Cet article portant sur les conséquences économiques des guerres te permettra de répondre à un sujet déconcertant et hors du commun en ESH. Tu trouveras ici un plan détaillé mêlant idées, théories et exemples afin de te permettre de traiter un sujet autour des conséquences économiques des guerres.
Introduction
Les conséquences économiques des guerres renvoient tout autant aux conséquences positives et négatives avant, pendant et après la guerre. Les mécanismes économiques provoquant ces conséquences varient en fonction des types de guerres.
Le sujet renvoie à :
- l’économie de la guerre (conséquences directes des conflits liées aux destructions ou aux dépenses militaires) ;
- l’économie de guerre (réorganisation de l’économie en soutien à la guerre).
Déterminer les conséquences économiques réclame une analyse de l’ensemble des agrégats économiques, à savoir les conséquences monétaires, financières, réelles, commerciales, démographiques et les inégalités.
La guerre bouleverse l’économie parce qu’elle rompt des échanges, parce qu’elle détruit des régions entières, parce qu’elle impose de nouveaux modes d’organisation durant le conflit et parce que, lorsque celui-ci s’achève, il faut financer la reconstruction des pays dévastés.
Cependant, il apparaît un paradoxe. En effet, deux des phases de croissance les plus importantes, les Années folles (années 1920) et les Trente Glorieuses (1945-1973) ont été respectivement précédées par la Première et la Deuxième Guerre mondiale, à savoir les guerres les plus destructrices de l’histoire récente autant pour le capital que pour le travail.
Le terme guerre n’est pas univoque et apparaît alors comme ayant des effets très ambivalents sur l’économie. Des effets qui varient selon le type de guerre, le secteur économique considéré, la temporalité, le statut (gagnant ou perdant de la guerre) ou encore la réaction des autorités politiques et économiques afin de préparer, mener et résorber la guerre et ses conséquences.
Les guerres en elles-mêmes sont destructrices et néfastes pour l’économie
La destruction de facteurs de production
Tout d’abord, les guerres, souvent meurtrières, entraînent une destruction nette du facteur travail : morts et chute des naissances. Ce serait l’une des causes expliquant l’affaiblissement tendanciel de la puissance française avec guerres napoléoniennes au XIXe siècle. Ce serait un facteur majeur expliquant les difficultés de l’ex-URSS (30 millions de morts pendant la Deuxième Guerre mondiale).
Par ailleurs, les guerres détruisent un autre facteur de production : le capital. Ainsi, Thomas Piketty dans Les Hauts revenus en France au XXe siècle : inégalités et redistributions (2001), souligne le rôle des chocs dans l’évolution des revenus du capital. Sa thèse explique alors que les guerres font partie de ces chocs qui mettent fin à l’accumulation du capital et font chuter les inégalités sociales.
La guerre et ses sanctions produisent des déséquilibres conjoncturels
Pour Alfred Marshall, dans Principes d’économie politique (1890), la guerre fait entrer l’économie en « économie de pénurie ». Ainsi, il y a un rationnement de la demande avec un nouveau prix inférieur au prix d’équilibre du marché en concurrence pure et parfaite. Plus encore, il explique qu’il existe un choc d’offre négatif. Dès lors, sur un graphique, la courbe d’offre se déplace vers la gauche. La conséquence de la guerre est ici une hausse des prix avec des denrées qui se font rares.
John Maynard Keynes, en 1940, déclare : « La guerre nous fait repasser de l’âge de l’abondance à l’âge de la pénurie. » L’économie de guerre renvoie alors au moment où les besoins considérés comme normaux ne peuvent être satisfaits. De cette façon, des sacrifices de court terme sont nécessaires du fait de la mobilisation des facteurs productifs.
Plus encore, l’économie de guerre s’accompagne d’une forte consommation et d’inflation après la guerre. Par exemple, en France, en 1951, le taux d’inflation était de 21,7 %. Cette inflation d’après-guerre s’explique par la libération d’une épargne forcée due au rationnement alimentaire notamment. En 1973, le premier choc pétrolier causé par la guerre du Kippour fait entrer les pays industrialisés dans la stagflation.
La guerre et ses sanctions produisent des déséquilibres structurels sur l’économie
Guerres et investissements
Les conflits produisent une chute des investissements privés. C’est pourquoi, Paul Collier, dans Economic Causes of Civil Conflict and their Implications for Policy (1999), insiste sur le lien entre les conflits militaires et les investissements privés.
