Envie d’insérer une accroche artistique à tes colles et tes essais d’espagnol ? Nous te présentons huit œuvres du monde hispanophone d’aujourd’hui et des siècles passés, qui peuvent te permettre d’avoir l’attention du jury dès les premières minutes !
Espagne
Guernica, Picasso (1937)

Picasso est un peintre franco-espagnol du XXe siècle. Il est né en Andalousie, mais passe la majeure partie de sa vie en France. C’est un des pères fondateurs du cubisme. Son œuvre hispanophone Guernica, qu’il a peinte en 1937, représente le bombardement du 27 avril 1937 sur la ville basque du même nom, pendant la guerre d’Espagne. Ce bombardement a été commis par la Légion Condor allemande nazie.
Le tableau est gigantesque : plus de 7 mètres de long sur 3,5 mètres de hauteur environ. Il est aujourd’hui exposé au musée Reina Sofia à Madrid, mais a longtemps été conservé aux États-Unis, à la demande de Picasso, car il refusait de le transférer en Espagne tant que le général Franco était au pouvoir. C’est d’ailleurs le gouvernement républicain espagnol qui a fait la commande de cette œuvre du mouvement du cubisme à Picasso.
À travers ce tableau, Picasso dénonce le franquisme ainsi que l’horreur de la guerre. Il a une portée politique internationale, puisqu’il dénonce plus généralement les totalitarismes fascistes. Il utilise des clairs-obscurs, mais aussi la fragilité du support pour montrer l’instabilité du monde en 1937 ainsi que le caractère éphémère de la paix. Picasso y a peint un taureau, symbole de l’Espagne mais aussi de force et de cruauté. Le hennissement du cheval, au milieu du tableau, symbolise quant à lui les hurlements du peuple. Enfin, la colombe blessée, à la droite de l’œuvre, est une allégorie de la paix assassinée.
L’artiste met en avant, grâce à son œuvre, les victimes civiles du bombardement. Tu peux donc utiliser cette œuvre pour traiter de la guerre d’Espagne et des civils innocents qu’elle a touchés, mais aussi la période franquiste et les dégâts qu’elle a causés, autant sur le plan politique, qu’humanitaire et économique.
Sol de miró, Joan Miró (1938)

Joan Miró est, lui aussi, un artiste espagnol. Il naît en 1893 à Barcelone et vit de ses peintures, sculptures, gravures et céramiques. Il représente dans ses œuvres hispanophones le mouvement surréaliste. Son Sol de Miro a été réalisé en 1938 à la demande du gouvernement espagnol.
Son œuvre est aujourd’hui le logo officiel de l’Espagne touristique. L’objectif était d’identifier le pays comme une destination touristique internationale. C’est d’ailleurs la première fois qu’une œuvre artistique est utilisée pour une campagne touristique. Ce logo est donc aujourd’hui la propriété du Turespaña (l’Institut du tourisme espagnol). À l’époque, il contribue à forger une nouvelle image de l’Espagne.
En effet, l’Espagne est l’une des plus importantes destinations touristiques mondiales. En 2024, elle a reçu 94 millions de touristes, créant un nouveau record. Son ouverture au tourisme s’est notamment effectuée à la chute du franquisme et avec l’ouverture de l’Espagne dans les années 1940, mais aussi plus tard, dans les années 1980, et les débuts du tourisme de masse se basant sur une forte urbanisation et le développement de stations balnéaires, à l’image de Lloret del Mar.
D’ailleurs, si tu veux faire un petit focus sur l’Andalousie, tu peux consulter cet article.
Actuellement, le surtourisme est remis en question, notamment grâce à de nombreuses manifestations où les locaux dénoncent les effets pervers du tourisme de masse : augmentation des prix des logements, pollution sonore, déchets… Des mouvements antitouristes se développent. Par exemple, une manifestation, en juillet 2024 à Barcelone, a réuni des milliers d’Espagnols pour protester contre le tourisme de masse qui affecte leur vie quotidienne. En réponse, la maire de Barcelone a augmenté la taxe de séjour pour les personnes restant moins de 72 heures sur le territoire catalan. De son côté, le maire conservateur de Séville envisage de rendre payante la place d’Espagne afin de réguler le nombre de visiteurs.
Paisaje catalán, Joan Miró (1923-24)

