Le 1er octobre 2025, Claudia Sheinbaum a fêté sa première année en tant que première femme présidente du Mexique. Grâce à une majorité qualifiée au Congrès mexicain et une popularité élevée, elle a pu mettre en place de nombreuses mesures fortes durant cette première année de présidence. Lors de son discours d’investiture, l’ancienne maire de Mexico et membre du GIEC avait listé ses objectifs : paix, sécurité, démocratie, protection de l’environnement, libertés et justice. À quel point a-t-elle accompli ses objectifs ?
Introduction
Élue avec un programme ambitieux qu’elle a nommé « La cuarta transformación », Claudia Sheinbaum proposait des mesures fortes, tout en restant dans la continuité de la politique menée par Andrés Manuel López Obrador (AMLO).
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La politique intérieure : un bilan globalement positif
Devant les nombreux enjeux auxquels fait face le Mexique en matière de politique intérieure, le bilan de Claudia Sheinbaum est aujourd’hui scruté.
Des progrès économiques et sociaux
Son bilan économique et social est plutôt positif : conservant la volonté de réduction de la pauvreté établie par AMLO, Claudia Sheinbaum a engagé des mesures permettant d’aller encore plus loin dans cette voie. Par exemple, elle a renforcé les budgets alloués aux politiques sociales, et notamment pour les retraites.
Un deuxième combat de Claudia Sheinbaum est la souveraineté alimentaire et le soutien aux petits producteurs. La Ley General de la Alimentacion Adecuada y Sostenible cherche, par exemple, à garantir une alimentation accessible et de qualité à tous les citoyens. Ces mesures économiques et sociales ont pour conséquence une amélioration des indicateurs macroéconomiques, avec 1,7 % de croissance en 2024, une inflation maîtrisée à 3,7 %, mais surtout un niveau de salaire qui est le plus élevé de ces 40 dernières années.
Une tentative de lutte contre la criminalité
Alors que la politique d’AMLO concernant les cartels prenait le nom « abrazos y no balazos », les actions de Claudia Sheinbaum, héritière d’AMLO, sur le thème de la criminalité étaient très attendues. En effet, le pays est actuellement en guerre contre le narcotrafic, qui a causé plus de 250 000 morts depuis 2006 au Mexique.
On peut considérer en effet que, sur ce thème, Claudia Sheinbaum s’est un peu détachée de son prédécesseur. En effet, elle affirme d’après ses propres sources que la criminalité (calculée par le nombre d’homicides par jour) a diminué de 27 % depuis son arrivée. On observe aussi une augmentation des saisies de cocaïne.
Mais on peut s’interroger sur le contexte de ces mesures sécuritaires plus fermes : agit-elle réellement de sa propre initiative ou est-elle motivée par des enjeux géopolitiques, notamment son opposition à Donald Trump ? Nous y reviendrons ultérieurement.
Un bilan sur la politique intérieure à nuancer
Malgré ces mesures visant à réduire la criminalité, il faut noter une augmentation de l’indice de la perception d’insécurité, toujours très ressentie, surtout chez les femmes. Cela peut aussi s’expliquer par une affaire très médiatique qui a eu lieu en mars 2025. En effet, à Teuchitlan, des restes de corps et de vêtements ont été découverts dans un ranch, le Ranch Izaguirre, qui servait de centre d’entraînement au cartel Jalisco Nueva Generacion. Cela a provoqué une vague d’indignation au sein de la population, mais aussi une inquiétude croissante face à un narcotrafic qui ne faiblit pas.
Enfin, un moment important de la première année de présidence de Claudia Sheinbaum a été la première élection des juges, mesure voulue par AMLO, en juin 2025. Or, ces élections n’ont rassemblé que 13 % de votants, un taux de participation historiquement bas pour des élections au Mexique.
La politique extérieure : un enjeu majeur de la présidence de Sheinbaum
Quelques semaines après l’investiture de Claudia Sheinbaum, Donald Trump est réélu président des États-Unis. Ses ambitions en matière de politiques migratoires et économiques ont généré des tensions avec de nombreux pays, mais surtout avec le pays voisin, à savoir le Mexique.
Une pression très forte de Donald Trump sur le Mexique
Trump a, au début de son mandat, exposé très clairement les trois attentes qu’il avait concernant le Mexique :
- Immigration : Trump souhaite que le Mexique devienne un pays tampon en accueillant les migrants sans qu’ils cherchent par la suite à se rendre sur le territoire américain. Il souhaite donc renforcer les contrôles à la frontière et demande la coopération du Mexique.