Les conflits produisent une chute des investissements privés. Plutôt que de faire rentrer des capitaux à investir, la guerre tend à provoquer leur fuite. Une augmentation des taux d’intérêt, due aux niveaux d’incertitude et à l’effet d’éviction causé par l’endettement public, réduit les investissements. L’ampleur de ces effets dépend de la gravité de la guerre et de sa durée, selon Collier.
Guerres et création monétaire
Le financement des guerres peut également provoquer un excès de création monétaire et des conséquences économiques néfastes à long terme. Selon Friedrich Hayek, Prix et Production (1931), le système monétaire de la conférence de Gênes (1922-1934) en fut la preuve. Il relève une incapacité à éliminer les masses de liquidités mises en circulation pendant la Première Guerre mondiale.
Ce déséquilibre est symbolisé par une rupture de la convertibilité en or de toutes les monnaies autres que le dollar. Le taux de convertibilité or passe en moyenne de 70 % à 20 % en Europe entre 1913 et 1918. Pour Hayek, des investissements ont été financés par cette création monétaire, ce qui a provoqué une distorsion des prix relatifs sans qu’il n’y ait de report de consommation. Ce qui a débouché sur la crise de 1929.
Ainsi, pour Hayek, « l’inflation de crédit crée dans le système monétaire une série de perturbations qui faussent les mécanismes de coordination du système de prix relatifs ».
Guerres et sanctions
Par ailleurs, pour John Maynard Keynes, dans Les Conséquences économiques de la paix (1919), les sanctions imposées par le « diktat » de Versailles vont susciter un fort sentiment de rancœur et d’humiliation, qui va mener à la Seconde Guerre mondiale.
Il est opposé à de telles sommes de réparations (mais pas aux réparations). L’Allemagne perd 17 % de son territoire européen, 40 % de son matériel ferroviaire et doit payer 132 milliards de marks-or. Keynes écrit dans son livre que ce chiffre représente quatre années de PIB de l’Allemagne (400 points de PIB).
Toutefois, la guerre permet de stimuler le dynamisme économique et le progrès technique
Les guerres sont un moyen de relance et de croissance à long terme
Keynésianisme militaire
Financer les préparatifs de guerre, la guerre et la reconstruction conduit à des investissements. Ainsi, Keynes remarque, en 1943, le plein-emploi en Grande-Bretagne alors que, depuis 1920, elle connaissait un chômage structurel. La guerre oblige l’État à effectuer des dépenses militaires. Or, ces dépenses peuvent déclencher le multiplicateur keynésien et faire augmenter le PIB (épargne en économie fermée).
Il fonde alors le « keynésianisme militaire ». Par exemple, aux États-Unis, la Seconde Guerre mondiale a permis la sortie définitive de la crise de 1929. Ainsi, en 1941, la croissance est de 18 % et le taux de chômage passe de 15 % à 1,2 % entre 1940 et 1944.
Guerres et cycles
Plus encore, pour Johan Akerman, dans Structures et cycles économiques (1955), une guerre majeure peut expliquer le cycle Kondratiev. Une guerre majeure peut être une guerre mondiale ou continentale. Il pense qu’il y a des causalités entre ce qu’il se passe sur le plan géopolitique et sur le plan économique.
La guerre oblige l’État à des dépenses militaires. Ensuite, la poursuite de la guerre réclame de la part de l’État un effort de guerre. Et, enfin, l’État doit dépenser pour reconstruire. Ainsi, il remarque que les pays avec la plus forte croissance pendant les Trente Glorieuses sont les pays les plus détruits. L’Allemagne et le Japon ont des taux de croissance annuels de respectivement 6 % et 9,7 % sur cette période.
Quincy Wright, dans A Study of War (1942), explique quant à lui la phase B du cycle. Il explique que chaque génération a un rapport à la guerre qui lui est propre. Pour lui, « l’homme guerrier ne veut pas combattre de nouveau et il conditionne son fils dans la même veine d’opposition aux guerres. Mais le petit-fils (25 ans plus tard) apprend à voir la guerre comme romantique ». Le petit-fils est alors la nouvelle phase A de Kondratiev.