À travers cette œuvre espagnole et géométrique, Joan Miró cherche à représenter la tradition catalane. Il y évoque sa vie de famille en Catalogne et rend hommage à sa terre natale. On peut observer, à l’arrière du tableau, les drapeaux français, espagnol et catalan. Miró représente aussi des vagues et des mouettes espagnoles ainsi qu’un chasseur en haut à gauche avec seulement quelques traits et des formes géométriques. En bas à droite, le mot sard fait référence aux sardines, même si certains y voient ici un appel à une danse traditionnelle catalane : la sardana.
La Catalogne, représentée ici à travers la vision de Miró, est aujourd’hui une région autonome sur le plan politique. Elle a sa propre langue, histoire, culture. Des mouvements indépendantistes se sont développés dans cette région, comme la Diada de 2013 (fête nationale catalane) l’a révélé. La Voie Catalane a, en effet, été organisée ce jour-là : une chaîne humaine de 400 km construite du Nord au Sud de la Catalogne pour revendiquer le droit à l’indépendance de cette région. En 2017, lors du référendum pour son indépendance, seuls 42 % des Catalans ont participé et le « oui » l’a emporté avec environ 90 % des voix.
Aujourd’hui, le mouvement indépendantiste a perdu de son engouement et les Diada ne réunissent plus autant que dans les années 2010. Cet article sur la Catalogne approfondit très bien le sujet des mouvements indépendantistes.
Las Meninas, Diego Velázquez (1656)

Diego Velázquez est un peintre baroque espagnol du XVIIe siècle, autrement dit de l’âge d’or espagnol. Il devient rapidement le peintre officiel du roi, ce qui lui donne un grand pouvoir dans le monde artistique de l’époque. C’est un des peintres espagnols les plus influents : il a notamment inspiré Botero et Picasso. Le titre de ce tableau, Las Meninas, est un terme utilisé pour désigner les demoiselles d’honneur. Ce tableau est aussi appelé La familia de Felipe IV. Il représente effectivement la famille royale de l’époque, bien qu’il ait beaucoup questionné. Il reste un mystère pour la plupart des historiens de l’art et est aujourd’hui exposé au musée du Prado à Madrid.
L’originalité du tableau vient du fait que Velázquez se représente lui-même en train de peindre et d’une manière assez surprenante : comme s’il regardait le spectateur. Ainsi, pour certains, ce chef-d’œuvre est un autoportrait. On y voit de plus la reine Marie-Anne et le roi dans un miroir, mais aussi l’Infante Marguerite au centre de la toile. L’Infante est entourée de deux dames d’honneur, Doña Isabel de Velasco, à gauche, et Doña María Agustina Sarmiento, à droite.
Le titre de « roi d’Espagne » date de l’union des royaumes de Castille et d’Aragon en 1476. Actuellement, l’Espagne est toujours une monarchie. Cependant, depuis le début du XIXe siècle, c’est une monarchie constitutionnelle. Le roi est le symbole de l’unité et de la permanence de l’État et il est également le commandant en chef des armées, comme Juan Corlos Iero l’a montré en 1981 lorsqu’il a fait son apparition vêtu du costume militaire après la tentative de coup d’État.
Si tu veux en savoir plus sur le sujet, tu peux regarder cet article.
Amérique latine
Autorretrato en la frontera entre México y Estados Unidos, Frida Kahlo (1932)

Frida Kahlo est une peintre mexicaine, née en 1907 à Coyoacán. Toute sa vie, elle aura une santé fragile, ce qu’elle retranscrira dans ses œuvres. Elle a aussi eu une relation avec le peintre mexicain Diego Rivera. Enfin, Frida est un symbole du nationalisme mexicain et une icône du féminisme. Elle exprime, dans son Autorretrato en la frontera entre México y Estados Unidos, son point de vue sur les États-Unis. En effet, à cette période, elle vit dans le Nord du pays avec Diego Rivera. Elle s’y est représentée, au milieu, tournée vers son pays d’origine et entourée, à gauche, d’objets et de symboles le rappelant et, à droite, d’objets et symboles de la culture américaine.
On voit d’abord que la culture mexicaine est représentée avec la pyramide aztèque, la tête de mort et les idoles de la fécondité. Ce sont aussi des symboles de la fête des Morts, une fête très populaire au Mexique. Frida a utilisé des couleurs chaudes pour représenter son pays, afin de refléter un pays chaleureux et joyeux. À l’opposé, à droite, les États-Unis sont modélisés par des usines Ford et des gratte-ciel, et les couleurs froides sont utilisées pour montrer un pays déshumanisé. La peintre fait donc ici une critique des États-Unis : pollution, industrie… Frida Kahlo a d’ailleurs peint ce tableau par symétrie entre les objets. On peut par exemple voir que la pyramide traditionnelle s’oppose aux gratte-ciel ou que les nuages côté mexicain contrastent avec les fumées industrielles américaines.
Ce tableau peut finalement être interprété comme le sentiment antiaméricain que certains Mexicains entretiennent. Par ailleurs, depuis l’après-Seconde Guerre mondiale, de nombreux Mexicains ont migré aux États-Unis pour avoir une vie meilleure et en 2023. Ils étaient plus de 38 millions de Mexicains aux États-Unis (IFRI), pesant un poids de plus en plus important, notamment dans les élections américaines.
Carro bomba, Fernando Botero (1999)

