen d’interroger la distinction entre reproduire, prévoir, expliquer et comprendre.

 

En bref

Une copie convaincante n’est pas nécessairement celle qui cite le plus d’auteurs. C’est celle dans laquelle chaque référence, chaque exemple et chaque distinction contribue à faire avancer un problème bien identifié.