Manifestation

L’Amérique latine incarne un paradoxe saisissant. En effet, elle est l’une des régions les plus riches au monde en biodiversité, en forêts primaires et en ressources hydriques, mais elle est aussi celle où l’engagement écologique semble le plus dangereux. Depuis des années, l’Amérique latine est devenue une zone mortelle pour les activistes écologiques. Ceux qui osent défendre les espaces naturels risquent littéralement leur vie chaque jour, et ce parce que leur engagement s’établit à l’encontre de l’activité de multinationales puissantes. Dans cet article, nous verrons pourquoi l’Amérique latine est une terre dangereuse pour les militants écologiques.

Contexte

De nombreuses ONG internationales ont, depuis des années déjà, identifié l’Amérique latine comme l’épicentre mondial des assassinats de militants écologiques. En 2025, 70% des meurtres d’activistes écologiques se situaient dans la région. Cette tendance ne relève pas uniquement d’un problème sécuritaire. Elle découle surtout d’un modèle économique largement fondé sur l’extraction intensive (mines, hydrocarbures, agro-industrie), sur des conflits fonciers historiques et sur une gouvernance fragile qui peine à protéger ceux qui défendent l’environnement ou les droits des communautés indigènes.

Le sujet traité dans cet article me semble intéressant, d’autant plus que les enjeux environnementaux prennent de plus en plus de place actuellement. En oral d’espagnol à l’ESCP, je suis tombée sur un texte qui traitait explicitement des violences subies par les activistes en Amérique latine. Le jury m’a demandé de citer trois noms d’activistes ayant souffert de violences à cause de leur engagement. En outre, il est important de comprendre que les jurys demandent d’aller au-delà des clichés : le patrimoine naturel de l’Amérique latine ne se résume pas à l’Amazonie. Avoir sous la main d’autres exemples pertinents permettra de te démarquer par rapport aux autres candidats, surtout si ton texte traite d’un sujet comme l’environnement.

Les raisons des violences infligées aux activistes

Pour comprendre ces violences, il faut s’intéresser au modèle économique proéminent en Amérique latine : l’extractivisme. Il s’agit d’un modèle fondé sur l’exploitation intensive des ressources naturelles pour financer la croissance et les politiques sociales. Si ce modèle a contribué au développement de la région et à l’enrichissement d’une partie de la population, il a aussi eu des conséquences considérables sur la biodiversité et le bien-être des peuples indigènes. Ce modèle s’est notamment renforcé au XXIème siècle avec le boom des matières premières, soutenu par la demande chinoise. Qu’il s’agisse du cuivre chilien, du soja brésilien, du pétrole vénézuélien ou du lithium bolivien, les gouvernements – de droite comme de gauche – ont souvent privilégié ces secteurs. Ils y ont vu un moyen rapide d’augmenter les recettes publiques, voire d’alimenter les programmes de redistribution.

Dans ce contexte, les militants environnementaux et les communautés indigènes se sont positionnés comme des contre-pouvoirs. Ils cherchent à défendre des territoires souvent convoités par les entreprises minières, les géants agricoles ou les organisations criminelles qui investissent le marché du bois et de l’or illégalement. Ainsi, il y a une nette différence entre développement durable et « extractivisme progressiste » tel qu’il fut revendiqué par certains gouvernements de gauche. Même les régimes progressistes, notamment en Bolivie ou en Équateur, ont parfois combiné discours écologique et expansion extractive. Cette situation explique en partie pourquoi l’écologie devient un terrain de conflit intense.

Les conséquences directes pour les peuples indigènes

Dans la majorité des cas, les activistes assassinés sont des membres de peuples indigènes. Cette surreprésentation n’a rien d’un hasard. Les communautés autochtones occupent souvent des territoires riches en ressources (forêts, minerais, eau) qui deviennent des zones de convoitise pour les entreprises extractives et pour les organisations criminelles. L’extractivisme entraîne d’abord une dépossession territoriale massive qui se manifeste par des expulsions forcées et des destructions des milieux de vie traditionnels. Ensuite, ce modèle de production s’accompagne d’une criminalisation croissante. En effet, dans plusieurs pays, les leaders communautaires sont accusés de « sabotage » ou de « terrorisme », ce qui permet de justifier leur arrestation et leur neutralisation politique.

Il faut toutefois nuancer l’image d’un affrontement uniquement binaire entre multinationales et communautés indigènes. Historiquement, une partie des terres ancestrales a été accaparée non seulement par de grands acteurs économiques, mais aussi par des paysans et petits exploitants agricoles, souvent installés dans le cadre de politiques de colonisation internes ou de réformes agraires inachevées. En fait, la situation est assez complexe. Si les petits agriculteurs sont aujourd’hui davantage menacés par les grandes entreprises extractives, les peuples indigènes, eux, ont parfois dû lutter d’abord contre ceux qui s’étaient approprié leurs territoires. Être capable de développer ce genre de nuance dans une copie ou lors d’un oral représente un avantage comparatif considérable relativement aux autres candidats. Le jury apprécie toujours l’effort qu’effectue un candidat qui analyse finement une situation et qui sait nuancer son propos.

Violence rurale, corruption et faiblesse des institutions

Dans de nombreux pays latino-américains, les autorités locales manquent de moyens – et parfois, de volonté– pour enquêter sur les crimes environnementaux. Les forces de sécurité peuvent même collaborer avec des intérêts privés ou des « milices » chargées de sécuriser les zones d’extraction. Le phénomène est accentué par l’impunité qui règne dans ces pays. En effet, selon plusieurs études, plus de 90% des meurtres environnementaux ne donnent lieu à aucune condamnation.