- Narcotrafic : Trump accuse le Mexique d’être la cause du fléau de la drogue aux États-Unis, et souhaite donc faire intervenir les forces armées américaines sur le sol mexicain, ce qui est, rappelons-le, une violation de la souveraineté du pays.
- Économie : Trump a critiqué le fait que la Chine avait trop d’influence sur l’économie mexicaine (qui importe notamment beaucoup de produits chinois) et a donc appliqué une augmentation des droits de douane. Ces droits de douane sont suspendus jusqu’au 1er novembre, mais il a menacé le Mexique de les remettre en place s’il n’observait pas une diminution de ces échanges commerciaux.
Sheinbaum : la présidente latino-américaine qui tient tête à Donald Trump
Face à ces multiples menaces, Claudia Sheinbaum a exprimé une ligne claire : « Cooperamos, pero no nos sometemos. » Si elle a rappelé que le Mexique était un État souverain face aux menaces d’intervention militaire de Trump, elle cherche cependant à entrer dans le dialogue avec le président américain et propose notamment des mesures qui agissent comme des gages.
C’est dans ce contexte qu’elle a mis en place une augmentation des saisies de cocaïne, mais aussi qu’elle a déployé l’armée mexicaine au sud du pays pour limiter l’entrée d’immigrants. Si Claudia Sheinbaum est attachée aux droits des migrants, on observe des tensions au sein d’un pays qui devient progressivement un pays d’accueil (phénomènes de racisme, montée de l’extrême droite).
Sur la question chinoise, Sheinbaum a lancé le plan « hecho en Mexico » afin de relocaliser des productions, mais rappelle tout de même que ces importations chinoises ne font que transiter par le Mexique pour ensuite se rendre aux États-Unis.
Vers une coopération plus pacifique ?
Alors que les tensions entre Trump et Sheinbaum semblent s’apaiser, Trump ayant décrit Sheinbaum comme « a very very nice person », on peut espérer que la coopération sera plus pacifique à l’avenir.
Pourtant, des enjeux géopolitiques à venir risquent de troubler cette apparente accalmie. En effet, dans les statuts de l’alliance régionale USMCA (United States–Mexico–Canada Agreement), fondée en 2020 comme remplaçante de la NAFTA, il est prévu que les statuts soient révisés conjointement six ans après sa création, c’est-à-dire en 2026. Or, la position de Trump sur la révision des statuts reste incertaine et le risque de voir les États-Unis chercher à sortir de cette alliance n’est pas nul…
Une popularité très élevée dans son pays
Le bilan globalement positif de Claudia Sheinbaum s’accompagne d’une popularité très élevée dans son pays.
Une image de présidente novatrice et progressiste
Aujourd’hui, Claudia Sheinbaum observe 80 % de soutien au sein de sa population. Elle est notamment vue comme une femme forte d’Amérique latine, qui a su tenir tête à Donald Trump quand de nombreux autres présidents, notamment d’Amérique latine, n’ont pu que subir les conséquences des politiques américaines.
Grâce à une majorité de 2/3 aussi bien au Congrès qu’au Sénat, elle dispose d’une liberté presque totale dans les mesures qu’elle souhaite imposer, y compris s’il s’agit de changements de la Constitution, ce qui est un pouvoir très fort. Elle est donc reconnue, notamment sur la scène internationale, pour avoir pu appliquer des projets ambitieux, comme l’élection des juges, une première mondiale.
Le discours d’indépendance de Mexico
L’image de Claudia Sheinbaum a été surtout glorifiée lors de la commémoration du jour de l’Indépendance du Mexique, très importante pour le pays. Elle est en effet devenue la première femme présidente de l’histoire du Mexique à prononcer le « cri de l’Indépendance » depuis le balcon du Palais National, à Mexico. Un moment extrêmement fort et solennel.
Beaucoup ont ainsi souligné la dimension féministe de cette intervention. En effet, on peut noter qu’elle portait une robe violette, symbole de la lutte féministe.
Conclusion
Ainsi, Claudia Sheinbaum, forte d’une popularité historiquement élevée dans le pays, a un bilan qui paraît très positif, même s’il faut noter les enjeux, notamment en matière de sécurité intérieure, qui restent encore à consolider.