Les guerres favorisent l’innovation
De nombreuses innovations ont été générées par les guerres ou les menaces de guerre. En effet, celles-ci provoquent un ciblage de crédits publics sur des secteurs d’avenir, comme l’aéronautique, le nucléaire ou Internet. Par exemple, à la veille de la Première Guerre mondiale, l’aviation était dans ses premiers balbutiements.
En effet, c’est pendant la guerre que le secteur se développe grâce aux investissements massifs des États. La société Boeing est créée en 1916 en réponse à un appel d’offres du Pentagone. C’est après la guerre que les effets se manifestent dans le civil, avec une adaptation de l’appareil productif. Pour reprendre l’exemple de Boeing, l’entreprise devient un leader dans l’aviation civile.
Pour les gagnants de la guerre, elle est un facteur d’industrialisation et de prospérité
La guerre apparaît comme un instrument de croissance et d’industrialisation pour les gagnants. Ainsi, pour Shigeto Tsuru, à propos du Japon, « les guerres successives et victorieuses ont été un important facteur d’industrialisation rapide ».
En effet, le Japon a gagné successivement trois guerres (1895 Chine, 1905 Russie et 1910 Corée) pendant l’ère Meiji, ce qui a accéléré l’industrialisation et le take-off japonais. Entre 1868 et 1912, les exportations japonaises en volume ont été multipliées par 32.
Les ajustements économiques institutionnels par temps de guerre s’inscrivent sur la durée
Finalement, les ajustements économiques institutionnels par temps de guerre (conjoncturels) s’inscrivent sur la durée (structurels) : la guerre provoque l’expansion structurelle de l’État-providence.
La guerre, conjoncturelle et exogène à l’économie, peut finir par avoir des conséquences structurelles
Les conséquences économiques des guerres peuvent expliquer la loi de Wagner (hausse structurelle du rapport dépenses publiques sur PIB). Ainsi, pour Alan Peacock et John Wiseman, The Growth of Public Expenditure in the United Kingdom (1961), les guerres sont des « effets de cliquet ». Ces effets de cliquet seraient à l’origine de la loi de Wagner.
Ainsi, pendant un choc comme la guerre, l’État est obligé d’intervenir : il accroît la dépense publique au temps T1. Un choc conjoncturel devient structurel quand l’État, après la résorption du choc, décide en T2 de ne pas diminuer les dépenses publiques. Par exemple, l’État, après la Première Guerre mondiale, a pris en charge les veuves et les orphelins alors même que la guerre était finie. La dépense publique au temps T2 ne peut pas baisser autant que son accroissement au temps T1.
De nouveaux moyens de financement de l’État et de nouveaux systèmes sociaux naissent par la guerre
Pour financer la guerre, de nouveaux moyens de financement sont souvent créés. Ainsi, l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) a été créé en 1914 pour financer la Première Guerre mondiale. De la même manière, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a été créée en 1954 à la suite des importantes dépenses publiques entre 1939 et 1945. Ces deux impôts vont pourtant perdurer.
Les guerres conduisent également à l’émergence de nouveaux systèmes sociaux. Effectivement, en France et au Royaume-Uni, la Seconde Guerre mondiale a poussé à la mise en place de systèmes de sécurité sociale.
Ainsi, William Beveridge, dans son Rapport au Parlement britannique, en 1942, déclare : « Le contexte présent, où la guerre tend à abolir les distinctions les mieux établies, nous offre la possibilité d’agir sur une table rase. Les circonstances révolutionnaires de ce moment historique ouvrent la voie à des révolutions, non à des aménagements. » En 1948, le National Health Service Act donne naissance au NHS au Royaume-Uni.
En France, le système de Sécurité sociale naît de la guerre, car il figure dans le programme du Conseil national de la résistance en 1943. Plus encore, ce projet, qui voit le jour en 1945, vise à souder la nation autour d’un nouveau régime d’après-guerre.
Ouverture
Plus encore, les guerres et l’économie capitaliste apparaissent comme intimement liées, selon la célèbre citation de Jean Jaurès : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. » Ainsi, selon Lénine, L’Impérialisme : stade suprême du capitalisme (1917), la guerre est le produit du dysfonctionnement du capitalisme.
Pour contrecarrer la baisse tendancielle du taux de profit (Marx), la guerre permet des dommages matériels et une conquête territoriale. La destruction de capital constant et les nouveaux marchés acquis repoussent la crise finale du capitalisme.