En outre, la corruption constitue un autre élément central. Elle facilite l’octroi de concessions minières ou forestières dans des zones protégées, souvent sans consultation des populations concernées. Lorsque des militants s’opposent à ces projets, ils se heurtent à un réseau opaque mêlant entreprises, élus locaux et groupes criminels. En fait, les défenseurs de l’environnement révèlent la porosité des liens entre acteurs légaux et illégaux, et ainsi deviennent des cibles.

Enfin, la géographie joue un rôle important. Beaucoup de conflits se déroulent dans des zones rurales isolées, où l’Etat est peu présent. Cela permet aux groupes armés et aux trafiquants d’imposer leur loi.

Panorama pays par pays

Honduras

Le Honduras est un des pays en tête du classement des pays les plus fatals pour les défenseurs de l’environnement.

Berta Cáceres prenant la parole en plein air lors d’une mobilisation ou d’une action en faveur de la protection de l’environnement.
Berta Cáceres

En 2016, Berta Cáceres, une militante lenca, a été assassinée après s’être opposée à la construction du barrage hydroélectrique Agua Zarca. Ce projet menaçait des peuples indigènes. Le procès de son meurtre a confirmé l’implication de dirigeants de l’entreprise Desarrollos Energéticos. Ceci montre que ces crimes ne sont pas seulement le fait de groupes criminels marginaux, mais peuvent être commandités par des acteurs parfaitement légaux. Berta Cáceres avait été victime de menaces pendant des années avant qu’elle ne se fasse assassiner à l’âge de 44 ans. Elle était notamment la cofondatrice du COPINH (Conseil citoyen des organisations des peuples amérindiens du Honduras) et avait reçu le prix Goldman pour l’environnement en 2015.

Durant l’oral d’espagnol de l’ESCP, les jurys m’ont explicitement demandé de raconter ce qui était arrivé à Berta Cáceres. En effet, elle est devenue une figure tellement emblématique qu’il est indispensable de connaître un minimum son histoire.

Mexique

Le Mexique est un autre pays très dangereux pour les activistes écologiques. Les cartels ont diversifié leurs activités (exploitation du bois, de l’avocat ou des mines clandestines). Ainsi, les militants qui tentent d’empêcher la prise de contrôle de ces ressources sont souvent menacés ou assassinés.

Isidro Baldenegro souriant en tenue traditionnelle tenant un prix environnemental dans ses mains.
Isidro Baldenegro

En 2017, Isidro Baldenegro López est assassiné. Il s’opposait à l’exploitation forestière illégale. Il a grandi sur les terres ancestrales de son peuple, dans la Sierra Madre occidentale. Ce qui est d’autant plus choquant, c’est qu’il a lui-même été témoin de l’assassinat de son père en 1986 ; qui avait lui aussi pris position contre l’exploitation forestière. Isidro Baldenegro a donc repris vaillamment la lutte en connaissant parfaitement les risques auxquels s’exposent les défenseurs de l’environnement. Il a notamment dénoncé les réseaux criminels qui agissaient dans sa région et a reçu le prix Goldman pour l’environnement en 2005.

 

Colombie

En Colombie, les défenseurs de l’environnement sont pris dans un paysage post-conflit extrêmement instable. Après l’accord de paix de 2016 avec les FARC, de nombreux territoires ont été laissés vacants. Ils ont été occupés par des groupes dissidents ou des bandes criminelles. Ces derniers financent leurs activités grâce à la déforestation, au trafic de drogue et à l’exploitation aurifère illégale. En octobre 2024, l’ONG PARES (Paz y Reconciliación) avait recensé 361 assassinats de défenseurs de l’environnement. Les responsables restent impunis et sont, pour la plupart, des dissidents des FARC et l’ELN.

Hernán Bedoya assis au pied d’un arbre dans un environnement rural, semblant représenter un défenseur des terres et de l’environnement.
Hernán Bedoya

Hernán Bedoya était un militant colombien des droits fonciers qui combattait l’empiètement des entreprises agro-industrielles sur les terres agricoles. Il a été abattu en 2017 après avoir reçu 14 balles, dans le département du Chocó. C’est dans ce département que Hernán Bedoya avait grandi au sein d’une ferme traditionnelle avant d’être expulsé par des forces paramilitaires en 1996.

 

Peut-on sortir de la spirale de violence ?

Malgré la gravité de la situation, des évolutions positives existent. Plusieurs pays ont renforcé leur cadre juridique. Par exemple, le Mexique a adopté des lois pour protéger les journalistes et défenseurs des droits humains. En sus, l’accord d’Escazú, signé en 2021 par une majorité de pays latino-américains, vise à garantir l’accès à l’information environnementale et à protéger les militants. La pression internationale joue également un rôle croissant. Les entreprises minière et agro-industrielles subissent désormais l’œil attentif des investisseurs, des consommateurs et des tribunaux étrangers. Enfin, la multiplication des contentieux climatiques pourrait renforcer la protection des militants en rendant plus coûteux les projets destructeurs.

Conclusion

Dire que l’Amérique latine est une « terre mortifère pour les écologistes » ne signifie pas que la violence y serait inévitable. Elle résulte d’un modèle économique non durable et d’un déficit de gouvernance. N’hésite pas à adapter ton propos selon le pays. La région n’est pas homogène et il est préférable de ne pas faire de généralités. J’espère que cet article te sera utile !