Fernando Botero est un peintre-sculpteur colombien né en 1932 et mort récemment, en 2023. Ses œuvres sont différentiables grâce à ses personnages aux formes rondes et voluptueuses inspirés de l’art précolombien. Il a des proportions volontairement exagérées et utilise des couleurs vives. Cette manière de peindre est un moyen pour lui de faire passer ses messages et faire des critiques du monde dans lequel il vit.
Carro bomba est une peinture en lien avec les épisodes de violence, de terreur et d’angoisse que vivent les Colombiens dans les années 1980 et 1990. Il applique dans cette œuvre les formes rondes sur les objets. On peut penser que cette peinture fait référence à l’attentat à la voiture piégée qui a eu lieu en Colombie en 1988, qui s’est produit devant le domicile de Pablo Escobar et qui a été perpétré dans le cadre d’une guerre entre le cartel de Cali et celui de Medellín.
Effectivement, à cette époque-là, dans ce pays, de nombreux épisodes de violence, de terreur et d’angoisse sont vécus dans les régions de Bogotá, Cali ou encore Medellín : les guérillas, les cartels et les narcotrafiquants se disputent le territoire. Les voitures piégées étaient utilisées par des groupes à la marge comme instruments pour générer de la terreur dans les villes. Ces attentats ont fait de nombreuses victimes dans la population civile.
La jungla, Wifredo Lam (1942-43)

Wifredo Lam est un peintre cubain né en 1902 et mort en France en 1982. Sa peinture allie modernisme occidental et symboles africains et caribéens. Il fait aussi partie du mouvement surréaliste. Effectivement, Wifredo Lam a croisé la route de nombreux autres grands peintres, comme Picasso ou Matisse. Il combat pour la justice et la libération des réalités opprimées. Il est aussi connu pour avoir soutenu la révolution cubaine.
Ce tableau a été peint entre 1942 et 1943. Il est, selon les historiens de l’art, un des premiers manifestes plastiques du tiers-monde. Effectivement, Lam a, de par ses parents, des origines chinoises et africaines, ce qui le conduit à peindre des tableaux dénonçant le colonialisme. Selon le peintre, l’objet principal de cette œuvre, la jungle, est le premier manifeste du tiers-monde, car « on peut regarder la lutte d’un petit pays des Caraïbes, Cuba, contre les colonisateurs ». Il explique qu’il a peint une paire de ciseaux « comme symbole d’un coup nécessaire […] contre le passé colonial ».
Cuba est une République dont la langue officielle est l’espagnol. En 1492, l’île est colonisée lors de l’arrivée sur le continent de Christophe Colomb. Actuellement, Cuba, et l’Amérique latine plus généralement, reste convoitée par de nombreuses puissances, en particulier pour les ressources naturelles qu’elle détient.
Si tu veux en apprendre plus sur ce sujet, je te conseille cet article, qui détaille davantage les relations internationales de l’Amérique latine.
Ñuñoa, Dasic Fernández (2024)

Pour terminer, voici une œuvre hispanophone de street art, de Dasic Fernández, un peintre chilien connu pour son street art coloré dans les rues de Santiago. Grâce à ses peintures, Fernández donne de l’importance aux plus marginalisés et transmet des messages d’unité, de résilience et d’espoir. Son message est clair : un changement social positif, davantage de justice sociale, une sensibilisation à la durabilité environnementale et à la diversité culturelle. Il encourage l’inclusion par le dialogue.
L’artiste dit, à propos de cette toile, s’exprimer « avec toute la responsabilité que la liberté porte ». En plein milieu de la ville et des bâtiments bétonnés, Fernández montre, grâce aux couleurs, que l’espoir d’un changement positif existe toujours, malgré l’environnement oppressant des immeubles environnants.
Le Chili était une République jusqu’au coup d’État du 11 septembre 1973, commis par Augusto Pinochet, et qui a renversé le président démocratiquement élu, Salvador Allende. À la suite de cet épisode, le Chili devient un pays à économie libérale, ce qui lui permet de relancer son économie, mais aussi de creuser les inégalités dans la population. Actuellement, c’est un pays reconnu comme ayant une certaine stabilité économique et politique sur le continent, même s’il reste parmi les pays les plus inégalitaires au monde.
Tu as maintenant de nombreux exemples pour aborder une grande quantité de sujets grâce à l’art espagnol et latino-américain !



